15.11.2009

Gourmandise

Curieux comme les faits se répètent, indéfiniment croirait-on, au point de rendre la vie absurde. Un exemple entre mille, tous les ans ma ville organise des animations et manifestations, tous les ans ou presque j'y vais pour jeter un œil, afin de ne pas rester un étranger dans ma propre commune, à chaque fois l'impression de voir et faire exactement la même chose quasiment à la même date, c'est exaspérant et ridicule.

Ce week-end - comme tous les ans donc - le Lion's Club organisait un Salon Gourmand dans la grande salle des expositions de la mairie. Les bénéfices étant destinés à leurs bonnes œuvres et aux malades d'Alzheimer. Un petit train sur pneumatiques parcourait les grandes artères de la ville, distribuant des entrées gratuites et invitant les passants à monter pour atteindre le lieu de la manifestation. Ce matin vers 10h30 nous voilà embarqués pour ce voyage, plus long en train qu'à pied soyons honnête, seuls tous les deux, en plein vent, comme des blaireaux de touristes, sous l'œil étonné des quelques passants croisés.

A peine entré dans le local, nous tombons sur une vague connaissance qui nous alpague pour nous vendre un billet de tombola « bonnes œuvres, bonne action, blablabla ! » fait comme un rat je sors mon porte-monnaie, bling ! Nous gagnons un carton de douze verres. Dans la salle, les exposants, artisans et producteurs étalent leur mangeaille. Les pinardiers sont nombreux, rouges et blancs attendent qu'on les goûtent, mais il est un peu tôt pour moi. Des quatre coins de l'hexagone (oui je sais ! mais si j'avais parlé des six coins ça aurait fait bizarre aussi) ils sont venus avec leurs fromages, leurs charcuteries, leurs confiseries, leurs fruits secs, que sais-je encore. Si on les écoutait il faudrait tâter tout ce qu'ils proposent, d'un autre côté pourquoi ne pas les écouter puisque je suis venu jusqu'ici ? Une petite lamelle de fromage de chèvre, un bout de macaron aux mûres, une larmichette de coppa, un minuscule toast de terrine d'agneau, un demi fruit sec par ci, un mince morceau de saumon fumé. Si les stands s'alignaient dans un ordre logique la promenade ressemblerait à un repas, là c'est un peu le grand n'importe quoi, saucissons et sucreries arrivent groupés au fond de mon estomac, bientôt la poubelle est pleine.

Avant de repartir, nous achetons une énorme brioche absolument délicieuse, dont une belle part nous fera un « quatre heure » parfait quand viendra l'heure du thé. Il n'est pas loin de midi quand nous prenons le chemin du retour. « Au fait chérie, qu'as-tu prévu pour le déjeuner ? »             

12.08.2009

La promotion du mois

Ils m'avaient prévenus, ils l'ont fait. Ils savent que j'aime être informé avant, afin de ne pas me retrouver devant le fait accompli, luttant contre la surprise et rembarrant mon étonnement. Leur courrier daté du 27 juillet était très clair « Cher client », oui je leur suis très cher, plus loin dans la lettre des mots en gras, car ils savent certainement que je porte des lunettes, promettaient des bons d'achat, des euros, des cadeaux, des points de fidélité conservés, bref une avalanche de bonheur dans ma vie quotidienne. C'était le moins qu'ils puissent faire vu le chambard qu'ils nous mijotaient depuis plusieurs mois.

Un tour de passe-passe magistral, un chantier Egyptien, pour transformer notre supermarché Champion en un Carrefour ! Mon magasin, là oùsseque j'achète mes yaourts et mon dentifrice allait être promu. Quand je pense que je l'avais connu tout petit, il s'appelait alors Stoc et il était presque anonyme, plus tard grâce à ses bons résultats il a été nommé Champion. Il était tout fier avec sa belle enseigne, son magasin refait à neuf et légèrement agrandi, et nous quand nous regardions le Tour de France à la télévision, nous n'étions pas moins fiers de voir tous les calicots au nom de notre magasin et même plus quand le meilleur grimpeur arborait nos couleurs ! Au moins je savais où filait l'argent de mes raviolis et de mon papier-cul.

