28.02.2009

Tristan Bernard : Amants et voleurs

Un recueil de nouvelles écrites par Tristan Bernard vers 1905 qui ont toutes un point commun, elles dressent le portrait d'assassins, de voleurs, d'escrocs et de tricheurs, bref une belle humanité ! C'est écrit sur un ton léger et plein d'humour où même les crimes les plus ignobles sont décrits comme la chose la plus naturelle qui soit. Le style est assez daté, on n'écrit plus ainsi de nos jours, la naïveté ou les réactions des personnages sont d'une autre époque, c'est aussi ce qui fait le charme de ce bouquin léger, plaisant à lire, loin des prises de têtes ou des scénarios complexes et noirs d'un désespoir accablant de certains livres modernes. Mon édition chinée dans une brocante est enrichie d'une courte biographie de l'auteur, de quelques photos et dessins d'époque, dans une reliure soignée.

« Je me souviendrai toujours de l'heure où le brigadier du magasin d'habillement me délivra ces instruments de torture. J'essayai ce jour-là une quinzaine de pantalons. J'avais  les jambes courtes et les hanches larges. Tous les pantalons qui ne m'étranglaient pas le derrière étaient beaucoup trop longs de jambes. Pour n'être pas blessé par les bottes, j'en choisis de très vastes, de sorte que, lorsque je marchais, mon talon quittait la semelle à chaque pas et montait le long des contreforts. Mais ce mouvement ne faisait qu'augmenter sur le pavé des rues la résonance flatteuse des éperons. »

Tristan Bernard  Amants et Voleurs  Bibliothèque du Temps Présent    

27.02.2009

Escroc mais pas trop

Les voisins seraient une source inépuisable de ragots et commentaires si on ne se retenait pas. C'est une règle que je cherche à respecter mais qu'aujourd'hui je vais transgresser pour soulager une démangeaison persistante. L'affaire se déroule en deux temps chronologiquement espacés de plusieurs années d'où la persistance de la démangeaison. Il y a donc bien longtemps, un matin vers 6h15 alors que je sortais de chez moi pour aller au travail, accroupis dans l'escalier trois flics en civil brassard au bras et flingue à la main me font signe de sortir sans un bruit et l'un d'eux m'escorte jusqu'au pied de l'escalier en m'interrogeant sur le physique de mon voisin. J'en déduisis qu'ils voulaient être certains de la personne et qu'ils attendaient l'heure légale pour faire une perquisition ou pire encore. Un tel accueil de si bon matin n'est pas dans mes habitudes et j'en garde le souvenir vivace dans mon esprit. Le soir en rentrant je m'attendais à tout, porte défoncée, traces de fusillade, tâches encore humides, que sais-je ? En fait l'incident ne fit aucun témoin et personne ne semble avoir rien vu. Quelques jours après, le voisin en question me croisa dans l'escalier, charmant comme à son habitude et le sourire aux lèvres. J'en restais pour mes frais et seule mon imagination galopante élabora un scénario plaisant d'escroc soupçonné par la police mais qu'aucune preuve concrète n'avait permis de mettre à l'ombre. Comme il n'était que très rarement chez lui, laissant sa femme seule pendant de longs mois, on pouvait aisément inventer toutes les histoires possibles, escroqueries à l'étranger absence pour « voyage d'affaire » suspect etc. J'avais presque oublié tout cela, si ce n'est que les rares fois où je le croisais, je pensais in petto « salut l'escroc ! ». Jusqu'à hier. Car hier c'est un autre voisin qui m'a parlé de « l'escroc » qui soit disant aurait déménagé ses meubles il y a peu ; sauf qu'il y a encore quelqu'un qui habite l'appartement puisqu'on y entend de la vie, sa femme je suppose ? Quant à ce voisin, lui il a une théorie qu'il ne s'est pas gêné pour me la déballer, pour lui il s'agirait d'un réfugié politique. C'est vrai qu'il parle allemand mais réfugié politique allemand, ça existe ça ? Quand il m'a aussi confié qu'il recevait beaucoup de monde de passage chez lui (j'habite le même palier mais je n'ai jamais constaté tout cela) et qu'il supposait qu'il les logeait le temps que ces gens puissent s'installer quelque part j'ai senti que si je ne me sauvais pas, la conversation aller embrayer sur les terroristes qui sont souvent des voisins adorables etc. Vous le constatez, de fil en aiguille, mon voisin mystérieux est passé d'escroc à terroriste potentiel. C'est bien pourquoi je ne parle jamais de mes voisins, un dérapage est toujours à craindre.      

