06.07.2009

Le Chemin de Fer de la Baie de Somme

loco.jpgNous prenons le Chemin de Fer de la Baie de Somme pour rallier le Crotoy à Saint-Valery-sur -Somme. C'est grâce à des bénévoles amoureux des trains qu'en 1970 la ligne Le Crotoy, Noyelles, Saint-Valéry-sur-Somme, Cayeux-sur-Mer a revu le jour. Six locomotives d'époque dont je donne les références pour les amoureux de la chose ferroviaire, une Corpet-Louvet de 1906 et une de 1927, une Cail de 1889, une Buffaud-Robatel de 1909, une Haine St-Pierre de 1921 et une Fives-Lille de 1909, ainsi qu'une vingtaine de wagons d'un autre âge permettent lors d'un fabuleux voyage d'une heure, de remonter dans le temps, puisque la ligne date de 1887.

A cette époque le train transportait les touristes parmi lesquels on vit Colette, Victor Hugo, Jules Verne, Anatole France, Marcel Proust et tant d'autres, vers les stations balnéaires de la baie de Somme ainsi que les productions locales, à savoir galets de Cayeux, betteraves et coques. Durant les années 60 la concurrence de la route fut fatale au petit train et il fallut attendre une dizaine d'années pour que les locos reprennent du service.

banquette.jpgPassagers d'un tortillard de la Belle Epoque, assis sur des banquettes de bois, nous contournons la Baie à travers champs où paissent les vaches et les chevaux Henson (une race locale), au milieu du marais peuplé de cygnes sauvages, d'échassiers divers et autres oiseaux limicoles et les prés salés où broutent les moutons à têtes noires et leurs agneaux. Pour les oiseaux c'est un paradis car les terrains humides voient pousser roseaux, ajoncs et herbes aquatiques ; canaux, fossés et mares sont nombreux et les oiseaux trouvent facilement de quoi se nourrir dans la vase et la tourbe. Le train à vapeur va son petit bonhomme de chemin, à une vingtaine de kilomètres heure maximum.

Halte à Noyelles pour faire le plein d'eau et une manœuvre ferroviaire permettant à la locomotive de passer de l'avant du train à l'arrière pour ensuite rebrousser chemin vers un nouvel embranchement. Tout le long du trajet, la machine siffle à l'approche des passages à niveau et les automobilistes hilares nous saluent de grands mouvements de bras. Fenêtres et portes ouvertes nous filons entre les haies, débusquant des oiseaux qui s'échappent vitement. Nous arrivons beaucoup trop rapidement à Saint-Valery-sur Somme, notre destination, après une heure de trajet.

moutons.jpgAprès la visite de la ville nous attendons le train du retour. Bientôt nous apercevons loin au fond de la baie un convoi qui s'ébranle lentement lâchant sa vapeur blanche. Quand le train entre en ville, les badauds s'attroupent et mitraillent pour immortaliser l'évènement qui leur rappelle leur jeunesse, celle des départs en vacances en train ou bien encore ces images de westerns où des tortillards quittent la gare dans une effervescence heureuse avant de se voir attaquer par des brigands sans scrupules ou des peaux-rouges emplumés. A cours du périple nous devrons stopper quelques instants en plein champ car un troupeau de moutons et d'agneaux a envahi les voies. Des marchepieds et des fenêtres grandes ouvertes, tous les passagers braquent leurs appareils photos sur les ovins devenues vedettes du voyage.

Arrivés au Crotoy nous sortons par la petite gare refaite à neuf comme à l'époque, avec ses vielles valises entassées sur des chariots à bras et son guichet à l'ancienne. Quand nous nous éloignons, nous entendons encore la vielle locomotive siffler et cracher sa fumée, fière d'avoir encore pu à son âge transporter - de bonheur - tout son petit monde.  

adieu.jpg

 

05.07.2009

Le parc du Marquenterre

oiseau.JPGLe parc du Marquenterre dont l'origine du nom signifie « la mer qui rentre dans la terre » est une halte privilégiée entre Scandinavie et Mauritanie pour des milliers d'oiseaux. Le parc de 200 hectares, réserve naturelle de la baie de Somme, propose trois parcours en fonction de vos envies ou possibilités de marche, une, deux ou quatre heures. Merveilleusement agencée la promenade permet de parcourir des prairies humides, des bosquets, des dunes et des lagunes et tout du long, des abris de bois percés d'ouvertures vous livrent à leur insu, les oiseaux dans leur milieu naturel, sur les mares et étangs. Au cours de notre périple, grâce aux jumelles louées à l'entrée et indispensables pour profiter pleinement de la visite, nous avons réussi à identifier au moins une dizaines de volatiles, des cigognes au nid avec leur petit, des aigrettes garzettes et spatules, des avocettes, des cormorans, des cygnes blancs et noirs, des tadornes de Belon, des grues cendrées, des vanneaux huppés, maints canards et oies cendrées. Je n'avais jamais tant vu d'oiseaux de races différentes en si peu de temps et surtout jamais vu autant de si gros oiseaux en vol comme les cigognes, les grues et hérons qui traversaient l'espace nonchalamment.

chevaux.JPGAu détour d'un chemin un groupe de chevaux superbes, crinières au vent, robe caramel, se met à courir dans les hautes herbes alors que deux cigognes les rasent et se posent un peu plus loin. Sur les étangs, oies cendrées et fuligules alors que dans la vase errent des chevaliers sous l'œil éteint des cygnes sauvages à bec jaune et des cygnes tuberculés à bec rouge.

Spectacle final, une héronnière, un ensemble de nids dans les arbres, genre de HLM pour volatiles. Les cigogneaux sautent sur place dans leur nid pour fortifier leurs ailes, alors que les petites aigrettes sautent de branche en branche pour le même motif.

Quand une buse est passée au-dessus de la colonie, ce fût un beau tohu-bohu dans les branchages !

Si vous ajoutez à tous ces oiseaux, les papillons et nombreuses variétés de libellules qui virevoltaient dans l'air odorant, vous comprendrez facilement que je me sois juré d'y revenir équipé d'un matériel photo de qualité. Les animaux ne sont pas les seuls attraits de ce parc puisqu'on y voit aussi des plantes de toutes sortes comme l'orchidée des marais.

cygnes.JPGUne visite extraordinaire qui mérite d'être renouvelée, car chaque saison ou heure de la journée, change radicalement le paysage et surtout la faune identifiable. Au printemps c'est la saison des amours, l'été on pense au retour et les petits échassiers quittent l'Europe du Nord pour l'Afrique, en automne les migrations se poursuivent et en hiver canards et pluviers dorés se régalent de l'herbe devenue rase.

Enfin je connais la réponse à la question posée par Holden Caulfield, le héros de l'Attrape-Cœur, roman de J.D. Salinger : « Vous ne savez pas, par hasard, où ils vont les canards, quand c'est tout gelé ? » 

 

04.07.2009

Le Crotoy

Nous partons de la maison de bonne heure comme d'habitude, pour éviter la circulation mais aussi poussés par l'impatience, car à peine réveillé je n'ai qu'une envie c'est de charger les bagages dans la voiture et filer. La route est dégagée, personne n'aurait idée de monter vers le nord si ce n'est poussé par la nécessité, nous sommes seuls sur la bande d'asphalte, le ciel est bienveillant. Première halte à Abbeville et visite de la collégiale Saint-Vulfran aux allures de cathédrale, chef d'œuvre de l'art gothique flamboyant. Les bombardements de la dernière guerre ont été cruels et le monument a terriblement souffert à l'instar des populations. Dans les travées de la cathédrale des panneaux affichent les photos des décombres et l'on mesure l'ampleur des travaux de rénovation qui ont été entrepris. A l'extérieur, le porche et la façade sont une dentelle de pierre sculptée. « Voir Saint-Vulfran avant que le soleil n'eût quitté les tours est chose pour laquelle il faut chérir le passé » disait Victor Hugo. Après avoir essuyé une grosse averse, nous poursuivons notre route vers Saint-Valéry-sur-Somme. La baie de Somme s'étale devant nous, la marée est haute, le soleil brille parfois brouillé par de beaux nuages noirs créant une lumière magique et filtrée. Les vacances commencent à prendre un goût certain qui se concrétise par un déjeuner de moules face au chenal où de petites embarcations vont et viennent sous l'œil indifférent des mouettes. Enfin notre voyage s'arrête au Crotoy, au nord de la baie, dans la petite église.jpgmaison de pêcheur que nous avons louée.

Se réveiller dans une maison que l'on ne connaît pas, étonnement rapide, la porte de la chambre n'est pas où l'on a l'habitude de la voir, la lumière ambiante n'est pas celle de chez soi. J'ouvre les volets de la chambre, face à moi la baie de Somme et la plage à quelques dizaines de mètres. A l'étage une seconde chambre que j'ai transformée en bureau, sur une table face à la fenêtre j'ai installé mon micro portable, la pile de livres que je me propose de lire pendant mon séjour, mon calepin et un stylo. Je descends l'escalier de bois, au rez-de-chaussée, la salle de bain et les WC mansardés qui obligent à n'être pas trop grand ou avoir une longue bite pour s'approcher de la cuvette, dieu merci je satisfais au moins à l'une de ces conditions, la cuisine et la salle de séjour. La pièce principale donne aussi sur la baie, alors que la cuisine a un accès direct au petit jardin à l'arrière de la maison. La maison de pêcheur L'Angélus de la mer que nous avons louée est parfaitement située. 

Première sortie, pour se familiariser avec la topographie des lieux. Par le bord de mer nous nous dirigeons vers le centre ville et le port. Le dimanche de nombreux commerces seront ouverts toute la journée, zone de tourisme oblige. Restaurants et terrasses de cafés bénéficient du beau temps, les verres de Stella luisent au soleil et les glaces s'affaissent dans leurs cornets. Aujourd'hui c'est la Fête de la Musique, sur le port une estrade est installée et dès le début de l'après-midi les groupes animent le quartier. Quand nous arrivons, un quintette met l'ambiance avec une chanson de marin avant d'enchaîner avec un morceau dédié à Jessie James qui pousse les spectateurs dans une farandole country un peu poussive mais bon enfant, pépères et mémères se trémoussent tant bien que mal en rythme, sous l'œil goguenard de ceux qui restent sagement assis sur leurs chaises installées sous les platanes de la place.

Retour tranquille vers notre maison avec de nombreuses haltes sur des bancs pour regarder les estivants sur la plage, les gamins avec leurs cerfs-volants, les chiens qui courent sur le sable et plus au loin, les silhouettes courbées de ceux qui ramassent des coques ou je ne sais quoi, se fichant complètement des panneaux disséminés un peu partout le long de la plage et qui l'interdise. Le soleil, le vent, le sable sur la peau du visage, je suis fatigué de cette première journée. Une douche et lecture.

bateaux.jpgNous prenons le Chemin de Fer de la Baie de Somme pour rallier le Crotoy à Saint-Valery-sur -Somme. Je reviendrai prochainement dans une autre note, sur cette « expédition ». Visite de la ville. Le canal où les bateaux de plaisance attendent prêts à appareiller, le long quai ombragé par les ormes qui mène jusqu'à la plage, la rue commerçante et ses restaurants de poissons. Nous montons ensuite vers la vieille ville médiévale par la porte qui vit passer Jeanne d'Arc et entrons dans une zone de calme absolu. Jolies petites maisons de style anglais pour certaines avec leurs jardins fleuris, la route se poursuit par un chemin pierreux vers la chapelle d'où la vue s'étend sur toute la baie de Somme, le cap Hornu et le Crotoy là-bas de l'autre côté. Nous redescendons vers la plage et retour vers le centre-ville. Installés sur un banc accueillant nous dégustons une glace en attendant le train du retour tout en regardant les bateaux et les mouettes qui passent. 

La mémoire de l'appareil photo est presque pleine, déjà ! Et nous avons oublié à la maison les cartes mémoire de secours et le câble de déchargement sur le micro ! Nous devons allez à Rue pour y trouver un photographe. A peine sortis du Crotoy nous passons devant le marais communal sur la route de Saint-Firmin, de nombreux cygnes blancs y prennent un repos bien mérité sur les plans d'eau tandis que des chevaux Henson broutent non loin de là. Des canards et d'autres petits oiseaux d'eau barbotent sur les étangs. L'occasion est trop belle de cheval.JPGprendre quelques clichés supplémentaires.

La ville de Rue a un riche passé historique remontant à l'époque où c'était un port de mer fortifié. Aujourd'hui subsistent le Beffroi (à l'origine le beffroi était érigé comme signe d'autonomie communale, symbole de la liberté. Au fil des siècles, il est devenu le symbole de la puissance et de la prospérité des communes) et deux chapelles classées, l'église Saint-Wulphy et autre attraction, le musée des frères Caudron pionniers de l'aviation dont on a fêté cette année le centenaire. Promenade dans les rues, j'achète la Voix du Nord pour avoir le détail du remaniement ministériel annoncé hier soir ainsi que les informations locales, j'en profite aussi pour acheter le  gâteau battu de Picardie dont je vois des offres alléchantes dans toutes les boulangeries, une sorte de variante de la brioche en plus aéré ou plutôt du pastis Landais sans son nappage sucré. Un de ces desserts basiques que j'aime goûter quand je suis en province.    

Aujourd'hui nous consacrons notre journée à la visite du parc du Marquenterre, une des principales raisons de notre venue en vacances dans la région. Ce magnifique parc ornithologique est une merveille absolue de renommée mondiale et j'y reviendrai là encore dans une prochaine note. Le lendemain le temps orageux s'est confirmé, il a plu une partie de la nuit, très fort au petit matin ; quand je me lève il pleut encore par intermittence. Le ciel est gris, la baie à marée basse est grise aussi, ces deux non couleurs se mélangent sans que les points de jonction soient bien identifiés créant une sorte de vide qui pourrait être triste mais qui néanmoins ne l'est pas sans que je puisse pour autant l'expliquer. Les nuages semblent se dissiper en prenant le large, poussés par une lumière venant des terres, ce que je prends et espère être une éclaircie durable, un retour du beau temps. Nous tentons une sortie vers le marché qui le vendredi se tient sur la place Jeanne d'Arc, c'est-à-dire à l'entré du port et autour du monument aux morts. Jeanne d'Arc fut enfermée en 1431 par les Anglais dans le château du Crotoy dont il ne reste quasiment rien aujourd'hui. A peine partis la pluie se met à tomber puis à redoubler de violence, en quelques instants je suis trempé car mon vêtement de pluie léger n'est pas très performant, c'est à un train cadencé que nous parcourons le marché où les commerçants se recroquevillent sous leurs auvents, attendant de rares clients restés chez eux à l'abri ; quand nous rentrons tous nos vêtements sont mis à sécher sur des chaises, chaussures et chaussettes s'égouttent sur le carrelage. Je ne ressortirai plus de la journée, même quand ma femme profitant d'une légère embellie dans l'après-midi ira faire quelques courses chez Shopi. Le midi alors que j'allume la télévision pour écouter les informations nous tombons des nues en apprenant le décès de Michael Jackson !

L'orage est passé mais le ciel est toujours gris ce matin, nous allons nous promener vers le marais communal, là où nous avons vu de petits étangs avec des chevaux Henson et de nombreuses mouettes rieuses, canards, cygnes et vanneaux huppés. Quelques photos encore, puis nous poursuivons notre balade vers l'étang de pêche à la truite. Le décor est charmant, des tables de pique-nique et des bancs autour du plan d'eau ceinturé d'arbres qui le protège du vent. Le chemin du retour longe la dune qui nous cache la plage, dans les talus de nombreuses et larges entrées de terriers abritant je ne sais quels animaux ainsi que des crottes de lapins.  

Après déjeuner, direction le centre ville. Nous passons devant la maison, près du port, où vécut durant plusieurs années Jules Verne et où il aurait écrit Vingt Milles Lieux sous les Mers. Le soleil perce parfois les nuages et la mer qui monte prend des teintes irisées et quasi irréelles. Enfin le miracle se produit ; j'avais déjà évoqué dans une note ancienne, la fascination qu'exerce la mer sur moi et mon attente d'un évènement extraordinaire quand je reste des heures à la regarder danser dans les golfes pas très clairs, cet instant est enfin arrivé puisque alors que nous contemplons l'eau qui monte dans le port, un museau émerge soudain puis disparaît avant de réapparaître plus loin ; un phoque se balade devant nos yeux dans l'indifférence générale, ou presque, des vacanciers trop occupés à lire les menus des restaurants ou à regarder les chiens qui s'ébrouent sur la plage. Quand nous étions allé à la pointe du Hourdel, de l'autre côté de la baie, là où séjourne une colonie de ces gentils animaux, nous avions eu beaucoup de mal à en apercevoir un très loin de nous au large, et cette année, alors que je n'y pensais plus, en voici un qui folâtre sous mes yeux ! Une bien belle journée en vérité.

Il fait franchement beau dès le matin quand nous sortons pour une promenade vers le centre ville. On sent que la journée sera chaude, que nous sommes dimanche et que les touristes ou les habitants des résidences secondaires ne vont pas tarder à investir la ville, la plage et les restaurants comme des envahisseurs vainqueurs et sûrs de leur bon droit. Les vélos sillonnent les rues, un groupe de randonneurs emmené par un guide local profite de la marée basse pour traverser la baie à pied, les mouettes se massent autour des poches d'eau retenues par les sables pour y glaner des nourritures prisonnières, des gamins courent sur le sable chaud.

Nous achetons sur le port des crevettes, de la salicorne et des oreilles de cochon, tous produits de la mer, pour notre repas du midi. Salicorne et oreilles, plantes marines, s'ébouillantent rapidement dans de l'eau non salée, la première est délicieuse en salade alors que les autres se rapprochent des épinards en plus doux.   