Alors quand j'ai reçu le fameux courrier m'informant que Champion c'était fini et que maintenant j'aurais un Carrefour au pied de mon immeuble, j'ai eu du mal à retenir une larme. Quelle belle promotion, c'est que ce n'est pas rien d'être un Carrefour. Pour être honnête au début ce sera un Carrefour Market, mais c'est déjà très bien. Son avenir est tout tracé, certains sont même partis s'installer en Chine.

Officiellement, c'est le 19 août qu'aura lieu la passation de pouvoir, mais les rayons ont déjà été redistribués et implantés autrement, l'entrée est plus large, d'ailleurs on n'ose à peine s'y présenter avec un simple cabas, un méga chariot métallique semble plus approprié et qu'on n'hésitera pas à charger jusqu'à la gueule. Ah ! J'ai hâte d'y être ! Un détail me turlupine quand même, l'année prochaine pour le Tour de France est-ce que mon Carrefour Market sera de la fête ? Appelez-moi le directeur... Ah ! Je l'aurai, je l'aurai ! 

AA.jpg

        

 

 

 

 

 

 

BB.jpg  

23.03.2009

Les collectionneurs

Le Salon des Collectionneurs s'était installé dans une salle de la mairie pour le week-end. Sur les tréteaux s'étalaient les albums de timbres, les boites de cartes postales, les casiers de fèves des rois, des vracs de capsules métalliques de bouteilles de champagne et autres trésors amassés au long des années par ces collectionneurs amateurs venus nous faire partager leur passion, vendre quelques pièces ou lier des contacts avec d'autres tordus dans leur genre.

Car le collectionneur est une engeance assez bizarre pour m'être sympathique. Imaginez ces anonymes que vous croisez dans la rue ou même au bureau ou dans l'escalier de votre immeuble qui vouent leur vie à une passion, la collection. Quelque soit le sujet, il n'y a pas de collection plus noble qu'une autre, la démarche est la même. On consacre son temps et parfois son argent, à amasser des pièces. Au début c'est par hasard, l'objet était beau on n'a pas voulu le jeter, puis un second vous tombe sous la main et fait paire avec le premier, vous avez choppé le virus. Ou bien votre père vous a initié à son vice, vous a légué ses albums de timbres et tout naturellement vous avez continué.

Toute votre vie vous rechercherez une pièce rare, vous vous documenterez sur votre domaine de passion par les livres, les revues spécialisées, internet, les catalogues, les expositions ou les conventions, en entamant des correspondances à travers le monde s'il le faut avec d'autres allumés dans votre genre. Petit à petit, vous faites partie d'un réseau, rien n'est plus réconfortant que d'être membre d'une confrérie où vous pouvez discuter et échanger des informations avec vos commensaux sans passer pour un illuminé. Vous n êtes plus seul, quelque soit votre passion il y a toujours quelque part quelqu'un qui la partage avec vous.

Devant les étals les visiteurs ouvrent de grands yeux d'enfants, les curieux reconnaissent un objet avec lequel ils ont joué étant gamin (petits trains ou voitures Dinky Toys), ou bien qui traînait dans un tiroir chez les grands parents (médailles militaires). Tous ces bibelots ou bricoles ont un point commun, ils nous rappellent toujours un moment heureux de notre jeunesse enfuie.

Tel est le secret des collectionneurs, ils cultivent en cachette les souvenirs de leur jeunesse, ils amassent discrètement les preuves concrètes d'un passé sublimé, ils sont les sentinelles du temps qui passe, archivant pour les descendances ces cartes téléphoniques périmées, ces exemplaires du Journal de Mickey écornés, toutes ces merveilles sans valeur, donc inestimables.           

