07.06.2008
Histoire d'amour
- Cathy! Reste... je t'aime!
- Laisse-moi, ça suffit... adieu !
La porte claque, Cathy dévale l'escalier, engoncée dans son blouson enfilé à la hâte sur un gros pull en laine. Arrivée sur le trottoir, elle fouille fébrilement dans son sac à la recherche de ses clés de voiture. Vite, elle s'installe au volant et démarre. La petite R5 bleue disparaît dans une ruelle adjacente. De ma fenêtre, je la regarde s'éloigner. Je reste là, comme un con, avec une boule dans la gorge. J'ai envie de hurler, aucun mot ne sort, je voudrais pleurer, aucune larme ne vient. J'ai mal dans tout mon corps qui semble contracté, nerfs et muscles en boule, comme une crampe généralisée. Cette fois c'est bien fini, elle est partie. Aucun espoir de retour. Je la connais trop bien, elle est si fière qu'elle ne fera pas marche arrière. Autrefois quand nous discutions, ça y est je parle déjà d'elle au passé, même quand elle avait tort, elle préférait s'enferrer dans ses contradictions plutôt que d'avouer son erreur. Une têtue de première ! Ca faisait plusieurs semaines que ça n'allait plus aussi bien, on s'accrochait pour un rien ou un mot de travers. De toutes petites disputes, trois fois rien bien sûr, mais enfin, ça n'était plus la sérénité des premières semaines. Je savais que notre histoire ne durerait pas toute la vie, mais chaque journée écoulée, chaque mois passé, c'était toujours cela de pris. Pourquoi penser au futur ? L'amour est une chose si fragile, qu'il faut le vivre au jour le jour, intensément, comme si chaque heure était un sursis inespéré. Comme si demain ne devait pas succéder à aujourd’hui ?
- Cathy, je t'aime !
Je suis là, près de la fenêtre, debout mais sonné, knock-out pour le compte. L'air me manque, ma respiration s'accélère, mon cœur bat la chamade. Où a-t-elle pu aller ? Chez une copine certainement. Heu... voyons, Françoise n'est pas à Paris en ce moment, ses autres amies sont maquées, ça ne va pas. Il faut une célibataire... Annie ! Bien sûr ! Elle se trouve chez Annie ! Je vais l'appeler.
- Allô ! Annie ? Tu peux me passer Cathy....
- Mais qu'est-ce qu'il se passe ? Elle n'est pas ici !
- Allez ! Je suis certain qu'elle est près de toi. Laisse moi lui parler.
- Hé ! Calme-toi ! Je te dis qu'elle n'est pas ici, alors n'insiste pas. Si je la vois, je lui dirais de t'appeler, c'est tout ce que je peux faire pour toi. Au revoir.
Elle raccroche. Le combiné qui me reste dans les mains égrène ses bip-bip désespérés. Je suis certain qu'elle me baratine, mais qu'est-ce que je peux faire ? Je rappellerai plus tard. J'allume une cigarette et je m'écroule dans le canapé du salon. Bien qu'elle soit partie, sa présence hante encore l'appartement, son parfum flotte dans l'atmosphère, même les objets en sont imprégnés. Comment pourrais-je ne pas penser à elle ? Je la revois installée dans ce même canapé, elle ne s'y asseyait pas, elle s'y lovait. Les jambes repliées sous elle, elle me rappelait la petite sirène de Copenhague. Nous pouvions rester comme ça des heures, à discuter de choses et d'autres. En fait, c'est surtout elle qui parlait. Je l'écoutais, émerveillé. Elle enchaînait les sujets de conversation avec une facilité qui me déconcertait. Tout ce qu'elle disait m'intéressait, le moindre truc qui m'aurait fait chier dit par un autre, semblait digne d'intérêt quand c'était elle qui l'exprimait. Et je restais là, anéanti par sa volubilité, à la dévorer des yeux. Son discours plein de foi et de candeur reflétait sa jeunesse et m'émouvait. Ses gestes les plus simples m'émerveillaient. La façon dont elle passait sa main dans ses cheveux pour ramener une mèche en arrière, avait pour moi une valeur érotique presque insoutenable. Pour elle, c'était un tic, un geste sans connotation particulière, pour moi il était plein d'une symbolique émotionnelle évidente. Il y avait entre nous des vibrations extraordinaires qui me remplissaient d'une force inouïe. Pour elle, j'aurai déplacé des montagnes, combattu des dragons. Sympa, elle ne me le demandait pas. Cathy... Cathy...
Ma cigarette s'est consumée toute seule au fond du cendrier et le mégot de ma Camel a rejoint les filtres de ses Peter Stuyvesant. Je ne la reverrai pas allumer ses clopes. Cette manière particulière qu'elle avait de pencher la tête de côté, en tenant son briquet à deux mains, la cigarette au coin de la bouche. Elle me faisait penser à ces petits vieux qu'on voit dans les troquets, au zinc, devant un ballon de rouge. Je la charriais là-dessus et elle râlait. Quel con j'étais !
La nuit est tombée maintenant, je me lève et jette un oeil par la fenêtre. Je ne vois pas sa petite voiture bleue. Et si j'appelais Annie, elle a peut-être de ses nouvelles ? Je vais passer pour un connard qui ne sait pas négocier la fin d'une liaison, qui cherche désespérément à s'accrocher. Et alors ? Quand on aime comme un fou, on ne peut pas accepter une rupture aussi facilement. Ce serait renier tout ce qu'on a pu dire ou penser avant. Celui qui est plaqué aime encore, lui ! Accepter la chose, c'est reconnaître que la situation n'est pas si dramatique, qu'après tout ce n'est pas aussi grave et que l'amour qu'on avait pour l'autre s'écrivait avec un "a" minuscule. Je refuse de jouer ce jeu du mec cool et compréhensif qui le prend à la légère. Une de perdue, dix de retrouvées ! Etc... Etc... Conneries tout cela. Je m'en fous des autres ! C'est celle-ci qui me plaisait, pas sa copine ou sa sœur ou sa voisine, juste celle-ci ! Et si je veux chialer, ce n’est pas parce que je suis un homme que je vais me retenir. Alors vos belles paroles de consolation, vous pouvez vous les garder. Rien à cirer. J'ai mal et je le gueule.
