29.04.2009
Eric Bibb : Live à FIP
Je connaissais Eric Bibb de nom depuis longtemps bien que ce soit un jeune bluesman, je lisais avec intérêt les chroniques de ses disques ou concerts dans la presse mais je ne m'étais pas encore risqué à acheter un de ses CD. Je ne peux pas tout acheter. Grosse erreur suis-je tenté d'écrire à l'écoute de son nouvel album, un CD double enregistré en public lors de deux concerts donnés dans les studios de Radio France, pour FIP, l'un en mars et l'autre en décembre 2008 avec un groupe partiellement différent. Sur le second disque une partie DVD de vingt minutes dont un duo avec Ritchie Havens qu'on ne présente plus.
La photo de pochette du CD est à l'image du son de l'album, précise et limpide, simple mais on en prend plein la gueule. Le premier disque commence fort par un excellent Kokomo et la voix chaude du guitariste Eric Bibb remplit mon salon, comme s'il était installé dans le fauteuil face à moi. Ses compères Larry Crockett à la batterie, Trevor Hutchinson à la contrebasse et Staffan Astner à la guitare électrique, créent un environnement musical électro-acoustique moelleux plein de swing. Blues et country blues, presque tous écrits par Bibb s'enchaînent, auxquels se mêlent trois traditionnels. Les doigts pianotent l'accoudoir du fauteuil, on se retient d'applaudir avec le public à la fin des morceaux et l'on s'étonne d'être seul dans la pièce, tant la prise de son est excellente, je le répète encore. Chanteur puissant, guitariste émérite, Eric Bibb remporte le premier round sans contestation possible.
Sur le deuxième disque, il est entouré de Larry Crockett encore et de Amar Sundy à la guitare électrique sur la moitié des titres. Un Cd plus acoustique qu'électrique donc, qui entame par un traditionnel rebaptisé Stagolee où la guitare du Bibb égrène les notes avec facilité. Le public ne moufte pas, savourant en silence ces instants de musique intimiste et bluesy parfaitement jouée et interprétée par un artiste qui remporte le second round aussi facilement que le premier.
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28.04.2009
Jim Harrison : Une odyssée américaine
Où nous retrouvons notre bon gros Jim dans ses nouvelles aventures. J'ai déjà dit et redit que j'aimais beaucoup les bouquins de Jim Harrison, pour ce qu'ils disent et pour les images qu'ils évoquent dans mon esprit, l'Amérique telle que je la fantasme et la rêve, les grands espaces et la nature avec sa faune et sa flore. J'ai lu un bon tiers de ses trente romans aussi n'avais-je aucune raison de rater ce dernier, Une odyssée américaine.
Cliff, la soixantaine, ancien professeur devenu fermier, voit sa femme le quitter après plus de trente années de mariage. Il décide alors de tout larguer et se lance dans une traversée des Etats-Unis dans le but de rebaptiser chacun des Etats. Son périple qui se voulait solitaire est bien vite remplacé par une virée à deux, avec une ancienne de ses étudiantes particulièrement portée sur le sexe et les téléphones portables. Nous croiserons aussi son fils gay qui vit aisément à San Francisco ainsi qu'une jeune serveuse Sylvia qui l'émoustillera. Il y aura des parties de pêches à la truite, une obsession pour la bouffe de qualité, son envie de finir sa vie dans une cabane isolée qu'il faudra retaper.
Jim Harrison reprend ses thèmes favoris, son amour de la nature et de la liberté, sa critique de la société moderne trop futile et cupide, ainsi que ce sentiment qui anime tout Américain, à tout âge on peut refaire sa vie et se reconstruire. Le livre se lit très aisément, on sourit de ses aventures et de ses exagérations ( ?) sur ses prouesses sexuelles, un peu trop envahissantes dans ce roman. Ce n'est pas le meilleur Harrison, c'est le moins qu'on puisse dire, nous sommes loin de l'émotion ressentie à la lecture de Dalva ou Retour en terre. Mais un faible livre de Jim Harrison qui maintenant a 72 ans, reste néanmoins un bouquin très agréable à lire.
