31.03.2009

La presse rock

Ma passion ancienne pour la musique s'est construite sur les conseils éclairés de camarades de lycée qui m'indiquaient les bons disques à acheter, sur les concerts que nous allions voir, sur les interconnexions entre groupes et artistes qui engendraient de nouvelles pistes sonores ( !) à explorer et bien naturellement par la lecture de la presse spécialisée qui se mit à fleurir comme muguet en mai.

A la grande époque, disons pour simplifier, la décade 1967/1980, j'épluchais tous les journaux et revues musicales que je pouvais me procurer, qu'elles soient en français ou en anglais. Mon sens de l'archivage, ma manie de classer se retrouvait là aussi, puisque pour les Beatles et les Rolling Stones, mes groupes fétiches, je découpais leurs photos ou articles dans ces journaux et je les collais dans de grands cahiers à spirales que j'ai toujours conservés d'ailleurs. C'est aussi à cette presse que je dois aujourd'hui de pouvoir balbutier quelques peu la langue de Shakespeare. J'ai donc débuté par lire SLC « Salut les Copains » aux riches photos colorées m'ouvrant les portes de Carnaby Street et de ce qui me semblait allier les pires extravagances avec la promesse d'un monde fait de couleurs et d'excentricités souriantes, loin de l'univers franchouillard et gris de mon quotidien. C'était le temps des yéyés ! Ayant mis le doigt dans l'engrenage, j'ai du acheter tout ce que la presse française a pu nous offrir. Certains journaux qui ne duraient qu'un temps, d'autres qui me lassèrent après deux numéros. Je ne vais pas lister ici tous ces titres éphémères ou pérennes, seulement évoquer quelques noms (sans respecter la chronologie historique) qui me reviennent à l'esprit et qui raviveront peut-être pour certains d'entre vous, de bons souvenirs. Pop Music sortait tous les mercredis je crois me rappeler alors qu'Extra était mensuel.

Côté presse anglaise, la bible hebdomadaire du rock, c'était le Melody Maker auquel vint s'adjoindre le New Musical Express. Tout ce que nous y lisions ne prêtait jamais à discussion, là étaient les références ultimes. Toutes les informations sur les groupes qui splittaient avant de se reformer avec d'autres membres, les artistes émergents, les filiations putatives, le guitariste de tel groupe qui partait fonder son propre combo, les super groupes où se retrouvaient les cadors évadés de formations trop faibles pour qu'ils y expriment leur talent, les références des disques qui ne sortiraient jamais en France et qu'il faudrait dénicher dans les boutiques spécialisées dont nous nous refilions les adresses tels des conspirateurs, les échos de répétitions annonciatrices de nouveaux disques qu'il faudrait évidemment aussi acheter, tout cela se trouvait dans ces hebdos anglicisés. Pour faire bonne mesure, quelques magazines américains ne déparaient pas dans l'élaboration de ma culture musicale, Rolling Stone ou Creem quand on arrivait à le dénicher dans certains drugstores (tout une époque à jamais disparue) ou kiosques du côté de l'Etoile. J'en oublie et j'en laisse de côté comme promis (Rock en Stock ou plus tard Feeling au charmant format de poche et même les Inrockuptibles  pour quelques numéros seulement car pas assez dans ma ligne musicale, Juke Box Magazine etc.) mais je dois m'arrêter sur Best et Rock'n Folk.

