16.06.2008

Les professionnels

Obnubilé par le drame qui se joue à l’Euro de football pour notre équipe nationale, j’ai ouvert de grands yeux étonnés quand en page 11 du Monde de ce soir, j’ai lu que « Nicolas Sarkozy redéfinit la politique de défense ». Sacrebleu ! Me suis-je dit in petto, il va mettre son grain de sel dans la composition de l’équipe qui va affronter l’Italie demain soir. J’imaginais déjà le bras de fer avec Raymond Domenech, peut-être même en seraient-ils venus aux mains sous les yeux effarés des joueurs ? Je me suis bien vite calmé en constatant que l’article était placé dans la rubrique France et non Sports, il ne s’agissait que de repenser les priorités de la défense nationale pour les quinze prochaines années, rien d’important en somme, comparé au drame évoqué plus haut. J’ai aussi retrouvé ma sérénité pour l’affaire qui nous intéresse en me disant que nous avions une équipe de gars triés sur le volet, une élite du football français, des professionnels. Le mot m’a paru magique. Un court instant seulement. Car tout en réfléchissant, je poursuivais ma lecture du quotidien du soir quand je suis tombé sur la page 8 (oui je sais, parfois je m’autorise des folies, comme lire le journal sans respecter l’ordre chronologique de la pagination) et un entrefilet qui relatait la perte dans le métro Londonien de documents top secrets par des espions de sa gracieuse (c’est une formule) Majesté et ce quelques jours après que des professionnels du même calibre aient égarés des dossiers confidentiels sur Al-Qaida mais cette fois dans un train de banlieue. Du coup, le professionnalisme ne m’a plus semblé une qualité sur laquelle on pouvait compter et un pan entier de mes valeurs s’est écroulé sans un bruit à mes côtés !         

 

14.06.2008

Le masque tombe

Ca nous pendait au nez depuis des années. Tous ces matches de football gagnés chichement, ces nuls étriqués, ce manque de réalisme flagrant devant le but adverse auraient dû nous le laisser deviner. Depuis une éternité – le sacre mondial de 1998 – on nous gave d’analyses optimistes pour expliquer que ça s’est joué à peu de choses et que si nous n’avons pas marqué de buts (ou si peu) on n’en a pris encore moins. La plus grosse escroquerie de la décennie ! Hier soir le masque est tombé, la réalité crue et nue est apparue au grand jour, les Bleus sont impuissants. Les occasions de buts n’ont pas été concrétisées et notre fameuse défense a été balayée, explosée sous les coups de butoirs bataves. Les Hollandais nous ont régalé avec ce jeu qui nous enchanta tant dans les années 70, simple et sans fioritures, tout en vitesse et mouvement d’ensemble. 4 à 1 ! Pas moins. Une branlée mémorable pour dessiller nos yeux de Chimène aveuglée par l’amour pour ses Bleus. L’impuissance se soigne, encore faut-il l’accepter, vouloir la soigner et consulter un bon docteur !

 

25.05.2008

Que d'émotions !

Les sportifs de haut niveau comme moi, confortablement installés dans leurs canapés avec une boisson fraîche à portée de main, se réjouissent car les activités vont reprendre. Echauffés par une fin de championnat de France de football où nous avons dû attendre la dernière journée pour connaître le nom du vainqueur et celui des relégués en seconde division, ce qui avait alimenté un débat aussi houleux que passionnant sur la pertinence et les conséquences d’une vraisemblable descente du PSG dans les abîmes footballistiques nous sommes prêts à affronter la suite des évènements sportifs qui s’annoncent nombreux. Donc Lyon a réussi le doublé championnat et Coupe de France alors que le PSG est de son côté parvenu à se maintenir en première division et à se faire taper en finale de la Coupe. On se demande d’ailleurs pourquoi on parle tant du PSG, car entre ses hordes de supporters débiles et ses résultats minables, voilà un club qui devrait arrêter le football pour se reconvertir dans l’aviron, au moins là il ne ramerait pas pour rien. Quand on a du mal à se servir de ses pieds, on utilise ses mains devaient penser les rugbymen de Toulouse quand ils sont entrés sur la pelouse de Cardiff samedi pour affronter en finale de la Coupe d’Europe les Irlandais du Munster. Une finale qui sentait mauvais dès le départ. Hélas ! S’ils firent des pieds et des mains justement, au coup de pied au cul (ce qui n’est pas permis) donné par le capitaine Toulousain Fabien Pelous à un joueur Irlandais, ceux-ci répliquèrent par un coup de pied (ce qui est autorisé) d’O’Gara qui leur assura les trois points d’écart leur donnant la victoire. Comme quoi, il y a parfois deux pieds deux mesures. Oublions hier et passons à demain, c'est-à-dire Roland Garros, le temple de la petite balle et vitrine des grandes belles bronzées. Pendant une quinzaine, les balles jaunes sur la terre ocre vont nous offrir un plaisir parfait, s’inscrivant parfaitement dans le cadre de nos téléviseurs, le sport et le média se mariant à merveille. Pourquoi risquer le torticolis et l’insolation dans les gradins du court alors que votre télé vous propose le cadrage parfait, les ralentis des balles effleurant les lignes blanches, les gros plans sur les people se pavanant cachés derrière leurs lunettes de soleil, les plans de complaisance sur les beautés anonymes éparpillées dans la foule ? Après ces deux semaines de luxe et de confort, où l’arbitre peut et se doit de réclamer le silence pendant les jeux, où même la sueur sur la peau des joueurs semble un nectar, nous passerons aux choses sérieuses. Du 7 au 29 juin l’Euro 2008 de football qui se déroulera conjointement en Autriche et en Suisse va faire vibrer l’Europe tout entière. Enfin nous retrouverons toute la délicatesse de ce sport viril, les tacles appuyés (« À la limite de la régularité »), les gifles et coups de coude (« Je crois que monsieur l’arbitre ne l’a pas vu ! »), les corps étendus sur la pelouse ou évacués par civière vers les vestiaires (« Dès que vous avez des nouvelles n’hésitez pas à intervenir »). Nous aurons droit aussi aux commentaires quotidiens des aficionados, au bureau ou au café, sur la pertinence de faire jouer tel ou tel ou sur les choix tactiques de l’entraîneur, car en France comme chacun le sait « il y a soixante millions de sélectionneurs ». Dans les stades et alentours, saucisses et bières vont s’affronter, supporters et services d’ordre vont se confronter et sur les pelouses les joueurs se rencontrer. Ca va puer le graillon et les suées, ça va hurler, gronder et siffler, il y aura des olas, des rires, des pleurs et du sang. Bref du spectacle et quand vainqueurs et vaincus auront regagné leurs pénates, il sera alors temps d’envisager de suivre le Tour de France cycliste, mais d’ici là … « Que d’émotions mon cher Jean-Mimi ! »