L'après-midi bien que les jeux soient faits, nous tentons une sortie vers l'étang à truites, espérant y trouver un banc à l'ombre. Toutes les places sont prises bien entendu, nous faisons un tour de la pièce d'eau avant de nous attarder une fois encore devant les chevaux Henson qui pataugent dans le marais communal entourés de nuées de mouettes rieuses qui criaillent en permanence. Le centre ville est trop loin pour une glace, les forces nous manquent, nous rentrons au frais.

crotoy.JPGPromenade sur la plage, pieds nus j'arpente le sable à peine humide et c'est comme un massage sensuel, la plante des pieds s'enfonce à peine dans le sable tiède à température humaine, comme si je marchais sur un corps vivant. Bien entendu je fais ce qu'il ne fallait pas faire, je m'aventure vers la plage découverte par la marée basse, vers ces buissons d'herbes marines, là ou le sable très humide se confond avec la vase et mes pieds nus se transforment aussitôt en deux bottillons de gadoue pas très ragoûtants. J'aurai beau les nettoyer dans le sable sec et chaud et gratter avec mes ongles, je suis obligé de rentrer pieds nus à la maison et de les passer sous la douche. La chaleur commence à se répandre comme un invisible manteau de torpeur, je n'ai plus qu'une envie, me caler dans un fauteuil, lire quelques pages de mon roman en cours et me laisser tomber dans les bras de Morphée pour une sieste sans remords.

La mer est haute maintenant, le soleil décline lentement mais ses rayons frappent la surface de la mer et explosent en une réverbération douloureuse pour les yeux. Quelques baigneurs, de l'eau jusqu'au ventre barbotent devant notre fenêtre. Trois cavaliers ont engagé leurs chevaux dans la mer et longe la plage, les bêtes ont de l'eau jusqu'au poitrail. Eté, mer, chaleur, vacances, beauté du paysage, cet instant n'a pas de prix.

Le soir nous sortons admirer la lumière rasante du soleil qui se couche, au-delà de la Baie de Somme de nouveau à marée basse, là-bas où la mer s'est retirée. « La mer est partie, si loin qu'elle ne reviendra peut-être plus jamais ? » écrivait ici même Colette dans Les Vrilles de la vigne.

Je me suis réveillé très tôt ce matin, petit-déjeuner, douche, à 7h30 je suis déjà prêt. Je sors voir la mer se retirer à nouveau. Saint-Valéry est à peine visible de l'autre côté de la Baie en raison de la brume, la zone qui s'étend entre moi et l'autre rive alterne bancs de sable, filets d'eau et nuées de mouettes blanches au sol ; le soleil se lève lentement dans mon dos et commence à dégager la vue. Il fait très bon, je me sens vivre comme rarement. Dans l'après-midi, descente en ville pour acheter le journal et j'en profite pour entrer chez le coiffeur déserté par sa clientèle. Boutique ancienne et coupe de la même époque, sans shampooing et aux ciseaux, tarif d'époque aussi, dix euros, et tous les potins sur la ville !

La chaleur devient accablante. A peine rentré je file sous la douche avant de m'effondrer dans le canapé avec mon bouquin.

Grosse brume sur la baie en ce début de matinée et il fait presque « froid » quand nous descendons au centre-ville boire un petit café sur la place Jeanne d'Arc. Peu de monde, tous les bancs sont inoccupés, c'est dire ! Lentement le soleil fera son trou et quand nous retournons à l'Angélus de la mer la chaleur a fait sa réapparition, néanmoins aujourd'hui elle sera moins accablante qu'hier.

L'après-midi nous louons des vélos bleus et guidon en corne de buffle, et en voiture Simone ! Il y a de nombreuses pistes cyclables ce qui favorise la circulation des deux roues à pédales. Nous longerons plusieurs fois de suite le marais avec ses chevaux et ses oiseaux. A chaque fois, c'est la même chose, mais à chaque fois c'est un émerveillement car il y a toujours un nouveau détail qui attire notre attention, un cygne avec ses petits, tout gris aux plumes duveteuses, des canards avec leurs canetons encore plus jeunes, gros comme un poing de petit enfant ; et ces chevaux toujours magnifiques, qui chose étrange pour des chevaux me semble-t-il, se couchent sur le flanc pour bronzer au soleil ?

La promenade est un peu gâchée car le vélo de ma tendre et chère est mal réglé et les plaquettes de freins frottent contre la jante en permanence ce qui l'oblige à redoubler d'efforts pour pédaler. Nous échangeons nos vélos. Une merveilleuse après-midi quand même.

Notre dernier jour et comme tous les derniers jours de vacances, un vrai crève-cœur. La journée s'annonce déjà chaude et lourde, des orages sont prévus pour la fin de journée. Dernier tour en ville, la place des joueurs de boules pas encore à l'œuvre, les cafetiers et restaurateurs arrosent leurs terrasses, astiquent leurs sièges et leurs tables, quelques camionnettes de livraisons stationnent en double file et créent un semblant d'agitation. Nous léchons les vitrines, puis retour vers la maison sous le cagnard qui fait déjà mal. Sur la plage les corps rouges des vacanciers tranchent avec la gamme des jaunes du sable découvert par la marée basse, les touffes vertes des salicornes, et les gris bleutés des filets d'eau où pataugent les mouettes rieuses blanches et noires.

Plus tard il faudra envisager de faire les valises...      

 

  

 

 

 

 

 

      

   

     

 

 

 

    

28.05.2009

Les enclos paroissiaux

La Bretagne est une région extraordinaire à plus d'un titre, des paysages superbes et variés (côtes déchiquetées ou landes sauvages), une gastronomie qui mérite qu'on se mette à table (fruits de mer, beurre salé, crêpes, kouig amman, cidre etc.), une météo plus clémente que ce qu'en dit la rumeur et une alliance du païen et du sacré particulièrement troublante.

            Les contes et légendes bretons sont très nombreux et fascinants, fées et lutins y courent les landes, les korrigans effraient les petits enfants et l'Ankou tire sa charrette à travers le pays emmenant vers l'au-delà ceux pour qui l'heure a sonné. Il est aussi impossible d'imaginer la Bretagne sans ses menhirs, dolmens et druides, toutes les histoires extraordinaires liées à la mer ou sa légende du roi Arthur. Toutes ces féeries vont de paire avec les superstitions et croyances païennes qui ressortent dans de petits gestes quotidiens comme ne pas mettre le pain sur le dos sur la table ou encore se signer rapidement pour éloigner le mauvais sort. Sur cette terre fertile en croyances, la religion ne pouvait que se développer et les églises ou chapelles sont nombreuses. Avec le temps, croyances et religion se sont imbriquées au point que parfois, au milieu de la lande battue par le vent ou aux abords d'une source maigrichonne, une petite chapelle en ruine, dédiée à un saint pas très catholique nous montre que les anciens n'hésitaient pas à mélanger les torchons et les serviettes pour se forger des convictions qui les aideraient à vivre.     

            Le patrimoine religieux breton est donc riche et très présent, on pense bien sûr aux calvaires de toutes tailles, plantés aux carrefours des routes ou des chemins, semblant nous surveiller d'un œil sévère et quasi traumatisant. Pour ma part, c'est lors d'un séjour dans les monts d'Arrée au sud de Morlaix dans le Finistère que j'ai découvert les enclos paroissiaux. Ils datent des XVIème et XVIIème siècle où ils devinrent l'objet d'une compétition entre villages, chacun rivalisant d'imagination et de talent pour construire le plus beau.

            L'enclos paroissial comprenait l'église, le cimetière, l'ossuaire et le calvaire clos par un mur percé de plusieurs entrées dont une porte monumentale est dite « arc de triomphe ». Aujourd'hui seuls certains éléments subsistent, selon les sites. C'est le cas par exemple à Plounéour-Menez où du mur d'enceinte ne reste qu'un pan de la porte d'entrée principale mais l'ouvrage de granit de par sa matière et sa simplicité conserve sa puissante majesté. L'ossuaire n'existe plus mais l'église est superbe avec son clocher haut et très effilé. Sur ses murs extérieurs, des niches vides de saints et un cadran solaire. Sombre calvaire multibranches devant le porche.

 Plounéour-Ménez 123.jpg           Plusieurs villages conservent les traces plus ou moins intactes de ces monuments religieux mais c'est à St-Thégonnec que se trouve le plus beau de tous les enclos paroissiaux de Bretagne qui en vérité a été restauré entre 1998 et 2005 après avoir été détruit par un grand incendie. On entre dans l'enclos par une imposante porte triomphale, formée de quatre blocs de granit ornés de lanternons. Le calvaire est décoré de scènes de la passion et d'une statue de saint Thégonnec. La plateforme porte trois croix et la croix centrale porte le Christ, des anges, des cavaliers etc. Tous les personnages sculptés dans la pierre ont des trognes amusantes ou inquiétantes. La chapelle funéraire offre une façade typique de la renaissance bretonne et à l'intérieur, dans la crypte, se trouve une extraordinaire mise au tombeau en bois de chêne sculptée en 1702. Les personnages peints sont grandeur nature et l'aspect est saisissant, car la pièce, très petite, ne peut accueillir que quelques visiteurs à la fois. L'intérieur de l'église surprend par ses couleurs et son plafond bleu-vert ; un magnifique retable finement sculpté, rehaussé de couleurs chatoyantes et de dorures à l'or fin. Enfin, pour le confort des fidèles qui viennent y écouter la messe, on a prévu des bancs très confortables et une sorte de moquette qui permet d'avoir les pieds au chaud, ce qui n'est pas un luxe... et je me remémore les messes de mon enfance en l'église parisienne Sainte Cécile où je me pelais tous les dimanches matins d'hiver. Un système de pointage par une fiche de carton déposée dans une corbeille et qui nous était restituée par l'abbé, le jeudi après-midi en début de catéchisme, interdisait toute absence non motivée ! Mais tout ceci est une autre histoire, d'un autre temps.         

           

 

 

 

16.05.2009

Cabourg ou la découverte du temps perdu

Samedi, départ de bonne heure, la route est libre. Pause petit-déjeuner sur l'autoroute. Nous évitons la Côte Fleurie notre trajet habituel, Honfleur, Trouville et Deauville que nous connaissons trop, cette année nous nous risquons vers l'intérieur des terres dans le bocage Normand.Beauvron.jpg Beauvron-sur-Auge joli village tellement restauré qu'il en semble factice avec ses boutiques à l'ancienne et ses jardinières pimpantes et débordantes de fleurs colorées. Cambremer me semble plus réel et donc moins affrété. Déjeuner Au P'tit Normand d'une entrecôte sauce camembert parfaite et sans gras à jeter. En dessert, sorbet aux pommes, morceaux de pommes caramélisés et calvados. Une très bonne adresse qui donne le ton pour ces vacances qui s'annoncent bien. La campagne normande est très belle, le bocage de prés gras, les vaches qui broutent et nous ignorent, les chevaux aux lignes parfaites dans les haras, les pommiers en fleurs et les marronniers. Nous dérivons entre la route du Cidre où chaque ferme ou presque propose son breuvage fait maison et la route des Douets du nom de ces petits ruisseaux qui courent dans les prés. Petites routes entre les haies touffues et peu de voitures. Le ciel alterne nuages et soleil, la température est acceptable. Arrivée à Cabourg ; Le clos Mathilde et notre appartement habituel, courses au supermarché tout proche. Une courte promenade au bord de la mer sous le soleil et lecture dans le jardin.

Le lendemain, jour de marché. La halle a été refaite à neuf, bons et beaux produits régionaux. A l'extérieur un bonimenteur vendant une râpe multi-usages, l'attraction à ne pas louper. Le Grand Hôtel est en ravalement, la grosse meringue blanche se dissimule sous un mince filet vert tendre et gâche la photo pour tous les touristes venus en masse ce week-end. Inauguré en 1907 il était l'un des plus modernes de son époque, doté d'un chauffage central, d'eau chaude, d'électricité toute la journée grâce à une centrale souterraine et d'un ascenseur, Marcel Proust la figure tutélaire de la ville (avec éventuellement Bruno Coquatrix) y prenait ses aises, louant trois appartements au dernier étage pour bénéficier du calme absolu. Fin de matinée sur un banc de la Promenade Marcel Proust à regarder la mer, il y a du monde les places assises sont chères et il fait très doux. Parfaitement calés dans notre banc nous rêvassons et j'envisage  avec envie ce que pourrait être ma retraite.

L'après-midi, brocante à l'hippodrome. Les exposants sont dans un bâtiment et les brocanteurs à l'extérieur. Il fait chaud et je suis trop couvert. Le ciel se couvre un peu quand nous rentrons. Je termine la lecture du numéro hors-série de Lire consacré à Proust dont la lecture s'imposait ici.

Le lundi nous rejoignons le centre ville en 16.jpglongeant la mer dont les vagues viennent s'échouer bruyamment sur la plage en rouleaux d'écume blanche. Les touristes du week-end ont déserté la ville qui retrouve son calme, sa torpeur peut-on même dire. Un pêcheur sur la plage bronze au soleil, sa canne plantée dans le sable est seule au travail. Espère-t-il en rapporter son repas du midi ?

25.jpgPort Guillaume par la promenade Marcel Proust, le soleil brille mais le vent souffle fort nous criblant de grains de sable volés à la plage. Nous bifurquons par l'intérieur de la ville, dans les rues calmes et à l'abri du vent, bordées de belles maisons aux volets clos. Chaque villa dégage un parfum d'histoire familiale et l'on s'étonne de ne pas y voir des gamins courir dans les jardins, une aïeule dans un fauteuil sous la véranda alors que le son d'une sonate chopinesque jouée d'un piano hésitant s'échapperait d'une fenêtre entrouverte. Où vivent les gens qui possèdent ces belles demeures ?

Longue promenade jusqu'à Cap Cabourg, sur le sentier entre les dunes jusqu'à l'estuaire de la Dives.4.jpg Au-delà nous apercevons Houlgate et des cerfs-volants multicolores qui s'agitent dans le ciel. Nous passons la rivière jusqu'à Port Guillaume dont nous faisons le tour par le chemin de terre. Un lapin détale devant nous sur le sentier. Port Guillaume n'a pas changé, le bassin où s'entassent les petits voiliers est enchâssé entre des immeubles neufs. Là aussi une ville fantôme en semaine, seul le cliquetis métallique des mâts vibrants au vent auquel se joint parfois le cri des mouettes donnent un semblant de vie au quartier. Nous rentrons de notre promenade fourbus, assommés par le bruit des vagues et du vent qui les pousse en petits rouleaux vers la grève où elles s'éclatent en gerbe d'écume luisante sous le soleil. La mer est verte ou bleue, changeante au gré de la lumière elle-même tributaire des nuages qui taquinent le soleil. Dans les jardins les merles se ruent sur les pelouses qu'ils picorent tant et plus à la recherche de vers, le banquet semble copieux. Retour par le centre ville, glace et gaufre que nous dégustons face à la mer qui se retire.

Ce matin le climat est délicieux, il fait doux, aucun vent, la mer monte silencieusement. Cabourg est propice à l'introspection. Le temps y est figé et déconcerte le vacancier à peine sorti du monde du travail où tout va si vite, où chaque action doit être optimisée pour en faire toujours plus dans des journées qui restent non extensibles. Au début on souffle comme après un effort, on profite de l'inaction les muscles encore endoloris et tétanisés, finalement le corps se calme et libère l'esprit qui se retrouve bien seul d'un coup pour affronter le temps du non-faire. Des sentiments mitigés viennent parasiter le raisonnement, la joie de rester au repos à lire ou déambuler mécaniquement sur la promenade Marcel Proust, la honte de ne rien entreprendre de concret, de « gâcher » du temps ce bien inestimable quand je suis au boulot, la peur d'avoir des regrets plus tard de n'avoir pas fait ceci, vu cela ou que sais-je encore. Le désir me taraude de rentrer plus tôt que prévu chez moi et de retrouver une vie plus rythmée, plus occupée, car ici en vacances je me sens en veilleuse, les tâches quotidiennes sont réduites à leur minimum. Pas de radio, peu de télévision si ce n'est pour suivre distraitement les informations « au cas où » ou pour suivre un programme distraitement, regarder d'un œil morne une série. Le monde me semble loin et il en faudrait peu pour que je l'abandonne à son triste sort. Je suis tiraillé entre ces deux sentiments. Ici le temps est aboli, la ville entre les week-ends s'immerge dans une faille spatio-temporelle lénifiante et mon esprit s'engloutit comme dans un bain chaud annihilant toute volonté ou velléité d'entreprendre. La recherche du temps perdu de Proust trouve ici toute sa saveur, œuvre et lieu sont à l'unisson, le temps dit perdu est alors retrouvé et l'esprit retrouve le calme.

Petit déjeuner chez Dupont la fameuse adresse de Cabourg. Onctueux chocolat chaud à l'ancienne et madeleines délicieusement citronnées, musique classique en fond sonore tout en regardant les passants qui ouvrent de grands yeux gourmands devant les vitrines du pâtissier chocolatier meilleur ouvrier de France installé dans la rue principale depuis 1932.

Toute la journée la brume nous cachera les côtes et l'horizon. Dernière balade le long de la mer ; derrière le plaisir sans cesse renouvelé de voir la mer se jeter inlassablement sur la plage, pointe la déception permanente de ne jamais voir mon voeux exaucé, voir surgir de l'onde un très gros poisson, un dauphin ou une baleine et puisque je dresse la liste des rêves jamais réalisés pourquoi pas une sirène aux seins lourds ou même un sous-marin en feu qui viendrait s'échouer sur le rivage sous mes yeux ébahis mais ravis. Je commence à délirer, certainement l'angoisse devant le temps qui passe réduisant d'autant mes vacances.

