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29.11.2007

Ca fait peur

Le Service Formation vient d’informer les managers qu’en 2008 il lancera un programme de « Prévention des traumatismes ». L’information à peine diffusée, les messageries électroniques ont tressauté sous les échanges de courriels goguenards ou désabusés. Cette annonce préfigure-t-elle un grand chambardement déstabilisant ? Doit-on la rapprocher des importants travaux en cours dans l’immeuble de la Centrale d’Achats où dit-on, les vitres des fenêtres seraient renforcées pour éviter les défenestrations ? Finalement le Service Formation pose plus de questions qu’il n’en résout !

 

Le coucou suisse

« Le temps c’est de l’argent » dit un proverbe, si c’était vrai je serai riche. J’ai horreur de perdre mon temps ou de faire perdre le leur aux autres donc je suis toujours en avance aux rendez-vous ou aux réunions. Je suis très à cheval sur les horaires car un horaire décalé et ce sont tous ceux qui suivent qui le seront aussi, paraître très occupé et courir toute la journée est peut-être valorisant pour certains, pas pour moi ! Il n’y a que les gens en retard qui courent. « L’exactitude est la politesse des rois » mais je ne vous oblige pas à m’appeler « sire ».  Nous avons rendez-vous, vous et moi, si à l’heure prévue vous n’êtes pas là, je vous laisse une courte marge d’excuse et je file. Vous pensiez me téléphoner sur mon portable pour que je poireaute le temps que vous arriviez, raté car je n’ai pas de portable. Ce serait trop facile… Je mange à heure fixe car c’est meilleur pour la santé et que peut-il y avoir de plus important pour moi, si ce n’est ma santé ? Je quitte le boulot tous les soirs à la même heure, c’est mieux pour tout le monde. Pour moi car je peux organiser ma soirée plus facilement et pour mes collègues qui n’ont pas à me chercher, il suffit qu’ils consultent leur montre et ils en déduisent où je suis. D’ailleurs dans ma boîte tout le monde sait qu’à partir d’une certaine heure il n’est plus nécessaire de chercher à me joindre ou me coller une réunion car je ne suis plus là. Une telle organisation demande beaucoup de rigueur. « Maniaque », « Fonctionnaire », je vous laisse dresser la liste des épithètes peu flatteuses, je n’en n’ai cure, je ne vous écoute plus, je suis parti. C’est l’heure. 

 

27.11.2007

Mélodie en sous-sol

4edd918f67a1478fbaa664283bb76a44.jpgSur la ligne de métro n°1 à la station Palais-Royal le Bhv fait sa pub comme les plus grands. Sur les quais, les murs sont entièrement décorés à la promotion du grand magasin qui vient d’ouvrir son sous-sol rénové. Fini le bazar du Bazar, terminé le souk « Ouksékissonlesrobinets ? », adieu la bousculade autour des vis en vrac, oubliés les frôlements innocents et la cohue dans les travées étroites où le bricoleur moustachu averti côtoie la débutante BCBG. J’ai souvenir il y a de nombreuses années déjà, d’y avoir croisé l’acteur américain Donald Sutherland, qui de sa haute taille scrutait d’un air ébahi la foultitude qui se pressait entre les stands comme les clients au marché le dimanche matin. Une nouvelle ère, désormais les allées donnent de l’air pour un coup de nerf au CA !  

 

26.11.2007

Nuit de Chine, nuit câline

Alors que notre président va peut-être arriver à pied par la Chine , le moment est bien choisi pour caser cet extrait du Tao tö king de Lao-tseu :

« Le bonheur repose sur le malheur ; le malheur couve sous le bonheur. Quel en est le terme ? Le monde n’a pas de normes, car le normal peut se faire anormal et le bien peut se transformer en monstruosité. »

