01.07.2008

Le parcours du combattant

Il est 6h15 et j’attends le bus de banlieue qui m’amènera au RER. Alors qu’on n’y croyait plus et que les quelques pékins qui comme moi nous préparions à envisager un plan B pour aller travailler (Car tout banlieusard un tant soit peu organisé à toujours un plan B dans sa manche pour pallier aux incidents de transports) un bus arrive à fond de train et nous ramasse à la volée. Le conducteur du bus absent, malade certainement, a été remplacé in extremis par un collègue dont ce n’est pas l’heure de service. La vie est belle, le soleil pointe son museau, nous traversons la Seine sous un ciel bleu encourageant. Arrivés à la station du RER A du Pecq et à peine débarqués nous apprenons que les agents de conduite sont en grève surprise (Ah ! Ah ! J’adore les surprises) car l’un des leurs a été agressé hier soir à Chatou (Hou ! Hou ! Fait le chœur qui n’a pas de coeur). Ne faisant ni une, ni deux, je remonte dans le bus qui n’avait pas encore eu le temps de démarrer. Le conducteur, brave homme, fait le parcours en sens inverse et pousse l’amabilité jusqu’à faire un léger détour pour nous déposer à la gare de Marly le Roi. De là je prends le train jusqu’à la gare Saint-Lazare avant de sauter dans un nouveau bus qui me dépose à quelques centaines de mètres de mon bureau alors que 8h15 sonne au coucou de ma montre-bracelet ! Ouf ! Je ne suis parti de chez moi que depuis deux heures. Le soir pour le retour, j’ignore délibérément le RER et me rue sur le train où j’observe sans surprise que je ne suis pas le seul à avoir eu cette riche idée. Comme aujourd’hui il y a bien 30° au thermomètre, le voyage en train, ressemble à une recette de cuisine succulente sur le papier, « mettre au four pendant trente minute pour que les jus exsudent ». Après je n’ai plus qu’à rentrer à pied sous le cagnard moqueur, me hisser jusqu’à mon quatrième étage et me laisser mourir sous la douche en attendant que les jus du corps évacués par la bonde soient rincés par le jet du pommeau. Une bien belle journée en vérité.  

 

24.06.2008

Constat à l'amiable

J'étais encore au volant de ma R.8, elle m'en a fait voir celle-là, et je reconduisais un copain chez lui. Il était deux ou trois heures du matin dans les années 70, nous traversions le vieil Argenteuil qui est un dédale de ruelles mal éclairées. Le quartier était désert et endormi. L'autoradio marchait en sourdine quand le présentateur annonça le prochain disque "... et maintenant... les Who ! Avec Won't get fooled again !!!" J'adore ce morceau, surtout le passage où le chanteur déclare "... pick up my guitar and play / just like yesterday...". Mon poste étant placé très bas sous le tableau de bord, je me penchais pour mettre le son à fond. A peine venais-je de toucher le bouton du volume qu'un bolide surgit de ma droite et nous emboutit. Le choc fut tellement violent que ma voiture resta plantée en plein milieu du carrefour. Le pare choc se retrouvant à la hauteur du pare-brise qui lui-même s'était répandu sur nos genoux ! Nous n'étions pas blessés, seulement sonnés. En sortant de l'épave, je cherchai des yeux l'autre véhicule. Celui-ci, une vieille P.60, avait fini sa course dans un jardin, arrachant la clôture grillagée. Les passagers ne bougeaient pas, le conducteur affalé sur son volant et l'autre effondré sur son siège, à la place du mort. Soyons francs, moi et mon copain étions bien emmerdés ! Comme nous approchions de la voiture, les deux hommes commencèrent à remuer et à geindre. Avec bien du mal, ils s'extraient de leur poubelle à roues, nous invectivant en arabe. Soit disant qu'ils étaient blessés et même mourants. C'est à cet instant qu'une voiture se gara près de nous et qu'un type que nous ne connaissions, ni d'Eve ni d'Adam, prit la situation en main. Le gars avait l'habitude des accidents routiers et en moins de deux il rédigea un constat à l'amiable. De leur côté les deux accidentés se plaignaient de maux de tête et paraissaient vouloir obtenir une réparation financière. Mais quand il leur fut proposé d'aller chercher la police pour dresser un procès verbal plus officiel, les éclopés retrouvèrent leur vigueur. Après avoir poussé ma voiture le long d'un trottoir, le type proposa de nous raccompagner, moi  et mon copain. Les deux arabes, eux, étaient déjà en route, à pied, vers Gennevilliers. Le loubard voulait nous offrir un pot chez lui, mais quand sa femme nous accueillit par des jurons, vu qu'il avait oublié sa clef et qu'il était près de quatre heures du matin, l'affaire tourna court. Maintenant, quand Won't get fooled again passe à la radio et que je suis en voiture, je me gare vite fait !