Cathy revient !
Il est presque minuit, allongé sur la moquette dans l'obscurité, je fume ma dernière Camel et je la fais durer. La sonnerie du téléphone m'arrache à ma torpeur et je me rue sur l'appareil, renversant le cendrier au passage.
- Oui, allô !
- C’est moi... c'est Cathy.....13:50 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, histoire d'amour
10.05.2008
Après la fin
La lecture récente du bouquin de Cormac McCarthy La Route dont je vous ai parlé il y a peu m’a rappelé une courte nouvelle que j’avais écrite il y a quelques années, en janvier 2006. Bien entendu il n’y a aucune comparaison possible – je reste lucide – mais quelque part nous sommes dans les mêmes décors et situations. Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse juger …
Un soleil rouge brille dans le ciel noir, un silence pesant écrase la plaine sans vie, tout paraît mort et figé pour l’éternité, aucun souffle de vent, rien, rien pour toujours.
Bruno chemine péniblement, la sueur coule dans son cou, sa chemise colle à son dos. Il doit faire 35° et c’est agréable après les 50° de la semaine passée. Depuis dix jours, Bruno marche seul, sans jamais rencontrer âme qui vive. Parfois une masse sombre et calcinée étendue au bord de la route ou gisante au milieu d’un champ lui rappelle que la vie existait dans cette région. Cadavres de chiens ou d’hommes quelle différence ? Un souvenir remonte à son esprit, ses vieux livres de classe avec des photographies de Pompéi. Un passé tragique et accidentel, une curiosité pour une émission de télévision comme « Incroyable mais vrai ». Et maintenant qui verra les photos de ce présent bien réel ?
Flash back. Les années soixante-dix sont riches en marches pacifiques des anti-nucléaires à Stuttgart, Washington ou Rotterdam. La presse ironise sur ces milliers d’arriérés mentaux qui refusent le progrès. Les leaders politiques de droite les accusent d’inconscience au mieux, de faire le jeu de Moscou au pire. Aux Etats-Unis, au cours de ces années l’alerte rouge est déclanchées plusieurs fois. Erreur de l’ordinateur ! Les bombardiers atomiques sont rattrapés de justesse alors qu’ils sont déjà en vol vers leurs cibles. Dans le sud-est Asiatique la guerre s’éternise depuis une trentaine d’années, le Moyen-Orient est en guerre. Derrière les petites nations qui s’étripent, les super-puissances poussent leurs pions, petit à petit. En Afrique, des gouvernements sont renversés, un tyran remplace un dictateur et Cuba pousse à la roue. Le pantin Libyen tire les ficelles, lui-même manipulé par … L’Amérique latine est elle aussi le théâtre de dictatures militaires. CIA, tortures, multinationales, seuil de pauvreté intolérable, cocaïne, l’alphabet du malheur. Notre Europe n’échappe pas à ces calamités. Traumatisme des deux guerres mondiales, terrorisme, bande à Baader, Brigades Rouges, théorie du P38, scandale de la loge P2, IRA, ETA les sigles et acronymes de la mort. Le cul entre deux chaises, une chaise pour l’Aigle et l’autre pour l’Ours. Berlin, microcosme.
Paris, un bistrot. « Avec toutes leurs conneries de guerre et de bombes y vont tout faire sauter, ces cons-là ! » « Allons Marcel, t’énerve pas ! Patron, remet nous une tournée ! »
Bruno boirait volontiers un verre lui aussi. C’est si ancien tout cela. Dix jours seulement, mais une autre époque déjà. Une page est tournée, la dernière qui sait ?
La guerre atomique a tout ravagé. Tout le monde l’attendait et pourtant tout le monde a été surpris par sa rapidité. Une erreur peut-être, qui pourra le raconter ? Des missiles qui quittent leurs silos, petits points lumineux qui affolent les contrôleurs des écrans radars. Alerte déclanchée et le président n’a que quelques minutes pour envisager la riposte. « Les salauds, ils ont osé ! ». Contre-attaque immédiate, les ordinateurs crachent des listings de données, des sirènes hurlent dans des couloirs souterrains, des bombardiers décollent, bourrés jusqu’à la gueule de mort. Téléphone rouge, Maison Blanche, peur bleue. Les derniers crachotements des radios et des télévisions. « La côte Est des Etats-Unis rayée de la carte. New York, Washington, Philadelphie rasées. La zone comprise entre Ottawa, Cincinnati, Atlanta et l’océan Atlantique n’est plus qu’une plaine calcinée. La situation est la même en URSS, tout est anéanti depuis la frontière Polonaise jusqu’à Moscou, Leningrad et Kharkov. Partout la guerre fait rage. Des missiles mal ajustés sont tombés sur Paris, Milan, Budapest ou Hambourg. Les Européens indirectement impliqués dans le conflit, ripostent comme ils peuvent. Les populations civiles n’ont même pas le temps de fuir. Nous apprenons à l‘instant que la bombe, et non le missile comme annoncé prématurément, tombée sur Paris, a tout détruit jusqu’à Orléans et Douai. Les sous-marins nucléaires éparpillés dans les océans arrosent de missiles mer-terre toutes les positions ennemies…. Crrrr ! …. Bzzzz ! » La liaison s’interrompt soudainement dans un crachotement confus.
Le conflit n’avait duré que trois jours, la terre entière avait tremblé, puis tout s’était tu. Le souffle des explosions avait anéanti les bâtiments, la chaleur et les radiations décimé toute vie.
Au loin une ville. Ou du moins ce qu’il en reste, pans de murs idiots qui se dressent au milieu des gravats, fumées s’échappant de ruines noircies. Berlin en 1945, Beyrouth en 1982, cette ville en cette fin des années quatre-vingt dix, mêmes images de désolation vues mille fois à la télévision.