L'un comme l'autre sont les passages obligés de tout amateur de rock en France et c'est dans ces magazines mensuels que sont passées les plus grandes plumes du genre, les Philippe Paringaux, Philippe Garnier, Bruno Blum, Yves Adrien, Patrick Eudeline, Philippe Manœuvre etc. là encore j'arrête la liste. Le mensuel Best n'existe plus depuis pas mal d'années maintenant, fin du XX siècle, et je l'ai lu du premier au dernier numéro pendant plusieurs dizaines d'années, archivant les numéros tant bien que mal. Rock Folk.jpgQuant à Rock'n Folk il perdure encore depuis 1966 et je continue chaque mois à l'acheter chez mon libraire dans un geste militant, par fidélité à l'esprit rock depuis quarante ans maintenant, m'imaginant que le jour où je n'aimerai plus cette musique mes jours seront comptés. La revue a traversé toutes les époques, rock blues à la Stones, glamour avec Bowie, punk avec les Clash, etc. Aujourd'hui sa lecture est torchée rapidement, les nouveaux groupes ne me branchent guère et sont devenus le fond de commerce du journal qui doit vivre avec son temps. De temps en temps une chronique d'album, une interview d'artiste ancien et les photos jointes (gros bides et/ou calvitie) qui mettent à mal mon souvenir de la star sexy du rock 'n roll, un article cultivé et passéiste d'Eudeline me rappelle ma jeunesse. Crossroads.jpgDepuis 8 ans un « nouveau » canard a ravivé mon goût pour cette musique, c'est Crossroads qui s'est lancé dans le créneau des musiques que j'aime, le blues, le rock, le Southern Rock et je trouve dans ces pages mensuelles, l'eau pour mon moulin, le carburant qui me donne l'énergie pour continuer. Les chroniques de disques sont particulièrement intéressantes et arrivent à soulever mon enthousiasme. J'y recopie les références des CD que j'irai acheter en de ruineuses descentes chez Virgin.

Tant qu'il y aura des types comme ces journalistes qui écrivent dans ces canards, il y aura des types comme moi pour les lire. Quand certains mois, le numéro est particulièrement fourni en articles intéressants et qu'auprès de ma platine une pile de CD de qualité attend mon bon vouloir, je crois encore que j'ai seize ans et que la belle vie va durer toujours.            

30.03.2009

Tentative d’essai ou ébauche d’un péplum en vers

 

Les personnages :

 

DEMETRIUS  gouverneur de l'Ethiopie                 LANUS     ministre des finances

POPPEE        sa future femme                            PREPUS   ministre de la police

CAIUS         chef des gladiateurs                        PUPUS     ministre des armées

CLOPORTE   cuisinier

 

ACTE I

 

 

- Hé! bien Caîus, que m'apprend-t-on,

L'info vient de ton mirmidon :

Tes gladiateurs seraient en grève ?

Rassure moi bien vite. C'est un rêve.

 

- Ce ne sont que ragots bien sûr.

Mes hommes vivent tellement à la dure,

Qu'ils n'ont guère le temps de penser

A une révolte insensée.

Auraient-ils en tête cette marotte

Que bien vite le cul je leur botte !

Et mon mirmidon, ce nabot,

Tout ce qu'il dit n'est que glaviots.

 

- Tout sera prêt pour mon mariage?

Je veux dans l'arène un carnage.

 

- T'inquiète donc pas notre bon maître

Mes hommes dans la gueule vont s'en mettre !

J'ai aussi prévu quelques chrétiens

Qui dans le décor feront bien.

 

- Fort bien, fort bien. Va mon bon.

 

- Avé! Je m'en retourne donc.

 

Caîus, le chef des gladiateurs, sort. Démétrius reste seul et finit de déjeuner.

 

- Ce jambon n'est pas trop mauvais

Félicitons le cuisinier.

Garde ! Amenez le cuistot !

Que je lui  en touche deux mots.

 

- Me voici seigneur, me voici.

Que me vaut l'honneur d'être ici ?

 

- Comment t'appelle-t-on marmiton?

 

- Généralement «Hé! Ducon!»

 

- Je parlais de ton patronyme.

 

- Vos mots pour moi sont des énigmes,

Si c'est mon nom qui vous importe

Sachez que je me nomme Cloporte.

 

- Hé! bien, Cloporte ta bouffe est bonne.

C'est une fine gueule, que ma daronne,

Tout repose sur toi, Hé ! Ducon

Pour au mariage faire un gueuleton !

 

- Démétrius, comptez sur moi.

Ce sera un repas de roi.

 

- N'aie peur, si tu rates ce repas

Mes lions consommeront ton trépas.

 

ACTE II

 

 

Une journée a passé. Démétrius préside un conseil des ministres. Tout le monde est vautré sur de larges matelas. Des esclaves distribuent du vin.

 

 

- Nous sommes tous installés, je pense,

Alors j'ouvre la séance.

Voici quel est l'ordre du jour :

Régulariser mes amours.

 

- Poppée enfin t'a décidé.

 

- Ca fera une belle mariée.

 

- Je suis bien d'accord messieurs

Mais mon plan est plus audacieux.