« Soudain, je me suis senti mieux : par cette chaleur extrême, la vie sur la route proposait des pensées inédites, et la première m'a poussé à rejoindre les toilettes et mon motel, à lâcher le téléphone portable dans la cuvette et à tirer la châsse. J'ai savouré ce que Robert appelle « un visuel génial » : le tourbillon concentrique de l'eau, un léger frémissement lumineux, et tout au fond la mort inéluctable d'une créature électronique qui a à peine poussé un petit cri. Sayonara, fils de pute, comme on disait dans le temps. »
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Moins qu’un chien
Midi rue du Temple, le type est allongé sur le trottoir près du caniveau. De loin je pense « Encore un SDF » mais en même temps je trouve étrange qu'il ne se soit pas vautré près d'un mur ; plus j'approche plus je suis intrigué, en fait je suis même inquiet car sa position n'est pas banale, j'ai l'impression qu'il a fait un malaise. Personne ne s'arrête, je vais vers lui. Il me regarde sans bouger et me tend le bras pour que je l'aide, je me baisse et lui demande ce qu'il a. Ma question est idiote car c'est plutôt ce qu'il n'a pas qui l'a mis dans cet état. Il n'a plus de travail, il habite dehors depuis près d'un an et n'a plus vu ses enfants depuis tout autant. Il veut mourir, il est fatigué de lutter, il n'a pas mangé depuis plusieurs jours, il veut parler un peu. Un ou deux passants s'arrêtent à leur tour et proposent d'appeler de l'aide, pompiers ou police ; il ne veut pas, il veut juste parler un peu. Nous nous tenons par la main, lui sur le dos au pied d'une poubelle et moi penché sur lui. Il a l'air sympathique, la trentaine, et ne veut rien d'autre que parler un peu. Il n'a pas de chance car je ne suis pas d'un naturel bavard et ne sais pas tenir une conversation, je fais un effort, il me questionne sur mon travail, je réponds. J'ai laissé mon porte-monnaie au bureau mais j'ai mon portefeuille, je prends un billet et lui donne, il refuse. J'insiste, « prenez et achetez-vous à manger », il refuse un peu mais je lui fourre le papier monnaie dans la pogne. Il tente de se relever, je l'aide de mon mieux. Il répète qu'il en a assez de vivre et qu'il veut mourir, je réplique une banalité dont j'ai honte tant elle est plate. Il commence à pleuvoir, je lui conseille de manger quelque chose, il s'éloigne lentement. Je suis bouleversé.
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27.04.2009
Ma semaine télé du 20 au 26 avril
Est-ce le printemps bien présent, l'absence de ma femme en vacances avec ses petits-enfants pour la semaine, la concomitance de ces deux faits ? Toujours est-il que je n'ai pas beaucoup regardé la télé cette semaine, trop occupé à écouter mes disques car j'avais l'âme plutôt rock'n roll.
Lundi sur Direct8 je n'ai pas résisté au plaisir de revoir Le Doulos un de ces vieux films en noir et blanc avec Jean-Paul Belmondo, Serge Reggiani, Jean Dessailly, Michel Piccoli et d'autres. Un polar de Melville datant de 1962, pas un chef-d'œuvre, mais une brochette d'acteurs mémorables dans des rôles d'époque, les truands avec des notions d'honneur, des rouleurs de mécanique évoluant dans la fumée des cigarettes omniprésentes. C'est d'ailleurs en revoyant ces anciens films qu'on réalise que les cigarettes ont quasiment disparu des écrans ou qu'inversement autrefois elles y avaient une place très importante, accessoire obligatoire du mec dur à cuire, symbole de virilité. Au fait, pour les plus jeunes, « doulos » désigne un chapeau dans l'argot de l'époque.
Mercredi sur France5 Silence ça pousse, puisque le Dr House ne propose que des rediffusions. J'ai retrouvé avec bonheur Noëlle Bréham et Stéphane Marie les deux présentateurs complémentaires de cette émission dédiée au jardinage et à la nature. Instructif et reposant, un bol d'air pur livré dans mon salon.