26.02.2009

La vie de tous les saints

La semaine avait débuté avec Saint-Lazare, vous vous en souvenez, et il était écrit certainement qu'elle se poursuivrait dans le même registre puisque c'est au tour de Saint-Laurent de faire l'actualité. La vente de la collection d'œuvres d'art d'Yves Saint-Laurent a déjà rapporté 300 millions d'euros alors qu'elle n'est même pas encore terminée et on se demande comment on peut acquérir autant de richesses. Un saint qui n'avait donc pas fait vœux de pauvreté de toute évidence. Ce qui nous rapproche, ou nous éloigne c'est selon, de tous ceux qui sont dans la mouise actuellement et qui à l'écoute des informations économiques ont bien compris que la croissance, le mot magique qui éventuellement pourrait les voir sortir de la galère est reportée à la Saint- Glin-glin. Enfin pour finir, comment ne pas évoquer la patiente Lyonnaise entrée dans un hôpital pour se faire amputer d'un sein atteint d'un cancer et qui en est ressortie amputée des deux car le chirurgien s'était trompé de sein ! « Il vaut mieux s'adresser à Dieu qu'à ses saints » dit le dicton populaire mais comme les desseins de Dieu sont impénétrables, nous ne sommes pas sortis de l'auberge.

25.02.2009

Jean-Pierre Martinet : L'ombre des forêts

Ombre des forêts.jpgJean-Pierre Martinet (1944-1993) a écrit ce roman en 1987 et il vient de ressortir dans une collection de poche. Un livre qui nous plonge dans un univers étrange où évoluent quatre personnages rongés par des peurs et des angoisses. Quel est le lien si il y en a un, entre Rose Poussière et Edwina Steiner ? Pourquoi Monsieur qui collectionne les articles de journaux sur les faits sanglants, les meurtres, se croit-il persécuté par son lampadaire ? Et sa bonne Céleste qui carbure au pastis pourquoi reste-t-elle au service de cet homme étrange qui se rêve meurtrier ? Il y a aussi le duc de Reschwig aveugle qui fouille les poubelles à la recherche de collants féminins usagés. Une histoire sans queue ni tête, un univers kafkaïen en plus léger ou onirique et des personnages loufoques, toujours surprenants et parfois amusants par leur délire. Pourtant sous l'exagération des travers des uns et des autres pointent nos propres angoisses et affleurent nos propres peurs. Et nous rions jaune.

A propos de son ouvrage l'auteur écrivait « J'ai essayé de peindre des êtres au bout du rouleau, des infirmes du sentiment prisonniers de leur enfer intime, et qui faute de pouvoir échanger des caresses, en sont réduits à échanger des coups. » Un livre étrange qui mérite qu'on s'y intéresse.

« Les hommes sont fous de désespoir, mais ils font tout pour le cacher. C'est bien ça l'horreur. C'est comme l'absence de musique. Et bientôt cinquante ans. Je n'aurai jamais cru que j'étais assez lâche pour arriver jusque là. Déguisé. Déguisé en homme pour n'être rien. Si on me touchait, je tomberais en poussière. Là, d'un seul coup : plus rien, personne. »

Jean-Pierre Martinet : L'ombre des forêts  collection La Petite Vermillon   

 

 