Bruno s’approche lentement et s’immobilise face aux décombres. Toujours ce silence impressionnant. Il essuie son front trempé de sueur et avale une gorgée d’eau de la gourde qu’il conserve précieusement et dont le niveau qui baisse lui rappelle douloureusement que la vie est faite d’eau. L’odeur forte de la mort n’irrite plus ses narines, l’habitude maintenant. Le rescapé s’avance à travers ce qui subsiste de rues. Des cadavres sans forme jonchent les trottoirs, tout est mort sans exception aucune. Ni chiens errants, ni blessés qui geignent dans les décombres. Les rats eux-mêmes ont disparu, signe que rien n’est plus comme avant et que cette guerre était la dernière.
Bruno s’étonne encore d’être en vie. Perplexité sans joie car il sait qu’il est condamné à brève échéance. Les radiations l’ont touché, tout ce qu’il boit, tout ce qu’il mange est contaminé par la radioactivité ambiante. Désormais Bruno n’a plus qu’un seul espoir c’est de trouver un autre survivant, pouvoir lui parler, lui crier son dégoût de l’humanité, vider son sac une dernière fois et mourir, soulagé enfin. Même un chien lui suffirait comme interlocuteur, l’essentiel étant qu’il soit vivant. A cette évocation sa gorge se noue, les sanglots n’en voulant pas sortir. Il tombe à genoux, à bout de nerfs et d’épuisement. Tout d’un coup les larmes lui viennent aux yeux, la boule dans sa gorge explose et il sanglote en longs hoquets.
Plus tard, libéré de cette tension qui s’était accumulée depuis de nombreux jours, il reprendra sa route car la vie est aussi espoir, scandant ce mantra « Je suis vivant ! Je suis vivant ! ».
13:05 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : après la fin
23.04.2008
Embrouillamini en Roumanie
Enfin les vacances, Laurence les attendait avec impatience après une longue année de travail. Rivée sur son siège toute la sainte journée dans un bureau étroit, à voir les mêmes têtes toute la semaine, elle rêvait de voyage et de dépaysement.
Cette année elle prenait ses congés assez tard dans la saison, nécessité de service avait dit le chef, un petit brun à lunettes nerveux comme une fouine. Tant pis, du moment qu’elle partait. Un mois complet, quatre longues semaines de repos. Elle avait prévu de s’offrir un vrai voyage, un séjour en Roumanie, sur les bords de la Mer Noire. Elle qui ne faisait jamais rien, ça devait la changer cette destination creuset de différentes cultures avec l’Asie si proche et l’ex-URSS encore plus près. L’Europe Centrale semblait pleine de charmes et de mystères aussi.
Elle en profiterait pour étrenner sa première voiture, une Twingo vert grenouille, qu’elle s’était offerte récemment. La route serait longue mais elle n’était pas pressée. Le jour J arrive, l’heure H suit de près, Laurence est partie. Nous passerons sur les détails du trajet mais disons qu’au bout de deux jours de conduite elle commence à se sentir seule. En Slovénie, heureusement elle prend un auto-stoppeur très sympathique, José, un espagnol de l’armée en déroute. Nous passerons là aussi sur les détails (encore que, pour ceux qui seraient réellement intéressés, j’ai quelques photos hallucinantes) et nous retrouvons nos héros en Roumanie, donc, peu après la frontière.
Le tandem décide de visiter le pays au lieu de se diriger directement vers la côte. Laurence qui parle le roumain assez couramment (pourquoi pas ?) bien que teinté d’un fort accent (quand même !) n’a aucun mal à communiquer avec les autochtones pour demander son chemin. Nous voilà sur une charmante petite route de Transylvanie (quand je dis « nous » c’est une clause de style, car il faudrait me payer cher pour une expédition en Twingo au milieu de la Transylvanie , ha ! ha ! ha !).
Le jour décline, nos amis sont fatigués et Laurence n’a pas l’intention de coucher sous la tente cette nuit. La région est humide, le brouillard flotte à la surface de la lande endormie. Dans le faisceau des phares, une silhouette apparaît. La conductrice s’arrête et hèle le pauvre hère. Il est à noter que l’hère est souvent pauvre, ce qui d’un point de vue euphonique est plus agréable à l’oreille, car sinon j’aurais écrit « … elle hèle l’hère… » ce qui avouons le aurait été désagréable, donc dans ce cas de figure la pauvreté de ce pauvre type nous arrange bien. Par ailleurs, par convention, nous transcrirons le dialogue en français, le lecteur étant peu familier avec le roumain, langue si poétique au demeurant
- Holà ! Mon brave, nous cherchons une auberge dans le coin, qu’en est-il ?
- Grrr…
- Pardon, je n’ai pas bien saisi. Pourrez-vous m’indiquer sur la carte, quand vous aurez terminé d’uriner sur l’aile de ma voiture ?
- Gnarf ! Slurp !
- Ah ! Vous voulez monter avec nous pour mieux nous guider. Bonne idée mon brave mais pouvez-vous abandonner ici votre énorme sac, plein de … cette chose nauséabonde. Ca nous arrangerait. Par contre, si vous insistez vraiment pour embarquer le loup qui vous accompagne, là ma foi, je ne peux que m’incliner. Allons, en route !
Après une heure de route, la voiture arrive en vue d’un château sinistre. Le Gnafron sort de la Twingo et frappe à l’huis. La nuit est bien entamée, le pays semble désert. Au bout de longues minutes d’attente, un bruit de ferraille trouble le silence pesant qui s’était installé, peinard, dans la voiture. La herse se lève en grinçant, un valet équipé d’une lampe tempête vient chercher les visiteurs. D’une voix caverneuse, le larbin les prévient que Monsieur le comte les attend dans le grand salon.
