02.07.2008

Le sens du relatif

On n’a plus guère le sens du pronom relatif, outil que l’on ne sait plus manier. On ne sait plus mettre « lequel » au féminin, singulière impuissance à l’heure où l’on féminise abondamment. On entend « la question sur lequel je me penche ». On aura droit bientôt, inévitablement, à des « la médecine avec lequel je vis », « l’agente grâce auquel j’ai eu cette information ». On ne sait plus user de « dont ». On entend « la seule chose que je me souvienne ». Si c’était « que je me rappelle » ! On entend « demander ce que l’on a besoin », « les instruments qu’il se sert », « les problèmes que nous nous plaignons »… Si « dont » les gêne, qu’ils prennent « duquel ». Malheureux ! Cela donnerait « la belle journée duquel je me souviens » !

Extrait de Le petit manuel du français maltraité de Pierre Bénard édité au Seuil

28.06.2008

Cormac McCarthy : Le Grand Passage

51P0CRWE92L._SL500_AA240_.jpgAttention littérature avec un L majuscule. Dès les premières pages du livre on sent qu’on entre en littérature et non dans un simple roman. Indépendamment du thème ou de l’intrigue, la puissance de l’écriture, le souffle puissant derrière des mots simples ne trompent pas. Il ne s’agit pas d’une vulgaire piquette, mais d’un crû charpenté et gouleyant, dont les arômes puissants restent longtemps en bouche, un régal, un chef-d’œuvre. J’ai découvert Cormac McCarthy récemment (voir ma chronique de son dernier roman La Route ) et je suis bien décidé à rattraper le temps perdu car lire un grand écrivain accroît le plaisir de la lecture en élargissant le champ de la conscience. Paru en 1994 Le Grand Passage se déroule dans les années 1920 entre l’Arizona et le Mexique. Un adolescent de seize ans, Billy, après avoir pris au piège une louve, décide de la relâcher dans son territoire natal, le Mexique, tel est souvent dans les chroniques, le résumé de ce roman. Nous sommes loin de la réalité et de l’ampleur du livre dans lequel l’anecdote de la louve ne représente que le tiers à peine du roman. Il y aura aussi, le retour au ranch familial où le drame prendra son envol avec les parents décédés et les chevaux volés, le frère cadet Boyd seul rescapé et leur quête à la recherche des voleurs Mexicains. Passage de l’adolescence à l’état d’adulte, la violence et la souffrance, émois et amour suggérés, la solitude et la faim, les traditions de partage entre les errants, ce fabuleux livre condense tous les thèmes essentiels de la vie et donc de la mort. A lire absolument.

« Il dit qu’à son avis il était imprudent de croire que les morts n’ont pas le pouvoir d’agir en ce monde, car leur pouvoir est grand et c’est sur ceux qui s’en doutent le moins qu’ils ont le plus d’influence. Il dit : ce que les hommes ne comprennent pas c’est que ce que les morts ont quitté n’est pas le monde lui-même mais seulement l’image du monde dans le cœur des hommes. Il dit qu’on ne peut pas quitter le monde car le monde sous toutes ses formes est éternel de même que toutes les choses qui y sont contenues. »

Cormac McCarthy   Le Grand Passage  Points  

 

21.06.2008

Le retour des Pieds Nickelés

Quand les hasards et concours de circonstances entrent en écho, les évènements créent des situations étonnantes. La semaine dernière j’étais à la brocante de Marly le Roi d’où je n’avais rien rapporté, n’y trouvant pas même le moindre bouquin ou disque qui aurait pu enrichir mes collections. Ce samedi c’est un quartier du Pecq qui organisait un modeste vide grenier au pied de quatre immeubles. Quelques tables ou toiles à même le sol, vêtements, vaisselle, bouquins policiers et CD sortis du hit-parade. C’est alors que le concours de circonstances évoqué plus haut entre en piste. La veille j’avais lu un article dans l’Express de cette semaine consacré à un essai récemment paru de Jean Tulard sur les Pieds Nickelés, la fameuse BD débutée en 1908 dans un illustré nommé l’Epatant. Gamin j’avais un peu lu ces bandes dessinées, poussé par mon père qui s’en était gavé quand il était enfant lui-même. L’article m’avait mis l’eau à la bouche et j’avais noté dans un coin de ma mémoire qu’à l’occasion il faudrait que je déniche un exemplaire de ces voyous sympathiques. Or, à peine entré dans la zone dédiée au vide grenier, la première chose que j’aperçois, c’est un bouquin compilant plusieurs épisodes des Pieds Nickelés. Le hasard m’ayant tendu la perche je ne pouvais que mettre la main à la poche pour en sortir une petite pièce et m’offrir pour si peu ce morceau d’enfance. Il ne s’agit pas d’une version originale, bien sûr, ni même d’une reproduction des planches de Louis Forton (1879-1934) leur créateur, mais d’épisodes créés par René Pellos à partir de 1948 et qui verront la série s’arrêter en 1981. Qu’importe, Croquignol, Filochard et Ribouldingue viennent d’entrer chez moi, apportant leur bonne humeur et leurs arnaques grotesques pour quelques heures de lecture souriante.