24.02.2009

Mardi-gras

Aujourd'hui c'est Mardi-gras et je me souviens vaguement que dans mon enfance nous avions l'habitude de nous déguiser, nous les enfants, puis de jeter des confettis. Je ne crois pas avoir été très friand de ce genre d'amusement, car il ne m'en reste qu'un seul souvenir et lui-même n'est-il encore présent dans ma mémoire que parce qu'il est immortalisé sur une de ces photographies d'époque en noir et blanc, aux bords dentelés. Je dois avoir sept ou huit ans, mignon gamin (si ! si !) aux boucles frisées, yeux rieurs et sourire éclatant, je suis déguisé en Davy Crockett avec la toque de fourrure, telle un chat crevé posé sur ma tête, ma sœur cadette à mes côtés, costumée elle en danseuse gitane, légèrement maquillée peut-être, dans une robe rouge à pois (?) avec des volants. Notre mère nous a amenés sur le boulevard Haussmann près des Grands Magasins comme on dit quand on ne veut pas privilégier une enseigne plus qu'une autre, où toutes les mamans leurs rejetons à la main se sont retrouvées pour le défilé de Mardi-gras, c'est ici que la photo a été prise par un photographe de rue, encore que mes souvenirs soient flous. L'image existe dans une boite à chaussures, archives familiales, trace tangible de la vérité oubliée. Certainement que la journée s'est terminée par une assiette de crêpes à la maison ou plus probablement, les crêpes nous les avions eues en début du mois pour la Chandeleur, par des beignets ou pets-de-nonne, car j'imagine mal une journée de fête sans gâteaux ou pâtisseries amoureusement préparés par ma mère, qui plus est si le mardi est gras.     

23.02.2009

Le saint marcheur

Aujourd'hui c'est la saint Lazare, quand j'ai entendu cela hier soir au bulletin météo, j'ai bondi dans mon siège. Il fallait absolument que je marque le coup. J'ai donc pris ma décision en mon âme et conscience et aujourd'hui je boycotte la gare Saint-Lazare, je ne prends pas le train. Ils nous ont assez cassé les pieds avec leurs grèves récentes donc à mon tour de leur en faire baver. Le Chef de gare il va pouvoir se les garder ses gâteaux, il se les carre où je pense ses espoirs de cadeaux, ce matin quand il nous attendra avec ses buffets dressés devant les voies pour fêter l'évènement, tout sourire, il va vite déchanter en voyant les trains arriver vides, c'est moi qui vous le dit ! C'est pas toujours les mêmes qui doivent trinquer, son café dans des thermos il va se le boire tout seul. « Lève toi et marche » on l'a assez joué, le Lazare fait bien les choses, ce lundi c'est à nous d'emmerder la SNCF !

22.02.2009

Ma semaine télé du 15 au 21 février

Dimanche j'ai enfin pu regarder Stade2 sur France2, je dis enfin car j'ai rarement l'occasion à cette heure de me pencher sur les programmes télévisés. L'émission sportive assez « plan-plan » en général a trouvé depuis l'introduction d'une chronique faite par Guy Carlier le moyen de se muscler. Les émissions consacrées aux sports sont souvent trop « gentilles » ou complaisantes avec les sportifs ou les institutions sportives en général, c'est leur grand défaut et tombent trop souvent dans le copinage. Le Journal des Sports sur M6 avait un peu cassé cette image en distribuant ses « cartons rouges », mais Guy Carlier avec sa chronique assassine, dynamite le genre en n'hésitant pas à citer des noms. Il suffit de voir le regard gêné du présentateur ou celui ahuri de l'invité pour comprendre qu'il fait mal quand il parle. J'hésitais ensuite à me brancher sur TF1 mais La guerre des Mondes le film de Spielberg avec Tom Cruise a réussi à me retenir jusqu'à la fin. Tom Cruise est toujours aussi fade mais les effets spéciaux assez bien faits ont pour une fois suffit à mon bonheur. Lundi soir le programme était évident, sur Direct 8 il y avait l'excellentissime Les Diaboliques le fameux film de H.G Clouzot de 1954 avec Paul Meurisse, Simone Signoret, Noël Roquevert, Pierre Larquey, une brochette d'acteurs de haut niveau dans un film au scénario diabolique évidemment. La piste son mériterait d'être restaurée car un tel chef-d'œuvre le vaut bien. Le lendemain mardi même chaîne et même heure pour Rio Lobo un western de Howard Hawks datant de 1970, certainement pas son meilleur, mais revoir le gros cul de John Wayne en officier Nordiste dans son uniforme bleu et galons jaunes dont les couleurs explosaient sur mon écran, c'était un bon moyen pour me ressourcer, ah ! les westerns de mon enfance, ce genre tombé en désuétude aujourd'hui. Enfin mercredi ! J'avais failli entamer cette chronique sur la pauvreté des programmes de cette semaine, mais de quoi me plains-je ? Les Diaboliques et le retour du Dr House ! Ca fait beaucoup en fait pour une seule semaine. Car ce « bon » docteur est de retour sur TF1, toujours aussi bougon et cynique à mort. Evidemment je n'ai pas pu suivre Silence ça pousse sur France 5 à la même heure mais ça n'est pas bien grave, l'important c'est de savoir que pendant deux mois, tous les mercredis soirs j'ai ma soirée de prise avec le toubib. Comme le jeudi les invités de La Grande Librairie sur France 5 n'ont pas su me retenir et que le match de football sur M6 Marseille/Twente avait l'air chiant dès le début, je me suis passé un épisode de Chapeau melon et bottes de cuir enregistré sur ARTE un après-midi. La fameuse série britannique en noir et blanc est toujours aussi irrésistible avec John Steed et Emma Peel, surtout que la chaîne nous repasse les épisodes où Mme Peel est joué par la très charmante Diana Rigg, la seule et unique à mon goût même si les épisodes suivants où elle est remplacée sont néanmoins très regardables. Un classique de la culture télévisée. Quant à vendredi je me suis consciencieusement installé devant ARTE pour suivre la suite de Vénus et Apollon mais ce que je pressentais la semaine dernière s'est confirmé. Le scénario s'enferme dans un genre pseudo policier avec une vengeance et des intervenants divers plutôt louches qui ne me passionne pas vraiment. Par contre les acteurs sont assez sympathiques dans l'ensemble. Samedi j'ai rattrapé mon retard en visionnant divers programmes enregistrés dans la semaine. Par exemple Sex and the City la série dont on dit du bien un peu partout. J'étais très curieux de m'en faire ma propre opinion mais ça passait trop tard pour moi sur M6 alors comme désormais je peux faire des enregistrements, dimanche dernier je ne l'ai pas loupée. J'ai été très déçu. Quatre New Yorkaises qui ne parlent que de cul comme elles auraient parlé chiffon si nous étions il y a quinze ans, il n'y a pas de quoi en faire une tartine. Enfin désormais je peux dire que j'ai vu deux épisodes mais je n'ai pas de raison de m'en vanter non plus.            