22.06.2008

Les champignons

Je n’ai pas toujours été un garçon filant droit dans les clous. Le cèpe et l’agaric ne sont pas les seuls champignons que je connaisse. J’évoque souvent la fin des années 60 comme une sorte d’âge d’or, un paradis perdu, car c’était le temps où je sortais de l’enfance et où le monde explosait trop à l’étroit dans son costume devenu ringard, mais la décade des années 80 n’en fut pas moins belle. Ce furent les nuits courtes, les fêtes et les excès, les sorties et les concerts plusieurs fois par semaine, mes années rock’n roll. Pour exemple, en mai 1980, le 5 j’étais au Bataclan pour voir Elvis Costello, le 8 au Théâtre de L’Empire pour un enregistrement de l’émission de télévision Chorus avec les groupes James Chance et Martha and the Muffins, le 18 au Palace pour Garland Jeffreys et le 24 de retour à l’Empire pour la même émission mais cette fois avec Johnny Guitar Watson avant de clore le mois le 27 au Palais des Sports pour les Clash. Les alcools étaient souvent de la partie, bières et tequilas, mes Camel (oui, à cette époque je fumais aussi) parfois remplacées par des cigarettes aux odeurs plus entêtantes et qui incitaient à rire. J’ai aussi connu quelques aventures hallucinantes au sens premier du terme. Notre petite bande dont le camp de base se situait près de la place du Colonel Fabien, s’était procurée un bocal de champignons hallucinogènes, des psilocybes, ces champignons magiques poussant principalement au Mexique mais dont on trouve des variétés en France aussi. Cueillis et séchés, biologiques en somme, ils n’attendaient plus que notre bon vouloir. Sans fioritures, c'est-à-dire sans passer par l’étape cuisine qu aurait consisté à les incorporer à un gâteau ou autre recette, nous les avalions par pincée, comme nous eussions prisé du tabac. Quelques minutes plus tard un bouillonnement interne nous poussait à bouger, sortir pour dépenser une énergie croissante. A deux heures du matin, nous arpentions alors le secteur entre la République , la rue du Temple et les Buttes Chaumont. Le Gibus était souvent un point de chute, où nous évacuions ce surplus de vitalité en nous trémoussant sous le déluge de décibels qu’un groupe punk balançait sans ménagement sur la petite foule d’excités venus transpirer tous ses pores, sous le plafond bas et les murs suintant de condensation de la célèbre boîte Parisienne. Tout ceci n’aurait pas un grand intérêt s’il n’y avait eu la fameuse soirée au Saint. Plus de vingt ans plus tard, je ne sais toujours pas si j’ai vu ce que j’ai vu ou si l’hallucinogène frappa réellement fort ce soir là. La bande était réduite à sa plus simple expression, ma copine Pascale, Cathy et moi. Nous avions certainement commencé par faire tourner le tarpé, roulé de main de maître par l’une des deux mignonnes, lancés dans une discussion qui n’avait certainement ni queue ni tête quand Pascale certainement, proposa de bouger et d’aller en boîte. Mais pour que la soirée soit mémorable elle proposa quelques champignons. Herbe et champignons nous en restions aux produits naturels. En deux temps et trois mouvements nous voila partis dans ma vieille R12 en pleine nuit, vers le Saint une boîte de la rue Saint Séverin, dans les caves voûtées du quartier Latin. J’étais donc déjà sur un joli petit nuage quand nous arrivons, mon esprit en léger décalage avec mon corps, je me regardais évoluer, témoin extérieur de mon propre moi. Vagues souvenirs, de tables basses et de corps étalés sur les banquettes, de musique indéfinie mais lourdement rythmée. Et puis ces hallucinations ou réalité ? Vautré au fond d’un canapé, malgré le tumulte facilement imaginable dans une boîte, j’arrive à suivre très distinctement la conversation des gens installés à l’autre bout de la salle, comme s’ils étaient à mes côtés. Je n’étais pas au bout de mes surprises quand sur la piste de danse, les trémousseurs sont inexorablement remplacés par les membres d’une secte ( ?), des blacks en longues robes noires faisant cercle autour de la piste, puis libérant le cercle pour qu’entre en son centre, un noir énorme et chauve, vêtu lui aussi d’une toge et se dandinant comme un gros ours lourd, avant de retourner dans l’obscurité accompagné de sa troupe et que les danseurs classiques reprennent leurs activités interrompues quelques instants par cette apparition grotesque et légèrement inquiétante, pour moi seul à l’évidence, car quelques jours plus tard quand j’en reparlerai à mes amies, aucune n’en aura le souvenir. Quand nous quitterons le Saint, le retour restera une interrogation, car je ne me rappelle plus comment nous avons retrouvé notre route, mais sachez que nous avons mis au moins une heure, pour rallier le Quartier Latin à la rue aux Ours, une ruelle perdue au cœur de Paris, alors que la nuit tendait à laisser la place au jour. Hasard de la vie, ce sera ma dernière expérience hallucinogène. Sans faire l’apologie de ce genre d’aventures, je dois néanmoins constater qu’elles m’ont permis de mieux appréhender certaines lectures, récits anthropologiques sur les chamans, romans expérimentaux de William Burroughs, œuvres de De Quincey ou Castaneda etc. Depuis il y a prescription, je ne fume plus, je ne bois plus, j’ai même arrêté de conduire et la vie est toujours aussi belle.               