 

- L'amour ne t'a pas aveuglé

Tu vois toujours ton intérêt.

 

- Lanus, toi ministre des sous

En ai-je assez pour faire les fous ?

 

- Démétrius, de toute façon

Les pauvres et les esclaves paieront.

 

- J'attendais ce genre de réponse.

Mais, Prépus, ton visage se fronce.

Ministre de la police

Tu peux parler, entre en lice.

 

- Ton mariage me remplit de joie

Néanmoins j'ai bien peur pour toi.

Mes espions m'informent d'un complot.

Un barbare gonflé de culot

Pourrait de la noce profiter

Et dans la foule t'exécuter.

 

- Tu as toujours raison, Prépus,

Aussi je compte sur toi Pupus

Ministre de toutes les armées

Pour te joindre à lui et l'aider.

 

- Il en sera fait comme tu dis.

Rien ne nous échappera, pardi !

Mais tu n'as pas encore parlé

De ton stratagème si futé.

 

- Exact, Pupus, exact. J'y viens.

Bois une rasade et tiens toi bien.

Vous connaissez la belle Poppée

Je n'vous narre pas mon épopée.

Je l'ai enlevée à ses parents

Alors qu'elle n'était qu'une enfant.

Je l'ai nourrie, élevée, choyée

Maintenant je vais la troncher !

 

- Mais où est donc ton plan, seigneur?

Nous ne sommes pas des enfants de chœur.

Ce ne sont que ruses grossières

Pour qu'une fois femme, y fourrer l'ver ! ?

 

- A première vue tu as raison.

Mais l'affaire se corse mon garçon

Quand tu sauras que ma belle Poppée

N'est pas celle que vous croyiez !

Un informateur bien placé

Fait d'elle une bâtarde certifiée,

Son père serait notre César.

 

- Voilà de quoi nous émouvoir.

 

- Tu tables sur ce rebondissement

Pour t'en retourner vitement

A Rome, patrie de tes ancêtres ...

 

- Et si vous ne m'êtes traîtres

Je saurai vous récompenser

Soyez en ici, assurés.

 

- Je suis avec toi gouverneur!

 

- Tout le monde te suit, grand seigneur!

 

- Gouverner l'Ethiopie m'ennuie.

La chaleur et tout c'qui s'en suit

Je laisse cela à mon suivant

Et pars m'installer à Latran.

Quand j'aurai épousé Poppée

La vérité va éclater.

On saura comment le César

Dans sa jeunesse usait son dard !

 

- Tu veux ainsi le faire chanter?

 

- Je vais même ainsi le mater!

  Pour s'éviter l'opprobre du peuple

  Des Gaules jusqu'à Constantinople

  Il ne pourra qu'à mes désirs

  Céder ou bien me faire mourir.

 

- Il y a là un risque certain.

 

- Laisse-moi finir mon baratin.

César saura bien assez tôt

Que vous faites partie du complot.

En m'attaquant, il vous attaque.

Il devra donc tourner casaque.

 

- Ca, c'est ton opinion Romain!

 

- Nous en reparlerons demain.

 

 

La séance est levée. Démétrius regagne ses appartements, ses ministres finissent leurs coupes de vin.

 

 

ACTE III

 

 

- Poppée, ici? Vous m'attendiez?

 

- Asseyons-nous sous l'amandier.

De nos noces je veux vous parler.

On dit que par là, vous voulez

De César, tirer avantage.

Sont-ce ou non, bavardages ?

 

- Vous savez mon amour pour vous.

Alors, pourquoi ce vif courroux ?

Je vous ai promis l'avenir

Et m'y attèle sans coup férir.

Etre première dame d'Ethiopie

A votre beauté n'eut suffit.

Je veux vous voir épanouir,

Et des richesses romaines jouir.

Veux-tu te mêler à la cour,

Familière de César un jour ... ?

 

- Démétrius, toi tu vois loin

Pour moi, pauvre fille de catin

 

- Malin qui peut lire l'avenir

Et peut savoir son devenir !

 

 

ACTE IV

 

 

Plusieurs mois se sont écoulés, Démétrius et Poppée se sont mariés en grandes pompes (spartiates à lacets dorés).

Le plan a fonctionné, ils vivent maintenant à Rome et fréquentent assidûment le palais de César.