- Si vous voulez bien me suivre… Quant à toi crapaud (c’est l’hère et non l’Espagnol sinon j’aurais parlé de flamenco), disparaît en cuisines, on te donnera quelques rogatons à bâfrer.
Après un long dédale de couloirs sombres et froids, la petite troupe débouche dans une pièce immense. Des chandeliers sont allumés un peu partout, un feu gigantesque embrase la cheminée où brûle un pin entier. Les armoiries aux murs rappellent la noblesse du propriétaire des lieux.
Celui-ci les attend, debout devant une vaste bibliothèque où s’étalent sur les rayonnages, des éditions plein cuir des albums originaux de Mickey, une édition de 1947. La valetaille s’esbigne discrètement, le comte s’avance, très grand dans son costume en alpaga noir, ses cheveux blancs cendrés sont très longs dans son dos et accentuent sa maigreur. Son discours débute dans un borborygme grasseyant dont le comte s’excuse.
- Excusez-moi, je vois si peu de monde ici que je ne trouve plus mes mots qu’avec difficultés. Asseyez-vous. Un verre de Tokay ?
- Nous cherchions une chambre pour la nuit…
- Je vois, je vois. Je vais vous faire servir une petite collation pendant qu’on prépare vos appartements.
- Une chambre suffira !
- Très bien, je reviens dans un instant le temps de donner des instructions à mes gens.
Le comte s’éloigne, Laurence et José s’installent dans de vastes fauteuils face au feu. La mignonne sirote son porto en rêvassant. Des bruits de pas la sortent de sa douce torpeur, un couple de domestiques dresse la table. Pichets de vin, assiettes de jambon de pays, omelette aux pommes de terre, salade et fruits. Le comte qui est revenu entre temps, s’assoit près d’eux et se sert un verre de vin de Bohême. Ses incisives brillent à la lueur des flammes. Laurence se sent toute chose. Le repas terminé il est déjà fort tard et le comte propose de les faire conduire à leur chambre. Le valet du début (vous vous en rappelez, non ?) les guide jusqu’à leur carrée où après quelques péripéties rapides dont je ne divulguerai pas les détails (une fois encore ! Désolé pour les esprits salaces) le couple s’endort.
Dans la nuit, ou ce qu’il en reste, Laurence se réveille, une envie de pipi d’oiseau la tenaille. Une bougie à la main (ne cherchez pas d’astuce graveleuse là où il n’y en a pas !) la belle erre dans les couloirs à la recherche, non pas du temps perdu, mais des tinettes. Telle une fée blonde (oui, oui, elle est blonde) la môme se glisse de pièce en pièce où les rats fuient à son approche, les chauve-souris aussi !
Un bruit d’eau qui clapote arrête l’héroïne, derrière cette tenture il y a de l’eau se dit-elle (on voit que c’est une vraie blonde !) Laurence pousse le drap et s’avance dans la pénombre, écartant les toiles d’araignées de sa main libre. Mal lui en prend, car si la pièce se prolonge, le sol lui, se dérobe. La malheureuse tombe dans la crevasse qui s’ouvre sous ses pas. Son cri d’effroi fait fuir les chouettes ou hiboux (il fait trop sombre pour être précis) qui dormaient dans cet antre. Sa chandelle s’éteint, Laurence gît sur la pierraille, évanouie.
A SUIVRE…
Mon dieu ! S’écrit la foule.
Nous retrouvons la gosse dans sa position inconfortable. Une nuisette Baby Doll découvre ses cuisses laiteuses, sa poitrine (fort généreuse) halète doucement. La pauvrette ne semble pas blessée, sonnée seulement. Un hululement profond la tire de son coma temporaire, péniblement elle se relève à tâtons, un vent frais lui fouette le minois (et certainement le minou, mais cela ne nous regarde pas !) elle n’est donc pas dans un cul-de-sac ! Ce courant d’air indique qu’il y a un passage, une sortie certainement. Prudemment elle s’avance dans l’étroit souterrain.
Au loin, le noir est gris, bientôt le gris devient plus clair, l’issue est proche. Arrivée à l’extrémité du boyau, elle débouche dans une sorte de catacombe. Le sol est jonché de squelettes blanchis par les ans, les têtes seules, sont élégamment posées dans de petites niches tout autour de la salle basse. Au milieu de la cave, un cercueil neuf, entouré de cierges noirs.
Laurence hurle, le coffre d’ébène s’ouvre, le comte (oui c’est bien lui, l’immonde !) se redresse et regarde la blonde en souriant d’un air maléfique qui dévoile ses incisives colgatées. La minette part en courrant à travers les galeries poursuivie par le vampire (ce qu’on craignait depuis le début) assoiffé de sang. La cavalcade se répand dans tout le château. La bête immonde légèrement anémiée a du mal à courser la jeunette. Celle-ci cherche désespérément à rejoindre sa chambre où seul José peut encore la sauver.
Bientôt elle se retrouve dans la grande salle où ils avaient dîné quelques heures plus tôt, maintenant elle va retrouver son chemin, déjà elle atteint le couloir de sa chambre, les yeux fous, les pieds mous, le sein doux. Elle entre en trombe et se rue sur le lit où repose José, le monstre tout en crocs à la porte hésite.
José se réveille et réalise bien vite la situation. Ils sont perdus pense-t-il, toujours optimiste celui-là ! A moins que… Une idée jaillit de son cerveau encore neuf car peu utilisé. Il saute du lit alors que le bestiau denté s’approche en ricanant. Ca commence à me foutre les jetons cette histoire. Vite, il fonce vers son pantalon qui repose sur le dossier d’une chaise, dans la poche de son froc, leur espoir de s’en tirer. La main plonge et en ressort un chapelet d’ail qu’il brandit à la vue du lycanthrope. Laurence de son côté ouvre les rideaux et la fenêtre de la chambre non pas pour l’aérer des éventuelles flatulences nocturnes de son toréador mais pour permettre au soleil d’inonder la pièce.
Ail, plus soleil, la bête n’en peut plus. Dans un cri d’horreur et d’agonie elle se liquéfie en une marmelade verdâtre et fumante franchement répugnante. Ils sont sauvés.
