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25/05/2012

Un billet pour le rêve

Une ou deux fois l’an, les meilleures années si j’ose écrire, je me risque à faire un loto. Je sais que cela paraît improbable mais moi aussi je peux me livrer à cette activité triviale.

Première constatation désagréable, quand je me présente devant le buraliste avec mon billet il me renvoie dans mes pénates car bien entendu depuis la dernière fois où je suis venu jouer, les formulaires ont changé d’aspect. Déjà que je ressens une sorte de légère honte à venir jouer mon loto, être rembarré aussi promptement me fais monter le rouge aux joues. Pourquoi cette honte, je ne saurais vraiment l’expliquer, car je ne fais de mal à personne – si ce n’est à mon portefeuille, vu que je ne gagne jamais – au contraire, j’enrichis l’Etat et donc le pays par ricochet. Remarquez que j’avance cet argument dans un but purement égoïste, me consoler de ma naïveté consistant à croire que je puisse ramasser le magot un jour.

Elle est là ma honte, savoir que mon geste est vain, ne pas écouter ma logique qui me crie aux oreilles de ne pas céder à l’appel du mirage de l’or, laisser ma bêtise prendre le pas sur mon intelligence (faites-moi crédit, j’ai déjà beaucoup de mal à me confesser). Humiliation encore, à mes propres yeux, de m’abaisser à un jeu d’argent car c’est l’exact inverse de ce à quoi je crois – l’argent ne fait pas le bonheur. Quelles forces intimes peuvent pousser un homme à se déshonorer ainsi ?

A moins que ce ne soit inscrit dans la nature humaine, savoir que certaines de nos actions n’ont aucune chance d’aboutir, ou que la probabilité favorable est tellement faible qu’elle revient à dire impossible, mais néanmoins contre toute logique, s’y aventurer quand même. Loto et religion se rejoignant sur la base commune du mot espoir. Espoir d’une vie meilleure ici-bas, pour celui qui empoche le pactole, espoir d’une vie future de félicité dans l’au-delà, pour celui qui a la foi. Billet de loto ou hostie, le ticket d’entrée diffère mais l’idée est la même au fond.        

Mon problème c’est que je n’ai pas la foi, je joue mais je n’attends pas de gagner, d’où la stupidité accrue de mon geste. Si au moins j’y croyais fortement. Si j’y croyais réellement, je serais un gogo impénitent, mais en jouant sans y croire, je suis un imbécile avéré ! Au secours ! Vous comprenez ma honte.

Alors je ne joue que très rarement et pour une mise très faible, mais ce maigre investissement n’est pas entièrement perdu, il m’offre durant quelques jours du rêve, une illusion. Si dans les voyages, le plus important n’est pas la destination mais le voyage en lui-même, dans le fait de parier au loto, le plus important n’est pas le lot mais le rêve qu’on s’offre. 

 

 

07:00 Publié dans Echos de ma vie | Tags : rêve, espoir, loto | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |