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15/02/2014

Les peintres du dimanche

Les peintres du dimanche, comme les bricoleurs du même nom, ont ceci de particulier qu’ils n’attendent pas le septième jour pour exercer leurs talents. La preuve avec ce gentil barbouilleur croisé à Paris au milieu de la semaine.

Son chevalet posé sur le trottoir avec le Louvre et la Seine pour horizon, l’artiste profitait de la belle lumière de ce matin ensoleillé pour se livrer à son pêché mignon. En ce jour de semaine, peu de piétons pour venir lui troubler l’inspiration, les rares qui passent se hâtent vers un rendez-vous professionnel. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais dès que j’aperçois un peintre je ne peux m’empêcher de reluquer sa toile. La probabilité de tomber sur un enfant putatif de Turner est mince, mais rien à faire, il faut que je jette un œil.

La situation reste néanmoins délicate car je respecte l’amateur et je ne tiens pas à l’importuner, aussi maintiens-je une certaine distance. J’imagine que le peintre qui sent le souffle des curieux dans son cou doit s’agacer. L’autre raison, la principale dirais-je, c’est que ma compagne a tendance à exprimer son opinion sans trop en mesurer la portée. Et la situation étant trop favorable pour qu’elle lâche un « Quelle horreur ! » conchiant ainsi les règles de la bienséance, je me suis hâté de l’entraîner plus loin avant qu’elle ne déclenche les hostilités avec le père Ripolin.

Mon réflexe s’avéra fort opportun car en passant rapidement, j’eus tout loisir néanmoins pour mesurer l’ampleur du désastre pictural qui se dessinait. Grosso modo il existe trois sortes d’artistes peintres, il y a ceux besogneux qui n’ont pas été avertis que la photographie existe et qui s’appliquent à reproduire ce qu’ils voient à l’identique ; il y a ceux qui partant de ce qu’ils contemplent en donnent une version personnelle mais compréhensible par tous et il y a le dernier cas, ceux qui interprètent la réalité, la concassant sous le pilon de leurs névroses pour en extraire la substantifique moelle qui d’une tache blanchâtre vous fait une carte de France !

Notre artiste du mercredi semblait être du troisième genre – genre artistique bien entendu puisque je ne le connais pas assez pour en juger. Adepte de la giclée, les éclaboussures multicolores, ébauches de l’œuvre en gestation, laissaient ouvertes toutes les portes et fenêtres pour une interprétation libre où le Louvre et le fleuve n’avaient plus leur place, ou s’ils y subsistaient c’était à l’égal de la carotte et du morceau de macreuse dans un pot-au-feu version cuisine moléculaire.

Finalement notre peintre du dimanche était en fait un vrai peintre des jours de semaine, ceux ou la foule des piétons est rare et n’a pas le temps de s’attarder et encore moins de faire des commentaires désobligeants ou d’émettre des rires vexants.    

 

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