 

10.06.2008

Marianne Faithfull : Mémoires, rêves et réflexions

Faithfull.jpgOn ne présente plus Marianne Faithfull, du moins je l’espère pour vous. Lancée très jeune dans la chanson, son premier disque date de 1964 « As Tears Go By », égérie des sixties et compagne un temps de Mick Jagger elle fera aussi carrière au théâtre avec « Les trois sœurs » de Tchékhov et le cinéma comme « Irina Palm » diffusé ces jours-ci sur Canal. Ce ne sont que quelques exemples de ses diverses activités artistiques et la lecture de ses mémoires prouve qu’elle a de solides connaissances littéraires et poétiques. Sa position privilégiée au cœur du malstrom des années soixante la poussera à goûter aux drogues et à l’alcool, au sexe aussi (le fameux épisode de la barre de Mars et du manteau de fourrure dans la propriété des Redlands), de quoi entretenir une légende que pourtant elle réfute partiellement, s’étonnant que certains ne retiennent que ces quelques épisodes scabreux de sa vie alors qu’elle-même se voit comme une personne très simple. Ecrits par David Dalton, les Mémoires, rêves et réflexions de Marianne Faithfull ne tombent dans aucun excès, du genre « c’était si bien en ce temps là » ou « j’ai tellement souffert de la drogue », grâce au style léger maniant ironie et piques voilées. Bien sûr on croise quasiment le bottin tout au long de ces pages, d’ailleurs un index en fin de livre permet d’aller piocher dans l’ouvrage à sa guise. Pour résumer, un livre agréable à lire pour ceux qui connaissent la dame ou qui souhaitent enrichir leurs connaissances par la bande, sur des artistes comme William Burroughs, Gregory Corso et des dizaines d’autres.

« Il y a deux choses que j’ai toujours trouvées intéressantes : l’image romantique de l’artiste et son association avec la descente volontaire dans l’abîme de la drogue et les excès malheureux. Aujourd’hui il m’arrive de penser que ce ne sont que des couillonnades. Cela a peut-être marché pour De Quincey et Cocteau, et cela semble bien quand vous avez quinze ans, mais en fin de compte je pense que c’est une conduite incroyablement immature. C’est en fait infantile. Si vous êtes un artiste, vous n’avez pas de temps à perdre avec ces conneries. »

Marianne Faithfull  Mémoires, rêves et réflexions  chez Christian Bourgois      

 

04.06.2008

Maxime Chattam : Les arcanes du chaos

chattam 2.JPGYael vend des yeux de verre chez un célèbre empailleur de la rue du Bac à Paris et tout va très bien pour elle jusqu’au jour où elle se met à voir des ombres dans les miroirs et que celles-ci lui font passer des messages qui mêlent occultisme et symbolique. A partir de cet instant la pauvrette se trouve embarquée dans une poursuite qui des catacombes et sous-sols parisiens, la mènera en Suisse et à New York. Un chevalier servant lui proposera son aide et les mystères du monde lui seront révélés comme les incroyables similitudes entre l’assassinat de JF Kennedy et celui d’Abraham Lincoln, la troublante composition des codes-barres utilisés partout de nos jours, les connections entre la famille Bush et la famille de Ben Laden, l’attentat du 11 septembre contre les tours du World Trade Center, la secte des Illuminati et le club secret des étudiants américains des Skull & Bones etc. L’Histoire n’est que manipulation dont quelques gros bonnets tirent les ficelles. Pour être franc, même si j’ai dévoré le roman, ça ressemble un peu aux séries de TF1 comme Dolmen ou Le Zodiac avec une petite mignonne qui affronte des dangers qui semblent surnaturels au début avant de trouver leur explication logique et nunuche à la fin, aidée par un beau gars qui nous fait languir avant de se la taper. Ici on retrouve toutes les rumeurs qui font les beaux jours d’Internet, le complot mondial ourdi depuis la nuit des temps et perpétué par des personnes puissantes mais peu connues du grand public. Un bouquin finalement très décevant qui n’est pas aidé par un style d’écriture assez pauvre et sans épaisseur, où les personnages manquent de profondeur et de psychologie. Je ne connais pas l’œuvre de Maxime Chattam qui pourtant semble avoir du succès mais si tous ses livres sont de ce même tonneau « fontaine je ne boirai plus de ton eau » !  