Jeudi grosse soirée télé puisque j'ai enquillé deux émissions successives sur France5 encore. Tout d'abord La grande librairie consacrée comme son nom l'indique aux livres et aux écrivains. Ce soir sur le plateau il y avait Grozdanovitch l'ex-joueur de tennis converti à l'écriture depuis plusieurs années, dont je suis l'actualité régulièrement mais dont je n'ai pas encore eu l'occasion de lire un seul ouvrage, ce que je regrette d'autant plus qu'il est toujours très bien critiqué dans la presse et qu'il s'avère très amusant à écouter. Sa philosophie « le bonheur est dans une vie médiocre ». Je note son nom dans mon calepin. Autre invité, Cécile Guilbert, séduisante et cultivée elle nous présente son dernier bouquin « Sans entraves et sans temps morts ». Enfin dernier intervenant, Eric Fottorino, directeur du Monde, dont le livre parle du suicide de son père, qui d'ailleurs n'est pas son père biologique. Alors qu'on rigolait bien depuis le début de l'émission, nous avons mis nos sourires en berne, comme l'auteur n'est pas très bavard en plus ...
L'émission suivante était un documentaire Jean-Edern le fou Hallier consacré au trublion des lettres disparu en 1997. Nombreux documents et interviews pour tenter de déterminer - sans succès - la personnalité de l'étrange personnage sorte de bouffon dans tous les sens du terme, talentueux et ridicule sans que l'on sache quelle part est la plus représentative. Les images d'archives permettaient de revisiter L'Idiot International, ses rapports tumultueux avec Mitterrand, son « enlèvement » etc. Une très bonne soirée de télévision.
Dimanche l'Inspecteur Lewis me sert d'anxiolytique pour calmer l'angoisse qui monte avant la reprise du boulot demain matin. Les enquêtes plan-plan des deux flics anglais à Oxford alignent ma tension sur le rythme lent de leur progression et finissent par me plonger dans une douce béatitude propice à une nuit sans cauchemars.
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26.04.2009
Les dix petits indiens
Il est temps comme promis il y a déjà longtemps, de parler ici des Indiens. Ceux avec des plumes et non un turban, ceux que nous devons à Colomb alors que ce nigaud s'était égaré. Pourquoi les Indiens ? Parce qu'ils me ramènent à mon enfance et que rien n'est plus doux pour moi que d'évoquer cette époque qui constitue je m'en aperçois, le fonds de commerce de ce blog.
Quand j'étais gamin dans les années cinquante nous jouions aux cow-boys et aux indiens, je suppose qu'aujourd'hui ils ont été remplacés par des superhéros ou des personnages de StarWars. Notre jeune imagination ne pouvant s'appuyer que sur les exemples fournis par nos illustrés comme Kit Carson ou surtout les westerns, ce genre cinématographique très en vogue encore dans ces années cinquante. John Wayne, Gary Cooper, Burt Lancaster seront mes premiers héros, La chevauchée fantastique, La prisonnière du désert, Le vent de la plaine mes premières visions des grands espaces et les Indiens les premiers « étrangers » que je verrai. Les cow-boys étaient blancs et à part leur révolver, ils ne m'étonnaient pas trop, ils ressemblaient à mon entourage en quelque sorte. Alors que les Indiens, à moitié nus, emplumés souvent, le corps peint et leurs cheveux longs avaient tout de l'étrange et du mystérieux, en plus ils ne parlaient pas français et John Wayne devait parfois avoir recours à un interprète, selon les films, pour se faire traduire les paroles de Géronimo. Hugh !
De plus ils dormaient sous des tentes, des tipis qui me semblaient bien plus confortables que ce qu'on pouvait voir dans les campings. Ils sautaient sur leurs chevaux blancs et pommelés d'un bond, sans selle, et disparaissaient en poussant des hurlements, alors que ces balourds de cow-boys avec leurs éperons bruyants et leurs bourrins marronnasses serraient les fesses en traversant les plaines de l'Utah « Hey John, tu n'as rien vu là haut sur les rochers ? » « Pour sûr Doc, il y a une heure que les Indiens nous suivent ». Bref, les Indiens me faisaient rêver. Avec eux, c'était la ruse, les déplacements silencieux, la mort survenant à pas de loup, une flèche, un coup de poignard et la sentinelle à l'entrée du camp s'effondre, une ombre qui s'enfuit au cœur de la nuit.