Sauvés grâce à l’Espagnol qui comme souvent en Espagne, est très friand d’ail, au point d’en trimballer dans ses poches pour le déguster comme une friandise dans la journée.
Maintenant me direz-vous, Laurence a-t-elle assouvi son envie de pisser ? Car toute cette hallucinante histoire a bien pour origine son problème de vessie. Ca, c’est un problème trop intime que nous n’aborderons pas dans ces pages et que nous considérerons comme résolu.
20:22 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transylvanie, roumanie, vampire
01.03.2008
Les rois du ring
- Arrête de déconner, merde ! J'le dis à mon père !
- J'm'en fous d'ton pater.
- Ouais, mais si je l'appelle, y va te foutre une volée, il est catcheur mon père !
- Oh ! L'autre, hé !
- D'ailleurs, le voilà !
Les gamins qui se battaient, se relèvent et s'éparpillent dans le square. Alain, dix ans, s'époussette et court embrasser son père. "Bon sang, encore à te chicorer avec tes copains, tu avais promis d'être sage. Tu sais bien que cette année pour les vacances, tu n'iras pas chez ta grand-mère, je t'ai promis de t'emmener avec moi, en tournée à travers la France. Regarde , ton jeans est déchiré, ta mère va crier, on part demain matin."
Au petit jour, la caravane démarre, direction Dreux, première étape. Là, on retrouve le reste du convoi. Les frères Chong, Michel le copain de son père et un gros type qu'Alain a déjà vu chez ses parents. Ce soir le combat a lieu dans un gymnase. On s'y rend donc directement pour repérer les installations. Pour une fois, l'affichage dans la ville a été bien fait. Sur les portes des cafés on peut lire en gros caractères : Catch à quatre, les Diables Rouges contre les Chong, 21h. au Gymnase. Dans la salle on prépare le ring et tout à l'heure, on disposera les bancs et on dressera la buvette. C'est la première fois que les Diables Rouges tournent avec les Chong. Les deux frères avaient un air réellement inquiétant. De type eurasien, chauves avec une longue moustache fine qui retombait de chaque côté de la bouche, à la Fu Manchu , ils avaient presque l'air de jumeaux. Plus de cent kilos en muscles et surtout en graisse. Ils fichaient une trouille bleue à Alain. Ils lui rappelaient les personnages d'une bande dessinée qu'il lisait dans Mickey, tous les jeudis. Dans un coin du gymnase, sur le parquet, on a disposé quelques tapis de sol. Les quatre catcheurs sont là, qui s'échauffent. Le gros homme qu'Alain connaissait de vue est là aussi. Il s'entraîne avec les lutteurs. Projections au sol, manchettes, tout y passe. Ce qui étonne le plus l'enfant c'est que les deux chinois, répètent avec son père. Comment les Diables pourront-ils gagner ce soir, si les deux chauves les regardent mettre au point leurs prises favorites ? Vers vingt heures, les premiers spectateurs prennent leurs billets et s'installent. L'ambiance est bon enfant, on est venu pour s'amuser en famille ou entre copains. Il est vingt et une heures, les lumières s'éteignent, seuls les projecteurs braqués sur le ring subsistent. Tout surpris, Alain voit le gros homme monter sur l'estrade. Pantalon noir, chemise blanche, nœud papillon, pas de doute, c'est lui l'arbitre. La foule applaudit, les catcheurs font leur entrée, les vociférations redoublent. L'arbitre fait les présentations, coup de gong, le combat débute. Alain écarquille les yeux, les hommes s'empoignent à bras le corps, double Nelson, clé au bras, pirouettes acrobatiques se succèdent. Les Diables Rouges gagnent la première manche assez facilement. Le second round est plus acharné, dès que l'arbitre tourne le dos, les Chong multiplient les irrégularités. A deux ils frappent son père après l'avoir emprisonné dans les cordes du ring. Comme l'homme en noir se retourne et veut intervenir, l'un des jaunes, par un saut chassé envoie valdinguer le juge au pied de l'estrade. Alain apeuré regarde sa mère qui elle, semble bien s'amuser. Mais voyant son fils bouleversé, elle lui conseille de ne pas s'en faire, que son père en a vu d'autres. De toute façon, ils doivent perdre cette manche, c'est prévu. Là, Alain est sidéré. Comment ça, que c'est prévu ? Ils ne se battent pas pour du bon ? Le match est truqué ? Sa mère doit lui expliquer, mais non gros bêta, ça n'est pas de la triche. Tout le monde sait que c'est un spectacle. Les bons (ton père) gagnent la première manche, les Chong vont gagner la seconde et ton père finit en beauté en remportant la belle. C'est écrit. L'arbitre fait lui aussi partie du spectacle. C'est pour rire. Tu croyais qu'ils se tapaient dessus pour du bon, nigaud va ! Tu serais fier si ton papa revenait le visage en sang, tu crois que j'aimerais cela ? Ainsi, c'était une sorte de jeu. Ces malabars faisaient semblant. les grimaces de douleur étaient simulées, les coups, les claques qui volaient, tout cela comptait pour du beurre. Après tout, pourquoi pas, au moins comme cela, il n'aurait plus à craindre pour son père. Le match était terminé. Les deux chinois et l'arbitre étaient étendus sur le ring, immobiles, les Diables Rouges se congratulaient, ils avaient vaincu, comme toujours.
" De toute façon, mon papa c'est le plus fort si y voudrait..." pensait Alain en rentrant vers la caravane.