 

 

- Alors, Poppée, comblée enfin?

Tu fais donc partie du gratin.

Tous tes rêves se réalisent, non ?

Des esclaves et une belle maison

Tu peux venir me remercier.

Donne-moi donc un baiser princier

 

- Tu vas avoir bien plus encore

Prends cela à travers le corps !

 

Poppée s'empare d'une dague cachée dans les replis de sa toge et frappe par trois fois le cœur de Démétrius.

Surpris, il ne réagit pas et s'effondre aux pieds de Poppée, sur le marbre du patio. Celle-ci relâche le couteau, enjambe le corps qui tressaute encore et va s'asseoir près d'un bassin, où elle s'essuie les mains.

 

 

- Pauvre imbécile audacieux

Tu croyais lire dans les cieux.

En me rapprochant de César

Une chose que tu n'as su voir,

C'est qu'on était du même bois.

Il s'est ainsi vengé de toi,

Quant à moi, je suis sa maîtresse.

Tout le peuple de Rome se presse

Pour voir la femme du plus puissant

Homme, régnant de l'Ouest au Levant !

 

 

RIDEAU

29.03.2009

Ma semaine télé du 22 au 28 mars

ADJANI.jpgDimanche Isabelle Adjani occupe tous les écrans, conséquence de sa prestation dans La journée de la jupe déjà évoquée chaleureusement ici. C'est sur TF1 dans Sept à Huit que je suis son interview. Celle qu'on nous présente comme une star, écrit en lettres majuscules, assez distante, n'est semble-t-il qu'une femme simple et qui a fait le choix de vivre sa vie personnelle et familiale avant sa vie professionnelle, c'est son droit et il n'est nullement critiquable. Ses yeux sont toujours magnifiques. Je passe rapidement sur ARTE pour Grand'Art où l'ami Hector nous parle du Titien. J'espère que vous aussi vers 20h15 vous êtes branchés sur cette émission consacrée à la peinture car en plus de son intérêt culturel, son présentateur à lui tout seul vaut le déplacement ! J'enchaîne ensuite sur France3 avec Inspecteur Lewis une série policière anglaise agréable et un peu dans la lignée de l'Inspecteur Barnaby mais en moins rustique et champêtre. Lundi soir sur ARTE Propriété Interdite, film de Sidney Pollack (1966) avec Robert Redford et la sexy Nathalie Wood, adapté d'une nouvelle de Tennessee Williams. La Dépression des années 30 dans une petite ville d'un état du Sud des Etats-Unis, les problèmes sociaux, la chaleur moite, la passion, « un film sombre et flamboyant » comme il était écrit dans mon programme télé. Le mardi je suis toujours sur France2 pour leurs Contes et nouvelles du XIX siècle, ce soir La maison du chat-qui-pelote adapté de Balzac. Un peu moins bien que d'habitude m'a-t-il semblé, mais une bonne soirée quand même. Mercredi c'est toujours sur TF1 que je suis branché avec le Dr House particulièrement en verve ce soir. HOUSE.jpgSi la semaine passée je l'avais trouvé faiblard, cette fois-ci il s'est largement rattrapé et durant les deux épisodes diffusés, les répliques dévastatrices ont fusé. Quel salaud ce House ! Excellente soirée. Jeudi soir j'ai hésité, sur France2 Dominique Strauss-Kahn expliquant la crise aux petits enfants ou bien France5 et HARRISON.JPGLa Grande Librairie ? J'ai vite fait mon choix, la crise étant là pour longtemps et le sujet n'étant pas près de s'épuiser alors qu'il y avait Jim Harrison en personne sur le plateau de Jean-François Busnel, un de mes écrivains contemporains préférés. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir à la télé, la gueule ravagée du gros américain. Son interview m'a paru bien trop courte hélas ! mais l'émission ne dure qu'une heure et il y avait deux autres invités. Enfin samedi il y avait le match de football Lituanie/France. Dilemme, ma femme déteste le foot mais le match était capital pour la qualification en Coupe du Monde, d'un autre côté je pressentais qu'il serait un peu chiant au mieux, voire qu'on allait perdre au pire. Finalement comme il n'y avait aucun autre programme pouvant tenter ma femme, j'ai regardé le football... La France a gagné, bien. Nous ne lui en demandions pas plus alors nous en resterons là pour les commentaires et mercredi prochain nous verrons lors du match retour à Paris...        