C'est la quatrième ou cinquième fois que je viens à Cabourg, j'en ai fait cent fois le tour alors qu'un seul suffit pour tout voir, chaque fois je pense que c'est la dernière et pourtant j'y reviens avec plaisir car Cabourg comme la musique de Mozart ont ce je ne sais quoi qui calme les angoisses existentielles.  

  

 

01.05.2009

Venise

Express.jpgDans l'Express de cette semaine, un dossier sur Venise avec un excellent petit texte de Philippe Delerm qui nous révèle « sa » Venise, intimiste comme on s'en doute. Les souvenirs de mon propre séjour de quelques jours dans la cité des Doges affluent et me donnent envie d'y retourner. En attendant je ressorts mes carnets de voyages et je vous transcris mes notes de l'époque, c'est-à-dire fin avril 1997.

Le trajet jusqu'à la gare de Lyon nous a permis de goûter aux joies des transports en commun, à savoir bus et RER. Cette première partie du voyage valait bien une récompense, ce fût un chocolat chaud au Train Bleu. A 19h30 nous prenons possession de notre cabine, Hé ! Oui, ces messieurs-dames voyagent en wagon-lit. Une petite maison de poupée. Une banquette avec un lit suspendu au-dessus, un mini lavabo avec un couvercle, une armoire de toilette avec serviettes et savonnettes. Un sac poubelle et un pot de chambre ! Pour monter dans le lit, un escabeau escamotable. Le responsable du wagon est passé prendre nos cartes d'identité et notre commande pour le petit-déjeuner du lendemain matin. Il repassera plus tard avec une pochette de revues.

La nuit a été cahotante avec de nombreux arrêts. A 7h le petit déjeuner, copieux, est vite englouti. Ma douce, qui n'en loupe pas une, fait son pipi matinal dans le pot. "Pour voir comment ça fait"  dit l'ingénue ! Et d'en mettre partout, car elle n'avait pas anticipé le tangage du wagon.....

Débarbouillage dans le lavabo, un vrai travail d'artiste ! Arrêt en gare de Padoue, où je me recueille un instant en mémoire de mon saint tutélaire.

Enfin, arrivée à Venise et dès la sortie de la gare, au pied des marches du grand escalier, le Grand Canal et l'embarcadère. Avanti ! Direction la place Saint-Marc. L'hôtel Panada se trouve dans une ruelle, derrière la place. La chambre ne sera libre que vers midi et il est dix heures.

Nous posons nos sacs dans le hall et sortons déambuler au hasard de nos pas. Le vent est glacial et nous recherchons le soleil en vain. Nos K-way nous sauveront la vie.

D'emblée je succombe aux spécialités gastronomiques du pays. Je goûte le pano di pescadores, mi-gâteau, mi-pain, chocolaté avec des noisettes entières. Sympa !

Pour déjeuner, spaghettis et calamars frits.

L'après-midi, le pont du Rialto, sous les bourrasques de vent froid. Quand nous rentrons à l'hôtel, ma femme a les doigts tout noirs !venise-rialto.jpg

Le soir, dîner tout près du Panada car il fait vraiment trop froid. Je prends une pizza et à ma grande surprise on me sert un gros croque-monsieur local ! Pourquoi pas....?

Retour au bercail et dodo bien au chaud.

A l'hôtel, plus que partout ailleurs, j'ai un vice que je satisfais plusieurs fois par jour, sans compter et avec délectation. Je parle ici, de la douche. Il n'est de bonne chambre d'hôtel sans une belle douche. Se tortiller à son aise sous le jet puissant, sans craindre d'éclabousser, se sécher ensuite dans une serviette propre, ça c'est la belle vie. Je tiens à féliciter, si, si ! Les personnels hôteliers à travers le monde qui ont obligeamment changer mes serviettes et récurer ma salle de bain tous les jours, lors de mes séjours en leurs murs.

Après la douche matinale, le petit-déjeuner. Panier de viennoiseries, oeufs à la coque, crèmes de gruyère, jus de fruits et café.

Nous apprenons fortuitement que l'hôtel assure gratuitement, une navette entre Venise et l'île de Murano. Illico presto, nous en profitons et un canot à moteur nous emporte, tous les deux, à travers les embruns, à Murano. Longue visite de la soufflerie de verre, où escortés d'un vieux beau volubile, nous passons des ateliers de fabrication aux salons de présentation et de vente. Ma belle craquerait bien sur un joli vase pas trop encombrant, hélas ! Le prix prohibitif (20 000 francs, nous sommes en 1997) met un terme à une discussion où il était question du futur emplacement de cette jolie verrerie dans son appartement.

Promenade dans l'île, au calme, loin de la foule. Le ciel est gris mais sans ce vent glacial d'hier. Au retour, un bateau nous dépose à l'Arsenal. De là, à pied, nous revenons lentement vers le centre, par un dédale de ruelles étroites et parfois en cul-de-sac.

Le midi, repas typiquement vénitien. Spaghetti à l'encre de poisson. Ils sont noirs comme de la réglisse ! Puis un plat de sardines nappées d'oignons et de raisins secs marinés au vinaigre, avec polenta et salade verte. Un plat froid excellent. Tiramisu en dessert.

Retour par la place Saint-marc, où ma moitié s'extasie devant les chevaux qui ornent le fronton de la basilique. Moi, je suis étonné par la grande horloge qui affiche l'heure en chiffres arabes et romains ! Photos et petite sieste à l'hôtel.

L'après-midi, vaporetto sur le Grand Canal. De San Marco, comme on dit ici, jusqu'au terminus Roma, soit la ligne n°1 dans son intégralité. Les stations sont des barges couvertes, amarrées au bord du quai. Un peu comme un abri bus Decaux flottant !

Retour jusqu'au Rialto. Les palais bordant le Canal ont été beaux, il y a longtemps... Décrépis, ils conservent  le charme de ces vieux dandys, cramponnés à leur canne, qui déambulent lentement, dans les squares ensoleillés.

Le Cad d'Oro reste superbe avec ses différents étages de pierre ciselée comme de la dentelle rose.

Du Rialto, nous traînons par des ruelles désertes jusqu'à San Marco. En cours de route, des tasses à moka dans une vitrine, nous font de l'oeil, mais là aussi (600 francs pièce) nous refusons de les adopter. Pourtant nous repasserons plusieurs fois autour du magasin, reniflant, hésitant, comme deux chiens autour d'une belle en chaleur...

Nous dînons d'une assiette de poissons et aubergines grillés. C'est exquis mais pas très copieux et même ma femme a encore faim et se prend une assiette de frites ! Moi, j'opte pour un dessert, un Tartuffo. Bien sûr, en plus, c'est un peu cher.

Le soleil est de retour et les troupes retrouvent un moral d'acier. Ma douce semble prendre goût au bateau, aussi nous voilà partis pour l'île de Burano. Le navire met une heure pour rallier cette ravissante petite île, aux maisons peintes de couleurs vives, bleu, rouge, jaune...

Des canaux traversent le village de part en part. Elle achète la spécialité insulaire, de la dentelle qu'elle destine aux étagères de son vaisselier.

Le soleil  brille et il fait vraiment doux, nous déjeunons en terrasse, sur la grande place. Promenade digestive dans les petites rues, à l'ombre du linge qui sèche pendu entre les maisons.

Plus tard, un  autre bateau nous conduit à Torcello. Rien de spécial dans cette île, sinon le calme et la campagne au soleil. Promenade amoureuse.

De retour à Venise, une glace dégustée en route, nous rapproche de notre hôtel.

Dans la soirée, remontée et descente de nuit du Grand Canal. Petite déception, peu d'éclairages en fait. Quelques lampadaires blafards le long des berges, quelques fenêtres éclairées laissant deviner des lustres anciens et des bibliothèques d'incunables. Seules certaines terrasses de restaurants, jettent des feux criards sur le canal.

Le beau temps s'est définitivement installé sur la Cité des Doges et Venise resplendit sous le soleil, agréable sans être trop chaud.

Ma femme devenue un vrai moussaillon, propose une sortie maritime vers le cimetière qui occupe une île à lui tout seul. Les tombes sont petites, très entretenues et fleuries. Toutes affichent la photo couleur du défunt, parfois prise dans l'exercice de son métier, et un lumignon attend qu'on allume sa bougie.

De retour sur Venise, nous achetons du café pour expresso et un collier.

Après une longue sieste, nous sortons au soleil, place San Marco. Au café Florian, vénérable institution, nous sacrifions au chocolat chaud pour moi, et glace pour elle. Le chocolat est onctueux et délicieux. Les banquettes de velours cramoisi, les plafonds aux moulures de bois, le service stylé et l'orchestre de chambre en terrasse, la classe !

Pour le dîner, osso-buco et spaghetti, gâteau au chocolat.

Entre-temps, nous avons visité la basilique Saint-Marc et ses ors. Je crois savoir que ma belle, très romantique, y a consacré un cierge.

C'est notre dernier jour, déjà. Nous occupons la chambre jusqu'à l'heure limite, onze heures, puis nous laissons nos sacs au portier de l'hôtel et sortons faire du lèche-vitrines.

Vers 13 heures, une auberge sympathique recommandée par le Guide du Routard, nous accueille pour une assiette de charcuterie et un plat de spaghetti. C'est bon, copieux et pas cher. Petite sieste digestive sur une place adjacente, au soleil, adossés à la fontaine désaffectée.

En partant, ma femme repère un paquet oublié par des touristes. Il s'agit d'un poster non figuratif, qui longtemps orna son bureau pour lui rappeller le bonheur d'un jour ancien.

En milieu d'après-midi, retour au café Florian, en terrasse cette fois. Nous profitons du soleil comme deux lézards et de l'orchestre. C'est divin ! Mais pour la musique comptez 15 francs !

Il est 18 heures quand nous repassons à l'hôtel prendre nos sacs.

Un dernier tour en vaporetto, direction la gare. Nous prenons possession de notre cabine, elle est mieux aménagée que celle de l'aller. Les deux lits sont au-dessus de la banquette et plus confortables.

A 20h06 le train quitte Santa Lucia et nous en sommes bien tristes.

 

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13.12.2008

Chez Guignol

          J'ai pris quelques jours de congés pour visiter Lyon et comme convenu me voici de retour. Le plus éprouvant n'est pas le voyage Paris-Lyon qui ne dure que deux heures en TGV mais de rallier la gare de départ depuis ma banlieue. Bus et RER en ce lundi matin sont un calvaire. Je chasse de mes pensées ce départ gâché pour ne plus penser qu'à l'arrivée. L'hôtel est loin de la gare de Part Dieu, le temps de prendre possession de la vaste chambre et nous descendons déjeuner au restaurant de l'hôtel. Peu de choix, qualité moyenne, prix exorbitant, ça commence mal mais surtout je me sens arnaqué. Nous débutons notre visite de la ville en empruntant le métro. La station près de notre hôtel se nomme Sans Souci et la ligne est directe pour la place Bellecour, troisième plus grande place de France après l'esplanade des Quinconces à Bordeaux et celle de la Concorde à Paris. On la doit à Louis XIV dont la statue équestre trône en plein milieu. Pour être franc je n'ai rien trouvé à noter de particulier dans mon calepin à son sujet si ce n'est que d'ici j'ai pu apercevoir pour la première fois la basilique de Fourvière au loin au-delà de la Saône. J'y reviendrai plus tard. A cette époque de l'année une immense roue (manège) lumineuse attire tous les regards et donne un air de fête à l'endroit. La ville célèbre aujourd'hui le dernier jour de la Fête des Lumières et particulièrement Marie en ce jour de l'Immaculée Conception. Nous traversons le fleuve par le pont Bonaparte et nous engageons dans la rue Saint-Jean, nous sommes dans le vieux Lyon. Rues et ruelles pavées livrées aux touristes qui s'attardent devant les vitrines des commerces, marchands de jouets en bois, livres, bibelots exotiques. ou bien s'agglutinent pour lire les menus des bouchons, les fameux bistrots lyonnais, avec l'idée d'y revenir plus tard. La montée des Chazeaux, tout en escaliers, nous amène jusqu'au pied de la basilique de Fourvière en passant par les Jardins du Rosaire. Elle est superbe bien qu'elle n'ait pas un style défini. De l'extérieur, entièrement ravalée d'un blanc neige elle resplendit au soleil et du parvis nous surplombons toute la ville. Au-dessous de nous le vieux Lyon, à gauche les pentes de la Croix Rousse, devant nous la presqu'île entre Saône et Rhône avec la trouée de la place Bellecour, là-bas la Tour du Crayon qui doit son nom évident à sa forme et qui appartient au Crédit Lyonnais, d'ailleurs s'est écrit dessus! Il est 17h une messe débute dans la nef comble et illuminée, sans être particulièrement croyant, c'est assez impressionnant. Quand nous ressortons, les éclairages de la Fête des Lumières commencent à parer la ville de ses habits nocturnes en bleu, argent ou rouge. Nous descendons de la colline, place des Jacobins la Fontaine aux Poissons et place des Célestins projections sur la façade du théâtre. Dans les rues, farandoles de lumignons posés sur les rebords des fenêtres. La foule se densifie et les rues devenues piétonnes canalisent cette houle humaine vers la cathédrale Saint-Jean d'où partira la procession mariale, bougie à la main, jusqu'à la basilique, là-haut sur la colline. La cathédrale est enveloppée de couleurs vives et chaudes mouvantes.

Soudain je pense aux Etats-Unis car le plan de Lyon ressemble vaguement à New York, la presqu'île serait Manhattan, bordée à l'ouest par la Saône et à l'est par le Rhône, la Croix Rousse dans le Bronx, le vieux Lyon dans le New Jersey, Part Dieu entre Brooklyn et Queens. C'est du moins l'idée toute personnelle que je m'en fais... De plus en dirigeant mon regard vers Fourvière d'où la basilique domine et protège la cité, "Merci Marie" proclame un panneau lumineux géant, comme ailleurs sur une autre colline on peut lire "Hollywood". Qiuand nous décidons de rentrer à la chambre, l'accès au métro oblige à faire la queue patiemment tant la foule s'y presse. Nous abandonnons l'idée et rentrons à pied, la route est très longue par le cours Gambetta puis le cours Dylan Thomas.

Le lendemain visite de la Croix Rousse, quartier du nord de la ville. Nous prenons le métro car il est très agréable, confortable et "mignon" avec ses trains courts. A l'extrémité de  chaque wagon une large baie vitrée donne une vue panoramique sur le trajet et permet de constater que ça monte sérieusement, d'ailleurs une crémaillère sous le métro en témoigne et nous constatons que nous glissons au fond de notre siège! Visite du quartier pentu et des traboules, ces passages étroits faits d'escaliers, de couloirs et de placettes entre les immeubles. Vous entrez par une rue et ressortez par une autre à l'issue d'un dédale de couloirs. Rues escarpées, rue de la Grande Côte (inutile d'expliquer). Point de vue sur la basilique au loin dans la brume car aujourd'hui il fait moins beau, pluie et neige sont prévues par la météo. Redescente vers la place des Terreaux et la très belle fontaine de Bartholdi, puis l'Hôtel de Ville. Nous traversons la Saône par le pont de la Feuillée. Quartier Saint-Paul, je pense au film de Bertrand Tavernier. De nouveau dans la rue Saint-Jean qui attire comme un aimant. En cette fin de matinée elle est plus calme qu'hier soir, nous cherchons un bouchon car il est temps de déjeuner. Tout est plein, frigorifiés nous regardons les trognes souriantes, le verre à la main, les veinards attablés au chaud. Enfin nous dénichons une table à l'auberge Rabelais. Saladier Lyonnais et saucisson chaud avec un pot de Beaujolais. L'adresse n'est pas mémorable mais le décor est agréable, vieilles pierres et tentures, le temps du repas, bien au chaud, c'est notre tour de regarder les badauds coller leur nez sur les vitres embuées du restaurant. La pluie arrive comme prévue en cours de journée, néanmoins nous continuons notre exploration de la ville avec les Halles, bâtiment clos et moderne. A cette heure peu de monde mais les étals débordent de produits appétissants et luxueux, ça sent le marché pour rupins. Petits restaurants et encas sur le pouce chez certains commerçants comme le plateau d'huîtres chez le poissonnier.

Déjà notre dernier jour, il pleut toujours et sans discontinuer depuis hier. Nous visitons le musée de la Miniature rue Saint-Jean pour être à l'abri mais il s'avère que la visite est particulièrement intéressante. Maquettes et objets expliquant les trucages au cinéma, ainsi que des miniatures représentant des échoppes de commerces ou des pièces d'appartement. C'est absolument merveilleux et à voir. Retour à la cathédrale Saint-Jean car il est bientôt midi et son horloge astronomique va bientôt se déclencher. L'horloge affiche les dates jusqu'en 2019. Quid après ? C'est inquiétant. Mais pas au point de me couper l'appétit. Une belle gamelle où se cotoeint museau, pieds de porc, lentilles et pommes de terre pour débuter, puis une andouillette avec un pot de Côte du Rhône. Dehors il neige faiblement, c'est plus romantique que la pluie. Quand nous reprenons le métro, quelqu'un est tombé sur les voies, le trafic est interrompu un quart d'heure, ça va nous ne sommes pas pressés, nous sommes en vacances. Je vous rassure avant que vous ne vous plaigniez de mon indifférence, le tombé sur les rails s'en tirera sans gros dommages. Dans l'après-midi nous allons à Part Dieu. Si vous aimez les centres commerciaux vous erez gâtés, tous les blaireaux et les enseignes habituelles sont là comme partout. Si comme vous moi vous détestez ces zones d'étalages clinquants, vous souffrirez car en plus c'est très grand. Finalement je préfère ressortir dans le froid, au grand désespoir de ma moitié qui y aurait passé la soirée à tourner et piétiner dans les rayons et allées. Je l'entraîne au hasard, vers la place Bellecour où nous croisons quelques supporters du Bayern de Munich encore assez sages, qui passa un 3-2 ce soir à l'OL sur leur pelouse de Gerland. Plus tard rue Victor Hugo, une gaufre et une boisson chaude dans un troquet sympathique en regardant les passants emmitouflés se hâter sous la bruine neigeuse. Au bout de la rue, la place Carnot au pied de la gare de Perrache où s'est installé un Marché de Noël. Dans la nuit tombée maintenant, alors que quelques flocons volent au vent, les petits chalets éclairés d'ampoules multicolores nous plongent pour quelques temps dans la féerie des fêtes de fin d'année.