C'est dans Pilote « mâtin quel journal » que j'ai commencé à aborder la culture Indienne. Je me souviens d'un « Pilotorama » qui leur était dédié. Je vois vos sourcils se dresser, le « Pilotorama » était la double page centrale du journal qui abordait chaque semaine pour les enfants un sujet dans un but culturel, sous forme d'un plan, d'un grand dessin ou d'une carte. Pour les Indiens il y avait une carte des Etats-Unis et la répartition géographique des tribus. Les Apaches en Arizona, les Séminoles en Floride, les Iroquois à New York, les Navajos au Nouveau Mexique, les Cherokee en Oklahoma, les Commanches au Texas et les Cheyennes au Wyoming pour ne citer que les tribus les plus connues. Voilà qui commençait à préciser les idées. Les Indiens n'étaient pas un, mais tout un ensemble de tribus, de peuples aux coutumes qui différaient, les uns avaient des plumes, d'autres non, certains les cheveux longs, d'autres une bande centrale au milieu du crâne.
A partir de maintenant les Indiens n'étaient plus seulement les adversaires des cow-boys, les faire-valoir des Tuniques Bleues, ils étaient aussi un peuple avec ses traditions, ses croyances, ses souffrances. Buffalo Bill et Custer passaient du rôle de gentils au rôle de gros cons, les westerns n'étaient plus que du folklore véhiculant le plus souvent une idéologie plus que discutable. J'ai commencé à m'intéresser à leurs religions, leur vision du monde où l'Homme n'est qu'une part infime de la Nature, où son rôle n'est pas plus important que celui du bison ou de l'herbe verte qui pousse dans la plaine. Leur cosmogonie en vaut bien d'autres plus répandues et collait mieux avec mes espoirs de pré-adolescent. Je lisais Thoreau, les Hippies et mai 68 passèrent. Les Indiens pouvaient incarner nos rêves de liberté, ils n'étaient pas un projet mais une réalité en phase d'extinction.
Je m'intéresse à beaucoup de choses, mais ne suis spécialiste de rien. Au hasard de mes rencontres, je citerai quelques exemples où l'Indien est le principal acteur. Les Indiens seront le sujet d'excellents films comme Little Big Man avec Dustin Hoffmann. En musique, ils auront des représentants dans le domaine du rock, je pense au groupe Redbone, aux musiciens Jess Ed Davis, Sonny Landreth, Pura Fé par exemple. En littérature les polars de Tony Hillerman dans les réserves Navajo sont de très bonnes lectures. Mais pour terminer je veux évoquer un livre superbe paru au début des années 70 qui s'appelle en français, Pieds Nus Sur La Terre Sacrée. Les textes (des propos tenus par les plus grands chefs Indiens) ont été rassemblés par T.C. McLuhan et les photos somptueuses, en un noir et blanc époustouflant, du fameux Edward S. Curtis qui consacra trente ans de sa vie (1868-1952) à photographier la disparition de la civilisation des Indiens d'Amérique du Nord. Un livre à lire et relire, où la sagesse de ce peuple nous rend humbles et remet à leur place ceux qui jadis en faisaient des « sauvages ».
« Mon peuple est rare. Il ressemble aux arbres épars d'une plaine balayée par la tempête... Il fut un temps où notre peuple couvrait cette terre comme les vagues d'une mer agitée couvrent le sol pavé de coquillages. Mais ce temps est bien passé et la grandeur des tribus n'est plus qu'un souvenir funèbre... »
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25.04.2009
Cherchons la petite bête
Toute la semaine ma femme était partie en vacances avec ses petits enfants et le chat à Center Parc. Tous les ans à cette époque de congés scolaires, c'est un rituel bien rodé maintenant, les gamins devenus ados entre temps et leur grand-mère, partent pour une semaine dans un de ces petits cottages regroupés autour d'un centre aquatique perdu dans la verdure. Tout le monde en revient ravi, les cousins et cousines de se voir autant, la grand-mère de les voir aussi heureux y puise son propre bonheur et se fait une cure de jeunesse revigorante.