15:25 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : catch, catcheurs, ring
09.02.2008
La bavure
La vie est tranquille à Milford. D'ailleurs, qui n'a jamais rêvé de vivre en Californie, il y fait toujours beau, dit-on. Mais là particulièrement, c'est très agréable. Milford est une toute petite bourgade située au nord de Reno et qui s'étale paresseusement au bord du lac Honey. Ce lac est le seul attrait de la ville disent les mauvaises langues. Et il faut reconnaître que si en hiver la cité semble déserte, l'été, la population triple, attirée par ce plan d'eau, où l'on pêche et se baigne. Le commerce en profite et Milford vit toute l'année sur son travail des quatre mois de la belle saison. C'est peut-être ce qui a fait le malheur de Stan. Tous les petits commerçants déposent leurs fonds, dans l'unique succursale bancaire de la ville, la First American Bank. C'est là que Mildred travaillait depuis toujours. Stan et Mildred s'y étaient connus, lui venait déposer sa recette de la semaine et il était son premier client depuis qu'elle avait été mutée aux guichets. Elle avait fait une petite erreur en remplissant le bordereau de dépôt, ils avaient plaisanté... Cela faisait dix ans qu'ils étaient mariés maintenant, jusqu'à ce vendredi de fin septembre où tout commença. Il était presque midi, Stan allait fermer sa boutique d'articles de pêche quand la voiture du shérif passa en trombe, sirène hurlante. Tout le monde sur son pas de porte se regarda étonné. C'était la première fois qu'on entendait les sirènes de la voiture de police locale. Les habitants se ruèrent à sa poursuite et la ville entière se retrouva devant la banque. Le shérif et son adjoint, seuls représentants de l'ordre à Milford, étaient garés en travers de la route et bloquaient ainsi la fuite d'une vieille Ford toute cabossée. Les gangsters étaient retranchés à l'intérieur de la banque et ne pouvaient plus fuir qu’à pieds. L'officier de police leur intima l'ordre de se rendre par son porte-voix. Les deux malfrats lui répondirent qu'ils avaient des otages sous la main et que ce ne seraient pas deux pauvres cloches de flics qui les contrecarreraient dans leur entreprise ! Et là-dessus, ils sortirent lentement, collés au dos de Mildred qui servait de bouclier. Stan, qui n'était pas hardi (Ha! Ha!) Pâlit. Les policiers, peu habitués à gérer ce genre de situation, se regardèrent, bien ennuyés. Leurs paumes étaient moites et leurs revolvers leur démangeaient les mains. Les malfrats approchaient de leur voiture quand Mildred trébucha sur le bord du trottoir. Affolés, gangsters et policiers se tirèrent dessus. Ce fut un carnage, les voleurs et l'otage furent abattus, l'adjoint du shérif ayant récolté une balle dans l'épaule.
L'affaire fit beaucoup de bruit dans la région, une équipe TV de la CBS fut même envoyée sur les lieux. Le shérif devait déclarer au reporter "C'est une regrettable erreur... une bavure... je suis désolé."
C'est tout ce qu'il trouve à dire ce salaud, pensa Stan, seul devant son poste de télévision. Seul avec son chagrin immense. Déjà l'idée de vengeance germait en lui... Le temps passa. Neuf mois exactement, le délai nécessaire pour accoucher d'un plan de vendetta. On était en juin, les premiers touristes avaient fait leur apparition. Un vendredi soir Stan appela le bureau du shérif :
-"Venez vite shérif, il y a des rôdeurs dans mon jardin. Sûrement quelques petits voyous venus pour le week-end !"
Stan raccrocha le combiné, prit son fusil dans l'armoire et y glissa deux cartouches. L'arme était parfaitement graissée depuis de longs mois. Pourtant, tout semblait dater d'hier. Stan se posta derrière la fenêtre de la cuisine qui donnait sur le petit jardin potager. La voiture de police se gara sans bruit devant la maison. Les deux hommes en sortirent silencieusement et allèrent frapper à la porte. A voix basse, celui-ci leur indiqua le jardin derrière la bâtisse. Les policiers contournèrent la véranda. Quand ils arrivèrent devant la fenêtre de la cuisine, Stan tira deux fois. Plus tard, au procès, l'accusé déclara : -" Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je regardais la télé, j'ai entendu du bruit dans le jardin. A cette époque de l'année il y a de nombreux rôdeurs, vous savez ... Je ne comprends rien, je suis désolé... c'est une bavure..."
Le jury, de braves commerçants, l'acquitta.
16:09 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : La bavure, Californie
31.01.2008
La composition de mathématiques
La nuit était déjà tombée quand Annie arriva en gare d’Argenteuil. Il faisait froid et il pleuviotait, on était en octobre. Annie détestait rentrer si tard le soir mais son patron l’avait encore retenue pour finir de mettre à jour la comptabilité. En fait il essayait désespérément de lui arracher un rendez-vous plus intime depuis trois mois. Annie le savait mais n’en avait cure, les heures sup’ étaient bien payées, son ordinaire en était amélioré et sa petite fille pouvait mener une vie normale auprès de ses camarades de classe. Elle avait assez d’argent de poche pour sortir avec ses copines le week-end. En débouchant de la gare Annie remonta le col de son manteau puis s’engagea sur la route qui sillonnait dans la zone pavillonnaire. Il était vingt-trois heures et elle se hâta, espérant que Cathy s’était couchée sagement sans l’attendre. Pourtant elle était sûre que la petite serait encore devant la télé quand elle rentrerait. Elle attendait toujours sa maman quand celle-ci rentrait tard. Comme elle s’éloignait de la gare, elle entendit des pas derrière elle mais sans y prêter trop d’attention elle s’enfonça dans le dédale de ruelles qui annonçaient son quartier. Les pas en firent autant. Pour couper, Annie traversa le champ abandonné qui servait tous les ans de siège à la fête foraine où elles allaient toutes les deux, en jeunes filles, manger des barbes à papa. Les barbes à papa, c’était tout ce que Cathy connaissait des papas. En effet, le sien était parti de la maison bien avant sa naissance. Annie avait transféré toute son affection sur sa fille et toutes deux vivaient à peu près heureuses depuis quelques années. En traversant le champ, Annie se retourna pour vérifier qu’elle était bien seule. Elle l’était. Enfin sa rue. Elle s’avança rapidement, la lumière était allumée chez elle, Cathy l’attendait donc comme elle s’en était doutée. A cet instant précis l’homme se rua sur elle, lui serrant la gorge avec une écharpe qui l’empêchait de hurler et l’entraîna dans un fossé. Annie se débattait mais en pure perte, déjà un voile se formait devant ses yeux. Les mains de l’homme en profitaient pour la fouiller vicieusement tandis qu’il l’écrasait sous son poids. La dernière pensée d’Annie fut pour sa fille qui l’attendait sur le canapé du salon. Cathy allait passer une mauvaise nuit, demain pour aller à l’école elle serait d’une humeur massacrante. Pourvu qu’elle réussisse sa composition de mathématiques !