Demain matin le TGV nous ramènera à Paris, traversant des champs enneigés comme des photos de cartes postales. Bien sûr il y avait mille autres choses à voir Lyon, milles autres choses à déguster. Pour ceux qui seraient intéressés par cette ville je conseille vivement la lecture du blog de SOLKO http://solko.hautetfort.com/  pour satisfaire votre curiosité.

 

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28.08.2008

La Nouvelle Orléans

LUNDI 12 JUIN 1995 :

Putain quelle merde ! Faut dire que ça commence mal. Arrivé à Roissy j'apprends que le vol Paris-Washington est annulé en raison d'une tempête sur la ville. On me place en liste d'attente sur un vol pour Chicago. Suspense pénible. Peu de temps avant le départ, les passagers en attente sont appelés les uns après les autres, en fonction des places restées libres. Perdu ! Il n'y a pas de place pour moi et quelques autres infortunés voyageurs. Nouvelle attente pour nous dispatcher sur des vols libres, enfin ! J’hérite d'un Boeing 747 US AIR pour.... Philadelphie !

Pendant l'attente, bien organisée, le personnel, très compétent, prévoyait un avion pour minuit!

Dieu merci ! Mon avion pour Philly part vers 13h, presque le même horaire que mon vol annulé.

En cet instant, mon plan de vol est le suivant : Départ 13h10, arrivée Philly 15h45 avec une correspondance à 17h35 pour New Orleans, arrivée à 19h28.

Je suis à Roissy depuis 10h, donc, globalement tout baigne... d'ailleurs, il pleut sur Paris. Tout s'est bien arrangé, je suis près du hublot et personne à côté de moi! Le vol va durer 8h dont la moitié au-dessus de l'océan. Je m'installe à mon aise, nous survolons les nuages et le soleil brille. C'est super! Ce sont les vacances!

Plus tard, avec un Coca-vodka et des cacahuètes grillées Eagles, tout semble rose. On nous a distribué le menu de la collation et du dîner, vivement la bouffe car j'ai faim. Il est 15h30 et le repas va être servi. Quand on voyage, il ne faut pas être trop regardant sur les horaires...

Suit un film indigent sur des gamins qui jouent au football américain. J'en profite pour somnoler un peu. Il est 20h quand on nous sert la collation froide : jambon, saucisson, fromage, tranche de dinde et raisin frais. Tout le monde engloutit son plateau. Normal, ça fait 7h qu'on a le cul calé dans notre fauteuil, l'exercice ça creuse !

L'avion est confortable, le voyage agréable, n'était le bruit des moteurs... A 21h30 nous atterrissons à Philadelphie, il pleut. Bon. Le passage de la douane est rapide mais il faut beaucoup marcher pour accéder à la porte d'embarquement de ma correspondance. Ca y est, je suis bien aux USA, tout le monde mange ou boit. Des gros porcs en short, poussent leurs bedaines devant eux comme les bousiers roulent leurs étrons le long du chemin. Une smala de blacks ont squatté une partie de la salle d'attente et piaillent comme une tablée de Napolitains!

Tout le monde est fringué de façon improbable et semble partout chez eux. Il y a là, un condensé de l'Amérique moyenne.

 Mon avion décolle à 23h30 et le vol dure 2h45, en heure de Paris, j'arrive demain. Sur la piste de l'air port, les avions se présentent au décollage les uns derrière les autres, le nez de l'un sous la queue de l'autre ! Ils sont neuf derrière nous. Le Boeing 737 met les gaz et plein pot nous fonçons dans les nuages, la visibilité est nulle. Nouvelle distribution de drinks puis une collation encore, gros sandwich club, chocolat à la menthe et bonbons ! A côté de moi, par le hublot, je vois le gros réacteur qui reste sagement sous l'aile de l'avion. Une attitude qu'on ne peut qu'encourager!

Nous sommes mardi, 2h30 du matin. Après un survol des bayous, l'avion se pose à la Nouvelle Orléans. Je prends un taxi, une Cadillac, qui me conduit à mon hôtel. Mes enfants, quel hôtel!

Ma chambre est plus grande que mon appartement, je suis au deuxième étage sur une coursive qui surplombe une petite piscine d'eau bleue. Transats et tables autour de l'eau. Dans la chambre, climatisation bien sûr et ventilateur de plafond à la coloniale. Deux lits énormes, deux tables, fauteuils etc. Il est 4h à ma montre, je suis crevé. Mon sac vidé, je me couche.

 

MARDI 13 JUIN :

Contre toutes prévisions, je n'ai pas beaucoup dormi, 2h maximum. Du coup, j'ai allumé la tv. Les prévisions de la météo pour les jours qui viennent sont excellentes.

Je teste le breakfast de l'hôtel. Porridge, salade de fruits et fromage caillé, scones et mini-cakes parfumés, jus de fruits et café. D'après ce que j'ai lu à droite et à gauche, il n'y a pas de pancakes par ici. Déception. Cela dit, la bouffe doit être bonne car à la tv ce matin, j'ai vu des émissions culinaires. A la tv US ! La salle de restaurant où je petit-déjeune est en bois avec de larges fauteuils, ventilateurs de plafond comme dans les chambres, vasque d'où s'écoule un mince filet d'eau. Les portes-fenêtres donnent sur le patio de verdure et la piscine. De grosses serveuses blacks circulent de table en table avec une cafetière et remplissent systématiquement les tasses.

Je suis prêt pour ma première sortie, il est 9h, short et tee-shirt, il fait déjà bon.

La Nouvelle Orléans, c'est le Quartier Français surtout. Un rectangle où les rues se coupent à angle droit. C'est là que tout se passe. Mon hôtel est au milieu d'un des grands côtés sur Rampart Street et le fleuve borde l'autre grand côté. C'est là que je vais en premier, voir le Mississipi et ses eaux boueuses (Muddy Waters !). Trafic fluvial, pousseurs et barges, bateaux à roues pour les touristes : le Natchez, le Créole... Un pont métallique gris à deux niveaux barre le fleuve en aval. Promenade sur les quais ensoleillés et aménagés pour nous, les touristes. Stands de mangeaille à emporter. Partout, toujours.

Sur une pelouse, une statue moderne, blanche, d'un homme anonyme: Old Man River.

Mes pas me mènent à l'aquarium. Visite. Poissons-chats, requins, tortues. Un tunnel dans un des aquariums me donne l'impression d'être sous l'eau. Au-dessus de moi, lentement comme en vol plané, passe une raie Manta et le long d'une paroi, un squale me sourit de toutes ses dents.

Accessoirement, plus loin, dans un vivarium, une araignée mangeuse d'oiseaux, d'une quinzaine de centimètres de diamètre...hum! Hum!

Un bâtiment de plusieurs étages, une galerie marchande. C'est toujours sympa d'aller y faire un tour pour voir tous ces machins extravagants qu'ils vendent. Il faut se retenir pour ne rien acheter ! Un étage complet est consacré aux fast-food et dieu! que ces sandwiches et pâtisseries de toutes sortes sont appétissants et sentent bon. Tellement, que je craque. Je prends un sandwich à la viande, tomates et fromage, et je m'installe à une table dehors, au dessus du Mississipi. Il est à peine midi, le soleil brille, les bateaux passent...

Je reprends la Moon Walk dans l'autre sens, vers le French Market. Marché couvert qui allie l'alimentaire et les puces. Epices, gombo, noix de pécan etc... Encore des tas de conneries sympa. Premiers achats, premiers cadeaux. Je suis tenté par une petite tête d'alligator... on verra plus tard.

Maintenant le soleil tape dur, j'aime bien ça, car il y a un léger vent qui vient du fleuve. Dans les allées du French Market, arbustes et fontaines rafraîchissent l'atmosphère. Des libellules partout, attirent l'oeil par leur vol saccadé. Et la musique commence à enfler... c'est le début de l'après-midi mais de petites formations de jazz s'échauffent aux terrasses des cafés. Je me pose au Café Du Monde pour goûter leur spécialité : café au lait et beignets. La terrasse sous les arcades est bien ventilée et le service est rapide.

Retour à la chambre, douche et repos climatisé.

Fin d'après-midi, je flâne dans le French Quarter et j'entre dans toutes les boutiques. Echoppes de souvenirs, d'art, boui-boui d'articles vaudou etc... La ville se réveille lentement, des "tronches" commencent à circuler... Bars et restaurants s'animent, encore que les restos... ici on mange à toute heure. Je choisis un gastos dans mon guide. C'est chicos mais pas trop, la preuve, je peux entrer en short par contre je dois retirer ma casquette. Bois, cuir, garçons en livrée, on s'affaire autour de moi. Je commande une Margarita, le temps d'étudier la carte. Je commence par une soupe Gombo Yaya's, c'est épais avec du riz et des bouts de saucisse, épicé à souhait. Pour finir Pasta Jambalaya, pâtes fraiches aux épinards dans une sauce épicée à base de tomates, oignons, piments, bouts de saucisse et petits morceaux de viande. C'est excellent mais j'ai les lèvres qui chauffent... Enfin, en rappel triomphal, le pudding maison. Servi tiède, le bord extérieur croustille, l'intérieur est moelleux et le tout est nappé d'une sauce whisky et cannelle ! Tout cela c'est passé chez Mr B! bistro sur Royal Street.

Je finis la soirée sur Bourbon Street la fameuse. C'est la rue la plus connue de la ville, sa réputation est internationale. Le soir elle devient piétonne, les néons s'allument et les clients arrivent comme des papillons. Restos, bars, sex-shops, boites de strip-tease dans un panachage bon enfant.

Dans chaque bar, un groupe de blues ou de jazz. Toutes les portes sont ouvertes et dans la rue c'est une joyeuse cacophonie! Comme toujours aux USA, on ne paie que sa bière, la musique est gratuite. J'arpente la rue, entrant et sortant des bars à mon grès. C'est un mélange de Pigalle, Greenwich Village (New York) et Haight (San Francisco).

Dans certains clubs, des petits vieux de 70 ans, en chemise blanche et cravate, jouent un jazz d'avant la prohibition...

 

MERCREDI 14 JUIN :

J'ai dormi comme une souche et la douche est bienvenue pour me tirer de ma torpeur. Il fait plus chaud qu'hier matin... Aujourd'hui visite des bayous. Le départ est à 11h. En attendant je traîne sur les quais. Assis à l'ombre je regarde les gars du Natchez préparer le steamboat pour sa croisière.

Départ en car vers les bayous. Nous sommes une quinzaine dans le car climatisé aux vitres teintées et larges sièges. Le trajet dure 20mn et le chauffeur fait le guide. Nous montons dans une petite embarcation pour une ballade de 2h à travers les marais Louisianais. Bras d'eau au milieu d'une végétation luxuriante s'épanouissant dans la pourriture des arbres morts. Grands arbres gangrenés par une moisissure formant une barbe dégoulinant de leurs branches. Troncs nus et morts se dressant au détour d'un coude du fleuve. Parfois un arbre, solitaire au milieu de la rivière semble vouloir s'échapper de la forêt.

Un héron bleu, de-ci de-là, immobile, semble une statue rouillée abandonnée. La promenade est agréable mais la nature n'y est pas vierge, partout la trace de l'homme, un bidon de plastique échoué dans l'eau croupie, les restes d'un bateau qui pourrit, de gros tuyaux de métal pour le pétrole et le gaz...

Et enfin, puisque nous sommes tous ici pour cela, les alligators ! Amusant mais pas aussi impressionnant que je l'imaginais. Les crocodiles que je vois, ne font pas plus de 1.50m. Ils viennent au-devant du bateau, comme de bons toutous, réclamer une friandise. Le "capitaine" de l'embarcation leur balance des marshmallows. Ces alligators m'ont tout l'air d'être payés par le syndicat d'initiative de la Louisiane! Enfin, ça fait plaisir de prendre des photos de ces bestiaux "in vivo". Plus tard, sur la berge, un racoon semble attendre lui aussi son cadeau. Avec son masque noir sur les yeux, il m'a tout l'air d'être un sacré brigand !

Ce n'est donc pas l'aventure dans la jungle mais une excursion très sympa.

Retour en ville, il est 14h. Visite à Tower Records qui n'est pas loin, j'achète quelques disques de blues pas chers. Ils ont même des Vanessa Paradis !

Il fait très chaud, j'ai un peu mal au crâne et faim. Chez un épicier italien, j'achète un Muffaletta. C'est un sandwich sicilien fait dans un énorme pain rond avec salami, fromage, pickles et huile d'olive. Miam! Avec un bidon de jus d'orange frais... Je rentre vite fait à l'hôtel avec mon butin. Douche, repos climatisé et je suis prêt pour de nouvelles aventures.

La suite, c'est le repas du soir. Ca s'appelle Gombo Shop, de petites tables avec la bouteille de Tabasco, et les éternels ventilos au plafond. Service rapide comme partout. Cuisine créole! Soupe du jour aux ingrédients nombreux mais mal identifiés (viande, crabe etc...) c'est très fin. Puis un plat mixte, gombo de crevettes, riz jambalaya, purée de haricots rouges le tout accompagné d'épinards épicés. Pour finir, une apothéose gastronomique, une tarte aux noix de pécan, servie tiède avec une boule de glace vanille! Avec l'addition, des bonbons à la menthe. Quel régal! Avec une Margarita et un café, moins de 150 francs. Honnête.

Virée à Bourbon Street. Un gamin noir fait des claquettes sur le trottoir, avec des capsules de bière fixées à ses semelles. Ailleurs, un type chante du rythm' blues "a capella" en tapant dans ses mains. Au milieu de cette rue de "perdition", sur la chaussée, un type porte une énorme croix en bois, sur laquelle un bandeau lumineux annonce "Jesus loves you" et il distribue ses prospectus aux touristes qui les prennent distraitement, croyant à un bon de réduction pour Pizza Hut, avant de s'apercevoir de leur erreur et de le jeter plus loin...

C'est ça l'Amérique.

Dans la nuit, de retour dans ma chambre, sur ABC TV une interview de Mikaël Jackson et sa femme. Ahurissant! On se demande ce qu'on voit, une poupée ou un robot ? Et ses attitudes quand il répond aux questions, ses mimiques à sa femme Lisa Presley... Un niais, un innocent total....?

 

JEUDI 15 JUIN :

Sauvé! Tout ce voyage pour rien ? Je ne pouvais m'y résoudre. Mais je les ai trouvés, chez Shoney sur Decatur Street ils en font. Mais quoi donc ? Mais des pancakes voyons ! Trois grosses crêpes, avec le beurre salé et le pot de sirop de maïs. Un jus d'oranges et un pot de café, voilà un vrai breakfast comme je les aime. A demain, Shoney!

Aujourd'hui, croisière de 45mn sur le Mississipi. Gros navire, 3 ponts dont un qui fait fast-food! Peu de monde, reposant et frais. Cette expédition se termine au zoo. Un zoo magnifique

avec une surface dédiée à chaque continent. Des volières où l'on circule au milieu des oiseaux. Chaque animal est mis en valeur dans son élément naturel. Un bayou avec ses alligators est reconstitué. Reptiles et faune habituelle...

Des oiseaux de toutes couleurs, en liberté, piaillent et volent d'arbre en arbre, dans une végétation touffue. Enfin, le top, une volière géante où on circule au milieu de milliers de papillons! Des centaines de races de lépidoptères qui virevoltent de fleur en fleur sous votre nez. Absolument superbe. On peut les voir butiner en gros plan, leur trompe fouillant le calice des plantes à leur disposition.

Il est 16h, retour downtown, comme j'ai été sage (je n'ai rien mangé depuis l'épisode des pancakes, voir le début du chapitre) je décide de m'offrir une douceur. A côté du débarcadère, le Riverwalk, galerie marchande qui longe le fleuve, m'offre tout ce que je veux. Aujourd'hui j'opte pour un gros muffin au chocolat, que je savoure dehors, sur la coursive dominant le Mississipi. C'est un très gros fleuve que remontent d'énormes navires de haute mer. New Orleans est un important port industriel mais les bateaux remontent encore plus loin, vers Saint-Louis, arrivant du Golfe du Mexique. Le courant charrie des troncs d'arbres et autres broussailles dans ses eaux boueuses, comme le décrivait déjà en son temps Mark Twain.

Près de la cathédrale, la maison où habita un temps Tennessee Williams. Une brigade de flics en vélos passe sur les quais. Aux USA il y a des flics en vtt, cuissard et casque, baraqués comme des pistards. Dans la ville, des policiers solitaires à cheval.

Retour à ma chambre, douche et programme pour demain en étudiant mon guide et des brochures ramassées à droite et à gauche. En fond sonore, la tv débite des infos en continu sur le procès OJ Simpson et revient sur l'intervention de M. Jackson.