28.03.2009

Maurice G. Dantec : Comme le fantôme d’un jazzman dans la station Mir en déroute

Dantec.jpgSurprise, le nouveau roman de Dantec ne fait que 211 pages, bien peu pour l'écrivain qui nous a habitué à nous taper des pavés de 500 ou 800 pages. Remarquons que pour compenser la minceur relative du livre, il n'a pas lésiné sur la longueur du titre ! Dans un interview l'auteur explique que ce livre tout juste paru, date en fait de 1996, époque où ce n'était qu'un embryon de nouvelle destinée à un ouvrage collectif de la Série Noire qui n'a jamais vu le jour. Remaniée et achevée, celle-ci est devenu ce bouquin.

Un couple en cavale contaminé par un neurovirus se retrouve en liaison mentale avec la station Mir et l'âme du fameux saxophoniste de jazz Albert Ayler décédé tragiquement en 1970. Le sacrifice de leur « moi » virtuel sauvera les vies des locataires de la station spatiale et rendra la liberté à l'âme torturée du jazzman assassiné. Comme on le voit, le titre du roman qui paraissait ésotérique résume bien le propos. Nous retrouvons là l'univers et les thèmes chers à Dantec, les drogues les plus invraisemblables, les altérations du cerveau, les technologies modernes, le cyberspace, religions et mysticisme. L'écrivain a réussi à se créer un style et surtout une niche complètement personnelle, sorte de mariage entre la SF de Philip K Dick et le polar noir des grands maîtres. Parfois c'est génial, d'autres fois nul à chier ce que j'avais stigmatisé pour son avant dernier livre Artefact. Cette fois le roman est réussi sans atteindre des sommets, l'écriture est aérée et légère, l'intrigue « simple » si je puis dire, tout étant relatif quand on parle de Maurice G. Dantec. 

« Apocalypse ne signifie évidemment pas « fin-du-monde-catastrophe généralisée, etc. », le mot signifie au contraire la révélation de la présence divine dans le monde. Cette phase est au contraire l'issue de la phase précédente, celle que nous vivons, l'ère que les indous nomment Kali Yuga, l'âge de la destruction, c'est-à-dire du changement, l'âge des mutations irréversibles. En Chinois « crise » et « changement » ne sont qu'un seul et même concept, les Grecs aussi avaient pressenti que les évolutions se traduisaient par des ruptures douloureuses. » 

Maurice G. Dantec  Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute  chez Albin Michel

Pour ceux qui seraient intéressés par l'univers de Maurice G. Dantec  http://www.mauricedantec.com/index2.php

26.03.2009

Le plan rillettes

Parfois ça fait peur. Prenons la retraite par exemple. A mon âge je commence sérieusement à y penser et même à l'espérer. Du moins jusqu'à ces dernières heures c'était mon rêve immédiat, mon plus cher projet à court terme, jusqu'à ce que. Jusqu'à ce que mon patron m'informe que « l'autre », celle qui nous a quittés récemment pour prendre sa retraite, l'avait appelé un matin assez tôt, toute excitée, rien que pour lui raconter ses mésaventures avec le charcutier de son supermarché qui lui avait vendu un pot de rillettes où il y avait trop de graisse. D'ailleurs elle appelle tout le monde ou bombarde de courriels d'autres collègues ou d'anciens de la boîte, pour de futiles motifs. Nous avons déjà fort à faire avec notre boulot quotidien, si en plus on doit écouter les doléances des retraités on n'est pas sortis de l'auberge. Nous savions bien avant qu'elle ne parte que « l'autre » avait tendance à pédaler dans la semoule, qu'elle n'avait pas toujours sa tête a elle, bref, qu'elle commençait à rouler sur la jante mais de-là à penser que la retraite allait aussi rapidement lui porter sur le carafon, il y avait un pas que nous n'avions pas franchi. Si c'est çà la vie après le grand départ, ça fait peur. Se retrouver avec du pâté plein la boite crânienne, très peu pour moi, mais nous n'avons certainement pas les mêmes valeurs.      