 

21.06.2008

Le retour des Pieds Nickelés

Quand les hasards et concours de circonstances entrent en écho, les évènements créent des situations étonnantes. La semaine dernière j’étais à la brocante de Marly le Roi d’où je n’avais rien rapporté, n’y trouvant pas même le moindre bouquin ou disque qui aurait pu enrichir mes collections. Ce samedi c’est un quartier du Pecq qui organisait un modeste vide grenier au pied de quatre immeubles. Quelques tables ou toiles à même le sol, vêtements, vaisselle, bouquins policiers et CD sortis du hit-parade. C’est alors que le concours de circonstances évoqué plus haut entre en piste. La veille j’avais lu un article dans l’Express de cette semaine consacré à un essai récemment paru de Jean Tulard sur les Pieds Nickelés, la fameuse BD débutée en 1908 dans un illustré nommé l’Epatant. Gamin j’avais un peu lu ces bandes dessinées, poussé par mon père qui s’en était gavé quand il était enfant lui-même. L’article m’avait mis l’eau à la bouche et j’avais noté dans un coin de ma mémoire qu’à l’occasion il faudrait que je déniche un exemplaire de ces voyous sympathiques. Or, à peine entré dans la zone dédiée au vide grenier, la première chose que j’aperçois, c’est un bouquin compilant plusieurs épisodes des Pieds Nickelés. Le hasard m’ayant tendu la perche je ne pouvais que mettre la main à la poche pour en sortir une petite pièce et m’offrir pour si peu ce morceau d’enfance. Il ne s’agit pas d’une version originale, bien sûr, ni même d’une reproduction des planches de Louis Forton (1879-1934) leur créateur, mais d’épisodes créés par René Pellos à partir de 1948 et qui verront la série s’arrêter en 1981. Qu’importe, Croquignol, Filochard et Ribouldingue viennent d’entrer chez moi, apportant leur bonne humeur et leurs arnaques grotesques pour quelques heures de lecture souriante.

 

02.06.2008

Pourquoi ce titre ?

