31.12.2008

Réveillon

Approchez lecteurs timides ou bloggeurs curieux. Approchez que je vous narre l'histoire improbable du réveillonneur solitaire.

L'histoire se passe en décembre, bien entendu, un de ces mois de décembre où la neige n'a pas encore fait son apparition, gâchant par-là même le Noël des enfants et des rêveurs. Le ciel est gris et l'air frais, d'une banalité affligeante. Dans les appartements surchauffés les sapins se soulagent de leurs aiguilles sur les moquettes de laine rase. La naissance de l'Enfant Roi est déjà oubliée, digérée comme le boudin blanc et les huîtres. Les trognes, à l'instar des épicéas enguirlandés, resteront illuminées jusqu'au 1er janvier, car pendant une semaine on ne va vivre qu'en fonction des ripailles qu'on a faites ou de celles qu'on se promet de faire. Petit Jésus, pour toi on tuerait le bœuf et l'âne, si le veau n'était assez gras... En fait, c'est la dinde, cet aimable volatile que la tradition a décidé d'immoler.

"C'est trop d'honneur, mon prince !" doit se dire le gentil gallinacé tendrement couché sur une purée de marrons, amoureusement bardé de tranchettes de lard maigre, beurré onctueusement et prêt à être enfourné. Le pilon de l'oiseau n'est qu'un lointain souvenir, qu'un rôt parfois, nous remet en mémoire et pourtant déjà, l'idée du prochain gueuleton, le plus beau, car le plus débridé nous attise les papilles.

Si le repas du soir de la Nativité peut-être somptueux, voire gargantuesque, il reste au fond des esprits, même brouillés, le petit "je ne sais quoi" qui gêne la digestion. Un remords, un relent de mysticisme, un délicat fumet d'encens ou de sacristie qui nous rappelle que le poulot qui geint sur sa paille humide, pleure pour nous et que bientôt il saignera. Le païen lui-même, trouvera à la dinde de Noël un goût d'or, de myrrhe et d'encens.

Heureusement, comme au tennis, on a droit à deux balles pour le service. Et la deuxième balle, ici, c'est le plus souvent, une ballottine de volaille. Juste pour se faire la langue, s’aiguiser l'appétit. Le réveillon du Jour de l'An, c'est l'apothéose, la bacchanale si possible. Bombance est le mot de passe.

Tout le monde s'affaire, tous complices. On épluche, on écaille, on vide, on plume, on larde, on hache menu, on touille, on verse, on se dépense en occupations culinaires de toutes sortes. On met les petits plats dans les grands, on sort la nappe blanche et brodée qui est au fond de l'armoire, on place les verres de cristal aux tailles étudiées, les différents couverts qui trancheront viandes ou poissons, les assiettes qui sont encore immaculées et les serviettes fraîchement repassées. Le décor est posé, la table est dressée, on allume les bougies, les cristaux rutilent, la fête peut commencer. Les premiers bouchons jonchent la nappe, les verres s'entrechoquent, les rires se font moins discrets, la chaleur met le feu aux joues.

Les fenêtres se couvrent de buée, déjà je ne vous vois plus. Silhouettes floues, vous poursuivrez vos agapes jusqu'à l'aube. Moi, dans ma chambre, j'essaie de dormir malgré vos éclats de voix, le cliquetis des couverts et les bouchons de champagne qui sautent.

A l'année prochaine, à demain.

 

 

 

28.12.2007

Le pas qui se tend

Benazir butée par des islamistes butés selon les premières analyses citées par la presse. Le Pakistan s’enfonce un peu plus encore dans les incertitudes et le monde suit tout cela avec angoisse, un œil sur ce voisin instable de l’Inde et possesseur de la bombe atomique, et l’autre sur la dinde et la bombe glacée qui attendent leur heure dans le congélateur. Pourvu que notre réveillon ne soit pas gâché !

 

27.12.2007

Préparatifs

Dans l’année il y a deux échéances importantes, les grandes vacances et les fêtes de fin d’année. Pour la seconde ça se joue en deux temps, d’abord Noël puis le Jour de l’An. Pour ceux qui ont du mal à suivre, encore grisés par le réveillon de mardi soir, il reste encore une seconde manche à disputer, le match retour si vous voulez, le 31 décembre. En général la partie est plus difficile à négocier car si la veille de Noël on joue en petit comité – en famille – pour le Nouvel An on se lâche ! On donne tout et certains au bout de la nuit vont même jusqu’à tout rendre. Il en est qui conseillent la diète entre les deux tours, d’autres qui préconisent au contraire une montée en puissance pour habituer l’organisme. Il y a ceux qui arrivent sans entrainement mais avec des astuces, des trucs de grands-mères ou des recettes de rebouteux, comme ingurgiter une cuillère d’huile avant les agapes. Toutes les croyances sont permises, tous les placebos sont les bienvenus s’ils sont efficaces. Allez-y mes salauds, empiffrez-vous, goinfrez-vous, portez toasts sur toasts, levez le coude, videz les verres, éclusez les bouteilles, séchez les flacons, sortez dans les rues beugler votre joie factice en l’honneur de la nouvelle année. Car de quoi se réjouit-on au juste ? D’avoir survécu à l’année passée ou de l’espoir de vivre une année nouvelle plus agréable ? Les croyances Cro-Magnonesques sont toujours vivaces pour nous autres pauvres humains qui paraderons sur les Champs-Elysées le soir du 31 décembre, les portables vomissant nos vœux de bonne année ad nauseam au risque (ou dans l’espoir, afin qu’on en parle à la télé le lendemain) de faire exploser les réseaux téléphoniques ce qui nous prouvera que faisant tous la même chose au même moment, nous appartenons bien à la communauté humaine. En général on ne donne des preuves que pour lever le doute … Je m’arrête là car je ne veux pas vous gâcher la fête, de plus je dois songer à la liste des courses pour mon réveillon.

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