25.03.2009

Philippe Djian : Impardonnables

Djian.jpgIl fût un temps où j'attendais un nouveau roman de Philippe Djian avec autant d'impatience que le Beaujolais Nouveau ou le dernier disque des Stones, vous voyez à quel niveau je le plaçais dans la liste des évènements qui attisaient mon impatience. J'ai lu toute sa production mais j'avais abandonné au tome 2 sa série des Doggy Bag, dernières œuvres connues de l'écrivain. Néanmoins à chaque fois qu'un nouveau bouquin paraît je me sens irrémédiablement attiré et cette fois encore j'ai cédé à la tentation.

Francis, écrivain, a perdu sa femme et l'une de ses deux filles, tuées sous yeux dans un accident d'automobile. Depuis il s'est remarié mais sa vie va se compliquer quand sa seconde fille va disparaître. Est-elle morte ou enlevée ? Sa femme s'éloigne de lui, accaparée par son métier d'agent immobilier, d'ailleurs peut-être a-t-elle un amant ? Pour la première interrogation il engage une détective, une ex du temps de son adolescence et pour la seconde, il demande au fils de la détective, adolescent à problèmes à peine sorti de prison de la filer. Comme toujours dans les romans de Djian, les hommes et les femmes ont toujours du mal à cohabiter et le sexe semble leur seul point d'accord, les ennuis des uns retombent toujours en cascade sur les autres et principalement sur le héros de l'histoire, qu'on imagine toujours être le double de l'auteur.

Le style est épuré, sans gras, les phrases assez courtes. Il y a toujours une ou deux références musicales rock pointues ce qui n'étonne personne car on sait l'écrivain amateur du genre, d'ailleurs il a écrit des textes pour Stéphane Eicher à une époque. Un bon roman à mon avis, mais avec Djian je ne sais pas être objectif, il faut bien l'avouer.

« Le lendemain, lorsque nous embarquâmes pour Sydney, elle portait de grosses lunettes sombres et n'avait pas desserré les lèvres depuis son réveil. Le psy nous avait conseillé de voyager ensemble, de prendre quelques mois pour nous retrouver et, ma foi, tout ça commençait bien mal. J'étais - m'avait-elle sinon dit, du moins largement fait sentir - la dernière personne au monde avec qui elle avait envie de se retrouver. »  

Philippe Djian  Impardonnables  chez Gallimard         

 

 

24.03.2009

JJ Cale : Roll On

JJCale.jpgLe premier disque de JJ Cale date de 1971 (Naturally) ce qui ne rajeunit ni les auditeurs ni le musicien et pourtant ni les uns ni l'autre ne se lassent de ces disques éternellement les mêmes diront les mauvaises langues. Car c'est bien là toute la magie du vieil homme désormais, des albums sans aucune référence aux modes ou aux styles des époques traversées, toujours cet immuable style laid back, quelques instruments gratouillés du fond de son hamac pour donner une musique des plus agréables et laisser aux autres la gloire quand ils reprennent ses chansons pour en faire des « tubes », on peut évoquer Eric Clapton avec Cocaïne par exemple.

Le vieux est donc de retour après cinq ans, son dernier album To Tulsa and back datant de 2004, si on excepte l'interlude de l'album commun avec le précité Clapton The road to Escondido en 2006.  D'entrée on sent qu'on va se régaler, Who Knew est sur un tempo jazzy relativement rapide ( ?) pour lui et les roulements de batterie sont une pure merveille de swing ringard. Piano, basse, batterie, harmonica, guitares et mandoline, l'instrumentation est basique et c'est exactement ce qu'on attend d'un album de JJ Cale. Les solos sont décochés avec modestie, pour vivre heureux vivons caché, comme si notre homme ne voulait pas se faire remarquer. Mêmes les titres ne cherchent pas à se faire repérer Oh Mary, Old Friend, Down to Memphis. Les morceaux s'enchaînent sur un mid-tempo jouissif ponctués de ces petites touches de guitare marque de fabrique de la maison. En plein milieu de l'album Fonda-Lina émerge comme un joyau, percussions et guitares subtiles tissent un climat sonore superbe. Il y aura aussi Roll On le titre avec Eric Clapton propulsé single par la maison de disques très certainement et un dernier Bring Down The Curtain  bien cool pour finir pépère. Un disque de vieux pour l'ami Cale des anciens, et alors ? Les vieux peuvent prendre leur pied comme les autres !