Peut-être vous êtes-vous étonnés du titre de ce blog ? Pour ceux qui ne me connaissent pas personnellement, en voici l’historique qui mine de rien remonte à l’été 1984 ! En ce temps-là la micro-informatique et à fortiori Internet m’étaient inconnus comme à nombre d’entre nous et pour mettre en œuvre l’idée qui venait de germer dans mon esprit à l’imagination féconde, créer un journal, il ne me restait que ma machine à écrire. L’idée, c’était donc de créer un journal dont j’étais l’unique rédacteur et de le diffuser incognito à des collègues choisis de ma boîte. Comme toute entreprise artisanale, l’imagination et la débrouillardise étaient les principaux ingrédients de la réussite. J’avais pour ambition de sortir un numéro tous les mois ce qui ne s’avéra pas une mince affaire. Les articles étaient tapés sur des feuilles format A4 format paysage en respectant une certaine disposition du texte, auxquels je rajoutais des images collées manuellement. Puis j’en faisais des photocopies que je pliais en deux pour aboutir au format de mon journal, j’agrafais toutes les pages ainsi et les envoyais par le courrier interne et anonymement aux destinataires que j’avais sélectionnés. C’est à cause de cet anonymat évidemment que mon journal se nommait Le Corbeau. Le premier numéro sortit en juillet 1984 et durant 24 numéros c'est-à-dire jusqu’à juin 1986 il amusa certains. Epuisé par la cadence infernale des parutions pour lesquelles je devais collecter informations ou rédiger des textes, je finis par jeter l’éponge. Les années passèrent, les technologies évoluèrent et contrairement à la logique habituelle, de l’outil germa l’idée. Le logiciel Power Point que nous utilisions dans nos activités professionnelles se prêtait merveilleusement à la résurrection du Corbeau, surtout depuis qu’un ou deux collègues m’aient reparlé avec émotion des bons moments passés à la lecture de cette petite bêtise. Aussi en mai 2003 je relançais l’oiseau. Cette fois sa périodicité, l’expérience parlant, devint bimensuelle et Le Corbeau reprit son envol sous format diaporama Power Point en mai 2003 pour son numéro 1 diffusé par e-mail et toujours de manière anonyme, aux anciens et à de nouveaux destinataires, l’élite en somme. Pour être lecteur de cette nouvelle merveille ( !) il fallait être coopté par un lecteur ce qui me permit d’étoffer ma liste de diffusion. L’affaire tournait rond et se prêtait bien à des éditions papier facilement lisibles dans le train quand mes lecteurs rentraient chez eux le soir après leur journée de travail. Je sais d’ailleurs que certains regrettent cette époque. Pourtant une fois encore, le modernisme l’emporta et l’engouement pour les blogs qui dans un premier temps me laissa indifférent, eut le dernier mot. A nouveau la série s’arrêta au bout de 24 numéros en mars 2007 et c’est sous la forme du blog nommé Corboland78 en référence au passé et à mon département de résidence que je poursuis l’aventure.

 

Ci-joint un exemplaire du Corbeau n° 10 de novembre 2004     

Le Corbeau n°10.pps       

 

19.05.2008

J'arrête l'eau !

Fini, j’arrête l’eau. J’en avais le projet en tête depuis quelques temps déjà mais là c’est décidé je ne bois plus d’eau minérale. Pour autant je ne vais pas me mettre au pinard je vous rassure, du moins pas au quotidien. Non ! J’arrête l’eau minérale et je passe à l’eau du robinet, directement sans phase de transition ou de test. Je sais c’est un risque mais je l’assume, dès que ma dernière bouteille de Contrex sera vide, dans quelques heures, je la remplis de l’eau de la ville. Faut dire que je commençais à en avoir plein le dos, c’est le cas de le dire, de faire le plein. Le magnum de six bouteilles d’un litre et demi ça doit peser pas loin de neuf kilos, à vue de nez. Pour équilibrer l’effort, j’en prenais deux, un dans chaque main, et je ralliais mon appartement au quatrième sans ascenseur avec mon butin au poids de l’or et de l’effort. Longtemps j’ai pensé que c’était bon pour ma santé, exercice physique et eau, ça ressemblait au couplé gagnant. Jusqu’à ce que je tombe sur un article de presse, qui rappelait que l’eau du robinet en France – du moins – est potable. Qu’en en buvant et donc en n’achetant pas d’eau minérale on évite de consommer des bouteilles en plastique et que les dites bouteilles parcourent en moyenne 300 kilomètres entre l’usine et votre habitation, d’où coût d’énergie et gâchis de pétrole etc. Finalement le bon côté des choses était annulé par l’effet polluant de l’autre. Du moment que j’avais une bonne raison pour ne plus faire d’effort, il n’a pas fallût me le répéter deux fois. L’écologie sait parfois trouver les mots justes. Fini l’eau en bouteille, vive le jus de robinet !    