25.11.2007

Kermesse basse

abff4fa7f3334844a0b1a342822e0b05.jpgComme tous les ans, l’église Saint-Thibaut organisait pendant les deux jours du week-end sa Saint-Nicolas, une dizaine de jours en avance sur le calendrier. Saint-Thibaut est la seconde église de ma ville, la plus moderne par son architecture et l’originalité de son clocher cuivré étincelant au soleil. Nous ne sommes pas encore en décembre mais on veut déjà nous faire vivre à l’heure de la Nativité , les vitrines sont décorées, les rues des villes se parent de guirlandes lumineuses et de sapins géants, preuve que nos impôts locaux ne sont pas dilapidés. Comme chaque année, donc, ma promenade du dimanche matin m’a conduit vers l’église. Non pas vers la nef où se jouait la messe dominicale, mais vers la crypte où se déroulait une teuf d’enfer (Oups !). Tous les stands habituels étaient au rendez-vous, à la même place que les années passées. Deux mamies un peu plus usées à chaque échéance, vendent leurs confitures et cerises à l’eau de vie faites maison. Une dame en grande conversation avec des acheteuses potentielles propose des torchons brodés par ses gros doigts, sur une longue table s’amoncellent des vracs de livres où Jésus est bradé à l’égal d’un San Antonio. Certains se la jouent brocanteurs et étalent des vieilleries tous les ans refourguées en vain, bougeoirs en plastoc, napperons synthétiques, chapelets simplets. Petite bousculade à l’entrée de la seconde salle, deux dames retardataires tentent, gageure, de passer ensemble par l’encadrement de la porte, les bras chargés de pâtisseries tout juste sorties du four, quatre-quarts ou gâteau au yaourt, qui viendront enrichir la proposition d’encas sans lesquels il n’est de bonne fête réussie. Ca sent le catéchisme et les clubs du troisième âge, c’est délicieusement kitsch !     

 

 

23.11.2007

Les consultants

Quand je suis de bonne humeur et ce n’est pas souvent je sais, j’adore me délecter des études faites par les consultants, ces fameux cabinets d’experts pleins de certitudes qui viennent vous expliquer, en échange d’un chèque faramineux, comment faire tourner votre boutique. Bardés de diplômes qui raidissent leur démarche, coincés dans leurs costards étroits, les as du Powerpoint vous pondent des présentations extravagantes où les graphiques, plannings actualisables, processus cibles, recommandations, flèches allant et revenant, carrés, cercles, ovales, cliparts, s’animent en un tumulte impressionnant qui laisse groggy et pantois le spectateur. Parfois l’étude commence par ce genre de phrase anodine et souriante « Schématiquement on peut distinguer deux grandes typologies » qui bien vite se subdivisent en des dizaines de sous-divisions qui bien évidemment vont venir embrouiller le propos, vous faire perdre votre sourire et rendre « sérieuse » l’étude. Car une analyse simple ne peut pas être crédible, ni laisser supposer que vous avez vachement bossé le sujet, ni donc mériter votre salaire. Quand vous commencez à perdre pied, nos consultants sortent leur arme favorite, leur marque de fabrique, le jargon franco-anglais. Ce n’est ni du français, ni de l’anglais, ce qui permet de rester du charabia quelque soit la langue dans laquelle la présentation est faite. Ainsi, par exemple, nous devrons « Investir massivement pour réduire les Lead times (initiatives lean) » où « initiatives lean » est mise entre parenthèses pour bien expliquer l’expression « lead times ». Plus loin nous apprenons que pour réduire l’incertitude nous pouvons compter sur « le pooling des ressources » et que nous nous garantirons de l’incertitude résiduelle « par le tradeoffs entre sourcing lointain et flexibilité » ! Certains parfois, évoquent une mauvaise communication dans l’entreprise, où vont-ils chercher de telles idées ? Mais que personne ne s’inquiète, les consultants sont là pour nous aider, que dis-je ? Nous épauler dans ce combat exaltant que nous allons mener à bride abattue. Bien sûr le cabinet ne sera à nos côtés que pendant quelques semaines ou mois, le temps que nous comprenions les « best practices » et les résultats, éventuels, ne se feront sentir qu’après leur départ, comme c’était indiqué sur le planning...   

 

22.11.2007

Je me la pète

Je n’y avais encore jamais pensé en ces termes mais au risque de paraître pédant, je réalise que l’Art est ma raison de vivre. En effet, mes activités préférées et mes passions, sont la musique, la littérature, le cinéma et parfois quelques expositions de peinture qui savent me toucher. L’ordre de ces activités peut varier d’un jour à l’autre, mais en fin de compte les éléments restent les mêmes. Les arts nous ouvrent des portes vers des ailleurs qu’on ne soupçonne même pas parfois, livrant le passage à des déluges de connaissances et de questions nouvelles. Des mondes nouveaux nous offrent des terrains où l’imagination ivre de liberté dérive au gré des lectures et des musiques. Des romans m’ont plongé dans des abysses de stupéfaction, des intrigues m’ont exclu du monde réel, l’espace de quelques pages ou chapitres d’où j’en ressortais ahuri et hébété comme un noyé sauvé de justesse (Je pense à Philip K. Dick un maître de la SF ). Des musiques m’ont explosé le cerveau comme des hallucinogènes (Je pense à un concert deTangerine Dream à l’Hippodrome de Paris en 1976 ou à Johnny Thunders en acoustique, un soir vers minuit au Gibus) ou plongé dans la sérénité (Je pense à Mozart). Des films ont fait de moi un lâche ou un héros, d’autres m’ont arraché des larmes de rire ou d’émotion (Je pense à La Strada ), certains m’ont cloué au fond de mon siège alors que d’autres assez rarement, m’en ont éjecté et fait courir vers la sortie. La visite de musées apaise mes nerfs quand devant une peinture, la technique du peintre cachée derrière son sujet, atteint le tréfonds de mon âme sans que j’en sache analyser la raison exacte (Je pense entre autres à une visite au Rijksmuseum à Amsterdam).