Diner chez Olde N'Awlins Cookery sur Conti Street. Petite table dans un patio dallé sous les frangipaniers. La Margarita est sévèrement "burnée" ! Aïe! Je suis cassé après deux gorgées.

Soupe d'alligator, avec de la sauce tomate et des fines herbes, c'est épais, pas trop épicé, excellent. Ensuite, écrevisses à l'étouffée, servies avec du riz. Les crawfishes, épluchées de leur   carapace baignent dans une sauce brune, un régal. Pour finir en douceur, une tarte crémeuse et fraîche, parfumée délicatement aux cacahuètes. Très très fin et suave.

Le patio est bien ventilé et les petites bougies sur les tables, dansent dans leurs verres.

 

VENDREDI 16 JUIN :

Il a plu dans la nuit et ce matin le temps est gris, pourtant la météo annonce un ciel ensoleillé pour la journée. En allant chez Shoney, je pressens ce que doit donner un mélange d'air humide et de chaleur par ici : tuant.

Cette année y a du gros! C'est vrai que les américains sont souvent gros ou en passe de le devenir. Même les maigres ont un gros cul! Cette grosseur est intégrée dans la société, par exemple, chez Shoney, tables et banquettes sont fixées au sol, si je m'adosse à la banquette mes mains n'atteignent pas mon assiette! Partout les fauteuils sont larges, tant il y a à caler. Pour leur défense, il faut dire qu'il y a tellement d'offres de bouffe qu'il est dur de résister. C'est effarant cette abondance, pourtant venant de Paris je devrais être blasé... Quand je parle de bouffe, je pense aussi aux boissons, dès le début de la matinée, on voit les gens circuler avec un verre en plastique de soda, toutes couches de la société confondues.

Bon, c'est pas le tout, on cause, on cause, mais moi je dois aller à District Garden. Je prends un trolley devant Jackson Brewery qui me mène à la sortie de la ville, vers le quartier résidentiel, rupin genre Neuilly, avec de belles maisons sur de grands jardins. Frangipaniers, palmiers et autres essences exotiques montent jusqu'aux balcons. Perrons à colonnades, il doit faire bon vivre dans le coin...

Le soleil a du mal à montrer son museau, pourtant on sent qu'il n'est pas loin. Bien que le vent se soit levé il fait lourd. Retour au centre ville par le même trolley. Je vais boire un verre au Café du Monde. Un joueur de trompette nous balance son répertoire et plus loin des mimes font leur numéro. Question musique, ça n'arrête pas de la journée, mais il faut reconnaître que s'il y a la quantité, la qualité laisse à désirer...

Fin d'après-midi, 18h, place d'Espagne, au bord du fleuve, devant le casino flottant, concert gratuit de Martha Wright. Il fait doux, un peu de vent qui amène des odeurs d'écrevisses au court bouillon... Tout le monde boit un truc quelconque, certains se trimballent une glacière qui doit peser et leur donner soif! Enfin, de la bonne musique, la grosse black avec un bon orchestre et des cuivres, nous balance des classiques de rythm'n blues de sa grosse voix enjouée. La musique et les odeurs de cuisine m'ont mis en appétit. D'un coup de trolleybus, je reviens au centre, au Jackson Square Cafe où je commande des écrevisses à l'étouffée et un grand verre de Budweiser glacée. Aux USA les consommations au verre sont souvent servies en 3 tailles de verre au choix. A New Orleans on sert du pain français, ici avec un pot de beurre demi-sel. C'est encore une fois succulent, les écrevisses épluchées baignent dans une sauce épicée sur une assiette de riz blanc. Je me torche la plâtrée sans renâcler, c'est épicé limite du supportable exactement comme il faut, et le pain beurré adoucit la langue. De la fenêtre du restaurant, je vois les tireurs de tarots, installés sur le trottoir, faire leur commerce, à la lueur d'une bougie...

En sortant, sur la place de la cathédrale plongée dans la pénombre, un vieux bluesman, seul avec son dobro et ses battements de pied, chante un blues pour les clodos endormis sur les bancs.

Je rentre à mon hôtel par des rues peu éclairées, si ce n'est la lueur vacillante de quelques lumignons à gaz à la porte de certaines maisons. Parfois sur un perron, un type dort et je passe rapidement...

 

SAMEDI 17 JUIN :

Il est 8h30 quand j'arrive chez Shoney, légèrement en sueur car il fait déjà chaud et le soleil brille. Devant une ou deux maisons, des étalages de fripes. Le week-end, aux USA, vous pouvez vendre vos surplus sur le pas de votre porte.

Sur Bourbon Street, les cafetiers rincent à grande eau leurs bastringues dégueulassés des excès de la veille au soir. Sous les balcons fleuris, l'eau goutte des arrosages matinaux. La ville se prépare à vivre. Des camions rutilants aux couleurs vives livrent des tonneaux de bière, whisky ou coca-cola. Cette année j'ai vraiment l'impression de voir des américains moyens, et ce n’est pas jobard! Les américaines surtout. Les "canons" qu'on voit dans "Les filles de la plage" ou je ne sais quelle autre série ne sont visibles qu'à la tv. Dans l'ensemble elles sont quelconques. Mais quand elles prennent de l'âge, ça finit en Muppets Show! Fringues pas croyables, coupes de cheveux ahurissantes, on peut faire un gros album de photos.

Vers 11h j'embarque à bord du steamer Natchez pour une croisière sur le Mississipi, rien d'extraordinaire à voir, sinon la satisfaction de descendre ce fleuve mythique sur un bateau à vapeur. La ballade dure 2h, c'est calme et reposant. Au retour je passe au French Market pour grignoter une saucisse d'alligator fumée.

Fin de journée, Martha Wright donne un second concert et j'y retourne. C'est samedi, il y a plus de monde. Je vois beaucoup moins de libellules, petites bestioles où êtes-vous ? Et j'ai encore faim! Cette année c'est dingue le fric qui part en bouffe, mais à les voir se goinfrer toute la journée faudrait être un héros pour résister.

Je trouve mon bonheur chez Original's Papa Joe, jambalaya (riz, saucisse, crevettes, oignons, épices) et tarte aux noix de pécan.

Promenade digestive le long du Mississipi. Au loin le pont est illuminé et le casino flottant, le Flamingo, étincelle.

Une dernière bière sur Bourbon Street qui en ce samedi est très agitée! Beaucoup de monde, de bruit, on se croirait à la Fête des Loges. Beaucoup de musique aussi, et ce soir elle est bonne. Je passe de bars en bars, écouter ces blues et lamper une bière. Au Club 544, Gerry Brown donne un show mémorable.

 

DIMANCHE 18 JUIN :

Ce qui est agréable, le matin en me levant, c'est d'ouvrir mes rideaux et de voir sous mes yeux, la piscine bleue dans le patio de verdure, sous le soleil qui brille... en pensant aux pancakes à venir! Et ce matin, ils étaient divins, moelleux et dorés, servis avec le pot entier de sirop et non une barquette en plastique un peu chiche. Un jour j'écrirai un poème, que dis-je, une encyclopédie sur les pancakes!

Je décide de ratisser le French Quarter, méthodiquement, rue après rue. Il fait chaud et sacrifiant à la tradition locale je me trimballe une boisson à la main. Dans la vitrine d'une épicerie (!) trois pythons se prélassent, sous l'oeil inquiet d'un matou. Je passe devant le cimetière où est enterrée Marie Laveau, la sorcière vaudoue (Voir le premier album de Canned Heat). Je n'entre pas, car c'est formellement décommandé dans tous les guides et brochures distribuées en ville. Trop dangereux, zone criminelle.

Un mignon gamin noir fait des claquettes sur le trottoir, photo et monnaie en "remerciement". Ici tout est payant et ils ont l'oeil! Il y a deux jours j'avais pris en photo, discrètement avec mon zoom, des gamins dansant. L'un d'eux m'a repéré et rattrapé pour que je lui donne la pièce. Ok! Ok!

Retour dans les allées du Marché Français, au milieu des étals de fruits et légumes de Louisiane, fraises énormes, melons d'eau, mirlitons (?), noix de pécan, ail... Stands d'épices, dans des bouteilles de toutes couleurs, Tabasco, préparation de base pour gombo, barquettes de nourriture à emporter, crevettes, crabes, oignons en  beignets, saucisse d'alligator, gâteaux au chocolat, muffins aux raisins etc... Crânes d'alligators ou carapaces de tortues trônent sur les stands. La décoration des bars est très chargée. Dans l'un ce sont des billets de monnaie du monde entier, dans l'autre photos de musiciens morts depuis belle lurette, dans un autre de vieux soutiens-gorges pendent du plafond!

J'ai un peu mal à la tête, j'ai pris un coup de chaud, aussi je rentre à la chambre. Repos en regardant du football à la tv. Le mal envolé, je vais mieux et quand je vais bien, j'ai faim. Non?  Si!  Je prends le frais le long du Mississipi afin d'aiguiser mon appétit que je satisfais sur  Decature Street, près du French Market. Pasta aux crevettes, gros macaronis coupés dans la longueur, grosses crevettes, champignons parfumés comme des cèpes et huile d'olives. En entrée, d'office une salade verte, sympa et agréable à manger. Un pudding en dessert et c'est parfait. 

 

LUNDI 19 JUIN :

Je délaisse Shoney, pour un bar sur Conti Street. Machines à sous, tv géante et billard, le Deja Vu Bar. Ils font des pancakes aux framboises, pas mal, mais beurre et sirop, ce n’est pas ça, comme en plus c'est plus cher, j'en déduis que c'est une mauvaise adresse.

Je prends un bus pour Audubon Park et je reviens à pieds par Magazine Street, antiquaires et brocanteurs y ont élu domicile. Jolies maisons typiques de Louisiane, en bois, balcon à l'étage, perron de trois marches, balancelle et plantes tropicales, jardin minuscule. Le père Tape-dur s'en donne à coeur joie et je choisis les trottoirs à l'ombre, mais je dois ravitailler en boissons...

Plus tard au bus me déposera à City Park, mais le coin est décevant et me voilà perdu au milieu d'un carrefour de rues sans noms, ni arbres pour l'ombre, ni piétons pour me renseigner.

Finalement je trouve un arrêt de bus ombragé où j'attends 20mn un véhicule, qui coup de chance, retourne au centre ville.

Dans l'après-midi, une glace chez Baskin Robins me laisse pantois. Je ne savais pas que c'était aussi bon. Rien que le cornet, on pourrait le manger tout seul...

Vers 18h je me retrouve, comme souvent à cette heure, sur la promenade au bord du Mississipi, devant le Natchez où l'on donne à bord, une sérénade. A 19h la corne annonce le départ, un officier avec un porte-voix, juché à l'extrémité du navire, dirige la manoeuvre et le steamboat s'éloigne sans un bruit. Alors se pose la question, où vais-je manger ce soir?

J'erre de rue en rue, au feeling. Ce soir c'est un restaurant US quelconque, sans particularité notable et j'opte pour des enchiladas de poulet, c'est de la cuisine Tex-mex comme on dit à Paris. Ma Margarita est parfaite, il faut la commander "frozen" et non "on the rocks", avec de la mousse sur le dessus et du sucre sur les bords du verre. Dans un grand plat on m'amène un ravier de salade verte, tomates, guacamole épicé et crème fraiche. Riz, haricots rouges en purée, une grosse crêpe au poulet avec du fromage fondu et sauce tomate. Et pour finir, bah! oui, faut bien un dessert, un Apple pie. Une douceur qui tuerait une bête moins entraînée que moi. Une tarte aux pommes, épaisse, nappée d'une énorme couche de caramel tiède avec une boule de glace vanille, c'est hyper-sucré. Quand j'y repense, j'ai comme un vertige diabétique. Ai-je rêvé le goût de cannelle sur les pommes ? Mes papilles soûles, rendent l'âme.

Ici, tous les bars ou restaurants vendent des tee-shirts à leur nom, souvenirs publicitaires.

Les locaux, appellent la Nouvelle Orléans : Nawlins, orthographe adaptée à leur prononciation

et le surnom de la ville, c'est The Big Easy.

Dans la rue les gens passent avec un verre de bière ou un cocktail à la main. J'en ai vu avec un verre de liquide rose, gazeux, dans lequel baigne un cornichon! Oh! My god! Comment peut-on ingurgiter ça ?

Le lundi soir sur Bourbon Street, c'est calme, on se repose du week-end.

 

MARDI 20 JUIN :

Sortie à l'extérieur nord de la ville, par le bus, jusqu'au lac Pontchartrain. Pour les longs trajets en bus il faudrait presque mettre un pull, tant la climatisation est féroce. Les chauffeurs ne se bilent pas, ils s'arrêtent en chemin, qui pour acheter une boisson, qui pour passer un coup de téléphone rapide!

Le lac est énorme et un pont le traverse, le plus long pont du monde, selon mon guide. Larges pelouses tondues à ras, tables et bancs à l'ombre des arbres, pêcheurs. Le soleil s'est voilé, au bord de l'eau une légère brise. Je n’ai pas de chance avec les bus, je suis encore perdu! En fait mon problème c'est que le bus du retour ne prend pas la même route qu'à l'aller. Avec mon plan,  j'arrive à m'orienter tant bien que mal et je retombe sur ma ligne de bus. Nous traversons une banlieue huppée, maisons individuelles sur un bout de pelouse rase, sans clôtures, des arbres. Ce qui est curieux, c'est que plus le quartier est pauvre, plus les maisons sont clôturées de murs et barbelés. Les pauvres se volent entre eux...?

Plus loin, la zone des cimetières. Ici, on fait dans le tombeau grandiose, blanc immaculé, au-dessus du sol, le sous-sol marécageux ne permet pas de creuser profond. Pas de métro par exemple.

Déjeuner d'un sandwich Po' Boy, pain français, jambon en quantité, salade mayonnaise et pickles. En milieu d'après-midi, une glace chez Baskin Robins, chocolat-pistache et morceaux de noisettes...

Ce soir petite fête sur le Natchez, pour l'anniversaire de je ne sais qui. Discours, bénédiction du pasteur, lâché de confettis, applaudissements, etc... Bof!

Diner au Margaritaville, le restaurant de Jimmy Buffet, artiste country,  sur Decatur Street. Un gombo bien épicé avec une bière glacée, en écoutant un type chanter des blues sur son dobro : voilà pourquoi je suis aux USA!.....Great! Pour le dessert, un fantastique Brown Eye Girl, un gros brownie légèrement tiède avec une boule de glace vanille et autour de petits bonbons au chocolat et à la menthe. Après le bluesman, une fille accompagnée d'un guitariste, chante des airs de country. C'est cool!

Dans la ville, depuis mon arrivée, j'ai repéré des gueules. Le saxophoniste devant le Cafe du Monde, celui qui est sur le débarcadère, les gamins en bande qui font des claquettes et le type étrange qu'on voit partout le soir, 2m de haut, cheveux très longs, tout en noir avec un chapeau haut-de-forme et du rimmel aux yeux! Waouh! 

A une terrasse de café, un groupe de jazz joue doucement une excellente musique d'ambiance. Je me pose sur un banc et je profite du concert.

Plus tard, je rentre, une bière à la main dans un sac de papier kraft, par les ruelles sombres qui mènent à mon hôtel. Dans la nuit moite, un type vautré sur une Oldsmobile, finit sa bière alors qu'un  estropié dort dans une encoignure de porte. Un peu plus loin sur le boulevard, un groupe de blacks discutent devant une épicerie encore ouverte et au coin de ma rue, la petite chapelle vaudoue est faiblement éclairée. Je n'ose pas pousser la porte et voir...

Dans ma chambre, je branche la tv sur le canal 71, un prédicateur fait son prêche, sur les autres chaînes, des téléfilms à vomir.... Bye!

 

MERCREDI 21 JUIN :

C'est le matin qu'il fait lourd, le taux d'humidité est plus important et j'ai chaud en arrivant chez Shoney. Dans la matinée, d'habitude, l'humidité se dissipe et on respire mieux.

Les vacances sont presque finies et j'ai tout vu, donc, aujourd'hui et demain, je glande dans les rues, je finis ma pellicule photo, j'achète quelques babioles et je goûte deux ou trois nouveaux trucs.

Dans le vieux quartier, en zieutant par les portes entrouvertes ou les grilles des maisons, on découvre des patios d'inspiration hispano-mexicaine. Cours dallées, bassins et fontaines, plantes tropicales cascadantes. A Nawlins, ils décorent leurs plantes avec des colliers de perles style 1900. Mardi Gras et Noël sont des fêtes capitales, nombreuses boutiques de décorations pour ces réjouissances.

Dans l'après-midi, j'ai repiqué une tête chez Baskin Robbins! Il va être temps que je reparte, j'espère pouvoir remettre mon jeans... actuellement, mon short à ceinture élastique m'autorise toutes les folies gastronomiques.

Le dîner se composera d'écrevisses à la créole, sauce tomate épicée avec du persil. Je récure le plat, faut pas gâcher! Et pour clore la fête, leur fameux pudding. Dans tous les restaurants, sur la table, trône une bouteille de ketchup et une bouteille de Tabasco, la fameuse sauce locale.

Sur Bourbon Street on tourne un film ou un clip. Un plan de coupe, sans intérêt, une voiture qui passe devant un restaurant. Mais ça suffit pour créer encore plus d'animation.

 

JEUDI 22 JUIN :

Mes derniers pancakes chez Shoney. Très gros et très réussis ce matin, je les savoure. Il fait de plus en plus lourd, coca-cola et jus d'oranges se succèdent... Le ciel se couvre un peu, la moiteur devient pénible à supporter, pas un souffle de vent aujourd'hui. Vers midi je retourne ma chambre pour une douche et un bain d'air climatisé, puis, ressuscité, je vais sur la Riverwalk, la promenade-galerie marchande le long du Mississipi. Là, à une table dominant le fleuve, un coca glacé à portée de lèvres, je bouquine en rêvassant dans la touffeur de l'air louisianais.

