« 2008-05 | Page d'accueil | 2008-05 »

11.05.2008

Dites le avec des fleurs

1322545439.JPGCe fût la ruée. Exhortés par le temps magnifique qui règne sur la région parisienne depuis plusieurs jours, nous étions nombreux à avoir eu la même idée ce week-end, faire un tour chez Truffaut pour faire provision de plantes, fleurs ou pots pour décorer nos petits chez nous. Attendri par la vigueur retrouvée de la suspension pendue dans ma loggia depuis l’été passé, abandonnée là tout l’hiver sans soin aucun ni protection particulière contre les bourrasques de vent frisquet, pour lui rendre hommage je l’avais débarrassée de la masse de feuilles et tiges desséchées depuis bien longtemps, taillant à la va-vite dans ce fourbi entremêlé, raccourcissant par ici, réduisant par là avant de l’abreuver jusqu’à plus soif d’une eau teintée d’engrais léger. Depuis une huitaine les bourgeons se tendaient vers la lumière et quelques fleurs timides venaient d’éclore, signe indubitable d’un printemps installé. Il était donc temps de repeupler les deux jardinières fierté de mon balcon qui me poseraient à l’égal de mes voisins pas bien doués pourtant dans ce genre d’activité. Tout était bien clair dans ma tête, je devais acheter des plantes fleuries, des jaunes et des bleues ou mauves, quoi exactement je ne savais pas, mais l’effet esthétique devait faire alterner dans mes bacs ces deux couleurs qui je trouve, se marient à merveille. De plus le jaune est la couleur de l’année si j’en crois les magazines féminins que je ne néglige jamais de feuilleter quand l’occasion se présente. Nous partîmes à deux et nous vîmes pfff ! nombreux en arrivant au parking de la jardinerie déjà nommée. Cramponné à mon chariot cahotant, j’entamais le gymkhana dans les allées, sous les serres, entre les poteries géantes, le long des longues tables de fleurs en pot, sous les suspensions tombant des plafonds, cherchant d’un œil inquiet dans les chariots des autres aussi, les plantes que je convoitais, buté sur mon idée de départ. Après deux ou trois tours dans ce qui ressemblait à une promenade au milieu des autos tamponneuses de la Fête des Loges, je me suis vite lassé et j’ai laissé mon esprit pragmatique reprendre le dessus. J’étais venu chercher des plantes jaunes et bleues, je suis reparti avec des géraniums lierre mauves et blancs. Et alors ? Je fais ce que je veux sur mon balcon, non ?        

 

Les retrouvailles

Nous ne nous étions pas revus depuis plus d’un an, je crois même que cela remonte à l’été 2006. Je pensais à lui parfois quand il faisait beau, lui m’avait certainement oublié mais qui peut dire ? Aussi quand j’ai fait la démarche pour rependre le contact, j’avais un petit pincement au cœur, serait-il encore fringant, pourrait-il encore me supporter ? Au premier abord, c’est vrai qu’il m’a semblé crevé et affaissé, un peu plus gris que dans mon souvenir. Je n’ai rien dit, j’ai ouvert la porte en grand, je l’ai empoigné pour qu’il effleure le sol délicatement et je l’ai conduit dehors à l’air libre sous le soleil exactement. Peut-être a-t-il légèrement couiné durant ces quelques mètres mais rien d’alarmant. C’était bien lui, c’était bien moi. Ce cher vélo tant négligé, il était là prêt à tout pour me satisfaire, attendant son heure, silencieux dans la cave où je l’avais remisé, seul puisqu’il en était l’unique occupant. A ma décharge il faut reconnaître que je ne l’ai jamais martyrisé car si je l’avais acheté avec des projets sportifs grandioses en tête, la réalité s’avéra plus modeste. Toutes les occasions furent bonnes pour qu’il ne souffrît pas, s’il pleuvait je ne m’en servait pas, s’il faisait froid ça ne me disait rien, s’il y avait trop de vent c’était certainement dangereux et quand il faisait beau j’avais d’autres activités qui ne pouvaient être différées. Pour reprendre notre liaison, nous devions nous montrer sous notre meilleur aspect ; muni d’un chiffon doux je lui massais les tubes, avec un chiffon gras je lui frottais les jantes et les rayons, avec une petite brosse je lui astiquais la selle avant de lui vider une partie de ma burette dans les moyeux et le dérailleur, enfin je parachevais sa toilette en lui gonflant à bloc les boyaux. Pour ma part je n’étais pas en reste, j’avais enfilé mon cuissard retrouvant instinctivement la manière adéquate de me caler au mieux les couilles dans ce Lycra moulant au fondement renforcé, j’avais mis mon sweat-shirt à bandes colorées pour qu’on me vit bien sur la route, mes gants sans doigts pour un meilleur grip sur les poignées et ma casquette pour éviter le soleil dans les yeux. Nous voilà prêts pour le grand moment, je fais tourner le pédalier pour apprécier le cliquetis de la mécanique huilée et place la pédale droite en position haute, j’enfourche le VTT et nous voilà partis. Il est tôt, la température est parfaite, les routes sont libres de voitures, je ne force pas, je mouline pour échauffer les muscles des jambes, pour ma première sortie je choisis un terrain facile et assez plat, une petite route interdite à la circulation automobile, en forêt. Mon brave MBK bleu nuit ne geint pas, les changements de vitesses ou de plateaux chantent délicieusement à mon oreille, bientôt la sueur, le soleil et le vent me redonnent ce goût oublié de l’activité physique en plein air. Après deux heures d’escapade nous convenons de rentrer au bercail, pour cette fois ce sera bien suffisant. Quand j’ai quitté mon vélo dans sa cave, nous nous sommes promis in petto, de nous revoir bien vite. La même promesse que je lui avais faite à l’été 2006… ?