18.02.2009

Les petits mecs

Les petits mecs quand la journée se termine ils ont soif. Quand ils ont soif ils aiment bien se regrouper comme les antilopes au coucher du jour autour du lac en Afrique. Ici, les petits mecs ils préfèrent se retrouver près des poubelles. Avant c'était dans les sous-sols près du local à ordures mais depuis que les accès sont condamnés ils s'installent derrière le supermarché dans la zone réservée aux ordures. Sur les grosses poubelles de tri sélectif ils déposent leurs packs de bières et le conseil tribal du soir peut débuter. A grand renfort de cris, ils tchatchent et blablatent en s'agitant sur place. Les canettes se vident, les paquets de cigarettes partent en fumée, les esprits s'échauffent un peu, on se bouscule, les virilités s'affrontent. Certains arrivent, d'autres repartent, on se salue entre petits mecs par des claquements de mains complexes voire codés ponctués de grognements bruyants. Globalement les petits mecs sont plutôt cools dans mon coin. Des portables sonnent, on s'esclaffe ou on s'éloigne du groupe en baissant le ton ; deals ou rencarts on fait son bizness, les petits mecs sont toujours très occupés dès que la nuit tombe. S'il fait froid ou si il pleut, ils se tassent contre les murs sous le mince abri d'une pente du toit, les petits mecs n'ont jamais froid dans leur blouson peu épais. Une bière et une clope leur servent de radiateur. Selon la météo l'heure varie, mais à un moment le groupe éclate et tous s'en vont comme un vol de pigeons, quelques canettes de métal atterrissent sur les pelouses, quelques derniers cris ou hurlements pour affirmer leur puissance et chacun repart vers ses occupations. Les petits mecs disparus, le quartier peut s'endormir.    

06.01.2009

Les deux choucas

Le bulletin météorologique des informations de 7h sur France Info hier matin avait tempéré mon enthousiasme, les chutes de neige annoncées avaient bien touché Lille mais elles étaient moins importantes que prévues ce que la région parisienne pourrait constater d’ici peu. Pourtant petit à petit les pelouses s’éclaircirent quand le lever du jour s’est combiné aux timides traces de neige que je ne voyais pas tomber mais qui néanmoins laissaient au sol leur empreinte indéniable. Lentement les heures ont passé et les flocons bien que modestes ont inexorablement recouvert le quartier du fameux manteau blanc dont parlent les petits poètes. La chape de coton étouffait tous les bruits qui eussent pu parvenir jusqu’à moi si la ville avait respiré comme à son ordinaire, mais de mes fenêtres je ne voyais que des passants rares et pressés par une course urgente, acheter la baguette pour le repas du midi, des gamins rieurs qui rentraient de l’école, heureux à la vue de la trace laissée par leurs pas sur le sol. Sur la chaussée les voitures circulaient avec circonspection et sur le parking de Champion on se garait à l’aise tant les places libres abondaient. La vue du paysage enneigé avait toujours un effet analgésique sur mon âme. Le pauvre petit arbre tout nu et tout malingre hier encore devant mes fenêtres, drapé d’un blanc immaculé devenait plus présentable et comme ennobli, le toit du centre commercial d’un banal absolu il y a peu est devenu une moquette épaisse et mousseuse où l’on rêverait s’aventurer, les pelouses et plantations du domaine, tristounettes à cette époque de l’année, cachent leur misère sous la couette chantilly. Deux gros choucas étroitement serrés la tête basse sur une branche d’orme sont une touche gothique quasi moyenâgeuse digne d’un tableau de Bruegel ou les héros d’un dessin animé de Heckel & Jeckel, chacun ses références ! Une fois de plus je le constate, tous les malheurs ont du bon ; si je n’étais pas tombé sur le verglas et obligé de garder la chambre, à cette heure je serais au travail, je ne profiterais pas de ces merveilleux moments et pire encore j’en baverais pour rentrer chez moi ce soir.     