La faune locale est riche en lézards verts à queue brune, ainsi qu'en blattes grosses comme mon petit doigt.

Tout cela nous amène à 16h et si j'ai du boire plus d'un litre de coca depuis ce matin, par contre je n'ai rien mangé. Je rentre à l'hôtel et en chemin, dans une épicerie de quartier, j'achète un énorme sandwich fait maison, jambon, fromage, tomates, salade, mayonnaise et un bidon de jus de fruits glacé. Je regagne ma chambre froide avec mon sac kraft et après ma douche, je collationne en regardant les baigneuses dans la piscine.

Je commence à préparer mon sac pour le retour et plus tard, alors que le vent s'est levé et qu'il fait moins chaud, je sors traîner une dernière fois dans les boutiques de Royal Street. En particulier dans l'échoppe vaudoue où l'on vend talismans, herbes, encens, bijoux, masques hideux...ou bien les boutiques de souvenirs pour fouiner dans tous ces petits bordels qu'on peut acheter, des machins qui ne servent à rien et dont on s'aperçoit au retour, qu'ils sont d'une laideur à pleurer.

Les voitures à chevaux pour touristes, tournent inlassablement à travers la ville, les saxophonistes pleurent toujours leurs blues au coin des rues et moi, je retourne diner au Margaritaville. Un pianiste-chanteur, alterne blues et airs traditionnels américains. Blanc de poulet grillé au barbecue entre deux bums, tomates, oignons, cornichons et frites. Ici on mange épicé mais la moutarde est douce... paradoxe.

En dessert, un gâteau au nom abracadabrant qui s'avère être une tarte aux citrons, mais quelle tarte.....! Hum! 

 

VENDREDI 23 JUIN :

Mon sac est prêt, je suis prêt, mais bien sûr je suis en avance. J'ai pris mon breakfast à l'hôtel, petits muffins aux myrtilles, tartelettes raisins et cannelle, café.

Taxi pour l'aéroport, il fait beau. Sur les routes la vitesse est très limitée et le parcours en voiture toujours agréable. La conception de l'aéroport réduit la marche au maximum et les formalités sont vite réglées. Peu de monde, je n'ai plus qu'à me caler dans un fauteuil avec un bouquin et profiter de la climatisation.

Confort des salles d'attente, certains sièges sont équipés de mini-tv payantes, nombreux WC, distributeurs de boissons et confiseries.

A New Orleans, les panneaux sont en anglais et en espagnol, le Mexique n'est pas si loin.

Le Boeing 737 décolle à 13h50 et ma correspondance à Chicago est à 17h20. Je suis tout au fond de la carlingue, l'avion est plein sauf le siège à côté de moi! Ouf! Au dernier rang il n'y a pas de tablette ?........En fait elle est pliée, astucieusement, dans le bras du fauteuil! Ah!Ah! ...

Nous volons très haut et je ne peux voir le paysage. Il était temps qu'on monte dans l'avion, car je commençais à avoir froid dans la salle d'attente. Un comble.

Le survol de Chicago impressionne par l'étendue de la ville. C'est gigantesque. A 16h15 nous touchons le tarmac, dix minutes plus tard je suis dans la salle de transit, mon avion pour Paris décolle dans une heure.

C'est un Boeing 767 et catastrophe, cette fois j'ai hérité de la place du milieu de la rangée. Là, coincé entre deux personnes on n'aperçoit à peine l'écran de cinéma... Je règle ma ventilation individuelle à fond et j'entre en méditation zen.... avec une vodka orange pour aider.

Si vous avez bien suivi, vous constatez que je n'ai rien mangé depuis le breakfast de ce matin. Après deux semaines d'agapes sans nom, on frôle l'exploit. Heureusement, je sens les gamelles qui chauffent... Repas, films et collation sont prévus jusqu'à Paris. D'ici là, le voyage va être long, très long...................

       

 

 

New-Orleans (101).jpg

 

        

27.08.2008

San Francisco

MERCREDI 8 JUIN 1994:

Il est 10h30 pour San Francisco, l'avion part de Roissy. L'année dernière pour New York c'était Orly. Le Boeing 747 est plein. Je suis dans la travée du milieu, au bord de l'allée. Il y a une heure qu'on vole et première rincée. Boissons diverses et cacahuètes. Je vole sur Delta Airlines. De l'autre côté de l'allée, côté hublot, un couple s'est installé pour un long voyage, chaussures retirées, ils parfument le secteur d'un fumet délicat ! J'imagine qu'ils marquent leur territoire, comme des bêtes.

A peine deux heures d'écoulées et j'ai lu mon Libération : un accident d'avion en Chine a fait 160 morts ! C'est parfait pour le moral ! J'ai branché mon mini-casque et j'écoute un programme de rock. On nous a déjà distribué le menu des deux repas de la journée. Ca tombe bien j'ai une petite faim. Alors ! Ca vient la bouffe ?

Au départ de Paris l'organisation était impeccable, simple et rapide, sachant que pour les USA il faut satisfaire à tout un tas de questions personnelles.

Les plateaux-repas ont été distribués et engloutis. Le couple en chaussettes ne s'en est pas contenté, ils avaient leurs propres provisions de bouche. Pain de campagne et poivrons rouges font de leur campement un taudis de miettes et de sacs en plastique. Quand l'hôtesse passe avec le café, une anglaise réclame de l'eau chaude pour faire infuser son sachet de thé.

Le plan de vol est le suivant, Paris, Ecosse, Groenland, Canada et San Francisco. Nous survolons le Groenland à faible altitude, il y a du soleil, c'est magnifique.

L'avion est confortable comme un TGV, ni plus ni moins de place. On est là pour 12h, ne pas s'impatienter, rester cool ! Il est 14h30 le film commence, c'est le dernier Robin Williams, "Mrs Doubtfire", où il se déguise en mamie pour garder des gamins...  Ca casse rien mais il y a pire. Comme pour la "dernière séance", un second film avec Paul Newman, hélas! En version originale non sous-titrée.

Vers 18h, Mr et Mme Chaussettes déballent leur casse-croûte, gros pain, fromage, tomates et carottes crues. Et je coupe, et j'étale et je ronge, j'en fous partout sur ma tablette et mes genoux, jus de tomates et miettes... Ceux-là faudrait les filmer ou les exposer dans le Grand Zoo Humain. Finalement dans l'avion, sur chaque siège tout le monde a recréé son petit chez lui. Et chaque fauteuil  est comme un mini-appartement, sans murs. Etonnant à observer.

Il est 21h30 quand l'avion se pose à San Francisco (12h30 heure locale). Il fait beau et chaud. Sortie de l'aéroport ultrarapide, je prends un shuttle, van Toyota de 6 places, qui me jette à mon hôtel en une petite heure de route, car je suis le dernier à descendre du taxi.

Au Californian Hotel ma réservation est inconnue ! J'attends un moment et tout fini par s'arranger. Je monte dans ma chambre et je m'écroule sur le lit.

Première sortie dans le quartier à Union Square. Impression mitigée, magasins de luxe comme Macy's, banques et jeunes cadres proprets autant qu'affairés côtoient homeless et traîne-savates en tout genre. Dans une rue proche de mon hôtel, une boîte sordide de strip-tease et des sex-shops crasseux. Il n'y a même pas le strass et les paillettes de Pigalle. Je pense à Trafalgar Square à Londres.

Je me ballade jusqu'au bout de Market Street, Embarcadero et la mer. C'est le port de San Francisco. Une tour avec un carillon joue la musique du film "Le Parrain". D'ici, partent les ferries pour Sausalito. Statue de Gandhi ! Pêcheurs à la ligne et goélands. Un très grand pont à deux étages, le Bay Bridge, mène à Oakland.

19h, je suis crevé, je suis debout depuis 28h !!! J'ai faim, le premier restaurant venu fait l'affaire, Original's Joe.

Spaghettis et hamburger avec une Coors glacée pour faire glisser. C'est un restaurant italo-américain, grande salle avec un comptoir qui court le long d'un mur, petits box avec banquette en cuir. Sur les tables, le ketchup, la moutarde et les sauces pour les steaks. La commande passée, le garçon amène le traditionnel verre d'eau glacée. Au fond de la salle, une grosse TV diffuse en sourdine un match de basket-ball.

A deux pas de là, sur le trottoir, une table pliante et deux pliants où des aides sociales distribuent des seringues à des toxicos qui se hâtent vers ce lieu de rendez-vous habituel, j'imagine.

 

JEUDI 9 JUIN :

Le jet-lag m'a cassé, fatigué je me suis couché tôt mais à 3h30 j'étais réveillé. J'ai allumé la TV, il n'y avait que des conneries. Dehors les lumières de la ville et les silhouettes dans les rues (je suis au 11ème étage) indiquaient que la vie était encore active. J'ai sommeillé jusqu'à 6h30 et debout ! Il y a une cafetière dans la chambre, petit café, douche, infos à la TV et à 7h30, en route !

Je prends un petit déjeuner sur Jones Street où, enfin ! Je retrouve mes fameux pancakes. Quel régal ! Je ne suis revenu aux Etats-Unis que pour ça. Une assiettes de pancakes, servis par 3, et un café. Mes aïeux ! Quel bonheur !

Les 3 crêpes sont énormes, aux cerises, avec un pot de sirop. Je préfère ne pas finir l'assiette... c'est dire !

L'estomac lesté, ma première vraie sortie est évidemment pour Haight-Ashbury où sont nés les hippies vers 1967.

Je prends le métro, ligne N, sur Market Street près d'Union Square. Le plan n'est pas aisé à lire mais les gens sont sympas et j'ai l'expérience de New York. Le métro est neuf et propre. Il roule soit en sous-sol, soit en extérieur sur la route comme un tramway. Amusant.

Quartier très sympathique par sa verdure, Panhandle Park et Buena Vista Park, odeurs de conifères et de plantes comme en Corse. Petites maisons à un étage peintes de couleurs vives, fleurs et plantes diverses. On voudrait vivre dans ces maisons.

"C'est une maison bleue, accrochée à la colline... " Je comprends mieux la chanson de Maxime Leforestier.

Boutiques de disques, tarots, t-shirts psychédéliques etc... Par contre, là aussi, épaves zonant au coin des rues, passants au regard éteint ou halluciné, parlant tout seul et se traînant dieu sait-où . Le vieux rêve du "peace and love" en sort un peu sonné.

Il fait chaud. Agréable, aux USA on trouve une grande variété de jus de fruits en bouteilles  de toutes tailles chez les épiciers. Pour moi ce sera orange papaye. Je sillonne tout le coin à pied et je poursuis sur Castro, au sud.

C'est le quartier gay de San Francisco et on en voit de tous les genres : coupe en brosse et moustache, body buildés, petits timides à cheveux ras, cuirs, vieilles tantes liftés etc... Dans un bar, un vieux travelo discute d'une voix rauque avec un pédé à moustache.

Là aussi, belles maisons et boutiques à la mode. Partout, comme dans toute la ville, des drapeaux aux couleurs de l'arc-en-ciel, l'étendard gay. Je quitte Castro par Market Street et la 16th avenue et je flirte avec le quartier chicano.

Je passe devant Mission Dolores, l'une des plus vieilles églises de Californie, toute blanche sous le soleil qui tape. Avec les palmiers dans l'avenue, on pense au Mexique, ou bien, plus prosaïquement, au feuilleton TV Zorro et au sergent Garcia. Les gens dans la rue parlent espagnol, les commerces sont sud-américains, une affiche publicitaire pour Gatorade est écrite en espagnol !

Plus loin, sur Mission Street, c'est encore la zone, corps allongés sur les trottoirs et dans les encoignures de portes d'immeubles, petits machos chicanos bruns à fine moustache, muscles ronds sous le débardeur, guettant ou traînant sans but précis.

Je prends le bus pour me rapprocher de la station du Cable Car, le fameux tramway de San Francisco. J'emprunte la ligne de Powell Street, la plus longue et la plus belle. Les montées sont rudes et les descentes périlleuses, mais comme la voiture roule lentement il n'y a pas de frissons. Ce n'est pas la Foire du Trône, encore moins, le film Bullit.

Powell Street file directement vers la mer mais on ne la découvre que brusquement en émergeant en haut d'une côte avant une plongée spectaculaire. La vue est superbe sur la baie de Frisco, ses navires et le Golden Gate avec au milieu Alcatraz immobile, comme un énorme tanker à l'amarre.

Je fais l'aller-retour d'une traite, tant le trajet est agréable, puis direction la Transamerica Pyramid, un building pointu, originalité de la ville. D'un coup d'ascenseur je me trouve au 27ème étage avec vue sur la baie.

Je continue ma route sur Coït Tower, en passant à la lisière de Chinatown. Les rues grimpent sévèrement pour parvenir à la tour. J'ai chaud mais le vent est agréable et la vue, de la tour, coupe le souffle. Devant mes yeux ébahis, à gauche Golden Bridge, à droite Bay Bridge et face à moi Alcatraz, le pénitencier mythique. Derrière le Golden Gate, le Pacifique et au bout du pont, Sausalito où je pense aller bientôt. C'est superbe et je réalise là un vieux rêve, voir l'océan et le fameux pont rouge de Frisco. Le mythe américain, des conquérants du nouveau monde à Jack London, tout est résumé à cet instant.

Sur la placette au pied de la tour, une statue de Colomb. Séché et reposé, je prends un car qui me dépose au port, à Fisherman's Wharf. Quelques bateaux de pêche, les derniers de San Francisco. Dans les eaux du port, des phoques évoluent à la recherche de leur nourriture. Sur les quais, boutiques de souvenirs et de bibelots, marchands de bouffe, offrant barquettes de crabe ou crevettes à consommer  sur place ou à emporter.

A l'extrémité du port, une petite plage de sable fin devant le square Ghirardelli avec une très belle pelouse en pente douce. Je mange une assiette du pêcheur dans un snack avant d'enquiller une autre ligne de Cable Car pour retourner à mon hôtel. Il est 20h, je suis crevé et j'ai des coups de soleil sur les bras. Hier j'étais un peu perdu dans la ville, mais ça y est j'ai trouvé mon rythme et je quadrille la cité à mon aise.

 

VENDREDI 10 JUIN :

Petit déjeuner au Dottie's True Blue, la salle est toute petite, une dizaine de tables, nappes à carreaux bleus bien sûr. Ventilateur de plafond, bonne musique, c'est coquet ! Il est 8h je commande mes pancakes. Ici, ils sont merveilleux, très légers (mais je ne finirai pas l'assiette) saupoudrés de sucre glace et délicatement parfumés à la cannelle. Une très bonne adresse. Comme partout le café est à volonté, mais il n'est pas terrible... Les serveurs blacks, genre  « mignons » parlent deux mots de français et connaissent un peu Paris (le BHV et sa coupole, le Centre Pompidou).

Ma journée débute par une visite à Sausalito, petite ville située de l'autre côté du pont. J'y vais en bus et reviens par le ferry. Par très simple de trouver le car pour Sausalito mais une fois dedans, quel confort ! Vitres teintées, climatisation et très peu de voyageurs.

Traversée de la ville et du parc du Presidio (voir le film du même nom avec Sean Connery) et enfin, le fameux Golden Gate. Repeint tous les ans en rouge brique il est majestueux et se dresse entre le Pacifique et la baie de San Francisco. La traversée du pont est trop rapide mais ce sera un souvenir éternel.

Sausalito évoque les villes de la Côte d'Azur, une rue commerçante qui longe la mer, bateaux amarrés dans le port. Sur les hauteurs de la ville, de belles villas noyées dans la verdure, à l'abri du soleil, ont accès au centre ville par des ruelles pentues. A voir, la fontaine publique nommée "C'est ma tournée Sally" et la fontaine aux éléphants dans son petit jardin.

J'achète un yaourt glacé pêche-pina colada et je le déguste à l'ombre, sur l'embarcadère, en attendant le ferry du retour. La traversée en bateau est un luxe peu onéreux. A tribord, le Golden Gate, à bâbord, tout près de nous, Alcatraz et dans l'axe de la proue, se rapprochant lentement San Francisco et sa Transamerica Tower.

Arrivé à terre, d'un coup de Cable Car, je rejoins Van Ness avenue et le Hard Rock Cafe. Achats de souvenirs et une petite bière au milieu des guitares offertes par les stars du rock. Il y a même une mèche de cheveux des Beatles !

Retour tranquille à l'hôtel, il est 17h. Douche, lecture du journal qui confirme mes impressions, record de chaleur approché pour Frisco, près de 30°. Au frais j'en profite pour écrire mes cartes postales.

Fin d'après-midi, je retourne à Haight et Ashbury. Il y a plus d'animation qu'hier matin. Je déambule le long de Haight, sur les trottoirs, la même faune qu'au Forum des Halles. Les homeless omniprésents, côtoient des jeunes au look destroy mais surtout à l'allure pas claire... On ne sent pas les fameuses "good vibrations". Si pour le décor c'est un peu le Bleeker street de New York, on est loin de la bonne ambiance qui y régnait l'an passé.

Boutiques de disques, fringues, librairies, galeries d'art psychédélique, échoppes de piercing, Haight est devenu le point de rencontre des babas mous tombés dans le caniveau. "The dream is over". C'est assez pitoyable.