21.02.2009

Louise Erdrich Love Medicine

Love medicine.jpgLe bouquin vient de paraître dans sa traduction française mais en fait il date de 1984, premier roman de Louise Erdrich et couronné d'un National Book Award. Depuis l'écrivaine a commis plusieurs ouvrages où la voix de la nation Indienne tente de se faire entendre au sein de l'Amérique moderne. Car c'est là le thème principal de son œuvre et donc le sujet de ce Love Medicine qui retrace du début du XX siècle dans les années 30 jusqu'à nos jours les vies de deux familles indiennes, les Lamartine et les Kashpaw. Les personnages se croisent et se décroisent, se rencontrent et se quittent et les femmes en sont les principaux protagonistes, plus fortes et plus aptes à se colleter avec la dureté du Monde.

Un livre écrit par un vrai écrivain, on le sent en le lisant. La construction du roman, les retours en arrière, la chorale des voix qui s'expriment, tout indique une maîtrise absolue pourtant je l'avoue sans honte, j'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans le roman et même si par la suite j'ai trouvé certains chapitres remarquables, globalement je n'ai pas réellement pris de plaisir à lire cet ouvrage. Dommage pour moi très certainement.

« Tout se liguait contre lui. Il ne se souvenait plus quand cela avait commencé. Probablement dès le début, depuis toujours, tout s'était ligué contre lui. Il s'appuya à la pente du coffre puis pivota sur le dos. Il tremblait de tous ses membres et sa mâchoire fermée était bloquée. Le ciel était un liquide impénétrable, sinistre et sans étoiles. Il ne l'avait encore jamais compris, mais à présent, parce que deux clés avaient été fabriquées pour ouvrir cette seule voiture, il vit clairement que l'organisation de la vie était truquée et qu'il était piégé. »

Louise Erdrich Love Medicine chez Albin Michel

20.02.2009

Le Salon de l'Agriculture

Comme tous les ans le salon de l'agriculture ouvre ses portes, l'occasion pour le citadin de se rassurer à bon compte en constatant de visu qu'il y a encore des paysans en France. Car le Français est très attaché à son agriculture qui représente les valeurs éternelles, la nature, la terre et par extension le bon sens, toutes ces choses qui nous échappent chaque jour un peu plus. Hélas ( ?) tout ceci ne repose plus que sur des illusions et des idées dépassées puisque le nombre d'agriculteurs ne représente plus que 3,5% de la population totale française soit 400 000 exploitations agricoles. D'où ce Salon qui devient année après année le musée encore vivant de nos désillusions, la trace tangible d'un bonheur perdu.

