31.05.2009
Il nous l’avait bien dit
Chaque semaine dans l'Express Jacques Attali tient une chronique nommée Perspectives et sa bouille chafouine de Raminagrobis illustrant sa page est sensée apporter la caution du gars qui sait des choses.
Jusqu'à ce numéro du 28 mai où le Jacquot nous balance que les politiques nous cacheraient deux catastrophes à venir. Au choix ou pas, on s'attend à être percuté par un astéroïde baptisé Apophis de 27 millions de tonnes quand son orbite croisera celle de la Terre le 13 avril 2036. Putain ! Mon anniversaire c'est le 17, je risque donc de ne pas le fêter. Remarquez qu'après avoir envisagé cette hypothèse sur plusieurs lignes, il dégage légèrement en touche en avouant que la possibilité est mince (1 chance sur 45000, semble -t-il). Quand j'écris « chance » je devrais préciser « sic » comme ils font dans la presse dite sérieuse. Ca veut dire, je l'écris tel que cela a été dit mais entre nous, comme c'est une grosse connerie n'allez pas croire que j'y adhère. Un mot aussi court pour en dire autant, chapeau !
La seconde catastrophe qui nous pend au nez, c'est le cas de le dire, c'est d'être gazés au méthane. Avec l'élévation de la température annoncée, la toundra sibérienne va se réchauffer, entraînant la production de méthane et de protoxyde d'azote. Certains scientifiques annoncent la catastrophe pour 2012. Putain ! Je ne vais même pas pouvoir profiter de ma retraite ! Mais d'autres tout aussi savants disent que ce sera dans 20 000 ans. Il semble qu'il n'y ait pas unanimité sur la date ?
Le Jacques conclut sa chronique par une effrayante question « Pourquoi ne parle-t-on pas d'avantage de ces menaces ? ». La réponse qui me vient à l'esprit, peut-être un peu spontanément, c'est qu'à l'heure ou Attali a écrit son article, les menaces étaient aussi crédibles qu'un débarquement de Martiens à Saint-Tropez vers le 15 août de cette année.
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30.05.2009
Prise de tête
Le week-end s'annonce superbe, le ciel est d'un bleu sublime et le soleil nous met du baume au cœur, tout devrait baigner. Pourtant quelque chose me taraude l'esprit, venues de je ne sais où des idées et des questions sans réponses me tournent dans la tête. Peut-être que si je vous pose ces questions elles me libèreront.
- Ø Pourquoi est-ce qu'on appuie plus fort sur les touches de la télécommande quand ses piles sont presque à plat ?
- Ø Jusqu'où les chauves se lavent-ils le visage ?
- Ø Pourquoi «séparé» s'écrit-il en un seul mot, alors que «tous ensemble» s'écrit en deux mots ?
- Ø Pourquoi abréviation est-il un mot si long ?
- Ø Si rien ne colle au Téflon, comment l'a-t-on collé à la poêle ?
- Ø Pourquoi les ballerines marchent-elles toujours sur la pointe des pieds ? Ne serait-il pas plus simple d'en engager des plus grandes ?
- Ø Quand on achète un boomerang neuf, comment se débarrasse-t-on de l'ancien ?
- Ø Pourquoi les pilotes kamikazes portent-ils un casque ?
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28.05.2009
Les enclos paroissiaux
La Bretagne est une région extraordinaire à plus d'un titre, des paysages superbes et variés (côtes déchiquetées ou landes sauvages), une gastronomie qui mérite qu'on se mette à table (fruits de mer, beurre salé, crêpes, kouig amman, cidre etc.), une météo plus clémente que ce qu'en dit la rumeur et une alliance du païen et du sacré particulièrement troublante.
Les contes et légendes bretons sont très nombreux et fascinants, fées et lutins y courent les landes, les korrigans effraient les petits enfants et l'Ankou tire sa charrette à travers le pays emmenant vers l'au-delà ceux pour qui l'heure a sonné. Il est aussi impossible d'imaginer la Bretagne sans ses menhirs, dolmens et druides, toutes les histoires extraordinaires liées à la mer ou sa légende du roi Arthur. Toutes ces féeries vont de paire avec les superstitions et croyances païennes qui ressortent dans de petits gestes quotidiens comme ne pas mettre le pain sur le dos sur la table ou encore se signer rapidement pour éloigner le mauvais sort. Sur cette terre fertile en croyances, la religion ne pouvait que se développer et les églises ou chapelles sont nombreuses. Avec le temps, croyances et religion se sont imbriquées au point que parfois, au milieu de la lande battue par le vent ou aux abords d'une source maigrichonne, une petite chapelle en ruine, dédiée à un saint pas très catholique nous montre que les anciens n'hésitaient pas à mélanger les torchons et les serviettes pour se forger des convictions qui les aideraient à vivre.