« Elle actionna l’interrupteur de la salle d’eau. Les lumières jaillirent, chassant les ténèbres. Pourtant une ombre opaque resta plus longuement sur le miroir. Comme si le verre était fumé. Yael cligna des yeux. Le miroir était à nouveau normal. L’effet n’avait duré qu’une seconde. C’est dans ta tête ! Tu as besoin d’aller dormir. Elle se pencha au-dessus du lavabo pour s’asperger d’eau fraîche. Puis elle se redressa. C’est à ce moment qu’elle la vit. Juste derrière elle. Cette fois aucune illusion d’optique, aucune crise de fatigue. Une ombre humaine se reflétait dans la glace. Haute et massive. Juste derrière le rideau de douche. Sans aucun doute possible. A moins d’un mètre d’elle. » 

Maxime Chattam   Les arcanes du chaos  chez Pocket        

24.05.2008

Edward Abbey : Le feu sur la montagne

1502169481.jpgAu Nouveau-Mexique, John un vieux fermier vit seul dans son ranch avec ses chevaux et ses vaches, sur cette terre désertique accablée de soleil et peuplée de serpents et scorpions. Billy, le narrateur, est son petit-fils venu y passer les vacances scolaires. Avec Lee, l’ami de John, ces trois là vivent des moments inoubliables pour le gamin, traite des vaches, randonnées à cheval, au milieu d’une nature sauvage et difficile où le couguar peut surgir à tout instant. On pourrait croire cette étendue de désert abandonnée de tous, jusqu’au jour où l’armée décide d’en faire une zone d’essais militaires. John fait l’objet d’un mandat d’expulsion. Nous sommes aux Etats-Unis, au pays des cow-boys et des pionniers, le ranch de John a vu y mourir son grand-père et son père, aussi le vieil homme n’est-il pas décidé à abandonner sa terre. L’armée lui fera des propositions généreuses, mais rien n’y fera et c’est l’arme à la main qu’il se prépare à affronter l’armée des Etats-Unis pour défendre sa maison et sa terre, sa liberté. Jusqu’à la mort puisqu’il le faut. Une fois de plus Edward Abbey, l’auteur du Gang de la Clé à Molette, nous livre sa vision du monde où les mots liberté et nature s’écrivent avec des lettres majuscules. Ode aux grands espaces de l’Amérique mythique, l’écrivain libertaire nous donne encore un de ces bons romans qui redonne des forces grâce à des hommes simples qui se hissent au niveau de héros, ne voulant pas plier ou baisser la tête. Edward Abbey décédé en 1989 a été enterré à sa demande dans le désert et aujourd’hui nul ne sait où est sa tombe.

« Les vaches, qui pouvaient aller et venir à leur guise, mangeaient ce qu’elles trouvaient, mais ne pouvaient se contenter de cette maigre végétation pour survivre. Elles broutaient les rudes arbustes du désert – les buissons d’acacias, de chamisas, de cliffroses, d’éphèdres et de mesquites. Quand les temps étaient durs, quand les temps étaient très durs, elles pouvaient même manger les figues de Barbarie, parfois avec l’aide de leur rancher qui passait d’abord ces cactus au lance-flammes pour en brûler les épines. Si ça ne suffisait pas, le rancher devait acheter du fourrage. S’il se ruinait en fourrage, il n’avait plus qu’à vendre son bétail et attendre la pluie, attendre une meilleure année. Si la pluie tardait trop à venir, il vendait son ranch ou laissait la banque le lui prendre. Mon grand-père était un des rares ranchers indépendants qui fût parvenu, bon an mal an, à survivre à la grande roue de la sécheresse et de la crise . Il s’en était rarement bien sorti, mais il s’en était toujours sorti. »

Edward Abbey   Le feu sur la montagne  chez Gallmeister    

17.05.2008

Christoph Ransmayr : La montagne volante

1011462702.jpgDeux frères Irlandais, l’un est marin Pad et l’autre Liam élève des moutons et étudie les cartes géographiques sur Internet, vivent sur une île jusqu’au jour ou Liam croît découvrir à partir d’images satellite une zone inexplorée du Tibet. Ils quittent l’Irlande pour se lancer dans l’ascension d’un sommet himalayen inviolé, une « montagne volante » selon les légendes des nomades khampas, tombée des étoiles et qui y remontera un jour. L’aventure devient quête et les deux frères pousseront leurs liens familiaux jusqu’à leurs limites, prétexte à une introspection pour Pad qui rédige ce récit, se remémorant la séparation de leurs parents, leur père plus ou moins membre de l’IRA etc. La vie et la mort sont indissociables, Pad y rencontrera l’amour avec Nyema la belle Tibétaine alors que Liam y laissera la vie.