090106 Les deux choucas.jpg

 

 

30.11.2008

La crypte, le retour

Comme tous les ans l’église Saint-Thibault organisait ce week-end sa kermesse pour fêter Saint Nicolas. Dans la crypte sous l’édifice, les stands désuets attendaient les visiteurs. Les mêmes dames, les mêmes stands au même endroit. Bocaux et conserves de produits du Sud-Ouest à l’entrée, puis les torchons et serviettes minutieusement brodés toute l’année en prévision de cette vente charitable, quelques antiquités familiales du genre bougeoirs, cendriers en verre, bibelots crapoteux hérités d’une famille Groseille quelconque, des petits bijoux et des confitures faites maison, des jouets attendant un repreneur. Des étalages et cartons de livres, un stand très bondieuseries avec des livres de catéchisme, des biographies de papes ou de saints hommes et un autre plus éclectique où tous les genres étaient proposés à des prix ridicules (1 euro les cinq bouquins), difficile de ne pas céder à la tentation et ne pas mettre la main à la poche. Sans trop perdre de temps à farfouiller dans ce vrac j’ai vite dégagé quelques polars d’auteurs connus mais que je n’avais jamais lus (Fred Vargas, Henning Mankell) ainsi qu’un Tristan Bernard dans une édition soignée. Voilà de quoi m’assurer plusieurs semaines de lecture pour une somme raisonnable. Comme quoi on peut lire sans dépenser des fortunes si on achète ses livres dans ce genre de manifestations. La kermesse bon enfant et vieillotte m’a replongé dans un passé proche et lointain à la fois où les clients ne se bousculaient pas pour vous prendre votre place au moment de payer, où l’on s’excusait si on marchait sur le pied du voisin, où l’on ne hurlait pas quand on discutait. La haute silhouette du maire sillonnait la crypte, plaisantant avec chaque exposant. Dans une pièce adjacente, quelques tables nappées à carreaux où l’on pouvait déguster les gâteaux préparés par les dames de la paroisse, tartes aux pommes et fondants au chocolat dans une chaude ambiance quasi familiale. J’aurai bien le temps de ressortir de la crypte pour affronter le vent frisquet de cette fin novembre.        

06.08.2008

Pédibus

Dans ma commune pour sécuriser et aider les parents qui conduisent leurs enfants à l’école, des circuits nommés pédibus sont balisés à travers la ville. Des arrêts sont matérialisés par des panneaux, comme pour les bus, et les parents y regroupent leurs gamins sous la responsabilité d’un seul adulte qui ensuite conduit cette petite troupe jusqu’à l’école, ramassant à chaque arrêt les élèves. Par un système de roulement et de disponibilité, les parents qui travaillent peuvent s’épargner ce temps d’accompagnement de leurs enfants à l’école. On retrouve ainsi cette pratique ancienne, quand les  marchands s’élançaient dans les steppes de l’Asie centrale sur la Route de la Soie, ou quand les pionniers partis vers l’Ouest devaient traverser des zones inhospitalières et habitées par les Indiens, ils se regroupaient en caravanes pour être plus forts et sécuriser leur entreprise. Ici, nos files de bambins peuvent circuler en ville sans crainte de se faire écraser par une voiture ou enlever par un maniaque désoeuvré. Louons ces pédibus, cette idée géniale, qui inculque à nos enfants les prémisses de leur vie future qui se continuera tout naturellement par le frontibus, le nasibus, le mentibus afin et glou, et glou, et glou, d’être des nôtres ! 

Pédibus.JPG

 

 

04.08.2008

Il chie ouah! ouah!

Il y a quelques semaines une enquête du magazine l’Express tendait à prouver que la commune où je réside était l’une des plus sûres, celle où il y avait le moins d’actes de violence de France. Je ne m’en plaindrai ni ne m’en vanterai pas et c’est aussi la raison pour laquelle je ne la citerai pas, afin de ne pas attirer l’attention de quelques débiles ou connards à la recherche de terrains vierges pour commettre leurs actes délictueux. Les résultats de cette enquête apportent une réponse à une question que je me posais souvent en passant devant les pavillons de mon quartier, comment se fait-il que le traditionnel écriteau « Attention chien méchant » soit remplacé par celui-ci ? N’ayant pas à se méfier des vilains cocos qui cambriolent les maisons, les habitants n’ont plus qu’une seule crainte, les vilains cacas qui souillent leurs trottoirs. C’est un peu cul-cul mais cela amusera les gentils kikis !     