Le patrimoine religieux breton est donc riche et très présent, on pense bien sûr aux calvaires de toutes tailles, plantés aux carrefours des routes ou des chemins, semblant nous surveiller d'un œil sévère et quasi traumatisant. Pour ma part, c'est lors d'un séjour dans les monts d'Arrée au sud de Morlaix dans le Finistère que j'ai découvert les enclos paroissiaux. Ils datent des XVIème et XVIIème siècle où ils devinrent l'objet d'une compétition entre villages, chacun rivalisant d'imagination et de talent pour construire le plus beau.
L'enclos paroissial comprenait l'église, le cimetière, l'ossuaire et le calvaire clos par un mur percé de plusieurs entrées dont une porte monumentale est dite « arc de triomphe ». Aujourd'hui seuls certains éléments subsistent, selon les sites. C'est le cas par exemple à Plounéour-Menez où du mur d'enceinte ne reste qu'un pan de la porte d'entrée principale mais l'ouvrage de granit de par sa matière et sa simplicité conserve sa puissante majesté. L'ossuaire n'existe plus mais l'église est superbe avec son clocher haut et très effilé. Sur ses murs extérieurs, des niches vides de saints et un cadran solaire. Sombre calvaire multibranches devant le porche.
Plusieurs villages conservent les traces plus ou moins intactes de ces monuments religieux mais c'est à St-Thégonnec que se trouve le plus beau de tous les enclos paroissiaux de Bretagne qui en vérité a été restauré entre 1998 et 2005 après avoir été détruit par un grand incendie. On entre dans l'enclos par une imposante porte triomphale, formée de quatre blocs de granit ornés de lanternons. Le calvaire est décoré de scènes de la passion et d'une statue de saint Thégonnec. La plateforme porte trois croix et la croix centrale porte le Christ, des anges, des cavaliers etc. Tous les personnages sculptés dans la pierre ont des trognes amusantes ou inquiétantes. La chapelle funéraire offre une façade typique de la renaissance bretonne et à l'intérieur, dans la crypte, se trouve une extraordinaire mise au tombeau en bois de chêne sculptée en 1702. Les personnages peints sont grandeur nature et l'aspect est saisissant, car la pièce, très petite, ne peut accueillir que quelques visiteurs à la fois. L'intérieur de l'église surprend par ses couleurs et son plafond bleu-vert ; un magnifique retable finement sculpté, rehaussé de couleurs chatoyantes et de dorures à l'or fin. Enfin, pour le confort des fidèles qui viennent y écouter la messe, on a prévu des bancs très confortables et une sorte de moquette qui permet d'avoir les pieds au chaud, ce qui n'est pas un luxe... et je me remémore les messes de mon enfance en l'église parisienne Sainte Cécile où je me pelais tous les dimanches matins d'hiver. Un système de pointage par une fiche de carton déposée dans une corbeille et qui nous était restituée par l'abbé, le jeudi après-midi en début de catéchisme, interdisait toute absence non motivée ! Mais tout ceci est une autre histoire, d'un autre temps.
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27.05.2009
Robert Coover : Noir
Quel genre de livre viens-je de lire ? Je n'en ai aucune idée. Disons que cela ressemble à un polar avec un privé qui enquête sur des meurtres mais après trois pages vous commencez déjà à vous poser beaucoup de questions du genre dans quelle galère me suis-je embarqué, est-ce un roman d'humour écrit au troisième degré ? Les clichés du genre s'empilent les uns sur les autres, page après page, le détective avec le trench-coat et le chapeau mou, les clopes et les bouteilles d'alcool, la veuve en voilette noire et jambes galbées qui font chavirer le héros, les cadavres qui s'accumulent etc. nous sommes dans le polar à la Chandler mais en complètement décalé. L'intrigue qui n'est pas palpitante s'emberlificote dans des situations grotesques ou nous perd dans des passages rêvés par le détective et le dénouement est digne d'un cartoon.
Le style d'écriture est à l'avenant, phrases très courtes à la limite de la prise de notes parfois, sujet, verbe et complément pour les plus longues. Parfois on s'étonne de tomber sur un mot rare (vicarieusement - Ca existe ce mot ? - ou viverrin) et qui fait tache comme un poil de cul dans la soupe à l'oignon ! A l'actif de l'auteur, un certain sens de l'humour comme l'histoire de la pute que se disputent deux yakuzas, la tatouant chacun leur tour d'un message pour l'autre au point final d'en faire une œuvre d'art vivante.
Robert Coover est né en 1932, son premier bouquin date de 1966 et il anime des ateliers d'écriture très sophistiqués dans différentes universités aux Etats-Unis et en Europe. Je suppose que ce n'est pas Noir qui reflète le mieux son talent d'écrivain mais je concède qu'écrire un tel livre à plus de soixante-dix ans démontre une belle jeunesse d'esprit ce qui est tout à son honneur. Personnellement je n'ai néanmoins pas trouvé le rapport qualité/prix favorable à ce livre, je vous laisse donc seuls juges pour donner suite à cette chronique ...