« Il y a en Art une catégorie de joies supérieures, si profondes et si hautes que l’on est à jamais l’obligé de celle ou de celui qui vous les ont données » écrivait Sacha Guitry dans Si j’ai bonne mémoire.

21.11.2007

Dans la Vallée d'Elah : flm de Paul Haggis

a9460c3afc6cdd72f63e8ad7f58b7176.jpgHank (Tommy Lee Jones) était un militaire de carrière, l’un de ses fils est décédé et le second, dont le régiment vient de revenir d’Irak, considéré comme déserteur, n’a pas contacté ses parents. Bientôt son corps démembré et calciné est retrouvé dans un terrain vague. Son père va se lancer à la recherche de ses assassins avec l’aide d’un officier de police (Charlize Theron). Son enquête au cœur de la Grande Muette sera douloureuse car au-delà du décès de son fils, sa recherche va lui faire découvrir que celui-ci n’était pas l’agneau qu’il pensait être, que lui-même a sa part de responsabilité dans le drame, que les règles de la guerre ont beaucoup changé et que son pays, l’Amérique « est dans une belle merde ! ». Après la guerre du Vietnam, l’Amérique affronte ses démons en Irak. Contre les guerres les réalisateurs font leurs films, les écrivains rédigent leurs livres, les manifestants défilent sous des banderoles « Plus jamais ça » mais rien n’y fait, des combats entre militaires nous sommes passés aux combats impliquant des civils, nous en sommes aujourd’hui à des guerres encore plus sales où soldats, civils, hommes, femmes et enfants s’étripent avec les moyens du bord mêlant l’humiliation à l’horreur. Et l’abjection la plus totale n’est certainement pas encore atteinte. Si rien de tout cela n’est montré dans le film – juste suggéré par des vidéos de mauvaise qualité prises avec le téléphone portable du fils – toutes ces horreurs sont latentes et dénoncent le bourbier Irakien. Un bon film, mais pas un chef d’œuvre, avec un excellent (comme toujours ?) Tommy Lee Jones, dont les traits tirés et les silences sont lourds de souffrance. A voir.

Dans la vallée d’Elah film de Paul Haggis  durée : 2h avec Tommy Lee Jones – Charlize Theron – Susan Sarandon   

 

