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28/02/2010

Le petit carnet

  • - Maman! Maman! Voilà le facteur!
  • - Bonjour madame, une lettre pour vous.
  • - Merci facteur, bonne journée!
  • - C'est qui m'man?
  • - Attendez que j'ouvre l'enveloppe! Voyons, ... c'est papy! Tiens? Tsss! Tsss!
  • - Que se passe-t-il chérie? Tes parents ont des problèmes?
  • - Je ne sais pas trop, tiens lis toi-même, c'est bizarre.

Tout a commencé par cette lettre que nous avons reçue au printemps dernier. Les parents de ma femme lui envoyèrent une longue missive dans laquelle ils se plaignaient de faits curieux se passant dans leur maison normande. De petits objets se cassaient tout seuls alors qu'il n'y avait personne dans la pièce. Cette première lettre ne nous avait pas affolés outre mesure, papy et mamy sont âgés...

Seulement, les lettres se sont succédées, plus inquiétantes les unes que les autres. On en arrivait au point où les meubles bougeaient et se déplaçaient dans les pièces ! Là, il a fallu prendre une décision. J'ai posé deux semaines de congés, fait les valises et avec les gosses nous avons filé vers la Normandie. Les gamins étaient très étonnés de partir en vacances alors que les cours à l'école n'étaient pas encore terminés et que leurs copains devaient en baver sur leurs bancs. Les adultes ont parfois des lubies pensèrent-ils certainement.

Toujours est-il qu'un samedi après-midi nous débarquons tous chez les beaux-parents pour y passer une semaine. « Bonjour papa, bonjour maman » « Comme le petit est grand ! » « Le voyage s'est bien passé ? » et nous entrons dans la maison nos valises à la main.

  • - Tiens, vous n'avez plus votre grande glace dans l'entrée?
  • - Ben, elle s'est cassée.
  • - Et la collection de mazagrans en verre filé, dans la vitrine du buffet?
  • - Tout a été cassé, comme on vous l'a écrit. Vous ne vous en souvenez pas?

On s'en rappelait parfaitement mais on n'y croyait pas tellement à cette histoire. Je pensais que loin de la famille et à leur âge ils avaient tout inventé pour nous émouvoir et nous obliger à aller les voir. Maintenant, sur place, en faisant le compte des dégâts, la situation me paraissait différente.

  • - Bon, nous sommes ici pour la semaine, alors pas d'énervement et attention aux enfants, n'allons pas les effrayer avec des histoires à dormir debout. Attendons que les bizarreries se présentent.
  • - Maman, il y a des fantômes chez papy et mamy?
  • - Mais non mes chéris, c'est rien.

Je l'espérais sincèrement.

            Nous étions là depuis trois jours et rien de particulier ne s'était encore produit, en dehors du fait que je m'étais coupé le menton en me rasant et que ma femme avait brisé une assiette en faisant la vaisselle. Rien d'anormal dans tout cela, nous en faisions autant à la maison,  à Paris ! C'est le soir de ce troisième jour que tout a commencé.

            Nous regardions le film du soir à la télévision quand on a entendu un bruit provenant de la cuisine. Pas très fort le bruit. Je me lève de mon fauteuil et je vais voir. J'allume la lumière et j'aperçois en plein milieu de la pièce, devant la cuisinière, une bouteille de lait, éclatée sur le dallage. Je ramasse les morceaux de verre, éponge le liquide épais et retourne au salon.

  • - Vous aviez laissé la bouteille de lait sur la cuisinière, elle est tombée.
  • - Mais non, il n'y avait rien sur la cuisinière.
  • - Maman a raison chéri, et c'est moi qui ai rangé le lait dans le frigidaire.
  • - Ah!

Un ange passa, il serrait les fesses lui aussi. Après le film tout le monde va se coucher.

  • - Je suis certaine d'avoir rangé le lait dans le frigo pourtant.
  • - Tu confonds peut-être de jour.... ce n'est rien. Allez, dors maintenant.

Vers minuit, un vacarme épouvantable nous tire de nos lits.

  • - Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce qu'il y a?
  • - Je ne sais pas, occupe toi des gosses, je vais aller voir.

Je m'habille à la hâte et je sors de la pièce, sur le palier la lumière est allumée et par la porte entrebâillée de leur chambre j'aperçois mes beaux-parents qui zieutent vers le rez-de-chaussée.

  • - Ne bougez pas de là, je descends voir!

Inutile de leur répéter, personne ne bouge. En bas le tintamarre continue. Dès que j'amorce la descente de l'escalier, le bruit s'arrête. Précautionneusement je poursuis mon chemin vers la salle à manger. Ici aussi, la lumière est allumée et la pièce est calme. Rien à voir, circulez ! J'inspecte tout le niveau mais rien ne retient mon attention. J'éteins les lumières et remonte me coucher.

  • - Que tout le monde se couche, il n'y a rien, on a du rêver. On verra demain matin. Bonne nuit!

Tout le monde se rendort ou du moins essaie. Vers trois heures du matin, ça recommence! Mais cette fois le bruit est infernal. On frappe aux murs, on cogne aux portes, en bas on entend les meubles qui se heurtent. Les enfants hurlent de terreur les vieux appellent à l'aide, ma femme pique une crise de nerfs et moi j'ai les foies ! Merde de merde ! C'est quoi ce cirque ?

            Je me relève et me dirige vers la porte de notre chambre, impossible de l'ouvrir. Je peux la tirer d'une dizaine de centimètres mais pas plus ! On dirait que quelqu'un la retient. J'ai beau m'escrimer comme un fou furieux, pas moyen d'ouvrir cette foutue porte. Je fais une dernière tentative, je ramasse mes ultimes forces et je tire sur le montant que j'agrippe à deux mains. La porte s'ouvre enfin, violemment. Je sors sur le palier et là je vois ... AAAAAHHHH ! 

  • - Alors docteur, comment va-t-il aujourd'hui?
  • - Comme d'habitude madame, toujours cet espèce de cauchemar. Depuis deux mois qu'il est étendu dans ce lit, aucun changement, mais j'ai bon espoir.

Je suis couché dans ce lit d'hôpital depuis si longtemps. Impossible de parler, mais pourtant je les vois et je les entends. Ma femme, les enfants, le papy et la mamy, le docteur qui semble si gentil. Tout ce que je ne peux dire, je l'écris dans un petit carnet, à leur insu, car je me méfie, tout est trop bizarre dans cette histoire. Toutes les nuits je refais le même cauchemar, et chaque nuit le rêve est de plus en plus long. Bientôt je vais savoir ce qu'il y a derrière cette porte. Je note tout sur mon calepin. Je veux savoir et en même temps j'ai peur, car je suis sûr que cette découverte me sera fatale. J'espère que mes notes vous parviendrons... adieu ... je commence à m'endormir...

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