13:07 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Argenteuil, composition de mathématqiues
29.01.2008
La curée
14:25 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tate Gallery, Kent, Gainsborough, la chasse, curée
18.01.2008
La quête du pélerin
La nuit était profonde et n’était le cri lointain d’un chat-huant, le silence sépulcral qui régnait sur la forêt aurait rendu froussard le plus brave. Le pèlerin se hâtait lentement car il avait perdu le sentier depuis longtemps et ses pas ne rencontraient que racines et cailloux mal intentionnés qui semblaient se liguer pour le retenir en ces lieux peu accueillants. Seule sa foi qui l’accompagnait, matérialisée par une croix taillée dans une branche d’olivier de Manosque pendant à son cou contre son torse maigre, pouvait lui donner le courage de poursuivre sa quête. Une besace devenue maigrichonne depuis bien longtemps battait à son flanc alors que cramponné à un long bâton noueux il tentait d’enjamber un fossé devenu boueux par des pluies récentes. Les efforts physiques avaient une vertu, ils calmaient ses angoisses en détournant les occupations de son esprit. Comme les choses sont bien faites pensait le voyageur, « Gloire Lui soit rendue » se retint-il de s’exclamer. A cet instant un faible rayon de lune trouant la canopée découvrit une clairière où s’avachissait une hutte de branchages.
S’approchant précautionneusement le pèlerin constata avec soulagement qu’il s’agissait d’une ancienne cabane de charbonnier abandonnée depuis des lustres. Ayant poussé la porte branlante, l’intérieur révéla une ruine de pièce délabrée où une paillasse en lambeaux gardait la trace des nuitées des voyageurs de passage. Le confort se mesurant à l’aune de sa fatigue, notre vagabond y posa son bagage et s’endormit non loin d’une portée de mulots pas très heureux d’être réveillés en plein songe. Le matin vint plus vite qu’il ne le souhaitait mais la prudence lui conseillait de ne pas s’attarder. L’auberge n’offrait ni le petit-déjeuner, ni les commodités d’une ablution matinale néanmoins le pèlerin pris le temps d’une prière pour remercier la Providence de ses bontés passées et l’exhorter à continuer à veiller sur lui. Puis il s’en fût, marchant d’un bon pas vers le soleil levant. Les oiseaux chantaient, les angoisses de la nuit s’étaient dissipées, le monde semblait beau et bon, l’avenir aurait dû être radieux.
Quand les murs de la ville apparurent au lointain, le marcheur solitaire sentit son cœur se serrer, bientôt l’objet de sa quête serait à sa portée. Le soleil était à son zénith, aucune ombre ne soulageait l’homme en sueur qui néanmoins trottinait d’un bon pas vers son but ultime. A peine franchis les faubourgs tristes, le pèlerin s’enquit de son chemin. Un gueux qui traînait alentour lui indiqua l’endroit.
Enfin, la cathédrale se dressa devant lui ; la foule des jours de marché occupait toute la place et ce n’étaient que cris et rires, grognements et plaintes, complaintes et chants de baladins, crissements de roues des chariots qui traversaient sans égards la nuée bruyante. Se frayant un chemin parmi tous, le pèlerin arriva devant une taverne où les yeux pleins d’amour il demanda au commerçant bonhomme qui tenait l’échoppe « Savez-vous où je peux trouver Corboland ? ». Partant d’un grand rire qui ne masquait pas son mépris, l’homme décocha sa flèche du Parthe « Ne sais-tu pas, toi qui vient d’on ne sait où, que Corboland est partout ? Qu’il est accessible à tous par le biais d’Internet ! »
A ces mots le pèlerin se senti sot et comprenant que le destin ne l’avait pas encore élu, il entra dans le temple proche et se plongea dans la prière « Bordel de merde ! Tout ce chemin pour rien ! »
15:33 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : La quête du pélerin, Corboland, Manosque, la cathédrale, flêche du Parthe
20.11.2007
Retour de manivelle
09:56 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : SNCF, grèves, cheminots, Air France, vie du rail
17.11.2007
Les carreaux sales
Ca fait deux ans qu’il est à la retraite Roger. Enfin, ça fera exactement deux ans à la Noël. Avant , il travaillait à la mairie du village. Il faisait un peu tout là-dedans, concierge, secrétaire et même du bricolage s’il le fallait. « Peuh ! Sans moi je voudrais bien les voir, le maire et son conseil municipal ! » Répétait à tout propos Roger. Il faut dire qu’en plus de quarante ans, il en avait vu passer des maires, alors que lui il restait fidèle au poste. Du coup il estimait, peut-être à tort, que la mairie c’était un peu chez lui. A l’ancienneté elle lui revenait de droit.
Pourtant, un beau jour il a du prendre sa retraite. Lui, il serait bien resté à son poste jusqu’à la fin, comme le commandant du Titanic après avoir fait connaissance avec l’iceberg mais dans l’administration c’est règlement-règlement ! Alors il avait déménagé ses affaires personnelles, laissant son bureau propre comme un sou neuf. Evidemment, dès que quelqu’un râlait à propos du maire, le Roger était là pour en rajouter. « De mon temps ça ne se serait pas passé ainsi ! » ou bien « Je l’avais bien dit que quand je partirai ça serait le bordel ! » Au village tout le monde en riait et s’amusait à l’asticoter au sujet de la mairie et lui, à chaque fois, il plaçait son couplet.