Cette année le bonheur a été terni car il manquait un vacancier au retour. Le chat n'est pas revenu de cette expédition. Je vous avais déjà parlé du Titi, en fait la chatte de ma femme dont le nom réel est Lilou (la chatte pas ma femme) ; habituée à sa vie en appartement, elle s'est grisée de liberté et d'explorations dans le jardin du cottage, ne rentrant que lorsque la faim la tenaillait, c'est-à-dire la nuit ou au petit jour. Hier vendredi elle n'est pas rentrée et la location devant être libérée, ma femme et les gosses sont partis la mort dans l'âme, laissant sur place la « petite bête » comme je me surprenais à l'appeler quand j'étais en veine d'affection.
Pourquoi n'est-elle pas rentrée, nous ne le saurons jamais. Peut-être s'est-elle retrouvée enfermée par mégarde dans un local, kidnappée par un zoophile, ou bien taquine était-elle tapie espionnant ma femme qui la cherchait partout ? Toutes les hypothèses sont plausibles. La gendarmerie ayant d'autres chats à fouetter (pauvres bêtes) et aucun élément permettant d'activer le plan enlèvement, je n'ai plus que ce blog pour lancer mon appel. Si vous apercevez dans la région de Soissons une petite chatte grise avec un collier rose/mauve, si elle miaule gentiment et si elle quémande des caresses en se dressant sur ses pattes arrières pour approcher son dos de votre main, il s'agit de notre Lilou, mon Titi, ma gentille « petite bête ».

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24.04.2009
Au cœur de mes livres
Quand je lis j'aime bien mettre des repères dans mes livres. Au crayon à papier je souligne des passages, je fais des accolades. Il peut s'agir d'idées fortes avec lesquelles je suis en accord ou bien en désaccord, ainsi quand j'ai terminé l'ouvrage la relecture des passages soulignés constitue comme un résumé succinct et pratique. Ou bien je souligne des mots dont le sens m'est inconnu, des termes rares, comme souvent par exemple dans les romans de Umberto Eco. S'ils bloquent ma compréhension du passage lu j'en recherche la signification immédiatement dans mes dictionnaires, mais si j'en devine le sens ou si je suis dans les transports en commun, je diffère mes recherches. Ce qui est particulièrement amusant je trouve, c'est quand j'ouvre un ouvrage lu depuis plusieurs années et que je tombe sur ces annotations. Parfois je me demande ce que j'avais pu trouver de remarquable à tel passage à cette époque et je mesure l'effet du temps qui s'écoule, mes connaissances se sont enrichies ou mes idées ont évoluées, ce qui me semblait important il y a dix ans ne l'est plus aujourd'hui, ce que je pensais crédible alors ne l'est plus de nos jours.
Je souligne uniquement, je n'inscris jamais de réflexions ou de commentaires. Ces signes font d'un livre, mon livre. L'objet m'appartient définitivement, il m'est personnel et à mes yeux s'enrichissant a plus de valeur. De temps en temps j'insère dans mes livres des coupures de journaux ; une critique de l'ouvrage que je trouve bien tournée, un article découpé dans la presse qui va venir compléter la thèse du bouquin, une notice nécrologique de l'auteur qui vient de disparaître. Là aussi, bien plus tard, quand je tombe sur ces feuillets jaunis par le temps, je me souviens qu'à l'époque je lisais tel journal, ou bien que celui-ci aujourd'hui n'existe plus. Toujours mon côté archiviste.
Quand au plaisir de lire on ajoute cette marotte, le nec plus ultra, c'est d'acquérir un bouquin d'occasion dans une brocante et de tomber sur les annotations faites par un autre, car alors l'imagination peut s'en donner à cœur joie. Si des réflexions sont notées dans les marges, la qualité de l'écriture, la profondeur de l'analyse sont autant de pistes vaines mais qui incitent à en deviner l'auteur.