23.03.2009

Les collectionneurs

Le Salon des Collectionneurs s'était installé dans une salle de la mairie pour le week-end. Sur les tréteaux s'étalaient les albums de timbres, les boites de cartes postales, les casiers de fèves des rois, des vracs de capsules métalliques de bouteilles de champagne et autres trésors amassés au long des années par ces collectionneurs amateurs venus nous faire partager leur passion, vendre quelques pièces ou lier des contacts avec d'autres tordus dans leur genre.

Car le collectionneur est une engeance assez bizarre pour m'être sympathique. Imaginez ces anonymes que vous croisez dans la rue ou même au bureau ou dans l'escalier de votre immeuble qui vouent leur vie à une passion, la collection. Quelque soit le sujet, il n'y a pas de collection plus noble qu'une autre, la démarche est la même. On consacre son temps et parfois son argent, à amasser des pièces. Au début c'est par hasard, l'objet était beau on n'a pas voulu le jeter, puis un second vous tombe sous la main et fait paire avec le premier, vous avez choppé le virus. Ou bien votre père vous a initié à son vice, vous a légué ses albums de timbres et tout naturellement vous avez continué.

Toute votre vie vous rechercherez une pièce rare, vous vous documenterez sur votre domaine de passion par les livres, les revues spécialisées, internet, les catalogues, les expositions ou les conventions, en entamant des correspondances à travers le monde s'il le faut avec d'autres allumés dans votre genre. Petit à petit, vous faites partie d'un réseau, rien n'est plus réconfortant que d'être membre d'une confrérie où vous pouvez discuter et échanger des informations avec vos commensaux sans passer pour un illuminé. Vous n êtes plus seul, quelque soit votre passion il y a toujours quelque part quelqu'un qui la partage avec vous.

Devant les étals les visiteurs ouvrent de grands yeux d'enfants, les curieux reconnaissent un objet avec lequel ils ont joué étant gamin (petits trains ou voitures Dinky Toys), ou bien qui traînait dans un tiroir chez les grands parents (médailles militaires). Tous ces bibelots ou bricoles ont un point commun, ils nous rappellent toujours un moment heureux de notre jeunesse enfuie.

Tel est le secret des collectionneurs, ils cultivent en cachette les souvenirs de leur jeunesse, ils amassent discrètement les preuves concrètes d'un passé sublimé, ils sont les sentinelles du temps qui passe, archivant pour les descendances ces cartes téléphoniques périmées, ces exemplaires du Journal de Mickey écornés, toutes ces merveilles sans valeur, donc inestimables.           

22.03.2009

Ma semaine télé du 15 au 21 mars

Le dimanche fut une rude journée, puisque c'est ce jour que le match Angleterre-France de rugby sur France 2 engloutit nos derniers espoirs insensés de victoire dans le Tournoi des VI Nations. Il n'y eut pas de match car les Français inexistants firent se retourner dans sa tombe le pauvre Roger « Allez les petits ! » Couderc ; ce dimanche les petits étaient minuscules et quand le 8 février j'avais écrit ici même que le XV bleu nous ferait souffrir dans les prochaines semaines, je n'imaginais pas encore que ma peine serait si grande. Nous étions au-delà du cauchemar alors pour rester dans le ton, le soir je branchais NRJ12 pour suivre un ou deux épisodes de X-Files. Le paranormal me sembla plus crédible que l'extravagante défaite de l'après-midi. Lundi j'ai visionné l'hommage à Bashung enregistré la veille sur France 2, une émission sobre et sans pathos ou éloges à n'en plus finir, mais des clips, des extraits de passages à Taratata avec une superbe reprise du River Deep Mountain High de Ike & Tina Turner, et le concert du Bataclan enregistré en 2003. Ni trop, ni trop peu, parfait. Mardi sur France 2 Le bonheur dans le crime adapté de Barbey d'Aurevilly. J'avais beaucoup aimé le premier numéro de ces Contes et nouvelles du XIX siècle programmé la semaine passée, cette fois encore ce fût très bien avec des acteurs parfaits, Didier Bourdon et surtout Marie Kremer perverse idéale. Mercredi sur TF1 le Dr House m'a semblé en petite forme, un coup de fatigue certainement passager ?