20.11.2007

Retour de manivelle

Philippe, nous l’appellerons Filou comme ses amis le surnomment, est cheminot, bientôt vingt ans que sa vie, c’est la vie du rail. Tout petit il était tombé en arrêt devant une magnifique locomotive à vapeur exposée à la gare Montparnasse dans le cadre d’une rétrospective sur l’âge d’or du train et il s’était juré que plus grand il en serait le conducteur. Les années avaient passé, l’école n’ayant pas su le convaincre de ses bienfaits il s’était orienté vers la vie professionnelle très rapidement, oubliant aussi son rêve de jeunesse et son imagerie mythique, le grondement de la machine lancée sur les voies, les jets de vapeur et les escarbilles, la suie qui macule et s’infiltre dans tous vos vêtements, les grosses lunettes, bref Jean Gabin dans la Bête Humaine. Nous ne nous étendrons pas sur la vie de malheurs de Filou, toujours est-il que le chômage l’avait rattrapé et il ne s’en était sorti de justesse qu’en postulant en désespoir de cause, à un emploi à la SNCF. Un de ces fameux hasards de la vie comme on dit, pourtant à y regarder de plus près et si on les compilait, cette somme de hasards paraîtrait suspecte au premier enquêteur venu, qui verrait facilement derrière tout cela la main du Destin. Notre Filou se retrouvait donc au sein de la grande famille de la SNCF « Songe à Notre Chance Fiston » où des lignées de chemineaux de père en fils se relayaient dans la grande entreprise nationale. Le métier avait évolué, les locos à vapeur disparu depuis longtemps, d’ailleurs Filou n’était pas conducteur de train mais contrôleur de billets. Quant à l’image romantique des longs parcours, l’Orient Express et tout ce tralala il en avait fait son deuil, lui qui ne faisait que les lignes de banlieue autour de la gare Saint-Lazare. La vie duraille des petits. Alors parfois les petits veulent se faire entendre et ils n’avaient trouvé que la grève pour appuyer leurs revendications. Le soir aux informations télévisées diffusées par le petit poste installé dans le local syndical, avec les copains, il se délectait du pouvoir du mouvement dont il était un mince rouage mais dont la somme constituait une énorme force. Toutes ces foules de voyageurs compressées sur les quais, ballottées d’une voie à une autre, les répercussions sur la ville avec les embouteillages inhérents, les journalistes avec leurs questions finaudes « C’est fatigant de devoir se lever à 5h pour aller travailler ? » « C’est dur d’être écrasé pendant vingt minutes avant de pouvoir monter dans un wagon ? » etc. le lot quotidien des grèves dont tout le monde avait assimilé les codes. Le mouvement syndical avait duré deux semaines et s’était terminé dans un flou artistique, où chaque partie s’estimait satisfaite du résultat. Pour les « usagers » tout rentrait dans l’ordre quant à savoir quel avait été le résultat exact obtenu par d’autres en compensation de leurs souffrances à eux, bien malin qui saurait le dire tant les grilles de salaires, congés et primes étaient complexes. Entre la prime de ceci ou de cela, voire la prime pour ceux qui n’ont pas de prime … Enfin, une belle page du syndicalisme s’était écrite et Filou estima qu’elle méritait d’être fêtée. Avec les quelques gains à venir, résultat de la grève, il s’offrit un petit voyage aux Antilles. C’était son premier voyage en avion, une expédition donc. Billet en poche, valise bouclée, il se présenta à l’aéroport où régnait une agitation peu ordinaire qui le déconcerta mais comme il venait ici pour la première fois, lui sembla normale. Des foules cosmopolites se pressaient contre les guichets d’embarquement, on gesticulait dans toutes les langues, on parlait dans tous les sens, les gamins pleuraient, les mamans criaient, les papas râlaient, les haut-parleurs diffusaient des informations contradictoires. Enfin Filou parvint au guichet d’Air France où une hôtesse ravissante mais exaspérée lui expliqua que les pilotes étaient en grève depuis ce matin et ce, jusqu’à ce qu’ils aient obtenu satisfaction. Dans ces conditions tous les vols étaient annulés jusqu’à nouvel ordre et s’il voulait l’en croire, le mieux pour lui était de retourner chez lui et de se faire rembourser son billet. Abasourdi, Filou se dirigea péniblement jusqu’au RER – qui Dieu merci n’était plus en grève – et rentra chez lui. « Salauds de grévistes ! » ronchonnait Filou dans le wagon bondé qui le ramenait dans le centre de la capitale.           

 

19.11.2007

Daniel Pennac : Chagrin d'école

e03556a938cbbd9504d71044351cc682.jpgTout est parti d’un malentendu, j’avais cru comprendre que ce livre évoquait l’enfance scolaire de son auteur et que l’espace de quelques pages je retrouverai l’odeur de ma salle de classe avec son tableau noir et ses craies ainsi que la bouteille d’encre dont le maître se servait pour remplir nos encriers de porcelaine. Alors il y a un peu de cela dans le nouveau roman de Daniel Pennac, mais c’est surtout une sorte d’essai sur le cancre et l’institution scolaire, avec en fil rouge son idée optimiste d’ancien enseignant, qu’il peut toujours être sauvé si les professeurs mettent de l’amour dans leur métier. « La sagesse pédagogique devrait nous représenter le cancre comme l’élève le plus normal qui soit : celui qui justifie pleinement la fonction de professeur puisque nous avons tout à lui apprendre, à commencer par la nécessité d’apprendre ! » Un peu moralisateur, exagéré quand il prétend être reconnu dans la rue par ses anciens élèves devenus adultes – c’est une figure de style pour étayer son propos bien sûr - un peu nostalgique d’une époque qui n’est plus - on se doute que la manière d’enseigner d’hier n’a plus sa place aujourd’hui - même si les fondamentaux ne devraient jamais être oubliés. Ce livre vient d’obtenir le Prix Renaudot, un honneur un peu flatteur à mon avis, même si le livre n’est pas désagréable à lire, dû aux magouilles du monde de l’édition pour se partager le magot entre éditeurs, d’après ce qui se dit dans la presse.    

Daniel Pennac  Chagrin d’Ecole  chez Gallimard

 

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