La retraite au début c’était bonnard, ça lui faisait comme de longues vacances en somme. Il déambulait dans la Grand ’ rue à discuter avec les commerçants. « Salut la boulange ! Comment vont tes bâtards ? » « Bonjour Gaston, qu’est-ce que tu as aujourd’hui ? Ah ! Tu as une langue de veau. Bah ! Faut voir un toubib mon vieux ! ». Et puis un jour les plaisanteries l’on lassé, il a commencé à s’ennuyer. Reconnaissons qu’à soixante sept ans, Roger est encore alerte et en bonne santé. Ce qu’il lui fallait, c’était un petit boulot.
Une idée lui est venue, il a été voir la mercière, le boulanger, le boucher et tous les autres qui tenaient boutique afin de leur proposer un marché. « Je vous nettoie vos vitrines et vous, vous me payer en argent ou en nature, comme ça vous arrangera ». Certains ne furent pas intéressés, comme le boucher « J’ai déjà un commis qui ne fout rien et que je dois payer, alors nettoyer les carreaux ça l’occupe » Néanmoins plusieurs boutiquiers se mirent d’accord avec lui.
Toutes les vitrines devaient être lavées une fois par semaine et comme il voulait faire son boulot tranquillement, il ne s’occupait que de deux boutiques par jour ; ça lui passait son après-midi.
Le Roger s’était fait un planning, le vendredi il traitait la poissonnerie, le mardi c’était la boulangerie parce que ce jour-là le patron préparait des pizzas. Mais ce qu’il aimait le plus, c’était de faire le café de la Grand ’ rue. Là, il était payé en liquide, enfin je veux dire en argent liquide, car il n’était pas trop porté sur l’alcool, mais surtout il y avait Lise, la serveuse. Dix-huit ans, mignonne comme on l’est à cet âge. Tous les mercredis après-midi, il déboulait sur sa mobylette, ses seaux sur le porte-bagages et un escabeau fixé sur son dos.
- « Ca va Lise ? »
- « Toujours à plaisanter monsieur Roger. Oui ça va et vous ? »
- « Bof ! On fait aller. Bon, il n‘y a personne, ça sera plus facile pour travailler. Allez, je vais déballer mon matériel »
- « Vous voulez que je vous aide, je n’ai rien à faire pour l’instant ? »
- « Tu peux remplir mon seau si tu veux ! »
Lise s’éloigne vers la cuisine et Roger déplace les tables et les chaises qui se trouvent trop près de la vitrine avant d’installer sa petite échelle. Entre temps la serveuse est revenue avec son seau plein et le pose au sol. Roger y plonge son éponge et commence à escalader son escabeau.
- « C’est pas trop haut pour vous monsieur Roger, à votre âge il faut faire attention »
- « Faut bien nettoyer tout en haut ! »
- « Laissez-moi le faire … »
- « Oh ! T’es bien gentille ma petite … »
Roger laisse sa place à Lise. La mignonne ingénue montait à l’échelle avec souplesse tout en remuant délicieusement son petit popotin. Le Roger n’en perdait pas une miette, placé comme il l‘était, le tablier blanc et la courte jupe n’arrivaient pas à cacher grand-chose des cuisses fraîches de la jeune fille.
- « Tenez ! Vous pouvez mouiller mon éponge ? »
- « Bien sûr, donne … ! »
En se penchant sur le seau, Roger lança un coup d’œil furtif vers la gamine. La vue de son slip en coton blanc l’émoustilla. Il se sentit frétiller, à son âge il n‘en revenait pas.
- « Attends Lise, l’eau est sale. Tu me montres la cuisine ? »
- « Venez, c’est par là »
Roger porta le seau jusqu’à la souillarde et le vida dans l‘évier, puis il plaça le récipient sous le robinet et laissa couler l’eau lentement.
- « Ton père n’est pas là ? »
- « Il est à la coopérative, des problèmes de livraison à régler… »
- « Tu sais que tu es mignonne, il s’appelle comment ton fiancé ? »
Roger s’était approché de Lise et avait posé une main sur la hanche de la petite. Son frétillement semblait tenir la distance.
- « Allons, monsieur Roger, laissez-moi ! «
- « N’aie pas peur ma cocotte, je ne suis qu’un pauvre vieux »
Vieux, peut-être, mais pas manchot. Ses mains couraient de plus en plus vite sur le corps de Lise. La fille recula acculée contre le mur. Roger ne se sentait plus.
- « Juste un baiser, allons Lise ? Un petit bécot et je te laisse ! »
- « Vous êtes fou monsieur Roger, lâchez-moi ou je crie ! » A cet instant le père de Lise fit son entrée.
- « Qu’est-ce que c’est que ça ? Vieux dégoûtant ! Salaud ! »
- « Vous énervez pas ! Attendez … »
- « Sale porc ! Où est mon fusil ? »
- « Papa ! Arrête ! »
Dans le café c’était la panique, le père courait chercher son arme, sa fille sur ses talons et tâchant de le retenir. Le Roger, lui, il avait débandé vite fait et il se hâtait de récupérer ses affaires.
Il poussait sa mobylette pour la faire démarrer quand le père de Lise apparut sur le seuil de sa porte, le tromblon à la main.
« J’vais le crever cette ordure ! » Hurlait le cafetier en épaulant son arme. Roger pédalait comme un beau diable sur sa pétrolette qui zigzaguait dangereusement sur la route. Le père offensé, fit feu deux fois, les plombs retombèrent en pluie sur le macadam autour du fuyard, sans l’atteindre. Les seaux mal arrimés roulèrent dans le caniveau et bien qu’encombré de son escabeau, Roger réussit à garder un équilibre précaire et à filer par une ruelle adjacente.
Depuis ce jour, il faut en convenir, les vitres du café ne sont jamais très nettes.
15:50 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Les carreaux sales, nouvelle