L’écrivain Autrichien Christoph Ransmayr a mis plus de dix ans pour écrire ce roman après de longs voyages et il connaît très bien les lieux évoqués dans ce livre. Un très beau livre mais il faut faire l’effort au début, d’accepter la forme adoptée par l’auteur. Tout le livre est constitué de strophes de longueurs inégales sans qu’on en comprenne la logique (« La phrase flottante – ou mieux : la phrase volante – est libre et n’appartient pas seulement aux poètes » écrit Ransmayr dans sa préface) la ponctuation trouble aussi un peu et certaines tournures de phrases légèrement déconcertantes font du bouquin une sorte de long poème épique découpé en dix-huit chapitres. Une fois la surprise dépassée, le style et la langue écrite vous porteront vers les plus hauts sommets avec nos deux héros.

« et j’appris donc plus tard seulement, des jours, des semaines / plus tard, que les hampes de ces drapeaux de prière étaient / effectivement des clous, des clous avec lesquels les hommes / devaient fixer au monde l’ourlet de la montagne, / le clouer afin que la montagne reste auprès d’eux, et ne mette / pas à profit les tempêtes, si puissantes que les rochers / eux-mêmes étaient balayés comme flocons de neige, / pour reprendre son essor et se dissiper dans les airs. »

Christoph Ransmayr  La montagne volante  Albin Michel 

09.05.2008

Cormac McCarthy : La Route

398879014.jpgAttention chef d’œuvre ! Je ne vais pas tourner autour du pot et il ne s’agit pas ici de hurler en cœur avec les loups mais je dois convenir avec les critiques professionnels que le nouveau roman de Cormac McCarthy La Route est réellement exceptionnel. L’histoire est assez simple, le monde a été ravagé par une explosion nucléaire, du moins on le suppose car ce n’est jamais expliqué, un homme et son fils dont les noms ne sont jamais cités traversent un pays jamais nommé non plus en direction du sud poussant le Caddie contenant leurs maigres affaires, comme Sisyphe son rocher, vers la mer, où le père espère trouver le salut. Le froid s’est abattu sur le pays dévasté et nulle vie ne subsiste, leur errance les amène à croiser des cadavres et à se cacher des « méchants », ces bandes de survivants qui pour subsister se livrent au cannibalisme. Pour eux les « gentils » la vie ne tient qu’à un fil quand la chance leur permet de trouver une boîte de conserve abandonnée au fond du placard d’une maison pillée. On peut dire que le décor évoque Mad Max mais ce serait trivial, ou encore une pièce de Beckett mais ce serait trop intello. McCarthy fait beaucoup plus fort, par de courtes phrases et des dialogues réduits à leur strict minimum entre le père et l’enfant, par des descriptions d’une ligne épurées de tout pathos « Ce que le petit venait de voir c’était un nourrisson carbonisé décapité et éviscéré en train de noircir sur la broche » l’auteur réussi à instaurer la peur et pire encore, l’angoisse, car même si nos deux rescapés, dans l’immédiat, échappent aux embûches mortelles qui les attendent à chaque tournant du chemin, quel peut-être leur avenir dans ce monde mort ? Au début de la lecture de ce bouquin l’écriture semble d’une simplicité presque pauvre mais bien vite le rythme et la charge émotionnelle véhiculée donnent un souffle exceptionnel au texte. Dans ce monde qui n’est plus, le Bien et le Mal n’ont plus les mêmes définitions, l’homme devra tuer pour vivre et seule la voix de l’enfant saura parfois retenir l’inhumanité qui commence à le gangréner. Je n’aborde pas la fin du roman car vous allez, vous devez lire ce livre.