 

11.05.2008

Dites le avec des fleurs

1322545439.JPGCe fût la ruée. Exhortés par le temps magnifique qui règne sur la région parisienne depuis plusieurs jours, nous étions nombreux à avoir eu la même idée ce week-end, faire un tour chez Truffaut pour faire provision de plantes, fleurs ou pots pour décorer nos petits chez nous. Attendri par la vigueur retrouvée de la suspension pendue dans ma loggia depuis l’été passé, abandonnée là tout l’hiver sans soin aucun ni protection particulière contre les bourrasques de vent frisquet, pour lui rendre hommage je l’avais débarrassée de la masse de feuilles et tiges desséchées depuis bien longtemps, taillant à la va-vite dans ce fourbi entremêlé, raccourcissant par ici, réduisant par là avant de l’abreuver jusqu’à plus soif d’une eau teintée d’engrais léger. Depuis une huitaine les bourgeons se tendaient vers la lumière et quelques fleurs timides venaient d’éclore, signe indubitable d’un printemps installé. Il était donc temps de repeupler les deux jardinières fierté de mon balcon qui me poseraient à l’égal de mes voisins pas bien doués pourtant dans ce genre d’activité. Tout était bien clair dans ma tête, je devais acheter des plantes fleuries, des jaunes et des bleues ou mauves, quoi exactement je ne savais pas, mais l’effet esthétique devait faire alterner dans mes bacs ces deux couleurs qui je trouve, se marient à merveille. De plus le jaune est la couleur de l’année si j’en crois les magazines féminins que je ne néglige jamais de feuilleter quand l’occasion se présente. Nous partîmes à deux et nous vîmes pfff ! nombreux en arrivant au parking de la jardinerie déjà nommée. Cramponné à mon chariot cahotant, j’entamais le gymkhana dans les allées, sous les serres, entre les poteries géantes, le long des longues tables de fleurs en pot, sous les suspensions tombant des plafonds, cherchant d’un œil inquiet dans les chariots des autres aussi, les plantes que je convoitais, buté sur mon idée de départ. Après deux ou trois tours dans ce qui ressemblait à une promenade au milieu des autos tamponneuses de la Fête des Loges, je me suis vite lassé et j’ai laissé mon esprit pragmatique reprendre le dessus. J’étais venu chercher des plantes jaunes et bleues, je suis reparti avec des géraniums lierre mauves et blancs. Et alors ? Je fais ce que je veux sur mon balcon, non ?        

 

Les retrouvailles

Nous ne nous étions pas revus depuis plus d’un an, je crois même que cela remonte à l’été 2006. Je pensais à lui parfois quand il faisait beau, lui m’avait certainement oublié mais qui peut dire ? Aussi quand j’ai fait la démarche pour rependre le contact, j’avais un petit pincement au cœur, serait-il encore fringant, pourrait-il encore me supporter ? Au premier abord, c’est vrai qu’il m’a semblé crevé et affaissé, un peu plus gris que dans mon souvenir. Je n’ai rien dit, j’ai ouvert la porte en grand, je l’ai empoigné pour qu’il effleure le sol délicatement et je l’ai conduit dehors à l’air libre sous le soleil exactement. Peut-être a-t-il légèrement couiné durant ces quelques mètres mais rien d’alarmant. C’était bien lui, c’était bien moi. Ce cher vélo tant négligé, il était là prêt à tout pour me satisfaire, attendant son heure, silencieux dans la cave où je l’avais remisé, seul puisqu’il en était l’unique occupant. A ma décharge il faut reconnaître que je ne l’ai jamais martyrisé car si je l’avais acheté avec des projets sportifs grandioses en tête, la réalité s’avéra plus modeste. Toutes les occasions furent bonnes pour qu’il ne souffrît pas, s’il pleuvait je ne m’en servait pas, s’il faisait froid ça ne me disait rien, s’il y avait trop de vent c’était certainement dangereux et quand il faisait beau j’avais d’autres activités qui ne pouvaient être différées. Pour reprendre notre liaison, nous devions nous montrer sous notre meilleur aspect ; muni d’un chiffon doux je lui massais les tubes, avec un chiffon gras je lui frottais les jantes et les rayons, avec une petite brosse je lui astiquais la selle avant de lui vider une partie de ma burette dans les moyeux et le dérailleur, enfin je parachevais sa toilette en lui gonflant à bloc les boyaux. Pour ma part je n’étais pas en reste, j’avais enfilé mon cuissard retrouvant instinctivement la manière adéquate de me caler au mieux les couilles dans ce Lycra moulant au fondement renforcé, j’avais mis mon sweat-shirt à bandes colorées pour qu’on me vit bien sur la route, mes gants sans doigts pour un meilleur grip sur les poignées et ma casquette pour éviter le soleil dans les yeux. Nous voilà prêts pour le grand moment, je fais tourner le pédalier pour apprécier le cliquetis de la mécanique huilée et place la pédale droite en position haute, j’enfourche le VTT et nous voilà partis. Il est tôt, la température est parfaite, les routes sont libres de voitures, je ne force pas, je mouline pour échauffer les muscles des jambes, pour ma première sortie je choisis un terrain facile et assez plat, une petite route interdite à la circulation automobile, en forêt. Mon brave MBK bleu nuit ne geint pas, les changements de vitesses ou de plateaux chantent délicieusement à mon oreille, bientôt la sueur, le soleil et le vent me redonnent ce goût oublié de l’activité physique en plein air. Après deux heures d’escapade nous convenons de rentrer au bercail, pour cette fois ce sera bien suffisant. Quand j’ai quitté mon vélo dans sa cave, nous nous sommes promis in petto, de nous revoir bien vite. La même promesse que je lui avais faite à l’été 2006… ?              