Je prends un bus pour m'éloigner de cette fange et c'est un peu le même tableau. Une black complètement stoned, le regard éteint, dodeline de la tête complètement absente. J'avais pris un bus au hasard, j'en descends dès que je reconnais l'avenue qui passe près de mon hôtel. Là encore, sur les trottoirs, la misère s'étale, partout des corps étendus ou à la dérive, des mains qui quémandent, des types qui poussent des chariots, qui fouillent des poubelles déjà pillées avant eux. Des éclopés, des envapés... à ce rythme, dans quelques années la différence avec Calcutta sera bien faible.

L'année dernière à New York je n'avais pas vu tous ces abandonnés de la société et ça m'avait étonné, mais les voir ici, ça me surprend, ça me choque même. Du coup, pour me retaper, je vais casser une graine dans un chinois et pour finir la soirée, une virée nocturne en Cable Car. Ca c'est super ! La nuit tout le monde déconne dans le tramway et en plus il va plus vite, car il y a moins de monde sur certains secteurs. A magical mystery tour ! 

 

SAMEDI 11 JUIN :

Brouillard sur la ville au réveil. Aujourd'hui Chinatown est au programme. Au carrefour de Bush et Grant un portique chinois signale l'entrée du ghetto asiatique.

Je flâne au hasard des rues, maisons aux toits de pagode et aux balcons peints en rouge, jaune, vert, cabines téléphoniques en forme de pagodes elles aussi.

La population affairée fait ses courses. Marchands de légumes exotiques ou inconnus. Odeurs étranges. Boutiques de produits séchés tels que des ailerons de requins, des cornes ou des pénis (!) séchés, utilisés en cuisine ou en aphrodisiaques. Echopes détaillant le ginseng séché râpé dans des bocaux. Un commerce à ne pas rater, ce sont les poissonneries. Un must dans les communautés asiatiques, ici, on trouve des crabes bleus, des poissons-chats, des tortues énormes, des grenouilles vivantes... Tout fait ventre chez les chinois. Chez les traiteurs, certains plats laissent rêveurs ou du moins dubitatif.

Les vendeurs de journaux, installés à même les trottoirs, vendent la presse asiatique et de nombreuses revues coquines ainsi que le Playboy en chinois !

Dans un square, des petits vieux embarbichés, jouent au ma-jong alors que d'autres méditent au soleil. Le quartier est vivant sans exubérance, les Chinois vivent leur vie, parlent leur langue, imperméables aux blancs qui les visitent. Pas de mendiants ni d'éclopés dans les caniveaux de leurs quartiers, solidarité de classe ou de race, orgueil de ne pas déchoir, sauver la face au moins ? Comme à New York, Chinatown est un de mes quartiers préférés. On ne sent pas de mauvaises vibrations ici. Je goûte au jus de mangue et au sirop de canne à sucre, râpée devant moi. Ca se boit, mais sans plus, agréable lors des grosses chaleurs, j'imagine.

 

Il fait frais aujourd'hui, le brouillard joue avec le soleil et à Union Square, la communauté russe donne une fête. Sur un podium spectacle folklorique, stands culturels et de dégustation de produits typiques.

Visite au Golden Gate Park, à l'autre bout de la ville. Un tour rapide car c'est trop grand pour être visité d'un coup. Il s'agit d'une sorte de grand Bois de Boulogne, avec dans la partie que je visite, un muséum des Sciences, un aquarium et un jardin japonais aux plantes rares. En fait, le parc est découpé en différentes zones qui chacune présente la flore d'une région du monde.

Je caille un peu et je passe à l'hôtel chercher un pull avant de repartir pour Fisherman's Wharf.

Sur le chemin, je passe par Lombard Street une des rues les plus célèbres de San Francisco. La rue en sens unique, descend en une pente si raide qu'il a fallu la construire en lacets serrés jamais vus ailleurs, l'espace entre deux lacets ne laisse la place que pour une seule voiture !

Les bas-côtés sont magnifiquement fleuris d'hortensias, c'est superbe et tous les touristes en font un point de passage obligatoire avec photos à l'appui.

Sur Fisherman's Wharf, je déambule une barquette de salade de crabe à la main. Un sous-marin est amarré au quai alors qu'à l'extrémité du port, une fête de bateleurs attire les foules. Dans un bar proche, un groupe de blues attire mon attention, je rentre et commande une bière. Le groupe est bon et reprend tous les airs des 60's et 70's qui constituent le fond de ma discothèque. Nous sommes une dizaine dans le bar, c'est génial.

Bientôt vient l'heure de dîner, à l'unanimité je vote pour un repas chinois dans Chinatown, comme ça la journée sera complète. Du port je prends Powell Street que je commence à bien connaître, car où que j'aille je croise cette rue. A pied ça fait une trotte, surtout qu'il ne faut pas perdre de vue que les rues montent et descendent toujours, parfois avec un pourcentage ahurissant... Je mets 40mn pour atteindre la zone, je choisis un restaurant au hasard, le Grand Palace. Bœuf au pois et champignons, mes aïeux, la gamelle ! A Paris il y en aurait pour trois

personnes ! Aux USA les portions sont toujours énormes, néanmoins j'ai tout mangé car c'était très bon.

 

DIMANCHE 12 JUIN :

8h30 encore du brouillard, c'est normal à San Francisco, mais le beau soleil des premiers jours, dès le petit matin, moi je m'y étais habitué.

Je prends le BART pour la 24ème rue, le quartier hispanophone. Le BART est une sorte de RER très confortable, moquette, fauteuils comme au cinéma, air climatisé. Sur le quai, une TV donne les infos et la météo. Dans mon wagon, un type look Rambo, grande croix en pendentif, anneaux plein les oreilles, cheveux rasés et à la ceinture un poignard qui lui descend à mi-cuisse !

J'erre dans le quartier hispanique à la recherche des "murales". Typique de la culture sud-américaine moderne, ce sont de vastes fresques murales peintes de couleurs vives, avec un thème ou racontant une histoire. A ne pas confondre avec les tags ou les graffitis.

Beaucoup d'habitants du quartier ne parlent que l'espagnol ! Il a fallu que je m'y reprenne à plusieurs fois pour demander mon chemin, de plus par ici, les femmes semblent craintives et sont réticentes à répondre à mes questions. L'endroit ne semble pas respirer l'opulence.

Je fais quelques photos des "murales" et je file sur Ashbury car j'ai lu dans le journal qu'il y avait fête aujourd'hui.

Whaou ! La rue est condamnée sur 1km et sur les trottoirs, stands d'artisanat, bouffe en tout genre, pétitions à signer "Sauvons la terre" "Epargnons les rats musqués" etc..., un stand vend des joints au détail. Tous les hippies sont de retour, ça grouille de monde, les gens sont aux fenêtres ou sur les toits, mangent ou boivent assis dans le caniveau. Musiciens de rue de loin en loin sur la chaussée et à chaque extrémité de la rue un podium pour les groupes de rock. Bonne ambiance et service d'ordre discret. Les "4 Non Blonde" et "Stones Foxes" groupes féminins, se succèdent pour nous asséner un rock speed. Rien que la foule vaut le déplacement, tout le monde est cool et chacun y va de son look personnel, même si on peut distinguer quelques chapelles. Le piercing fait pas mal d'adeptes. Quelques vieux babas profitent de l'occasion pour sortir de leurs trous et se retrouver au goût du jour.

Vers 15h un fort vent se lève et le brouillard devient plus bas, comme une fumée. Odeurs de nourritures, d'encens, de bière se mélangent dans le fracas des guitares électriques !

Je quitte Haight par Page Street une rue tranquille, maisons à un ou deux étages, le perron avec la porte en bois, bow-windows ces fenêtres à guillotine typiques, parfois l'oriflamme arc-en-ciel des gays. La rue est bordée d'arbres à fleurs rouges très courant ici.

J'arrive à Alamo Park, petit square sur une butte qui domine la ville, endroit paisible pour une petite halte.

Détail amusant, le dimanche, les gens vident leurs greniers sur les trottoirs, devant leur maison et vendent leurs surplus !

Retour à l'hôtel vers 17h30, en passant par Japan Town, moins folklorique que Chinatown car plus riche. Grand centre commercial et culturel, c'est clean, même un peu trop.

Après une douche et un repos bien mérité il est temps de penser au repas du soir. Il y a tant de possibilités que c'est compliqué de choisir. Comme j'ai mangé chinois hier, j'opte pour un grill et un méga steak avec une Michelob glacée.

Aux USA on est toujours sollicité pour manger ou boire et dans les rues les gens ont souvent un verre à la main. Verre en plastique de café ou soda, bouteille en verre de jus de fruits. Même les cadres bon chic-bon genre se baladent avec leur godet dans une main et l'attaché-case dans l'autre. De plus il faut faire des efforts pour résister à la tentation d'une part de pizza, une glace crémeuse, un sandwich exotique ou un gâteau quelconque... Pas étonnant qu'ils soient si gros dans l'ensemble. Et aux portes de ces usines à bouffe, une multitude tend la sébile pour obtenir une petite pièce...

J'écris cela en attendant mon steak, quand on est seul au restaurant, écrire passe le temps et donne une contenance. Enfin ma viande arrive, une merveille épaisse et moelleuse servie avec une énorme pomme de terre en robe des champs, gorgée de beurre salé et de petits légumes.

Un plat pas très original mais quel régal ! Je racle le fond de l'assiette. Après un tel gueuleton, il me faut de la bonne musique. A côté de mon hôtel, le Blue Lamp, un vrai bar américain comme dans les films. Un énorme comptoir qui fait toute la longueur du bar avec une TV en bout qui diffuse un match de base-ball, un billard dans une pièce adjacente. Au fond de la salle une mini-estrade symbolique pour un groupe de blues. Ce soir jam session, ils se relaient pour interpréter des classiques, ça me coûte une bière et c'est tout. Sacrée soirée ! Au bar, un type en redingote, chapeau haut-de-forme avec une plume, lunettes noires, barbichette de 40cm ! Les mains tatouées comme des gants, les tatouages remontant jusqu'au cou. Bon esprit !

 

LUNDI 13 JUIN :

Nouvelle adresse pour le breakfast ce matin. Décor rétro des 50's, style American Graffitis, vieux postes de radios, juke-box, sur les murs de vieilles revues de cinéma, serveuses en socquettes blanches. Un peu bruyant pour le matin...

Au carrefour de Colombus et Kearny, un vieil immeuble retapé avec un dôme vert, Francis F. Coppola y a installé sa maison de production. Je remonte Colombus Avenue, à ma gauche Chinatown et à droite le quartier italien. Comme à New York les deux quartiers sont mitoyens.

Il est 11h, l'odeur du café torréfié se répand dans les rues, au café Roma, murs remplis de cadres d'artistes, chapelets d'ail pendus au plafond. Un peu plus haut, le fief de la culture beat avec le café Vesuvio et la librairie City Books Light Store. Ici se réunissaient dans les années 50', Jack Kerouac, Williams Burroughs et les autres écrivains qui inspirèrent la beat generation puis dans les années 60' les hippies.

Washington square, grande pelouse entourée d'arbres et de bancs devant une église blanche à double clocher. Quelques vieux chinois y font leur gymnastique, le tai-chi.

Je repasse par Lombard Street, la rue aux lacets fleuris et j'arrive au port, à Ghirardelli. C'est une ancienne chocolaterie transformée en centre commercial, boutiques, petites cours fleuries, bancs et restaurants. Reconversion réussie.

Je poursuis ma promenade sur les quais jusqu'à Fisherman's Wharf. Au pier 39, des pontons spécialement réservés aux otaries et éléphants de mer de la baie. La vue est belle sur la mer, le Golden Gate Bridge, Alcatraz, Sausalito au loin et le Bay Bridge en un long panoramique.

Un maraîcher vend sa production sur le quai, entre autre, des fraises grosses comme le poing !

La Californie est bien cette fertile qui faisait fantasmer les immigrants.

Retour à l'hôtel pour une pause et faire le plein de monnaie, il ne me reste que deux dollars...

Ce qui est bien aux USA avec le fric, c'est qu'on a l'impression qu'on est riche. On n'utilise que les billets et j'ai du mal à écouler ma petite monnaie. On sort sa liasse de billets pliés en deux dans la poche, billets classés par taille c'est à dire par valeur, les plus gros à l'intérieur de la liasse pour ne pas tenter le monde...

Après cette pause et un cookie, je visite les grands magasins qui sont regroupés près d'Union Square : Macy's et Magnin & Nordstrom, genre Galeries Lafayette, ils offrent les marques de luxe, Calvin Klein, Ralph Lauren, Armani etc... L'agencement intérieur est remarquable, très peu de panneaux et toujours très discrets, ils n'en sont que mieux lisibles. L'air est parfumé et bien qu'il soit 18h, il n'y a pas grand monde. J'avais déjà remarqué cela à New York, y a t il parfois foule dans ces magasins ?

Nordstrom est peut-être le plus beau, dix étages autour d'un centre évidé, surmonté d'un dôme. Des escalators circulaires s'élèvent autour de ce vide jusqu'au dernier étage. Les trois premiers niveaux sont constitués de boutiques individuelles et le reste constitue le magasin. A chaque étage des fauteuils pour se reposer, plantes vertes et jets d'eau. Pas de sonorisation tonitruante, ni d'annonces publicitaires, juste un peu de piano, discret, c'est classe !

Il y a tellement de magasins rigolos que ce serait trop long à raconter. Je citerai un magasin WB qui vend tout le merchandising des dessins animés de Warner Brothers, Bug's Bunny, Titi et Gros Minet etc... Vêtements, assiettes, dessins encadrés, livres, le magasin fait deux étages. On achèterait bien toutes ces conneries. Un écran géant diffuse des dessins animés en boucle.

Toutes ces marches, ça creuse, ce soir on dîne japonais. Petit restaurant avec des lampions colorés, décor sombre dans l'ensemble. Je prends un plat de bœuf aux œufs. Dès mon entrée, avant que je ne passe ma commande, on m'a servi un thé vert. Mon repas est apporté sur un plateau en bois laqué noir et rouge et me sert de set de table. Un petit bol de soupe, une coupelle de raifort et un petit saladier de riz couvert de bœuf en lamelles, œufs brouillés, oignons et carottes râpées. Avec une bière Asami j'ai la panse pleine.

Ce qui est bien avec les japonais, c'est qu'ils exposent leurs plats en vitrine, comme ça on peut se faire une idée de ce que l'on va commander, ce qui n'est pas toujours évident...

Je suis crevé, comme tous les soirs, demain j'irai à Berkeley et il devrait faire encore plus chaud d'après la météo de la TV.

 

MARDI 14 JUIN :

Grand beau temps sur la ville, il est 7h15, je branche la TV sur les infos et je me prépare un café. A 8h30 je commande mon breakfast habituel, strawberries pancakes, jus d'oranges et café. Je baffre les trois crêpes pleines de confiture de fraises, nappées de crème Chantilly  avec une boule de beurre salé fondant.

Je prends le BART pour Berkeley situé de l'autre côté de la baie. Confort, luxe, rapidité, nous passons sous la baie et je suis directement sur le campus. La zone universitaire est imposante avec des pavillons pour chaque discipline, des musées, des librairies, un théâtre grec antique réplique de celui d'Epidaure. Des pelouses grasses où je me vautre pour prendre ces quelques notes, des sapins odorants et plein d'écureuils qui cavalent à droite et à gauche. Si le mot "cool" veut dire quelque chose, c'est ici qu'il prend tout son sens.

A voir, Sather Gate, la porte de bronze donnant accès au campus, ainsi que Sproul Piazza et Telegraph Avenue. Là, c'est moins calme, agitation estudiantine, ambiance baba ! Joueurs de flûtiaux et tablas, étals de bijoux cheap, disquaires, librairies, taquerias (comptoir de bouffe mexicaine), vendeurs de t-shirts psychédéliques...

Retour à San Francisco et Fisherman's Wharf, j'y achète quelques souvenirs et je traîne sur les quais à regarder la mer, Alcatraz et les phoques. Selon les heures et le soleil, le décor évolue et le charme opére. En me retournant je contemple San Francisco à flanc de collines, Coït Tower et la Transamerica Tower.

Repas à Chinatown, je prends un crabe frais au curry. C'est servi avec un petit bol de soupe et un pot de riz. Je m'en lèche les doigts, au propre comme au figuré.

Je finis la soirée au Blue Light avec des blues acoustiques. Les clients sont les mêmes qu'avant hier, une quinzaine d'habitués.

 

MERCREDI 15 JUIN :

Je sors d'un sommeil profond comme un coma, la tronche froissée comme un vieux Kleenex, j'allume la TV et prépare un café. Le soleil brille toujours et mon carnet de notes est presque plein. Ca tombe bien,  c'est mon dernier jour à Frisco.

Le Libération (édition de lundi) vient d'arriver en ville et je vais pouvoir connaître les résultats des élections Européennes.

Petit déjeuner chez Sears sur Powell Street, je suis installé au comptoir. Certains se tapent des omelettes monstrueuses garnies de trucs incroyables. Mes pancakes, réputés ici, sont très fins mais un peu légers, je m'étais habitué à une assiettée plus consistante. Le pancake ne doit pas être une mignardise matinale, au contraire, il faut de la quantité, du volume, du poids dans l'estomac, ce n’est pas de la biscotte d'anémié, c'est de la gamelle de camionneur ! Bon sang !

Visite du jour, un dernier tour au Golden Gate Park. Je pars sur Sacramento Street et la 30ème avenue. Le quartier est superbe, de petites maisons individuelles avec leur pelouse devant le perron, pas un bruit, repos total et au détour d'une rue, la colline offre une superbe vue sur le Golden Gate au soleil. Ca me tue tant c’est beau !