« Ce n’est qu’un rêve. J’ai très peur. Je sais. Le petit détournait la tête. L’homme le tenait contre lui. Ecoute-moi, dit-il. Quoi ? Quand tu rêveras d’un monde qui n’a jamais existé ou d’un monde qui n’existera jamais et qu’après tu te sentiras de nouveau heureux, alors c’est que tu auras renoncé. Comprends-tu ? Et tu ne peux pas renoncer. Je ne te le permettrai pas. »

Cormac McCarthy  La Route   Edition de l’Olivier 

 

05.05.2008

Patrice Bollon : Manel du contemporain

251143115.jpgLe titre dit bien de quoi il s’agit, à savoir un guide qui doit nous aider à vivre dans le monde qui est le notre car « Connaît-on bien toujours l’époque où l’on vit ? ». Pour Patrice Bollon écrivain et journaliste il est évident que la réponse est non et la lecture de son ouvrage tente à prouver que les évidences ne le sont pas tant que ça, que la vérité doit être définie avant d’être affirmée, que le miroir ne renvoie pas obligatoirement l’image du monde tel qu’il est. Il nous faudra changer nos mentalités et nos modes de pensée si nous voulons vivre pleinement dans ce monde en constante évolution. La vie, mode d’emploi aurait dit Pérec. De très courts chapitres, d’une page ou moins, pour aborder une foultitude de thèmes, les médias, les politiques, le langage, la pensée etc. afin « d’écouter toujours la subversion, c’est d’elle que demain sera fait ». Même si on n’adhère pas a tout ce qui y est dit, lire ce bouquin c’est comme ouvrir une fenêtre pour aérer une pièce, un courant d’air régénérant et hygiénique !

« Si la vie ressemble à une compétition, cette compétition s’exerce donc d’abord et avant tout, quasi exclusivement même, par rapport à soi. Quant à son secret ultime, il tient en une seule phrase : il faut avoir la conscience, l’intelligence de ce que l’on est, et faire en sorte, par tous les moyens dont nous disposons, y compris les plus détournés, de n’en jamais dévier. »

Patrice Bollon    Manuel du Contemporain   Seuil    

 

 

 

29.04.2008

Jiang Rong : Le Totem du Loup

948219637.jpgLe Totem du loup nous narre l’histoire d’un étudiant chinois envoyé en rééducation chez les peuples nomades de Mongolie en 1967 alors que nous sommes sous l’ère Mao et la Révolution Culturelle.

Le jeune lettré va vite tomber sous le charme de la vie mongole, faite de sagesse et de prévoyance où la Nature est déifiée et où le loup est un symbole tout puissant dont le peuple nomade descendant de Gengis Khan a fait son totem. Formé par le vieux Bilig, un chasseur émérite, Chen Zen va apprendre les règles de vie que nous enseigne la  Nature , le respect des animaux tués pour manger, la sélection naturelle et le grand cycle de la vie dans la steppe où chacun est la proie et le chasseur ce qui participe à l’équilibre général. La vie est rude en Mongolie mais tous en connaissent la loi et l’acceptent. Fasciné par les loups Chen Zen va tout faire pour en élever un afin de mieux comprendre le caractère de cet animal qui place la liberté au-dessus de tout.

Le bouquin fait un carton en Chine où on en a déjà vendu plus de 20 millions d’exemplaires car ses métaphores évoquent la vie politique et le joug qui empêche toute rébellion, alors que le loup devient un modèle à suivre pour le peuple Chinois s’il veut faire son trou dans un monde moderne où domine la logique de la compétition économique. Son auteur Jiang Rong (pseudonyme) est professeur d’histoire et d’économie né dans une famille de militaires et a passé une dizaine années en Mongolie comme volontaire. Sa connaissance de la nature et des mœurs des loups, marmottes et autres habitants de la steppe, font de son roman un magnifique livre d’éducation qui se lit à différents niveaux. Les droits cinématographiques ont déjà été achetés par Peter Jackson le réalisateur. Après le Seigneur des Anneaux, le Saigneur des Animaux ? Un bouquin vivement conseillé pour la bouffée d’espace et de liberté qui s’en dégage.

« Le louveteau mangeait ce qu’on lui donnait et dormait comme une souche. Mais il guettait la moindre occasion de s’enfuir. Pour lui, la vie était aussi précieuse que la liberté : il voulait l’une et l’autre ! On retrouve parfois cette force d’âme chez les humains, comme les révolutionnaires tombés dans les mains du Guomindang ou des Américains, mais ces militants ne formaient qu’une petite élite de la nation chinoise. Chez les loups c’était une qualité permanente, générale et transmise de génération en génération. Elle s’était également transmise au peuple mongol qui avait fait du loup son totem, respectant cet animal en tant que dieu de la Guerre et maître ancestral." 

Jiang Rong  Le Totem du Loup  chez Bourin Editeur 

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