09.05.2008

Mon papa

Vous connaissez la série de BD de Reiser sur son papa ? Hé bien ! Le mien de papa il n’a rien à voir avec lui, c’était juste pour trouver une entame. Le mien il n’est pas très grand, certains pourraient même se risquer à dire qu’il est petit mais la taille ne fait rien à l’affaire puisqu’il s’agit de mon papa à moi. Aujourd’hui 9 mai c’est son anniversaire et s’il n’est plus très neuf il est encore assez fringuant pour son âge. Du 9 mai 1919 au 9 mai 2008 si mes calculs sont justes cela lui fait 89 ans ! Ce qui n’est pas rien vous en conviendrez. Puisque l’époque est aux anniversaires, Israël a soixante ans, de Gaulle en 1958, mai 68 etc. je ne vois pas pourquoi je me priverais de souhaiter un bon anniversaire à mon papa sur le réseau mondial. Alors « Bon anniversaire papa ! ».

PS : je ne mets pas sa photo car c’est un homme très discret et il serait gêné d’être reconnu dans la rue.

06.05.2008

Le téléphone sonne

Il est 19h le téléphone sonne, ou plus exactement le téléphone sonne il n’est pas loin de 19h. Par période systématiquement tous les soirs le bigophone pousse son cri. Au début innocent je décrochais, à quoi servirait un téléphone si on ne prenait pas les communications ? Et puis j’ai compris. Fini le porte à porte, les VRP en suée d’avoir monté quatre étages, la cravate de traviole, la valise pleine de catalogues et le verbe facile pour accrocher votre attention afin de vous vendre un appareil quelconque. Aujourd’hui avec les digicodes qui leur compliquent la vie et le peu de rentabilité de cette méthode de démarchage, les marchands ont trouvé mieux, ils entrent chez vous grâce au téléphone. « Non madame je ne veux pas de double vitrage ! Non monsieur je ne veux pas rencontrer le directeur de votre agence bancaire qui vient de s’implanter à côté de chez moi ! Non merci je n’ai pas besoin de cuisine installée ! Non je ne veux pas répondre à votre questionnaire sur mes habitudes de consommateur ! » J’en ai assez de ces appels perpétuels qui  sollicitent mon porte-monnaie. Parfois c’est un indépendant qui m’appelle, le plus souvent une voix féminine, on devine qu’elle est chez elle dans son salon avec son quota de numéros à contacter pour espérer faire son chiffre d’affaires. Souvent ce sont des call-centers, quand je décroche le combiné, un court blanc sonore le temps que l’opératrice change d’interlocuteur et la voix qui annone hésitante sur la prononciation, car il s’agit certainement d’un centre d’appels basé à l’étranger. J’ai plusieurs méthodes pour me débarrasser de ces importuns, soit je ne décroche pas (« Gaston y a l’téléfon qui son et y a jamais person qui y répond »), soit je décroche mais coupe la communication quasiment dans le même mouvement en quittant mon interlocuteur sur une formule de politesse (oui, quand même !) rapide « Allô ! Non merci ça ne m’intéresse pas ! »  Soit encore, si j’ai du temps libre, j’affirme ne pas être la personne demandée. Là c’est le sketch assuré ! L’appelant répète plusieurs fois le numéro composé et le nom associé d’après son listing de référence et devant mes dénégations il ne sait plus quoi faire, car il lui est inconcevable que sa liste soit erronée. Je le quitte alors qu’il est en plein désarroi maudissant le service en amont qui lui a refilé un état peu fiable qui lui fait perdre du temps et donc de l’argent.

 

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