Je descends vers le parc qui s'étend sur 5km de long et 1km de large. Je vais voir les bisons dans leur vaste enclos, on les croirait en liberté. Des lacs, des conifères américains odorants, des clairières de pelouses grasses avec des tables en bois pour le pique-nique et le barbecue. Je m'y repose pour prendre quelques notes. De son arbre,  un faucon pèlerin me fixe. Moi aussi !

Visite du jardin japonais, j'adore ce type de jardin, un vaccin de sérénité procuré par le choix et la disposition des plantes, des pierres et de l'eau. Harmonie.

Mais il faut revenir au vulgaire, un bon hot dog américain vendu nature, pain et saucisse. On se sert en pickles, oignons, ketchup ou moutarde. C'est délicieux mais léger.

Je prends un bus au hasard et je le quitte en bout de ligne. Il passe par les extérieurs de la ville et termine sa route à Portrero Hill, là j'emprunte une correspondance pour mon hôtel. Je demande au réceptionniste de téléphoner pour me réserver une navette à destination de l'aéroport, demain matin. Je prends une douche, fais mon sac et feuillette mon journal. Mon dernier repas sera japonais, bien moins cher qu'à Paris. Service délicat sur un plateau de bois, les aliments sont conservés au chaud dans des boites en bois ou des petits bols fermés.

 

JEUDI 16 JUIN :

Il fait déjà beau quand je me lève, mon sac est prêt depuis hier soir, je sors engloutir mes derniers pancakes, j'en veux des copieux que je noie sous le sirop de maïs.

Un dernier tour du côté d'Union Square, Powell Street, Grant Street où j'achète le journal  puis retour à l'hôtel.

Je rends ma clé, la navette de l'aéroport passe me prendre, il est 10h45, l'avion est prévu pour 14h, j'arriverai à Paris vendredi............

San Francisco (84).jpg

26.08.2008

New York

VENDREDI 25 JUIN 1993 :

Le réveil sonne il est 5h et le rendez-vous avec Sandrine est à 6h30 à la Gare Saint-Lazare. Direction Invalides et car direct pour Orly Sud. A 9h15 nous nous installons dans le Boeing 747 de Tower Air, nous sommes tout au fond de la carlingue, au milieu d'une rangée, loin des hublots. Notre espace vital est compté et nous y resterons sept heures. L'avion décolle à 10h30 avec une heure de retard. Dès que l'appareil est en plein vol, tout le monde détache sa ceinture et allume une cigarette. En quelques minutes c'est irrespirable dans notre secteur.

Distribution de boissons et de serviettes chaudes avant le repas. Plateau très correct, médaillon de volaille, poisson avec du riz et des brocolis, fromage et biscuit chocolat-café.

Après le repas, le rituel du clope reprend. Tout le monde enfume la carlingue, pire encore, ceux qui sont dans la partie non-fumeur viennent en griller une petite sous notre nez, mais comme il est interdit de stationner debout, ils squattent les fauteuils de ceux qui sont partis pisser ! Un fumeur c'est anodin, une concentration de fumeurs c'est répugnant. C'est la première fois que j'en prends conscience.

Un film passe sur l'écran central, un remake de "Parfum de femme" avec Al Pacino. C'est chiant. Le vol dure depuis 4h et nous n'en sommes qu'à la moitié du voyage, pourtant j'en ai déjà marre. Rester assis avec la fumée dans les yeux c'est pénible mais en plus, les moteurs font un boucan infernal et j'ai la tête comme un tambour. Sandrine somnole un peu, moi je n'y arrive même pas.

Les hôtesses nous ont fait remplir différents formulaires pour les douanes et l'immigration. A Orly déjà, il avait fallu répondre à des tas de questions à la con ! "Etes-vous un terroriste ?" par exemple ! Je suppose que tout le monde répond « non ».

Vers 16h, petite collation, fromage blanc et sandwich, avant l'arrivée à New York à 17h55. Nous sortons enfin de notre "prison", il fait très beau et chaud. Longues formalités douanières puis nous sautons dans un taxi jaune conduit par un black qui nous drive jusqu'à notre hôtel. Nous y sommes pour de bon ! Pendant le trajet (40mn) nous n'échangeons que quelques mots mais nous ouvrons de grands yeux, ébahis par le décor tellement rêvé et mythifié dans lequel nous nous fondons lentement, c’est magique...

Arrivée à l'hôtel, le Day's Inn dans la 57th street W. pas loin de l'Hudson River. La chambre est grande avec une vieille TV et un coffre-fort. Dans le tiroir de la table de chevet, une bible.

Nous installons nos petites affaires, nous passons un short et sac au dos, casquette vissée sur le crâne, nous partons en exploration en tenue de touriste. Un incident de métro nous dévie de notre projet initial et nous décidons de faire un tour de téléphérique au-dessus de l'East River. Buildings luisants au soleil, hélicoptères slalomant entre les tours et vedettes fendant les flots agités du fleuve.

La fin de la journée se passera en déambulations hasardeuses sur Lexington Avenue, Madison Avenue et les rues autour de notre hôtel.

Nous passons devant la Trump Tower et Carnegie Hall bâtiment tristounet en pierres brunes.

Visite des magasins Bloomingdale qui ressemblent étrangement aux Galeries Lafayette.

Premier hot dog acheté à un marchand ambulant, installé en coin de rue. Le petit pain est très doux et mou, la moutarde n'attaque pas les sinus. Un en-cas vite avalé et délicieux.

Retour à l'hôtel pour une douche et un peu de repos. Vers 20h nous sortons dîner dans le quartier et nous faisons un excellent repas chez un chinois qui ne paye pas de mine.

Pour aujourd'hui ce sera tout. Il est 22h, extinction des feux, nous étions debout depuis près de 24h. !

 

SAMEDI 26 JUIN :

Il est 8h, nous sommes déjà levés. Il fait très beau et déjà on sent qu'il fera chaud. Petit- déjeuner à l'américaine, café et pancakes arrosés de sirop pour moi, omelette aux pommes de terre pour Sandrine. Jus d'oranges pour tout le monde. Nous voilà lestés pour attaquer la journée.

Visite à la statue de la Liberté. De Battery Park un bateau nous emmène dans l'île. La traversée est superbe, devant nous la statue semble grandir de seconde en seconde et derrière nous Manhattan, majestueux vu de la mer avec ses tours qui resplendissent au soleil, dont les deux jumelles du World Trade Center.

Visite du quartier des affaires avec Wall Street, rues étroites bordées de buildings immenses. Aujourd'hui samedi, les rues sont peu fréquentées, nous sommes comme de minuscules fourmis au milieu des épis de blé.

Nous arrivons à South Street Seaport. De vieux navires à voiles mouillent au pied des gratte-ciel, un centre commercial sur trois niveaux domine le port. L'air climatisé nous repose. Petit casse-croûte vers 15h, au frais avec vue sur le port. Dehors il fait 30°.

Notre périple nous amène à Chinatown. Rues défoncées, immeubles lépreux de quatre ou cinq étages, escaliers de secours extérieurs. Nombreux commerces d'alimentation, épiceries vendant des produits séchés et inconnus ou mal identifiables. Marchands de légumes étranges, poissonniers proposant du poisson-chat, des crabes bleus ou des tortues vivantes. Affiches et enseignes sont en chinois. Les réverbères dans la rue ont la forme de pagodes, ainsi que certains toits de maisons. A un carrefour, une statue de Confucius. A noter aussi, de nombreux barbiers à l'ancienne. Un quartier très intéressant.

Il est 18h quand nous songeons à retourner à l'hôtel. La fatigue aidant, nous nous égarons dans le métro. Si les wagons sont climatisés, sur les quais la chaleur est étouffante. Enfin, vers 19h nous retrouvons notre chambre. Une douche vite !

 

DIMANCHE 27 JUIN :

Il tonne et il pleut au petit jour, la journée s'annonce mal. Nous nous extrayons du lit et american breakfast à l'hôtel, œufs brouillés, galettes de pommes de terre, saucisses, toasts, confitures, café et jus d'oranges.

A 11h messe à l'Abyssinian Church of Harlem. L'intérieur de l'église est en amphithéâtre, avec un balcon. Larges bancs en bois, l'assistance est sur son trente et un ! Sur l'estrade, le pasteur prêche, interrompu de temps en temps par une chorale mixte en robes mauves et cols blancs. Sermon et félicitations aux étudiants qui viennent d’être primés, l'église sert de fédérateur pour la communauté noire. Promenade sur les grands axes de Harlem aux immeubles lépreux et aux terrains vagues où agonisent des épaves de voitures. Le soleil et la chaleur sont de retour. Nous passons devant l'Apollo Theatre, le temple de la musique black. Marchands de tee-shirts déments sur les trottoirs, boutiques de fringues sportswear. Des miséreux errent le long des caniveaux pisseux à la recherche d'une soupe populaire devant laquelle une file de malheureux s'étend sur un bloc d'immeubles. Même les églises sont délabrées. Nous déjeunons chez Sylvia's, un riche restaurant de soul-food. Spare-ribs et salade de pommes de terre. Excellent. Groupe de chanteurs dans une des salles, photos de blacks célèbres sur les murs. Les femmes sont en chapeaux, les hommes en costumes et moi je suis en short !

Plus tard. Le Dakota, l'immeuble devenu célèbre, le jour où John Lennon y fut assassiné, alors qu'il rentrait chez lui. En face, dans Central Park, un bout de terre baptisé Strawberry Fields et une plaque gravée Imagine, en mémoire de l'artiste.

Marché aux puces de Canal Street, à la lisière de Chinatown. Des tee-shirts à 15 francs. Des échoppes de bouffe chinoise à consommer sur place, surplus de l'US Army vendant des roquettes ! Nombreuses bijouteries.

Visite de nuit à l'Empire State Building. Ascenseur ultra-rapide à 30 km/h. La vue sur New York est époustouflante. Les illuminations sont innombrables et la ville s'étend à perte de vue, prise en tenaille entre l'East River et l'Hudson River.

Avions et bateaux sont des points lumineux mobiles, alors qu'en point fixe au Sud, la Liberté se dresse dans la baie. Vision extraordinaire.

Taxi aller et retour. Confort et souplesse de la conduite des boites automatiques. Banquette à l'avant comme à l'arrière.

 

LUNDI 28 JUIN :

Petit-déjeuner traditionnel maintenant, pancakes et café.

Nous nous offrons une folie, un survol de la ville en hélicoptère. Le vol dure 15mn, oh! My God! J'ai du mal à garder les yeux ouverts tellement j'ai la trouille, Sandrine prend son pied !

Néanmoins, ce survol de New York et de la statue de la Liberté est géant, mais j'ai bien crû que j'allais mourir !

L'après-midi, promenade dans Greenwich Village, quartier de maisons basses, disquaires, boutiques de fringues et d'art. Quartier gay. Déjeuner d'une salade bar en terrasse. Dans la rue, course-poursuite d'un voleur à la tire.

Il fait toujours bien chaud. En soirée nous allons au cinéma, voir en avant-première, pour nous autres européens, Jurassic Park le dernier Spielberg. Le Ziegfield est une vieille salle de music-hall aménagée en cinéma avec une salle à l'ancienne et une stéréo géniale. Nous sacrifions aux pop-corn pour être dans le ton.

En sortant, promenade sur Broadway illuminée. Superbes images. Publicités lumineuses géantes.

Nous dînons d'un sirloin steak.

 

MARDI 29 JUIN :

Achat de disques à Tower Records sur Broadway et 4th Street puis nous poussons la visite des disquaires vers St Mark's Place. Quartier très mignon et bohème. Mon tee-shirt à l'effigie de Spike Lee et Béatrice Dalle fait un malheur, tout le monde m'arrête pour connaître le nom de la fille aux gros seins !

Soho, ses galeries d'art installées dans des lofts situés dans de vieux immeubles aux colonnes de bronze.

Visite du World Trade Center, ascenseur express là aussi, qui nous expédie au 107ème étage puis sur le toit. Vue sur toute la ville.

Nous dînerons dans le quartier chinois. Je m'en mets plein le cornet. Promenade digestive dans la nuit de Chinatown, des vendeurs à la sauvette nous proposent des feux d'artifices tous les dix pas. « Fireworks! Fireworks! »

Nous enfilons Little Italy et ses restaurants à terrasses. Dans la moiteur de la nuit on se croirait sur les bords de la Méditerranée. Puis c'est Greenwich Village avec ses bars, ses boites et ses commerces de disques, bijoux, encore ouverts après minuit. Des clodos nous tendent leurs écuelles pour guigner un demi-dollar. Des rabatteurs nous distribuent des prospectus pour des boites où l'on joue de la musique live.

Encore un quartier sympathique. Taxi et dodo.

 

MERCREDI 30 JUIN :

Réveil délicat ce matin, lever à 11h avec un mal de crâne et un état général plutôt faiblard. J'ai trop mangé hier soir ? Du coup, petit-déjeuner rachitique, café et muffins, c'est tout.

Quelques achats de disques chez Tower Records et HMV.

L'après-midi est bien entamée quand nous décidons de faire une promenade en bateau. En 3h nous faisons tout le tour de Manhattan. Nous aurons vu New York sous tous ses angles, à pieds, du haut des tours, de jour et de nuit, par bateau et en survol aérien.

Soirée à Greenwich Village, quartier vivant et jeune. Restaurant, nous dînons d'un excellent chili con carne copieusement servi avec une Coronado, bière mexicaine. Plus tard nous irons dans un bar, le Terra Blues sur Bleecker Street, écouter un groupe live de blues, les Nine Below Zero.

Retour à notre chambre, en taxi, avec un chauffeur chinois excité qui s'en prend aux autres taxis, conduits par des blacks.

 

SAMEDI 1 JUILLET :

Matinée consacrée aux achats et souvenirs sur Broadway et Soho. Achats de tee-shirts, essais de jeans, une Swatch pour Sandrine etc.

Nous passons devant le Madison Square Garden, la célèbre salle de spectacle new-yorkaise. Vaste bâtiment circulaire en verre et béton, élégant et discret.

Déjeuner dans un Delicatessen, ces selfs américains. On prend une barquette en plastique, on la remplit au buffet de tout ce que l'on veut, chaud ou froid, salé ou sucré, et on paye au poids. On peut manger sur place ou emporter.

Retour à la chambre pour poser nos paquets et promenade dans Central Park. Un tour en barque sur le lac, je rame comme un manche ! Honte ! Ballade en calèche autour du parc et retour à Colombus, base de stationnement de tous les attelages, tout près des grands hôtels de luxe, situés à l'angle de la 5th Avenue et de Central Park. Le Plazza Hotel, Tiffany's et ses écrins de bijoux, les Galeries Lafayette qui tentent de s'implanter ici. Des limousines énormes sillonnent les alentours, comme des squales à l'affût.

Le soir, dîner en terrasse, dans Little Italy. Les restaurants italiens s'alignent les uns derrière les autres, dans de petites rues qui rappellent l'Europe. Je déguste un cake cheese au chocolat, gâteau au fromage blanc. Dans la nuit tombée nous divaguons à l'aventure, et nos pas nous portent vers une fête foraine puis à Chinatown, où nous passons un bon moment dans une boutique de jeux électroniques et de flippers.

 

VENDREDI 2 JUILLET :

Visite de Grand Central Station, la gare ferroviaire de New York. Derniers achats avant notre départ, un tee-shirt au Hard Rock Café pour moi et une salopette en jeans pour Sandrine.

Déjeuner chez SA centre commercial, où le dernier étage offre diverses possibilités gastronomiques, bouffe chinoise, hot dogs, gâteaux etc... Nous prenons un énorme sandwich chaud avec viande, fromage et crudités.

La journée est humide aussi l'après-midi, nous allons au cinéma voir le nouveau Schwarzenegger, "Last action heroe", excellent film qui ne sortira qu'à l'automne à Paris. Dans le cinéma on vend le pop-corn dans des pots énormes ! On dirait de petits barils de lessive. Nos fauteuils ont un accoudoir conçu pour y déposer nos verres de Coca-Cola. Confort total.

Le soir, dîner dans South Street Seaport. Je goûte la root beer, c'est à hurler d'horreur, on croit boire une pommade pour massage musculaire ! Si on peut imaginer une chose comme celle là...  Le dîner n'est pas très bon et cher, il pleut, c'est notre dernier soir à New York, tout est triste.

Retour à l'hôtel, je fais mon sac, il va être lourd.

 

SAMEDI 3 JUILLET :

Dernière courte promenade pédestre vers Central Park, ses immeubles et palaces luxueux, le Plazza, l'Hotel Pierre. Les calèches attendent les clients, le ciel est gris mais il ne pleuvra pas aujourd'hui. Visite au magasin de jouets Schwarz et retour à la chambre. Il est 12h30, nos sacs sont lourds. Un yellow cab nous rapatrie sur JFK Air port, nous apercevons le Shea Stadium.

13h15 aéroport, l'avion décolle à 17h30.

Nous passons le temps comme nous pouvons, en jouant au "pendu" sur une feuille de mon bloc-notes, en sirotant un Coca, un de plus, en mangeant un hot dog...

Les formalités d'embarquement seront longues et pénibles, obligeant Sandrine à clopper en urgence sur le parking.

Dans l'avion, nous sommes assis près d'un hublot, au-dessus de l'aile gauche. Peu de passagers, c'est plus agréable de voyager dans ces conditions. Pendant le vol il est prévu un repas chaud, un film et le petit-déjeuner.

La nuit arrive, puis le lever du soleil. Le spectacle est très beau, d'abord les couleurs primaires puis les rayons de soleil qui percent les nuages et enfin le jour.

La sortie d'Orly avec la récupération des bagages s'avère épuisante.

Nous sommes à Paris, c'est fini pour cette fois mais j'espère bien revenir aux USA un jour.    

 

 

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