 Je saute directement au vendredi pour ne pas louper Isabelle Adjani, actrice assez rare pour qu'on fasse un effort, sur ARTE dans La journée de la jupe. La chaîne programme le film avant sa sortie en salle mercredi prochain. Adjani joue une prof de français qui pète un câble et prends une classe en otage. Excellent film où sont abordés à petites touches mais très clairement, la violence, les viols et le sexisme, la cohabitation multiraciale ratée, les religions, le fameux « respect », etc. tous ces sujets de conflits dans nos collèges et lycées. Bien mais sombre, comment peut-on espérer étudier dans de telles conditions, pour ceux qui en auraient envie ? Comme tout le monde je suis allé au lycée mais quand je regarde un tel film, j'ai l'impression de voir un documentaire sur une civilisation sous-développée qui m'est complètement inconnue, pourtant ça se passe au bout de ma rue ! Si les jeunes ont la rage, moi ça me fout les boules de voir où nous en sommes arrivés. Le point de non retour ?  Les personnels enseignants sont des héros.

Le lendemain après-midi je me devais d'assister au dernier match des rugbymen français contre l'Italie. Dimanche dernier les Bleus trop mauvais avaient rendu le match insipide, aujourd'hui trop forts ils l'ont rendu bien chiant ! Le tournoi des VI Nations est terminé, nous en sortons avec autant d'interrogations que lorsque nous y sommes entrés, que vaut notre XV ? Pas grand-chose à l'heure actuelle, à mon avis. Bien entendu la finale allait clore la journée en beauté, les Verts contre les Rouges, Irlandais contre Gallois. Si les premiers l'emportaient ils réalisaient le Grand Chelem, si c'étaient les seconds, ils pouvaient (« sur le papier » comme on dit, en fonction du nombre de points marqués) remporter le Tournoi. Le match fût âpre et disputé comme on l'espérait, les Rouges disputèrent jusqu'à la dernière seconde la suprématie Irlandaise, mais les Verts étaient dans le fruit et la récompense suprême couronna une attente de près de soixante ans, l'Irlande remporta son Grand Chelem. Epuisé et gavé de télé, j'éteignis le poste au bord de la surchauffe.            

21.03.2009

N'en faisons pas un fromage

Je me délectais d'un « fromage blanc onctueux » comme indiqué sur le pot, laissant rouler sur ma langue le mélange de fromage et sucre afin d'en savourer l'onctuosité vantée par le fabriquant quand mes yeux tombèrent sur l'opercule que j'avais distraitement autant qu'hâtivement retiré avant de m'attaquer à mon dessert. Oui, j'ôte souvent le couvercle avant de manger les yaourts et fromages blancs. La marque du fromage, le poids du pot, le pourcentage de matière grasse, tout était clairement indiqué. A consommer jusqu'au, écrit en gros avec une date en plus gros encore. Et en tout petit, juste à côté de cette date, l'heure ! Sur mon pot de fromage blanc la date limite de consommation était le 10/04/09  9:53 ! Quelle précision ! Les technologies modernes alliées aux lois protégeant les consommateurs réalisaient des prouesses époustouflantes. Imaginez que seule la date soit renseignée, nous sommes le 10 avril, milieu de mâtinée vers 10h ou 10h30, vous avez une petite faim, vous engloutissez votre fromage blanc innocemment et ... et quoi ? Vous mourez ? Il est moins bon que si vous l'aviez mangé à 9h15 ? De blanc il est devenu vert ? On ne sait pas, mais l'heure limite c'est 9h53. Pour les trains c'est facile, à 9h54 il est parti ou du moins il s'ébranle le long du quai et vous pouvez agiter les bras, il ne s'arrêtera pas. Mais pour les fromages ? Que se passe-t-il à partir de 9h54 ? Maintenant il me reste deux solutions, soit je garde un pot et je le consomme après la limite qu'on suppose fatidique pour voir ce que ça fait, soit je mange tout et je reste dans l'ignorance. Si je choisis la première solution, je vais certainement apprendre que je n'aurais pas du le faire et si je m'en tiens à la seconde je ne vais pas savoir. J'ai mangé des fromages blancs pendant 57 ans sans savoir qu'il y avait un horaire à respecter et je vivais heureux, aujourd'hui que je découvre cette contrainte je vis dans l'inquiétude bien caractéristique de notre époque.   

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