Les scolaires profiteront des vacances pour aller en famille se recueillir devant un parterre de veaux, vaches, cochons, volailles ce qui permettra aux petits enfants éberlués de voir en vrai la bestiole dont on leur sert des parts fripées à la cantine. Là encore le Salon n'est qu'une vitrine où sont exposés les plus beaux modèles, les plus rares donc les moins courants, bêtes de première qualité, brossées, peignées, mouchées, loin de celles qui croupissent dans des hangars sordides d'où elles ressortent en morceaux préemballés autant que méconnaissables ce qui faisait dire récemment à une gamine de mon  entourage « Le poulet c'est du poisson ? » tant les portions qui lui étaient servies à sa cantine, poisson ou poulet, se ressemblaient et par l'aspect et par le goût ! Les gamins ont parfois des questions saugrenues, quand il y a des frites à côté c'est du poulet, si ce sont des petits pois c'est du poisson, c'est simple.

Les agriculteurs à (la porte de) Versailles... à ça ira, ça ira et ça grossira le flot des passagers de la ligne de métro n°12 déjà bien lotis en temps normal.   

19.02.2009

Le rock ce n'est pas simple

Il y a encore une trentaine d'année le rock était une musique relativement marginale et pour être informé sur le sujet il fallait acheter des journaux spécialisés anglo-saxons comme le Melody Maker ou le New Musical Express pour les Anglais et Rolling Stone ou Creem pour les Américains. Pour les disques, qui n'étaient pas distribués en France ou bien avec retard, nous allions chez des disquaires « pointus » comme Lido Music sur les Champs-Elysées, Givaudan rue du Bac, Music Action à l'Odéon et parfois Le Discobole à la Gare Saint-Lazare, acquérir nos précieux vinyles en Import qui nous coûtaient la peau des fesses. Quand les premiers disques pirates arrivèrent c'est l'Open Market rue du Roule qui devint notre fournisseur. Le son était souvent pourri mais nos oreilles encore vierges s'émerveillaient d'un rien. Des concerts enregistrés sur des minicassettes (je ne sais pas si vous avez connu ces magnétophones rudimentaires ?) convertis en 33 tours qui construire la légende, je me souviens de mon premier pirate des Stones « The Greatest Group on Earth » au son encore acceptable ou d'un Cream totalement inaudible à la pochette cuivrée qui me faisaient entrer dans la confrérie des mecs initiés, aujourd'hui on dirait « branchés ». A la radio quelques émissions diffusaient notre musique chérie, Salut les Copains l'historique du temps des yéyés, puis plus tard sur France Inter quelques dizaines de minutes pendant le Pop Club de José Arthur. Et puis basta ! C'était tout. Mais c'était aussi la grande époque bénie du rock qui a vu naître tous les courants musicaux et tous les plus grands musiciens du genre.

Aujourd'hui vous désirez un disque vous passez une commande chez Amazon et il arrive dans votre boîte aux lettres 48h après. Ce week-end Eric Clapton et Jeff Beck vont donner des concerts communs au Japon, la semaine prochaine ils seront téléchargeables via Internet ! Et avec les technologies modernes, un minuscule magnétophone numérique permet des enregistrements d'exception. On a même des vidéos de concerts piratés, parfois excellentes elles aussi. C'est extraordinaire autant que décevant, car tout le plaisir de la traque, de la recherche de l'objet rare disparaît. Tout le monde peut tout avoir tout de suite. Les « bons plans » sont connus de tous ce qui en réduit leur intérêt. La musique rock est entrée dans la vie de tous et plus sa propagation s'est étendue, plus sa qualité s'est dégradée. De l'artisanat nous sommes passés à la production de masse et qui dit production de masse dit aseptisation. Bien sur il reste encore un deux bidouilleurs de génie dans un coin, mais si peu qu'ils sont l'exception qui confirme la règle.   

 

 

Toutes les notes