« Je me félicite toujours plus du hasard qui nous a portés à aimer la lecture... C'est un magasin de bonheur toujours sûr et que les hommes ne peuvent nous ravir. » Stendhal
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23.04.2009
Je râle donc je suis
Je vais encore râler, synonymes : grogner, rouspéter, maronner, maugréer, rager. C'est un trait évident de mon caractère, certainement d'origine génétique (je pourrais citer des noms) mais que j'entretiens allégrement. Faut dire qu'il y a matière à. La radio, la télé, le journal, chaque jour je trouve, sans me forcer, de quoi nourrir mon ressentiment.
Depuis plusieurs années maintenant des journaux gratuits sont mis à la disposition de tous, principalement des usagers des transports en commun. Dans les stations de trains, métros, RER des présentoirs de 20mn ou Direct Matin, Direct Soir ou bien Métro etc. sont à la disposition des usagers. C'est vraiment sympa ! Si, si. Tout le monde et même les moins fortunés peut être informé des actualités et plus personne n'a d'excuses pour dire « je ne savais pas ».
Oui mais l'inconvénient, nous y voilà, sinon je n'en parlerais pas, c'est que les gens prennent un journal, le lisent et après l'abandonnent n'importe où. Au départ c'est un geste très sympathique, j'ai lu le journal, je le remets à disposition pour les autres. Bel altruisme. Le problème c'est que le RER devient bien vite un dépotoir (ce ne sont pas les journaux le pire, d'accord !) et que les canards traînent sur les banquettes ou au sol. Si vous n'êtes pas intéressé par leur lecture et que la seule place assise disponible est encombrée de papelards, soit vous les mettez par terre et c'est vous le gros dégueulasse, soit vous vous asseyez dessus comme une poule qui couverait un canard ( !), soit vous vous chargez vous-même de les mettre à la poubelle en ramassant ces journaux qui sont passés dans on ne sait quelles mains ou pire encore, quand vous sortirez du wagon. Bref, vous devez faire le ménage pour les autres. C'est agaçant.
Depuis le 11 avril les quantités des produits alimentaires commercialisés ne sont plus standardisées, c'est-à-dire que les produits habituellement vendus par paquets de 125g ou 250g ou encore 500g c'est fini. Bientôt dans les supermarchés vous verrez peut-être des paquets de spaghettis de 253g ou des paquets de riz de 521g ! Encore plus qu'aujourd'hui, le prix au kg va devenir primordial pour comparer les prix. On se demande de quel esprit vicieux ou tortueux a pu surgir une telle idée et quel est l'intérêt de la mesure ? Demain, lassé des mètres de 100cm le législateur, dans un esprit de libéralisation - le fameux mot moderne - va sûrement nous fourguer des mètres « libres » de 92cm ou 103cm ; chacun aura son mètre à ses propres dimensions. C'est agaçant.
Et puis de cette boue d'informations plus débiles les unes que les autres, surgit la nouvelle qui pousse le bouchon encore plus loin. J'ai entendu récemment à la télé, que désormais les éleveurs de bétail pouvaient placer des thermomètres un peu particuliers dans le fondement de leurs vaches qui vont bientôt mettre bas. Quand la température de la bête annonce que le terme est atteint, le fameux thermomètre envoie un SMS à son propriétaire et celui-ci peut radiner dare-dare pour accoucher la vache. L'éleveur interrogé déclarait que c'était très pratique car la nuit il n'avait pas besoin de veiller dans l'étable, il attendait dans son salon l'arrivée du SMS. Si maintenant le trou du cul des vaches envoie des SMS, on peut vraiment se dire qu'on vit une époque formidable !
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22.04.2009
Chloé Delaume : Dans ma maison sous terre
J'avais vu Chloé Delaume dans l'émission littéraire de France5 il y a quelques semaines déjà et le personnage évoquant son roman m'avait attiré. Car ce roman c'est sa vie et sa vie ce n'est pas rien ! Son père est le frère de Ibrahim Abdallah le célèbre terroriste, il a tué sa mère sous ses yeux, elle a réchappé à de nombreuses tentatives de suicide et cerise sur le gâteau, elle a appris par sa grand-mère que son père n'était pas son père ! Ouf ! N'en jetez plus la coupe est pleine.