 

 

Chien.JPG

29.06.2008

Les lavandières

Si un jour l’électricité venait à être rationnée, voire interrompue par quelque cataclysme écologique annoncé depuis bien longtemps mais dont on n’aura pas tenu compte – une hypothèse absurde bien évidemment, Ah ! Ah ! Ah ! – dans ma région nous sommes parés. Alors que vos machines à laver rendues muettes encombrerons vos appartements ou buanderies et que vous devrez laver vos fringues dans des éviers mal conçus pour ces tâches, nous à Marly le Roi ou L’Etang-la-Ville qui avons encore conservé nos lavoirs d’antan, nous ferons entendre à nouveau le chant des lavandières. Les genoux écorchés, les reins meurtris, les doigts gourds dans l’eau trop froide, elles entonneront d’une voix avinée pour lutter contre la rudesse du métier ce délicieux chant qui passait à la TSF quand j’étais enfant « Tant qu’y aura du linge à laver / On boira de la manzilla / Tant qu’y aura du linge à laver / Des hommes on pourra se passer / Et tape et tape et tape avec ton battoir / Et tape et tape tu dormiras mieux ce soir ».

 

 

a.jpg

Lavoir de Marly le Roi

b.jpg
Lavoir de l'Etang-la-Ville

15.06.2008

De l'art de cochon

La mairie organisait ce week-end une exposition artistique dans la belle salle éclairée par une verrière, sous l’Hôtel de Ville. Le titre mystérieux « Art 27 » ne pouvait qu’inviter à la curiosité. Dès l’entrée l’interrogation est dissipée par le texte affiché sur un large panneau : Article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme « Toute personne a le droit de prendre part à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent. » Comme vous le voyez le thème ne manquait pas de grandeur et inspirait le respect. Hélas ! Après quelques pas et quelques coups d’œil à ce qui était exposé, si la première partie de l’article 27 « tout le monde peut participer » était évidente, la seconde partie « de jouir des arts » n’était pas au rendez-vous. De l’art moderne, collages, bric à brac de bouts de bois et de ficelles, masques blancs etc. L’inspiration faisait visiblement relâche pour le fond et pour la forme c’était bienvenu aux Puces. Tout le monde a le droit de faire de l’art, mais tout le monde ne fait pas de l’Art.  

 

aa.jpgPar ailleurs et malheureusement pour les artistes, c’était ce dimanche la brocante de la ville et tant qu’à faire, le bordel était plus à sa place sur la brocante qu’exposé comme de l’art. Désertant la Grand Rue du vieux village à la pente abrupte et trop étroite, depuis quelques années la brocante s’étale sur l’avenue qui court au pied du parc du Chenil entre le gymnase et le lycée, où elle peut prendre ses aises un peu plus chaque fois. J’y flâne tous les ans sans jamais y acheter quoique ce soit car il s’agit plus d’un vide grenier que d’une brocante. C'est-à-dire que chacun tâche de fourguer à un passant un rogaton qui encombre son chez soi, pour bientôt encombrer son chez lui avant que l’an prochain celui-ci ne trouve un autre preneur pour continuer l’histoire. Ca me rappelle ce jeu de cartes où le but de la manœuvre consiste à se désister du valet de pique qu’on se repasse les uns aux autres. C’est le principe même des brocantes de quartier mais c’est néanmoins charmant et le slalom entre les stands rappelle de bons moments ou souvenirs anciens quand apparaît sur un étal un objet familier ou qu’on utilisait enfant. Le même service de table que chez tata, les bouquins en piteux état de la collection Verte ou Rose dans lesquels on a appris à lire, le bibelot identique à celui qui hélas ! trône dans le salon, la veste à carreaux qui fût à la mode il y a dix ans déjà (« Dix ans ? » « Mais oui, tu l’avais achetée pour le mariage de Nicole ! »). Occasion de sourire avec nostalgie ou de s’étonner en constatant que tous nous encombrons nos vies d’objets plus ou moins futiles, plus ou moins de bon goût, et qui n’ont d’intérêt que par la charge émotive qu’on veut bien leur attribuer. « Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » La réponse est oui tant qu’on les conserve dans nos intérieurs, dès qu’on s’en défait, telles des piles déchargées ils attendront qu’un nouveau propriétaire leur réinjecte son propre souffle.          

 

Toutes les notes