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23/11/2011

Il n’y a rien à voir

En ouvrant mes volets hier matin, j’ai vu qu’il n’y avait rien à voir ! Le brouillard s’était abattu sur la ville comme un filet de tulle sur un lépidoptère tendrement convoité.

Je m’en doutais un peu quand ouvrant les yeux dans mon lit, à cet instant étrange où, à la limite de la conscience, plus tout à fait endormi mais pas encore réveillé, nous émergeons lentement des rêves de la nuit, reprenant nos esprits, l’accoutumance progressive aux bruits familiers nous ramène dans le monde des vivants, le silence pesant au-dehors m’a prévenu qu’il avait soit neigé, soit que le brouillard régnait sur le quartier. De la neige par ces températures clémentes, ça n’était pas crédible, ne restait que l’hypothèse du brouillard, élémentaire mon cher Watson ! De plus j’avais regardé la météo, la veille au soir.

C’est magique le brouillard, l’environnement en est tout transfiguré, on devine plus qu’on ne reconnaît le paysage qui fait notre quotidien. Dans les rues de ma ville, les rares piétons à cette heure matinale, entrent et sortent de ce coton comme des acteurs d’un film de science-fiction quand ils passent une porte donnant sur l’espace-temps. La ouate, qui n’est pas ma matière préférée, étouffe les bruits et semble ralentir les actions. Les feux des autos créent des halos jaunâtres autant que mystérieux avant de disparaître à nouveau dans la brume épaisse.

Dans le parc, les arbres paraissent enveloppés dans d’énormes toiles d’araignées et le bassin dégage une humidité sombre et inquiétante, de ce néant s’échappe parfois le cri d’une mouette ou le flap-flap d’un canard à l’envol. L’ambiance serait propice à un univers d’effroi à la Lovecraft si déjà le soleil ne tentait une percée.

Lentement mais sûrement, les ténèbres blanchâtres se dissipent, des pans entiers de brouillard tentent de s’accrocher aux branches des arbres ou aux bords du bassin, mais rien à faire, la lumière est la plus forte et vainc les résistances. Les rayons de l’astre du jour percent la canopée, les pelouses se découvrent, les oiseaux commencent à piailler dans les buissons. Tout va très vite maintenant, sans qu’on sache très bien où s’en vont ces nuages de brouillard, le parc et la ville sont déjà sous le plein soleil, la brume n’est plus qu’un souvenir, peut-être n’était-elle qu’un rêve tardif, fait sur le petit matin.

 

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