Le roman Dans ma maison sous terre part de cette révélation tardive et l'auteur en veut tellement à sa grand-mère qu'elle écrit ce livre dans le but avoué de « tuer » celle-ci quand elle l'apprendra ou le lira. Un livre dont la motivation principale est la haine de sa famille et de l'aïeule en particulier, voilà qui n'est pas banal. Et de fait, il ne sera question que de morts, de cimetière et autres morbidités du même tonneau. Pourtant on y trouve matière à sourire, on y croise Marie Darrieussecq et Sacha Distel, et à rire carrément quand on lit : « Pour l'après-enterrement de tante Gladys, ils avaient commandé chez le traiteur. C'est la seule fois de notre vie qu'on a mangé correctement dans cette maison. »
Chloé Delaume évoque donc sa vie, ses morts plutôt, et des morts anonymes dont elle croise les tombes tout en devisant avec un nommé Théophile rencontré dans un cimetière. Au final le livre n'est pas aussi intéressant que sa présentation me l'avait laissé espérer, par contre de nombreux passages semblent écrits comme des vers en prose et confèrent à la lecture, un rythme particulier qui lui donne une certaine noblesse.
« J'écris pour que tu meures. Puisque tu es vivante, encore tellement vivante que c'en est indécent. Ce qu'il faut à présent c'est que tu lises ces lignes et qu'enfin tu en crèves, que ton cœur se fissure, que le granit implose ; tes artères un brasier, le sang bout le sais-tu à combien de degrés, tes valves ravagées incendie poitrinaire. C'est à ça que j'aspire. A ton exposition. Carbonisée la chair abroge toute minauderie, la reine sera si nue qu'on scrutera en son sein. Alors sera révélée la nature de l'organe qui t'a maintenue en vie. Tu ne pourras plus feindre, tes entrailles en haillons se feront seul apparat »
PS : Alors que je range le bouquin dans ma bibliothèque, je m'aperçois que l'ordre alphabétique qui régit mon classement, fait côtoyer Delaume avec Delecroix et son Tombeau d'Achille. La coïncidence est troublante.
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21.04.2009
Le bigorneau
J'aime les bigorneaux, enfin j'aime beaucoup le mot « bigorneau ». Je l'aime plus pour ce qu'il évoque d'ailleurs, que pour son goût. Dans le même genre de gastéropodes marins garnissant le plateau de fruits de mer je préfère les bulots, l'effort est mieux récompensé. Pour l'un la fine aiguille ne ramènera du tréfonds de la coquille qu'un minuscule bout de viande tendre mais un peu trop poivré, pour l'autre caché derrière l'opercule un gros ver bien dodu mais un peu ferme qu'une mayonnaise onctueuse viendra attendrir.
Le bigorneau, le petit bigorneau, mon petit bigorneau. Il y a de la tendresse dans l'expression, peut-être à cause du « b » comme dans bébé qui tend les lèvres comme pour un baiser. Autre tendresse plus leste, montre- moi ton petit bigorneau, que personnellement je préfère à abricot car plus à propos, si on y réfléchit bien, en tout cas moi je le sens mieux ! Mais là nous dérivons vers le grivois, de bon ton, mais grivois quand même et je ne vous ai pas habitués à ce genre de propos ici.
Mais le mot que j'associe facilement à la douceur et à l'intimité, peut aussi se montrer plus violent. Bigorner c'est abîmer, amocher, esquinter et par extension se bigorner c'est se battre. Néanmoins si je devais me bigorner avec un quidam, je sens que nous ne nous ferions pas grand mal ; je crains plus de me faire amocher ou esquinter, que bigorner. Pas vous ?
Revenons-en à mon bigorneau, ou au votre, peu importe. Pour votre gouverne, sachez que cette petite bestiole marine est aussi appelée « cagouille » en Vendée, « bigorne » en Basse-Bretagne, « vigneau » en Normandie et « caricole » à Bruxelles, ainsi que « borlicoco » au Québec. C'est pas mignon tout ça ?
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