« Je ne sais même pas si tout cela est vrai Mr Noir. J'ai simplement l'impression qu'il faut que je vous voie et, pour cela, j'ai besoin d'une raison. La lumière s'emparait de ses mains, les arrachait à la nuit. Pas besoin de raison, mon cœur, lui avais-tu assuré en posant une main sur la sienne, et la lumière, à cet endroit, s'était estompée. Une raison pour moi-même, vous comprenez, avait-elle dit. Je suis en deuil Mr Noir. En hésitant elle avait retiré sa main. Ce n'est pas correct. »
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26.05.2009
La fête des voisins
Moi j'étais prêt depuis bien longtemps puisque j'avais lu dans l'agenda d'un magazine dont j'ai oublié le nom qu'elle se tenait ce mardi. J'avais nettoyé ma plume et sorti la fiole de fiel du placard aux méchancetés, je me sentais en pleine forme pour décocher quelques traits acerbes sur mon voisinage immédiat.
J'imaginais déjà les deux tréteaux et la porte posée dessus, une nappe en plastique cachant le pauvre montage planté devant le perron de l'immeuble sous le grand tilleul. Un ravier d'olives vertes et la bouteille de Corbières attendant que les uns et les autres s'approchent de la cène. Ils seraient arrivés timidement, ceux du rez-de-chaussée ayant laissé leur porte d'entrée ouverte pour écouter les allées et venues afin de ne faire leur entrée que lorsque quelques voisins seraient déjà là, tandis que la petite vieille du premier tapie derrière son rideau de cuisine attendait le moment opportun pour descendre. Plus haut dans l'escalier on entendait des gamins piaffant d'impatience, entrant et sortant des appartements demandant l'autorisation à leurs parents pour se joindre à la fête à venir, lesquels hurlaient qu'ils n'étaient pas prêts. Pendant ce temps là, un saladier de taboulé et un paquet de chips avaient atterri sur la nappe et un couple y déposait un grand gâteau aux carottes. Le célibataire obèse du second avait installé son pliant près de la table et d'une main experte ouvrait une des boites de bières qui patientaient à ses pieds. De mon balcon j'entendais parfaitement les conversations qui montaient vers moi, comme des prières m'incitant à descendre pour me joindre à la liesse et assis dans mon fauteuil j'apercevais même à travers le grillage, les silhouettes floues des invités. La représentation pouvait débuter.
D'où j'étais placé j'avais une vue imprenable sur la calvitie de l'un et le décolleté de l'autre. Les personnes âgées s'étaient fait prêter des chaises par les locataires des rez-de-chaussée et calées contre le buffet s'activaient sans vergogne, n'en perdant pas une miette, c'était le cas de le dire. La bouteille de Corbières avait rendue l'âme depuis belle lurette mais un bataillon de Côtes du Rhône et quelques rosés de Provence mis à fraîchir dans un seau avaient relancé la bataille et délié bien des langues. On parlait de vacances, on évoquait de petits restaurants inconnus de tous mais où l'on mangeait pour presque rien à des prix défiant toute concurrence « Je ne vous dis que ça ! » alors qu'on aurait aimé avoir des détails justement. Les gamins cavalaient sur les pelouses et revenaient en piaillant qu'ils avaient soif. Des mères de famille faisaient le service « C'est moi qui l'ai fait ! » comme une garantie d'excellence. Le couple de Tunisiens qu'on entendait jamais « Des gens très comme il faut, finalement » s'étaient joints discrètement à la partie de campagne et ils distribuaient des gâteaux dégoulinant de miel « Une recette de notre village ». Les plats vides et les verres en plastique qui jonchaient la table scandaient les heures qui passaient tout comme les cris des enfants en net decrescendo annonçaient que la soirée se terminait lentement. « On a eu de la chance, il a fait beau » la phrase répétée à l'infini remplaçait le traditionnel « Bonne fin de soirée ». Le gros et les vieux se sont hissés lentement jusqu'à leurs étages, les parents ont rassemblé leur troupeaux de culottes courtes, certains ont vidé un dernier verre « Un dernier pour la route, je ne conduis pas ! Ah ! Ah ! Ah ! ». La dame du rez-de-chaussée a insisté pour nettoyer les traces de la fiesta « Je suis la plus proche des poubelles » et tout le monde est rentré chez lui.
Voilà le scénario que j'avais imaginé et auquel je m'étais préparé, pensant le cribler de vacheries bien senties, de descriptions goguenardes et de situations grotesques, truffé de bribes de conversations dérobées. Hélas ! J'ai eu beau tendre l'oreille, scruter les alentours et même en désespoir de cause prendre pour prétexte de descendre mes poubelles au local souterrain, je n'ai trouvé nulle trace de fête dans mon immeuble. Les salauds, ils n'ont pas fait la fête comme leur en enjoignait pourtant le collectif Immeubles en Fête ! Je m'en fiche, j'ai mangé mon taboulé tout seul.
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25.05.2009
Ma semaine télé du 18 au 24 mai
D'où vient ce sentiment diffus de lassitude dès que j'allume le poste de télévision ? Une impression de déjà vu permanente pour les émissions de fiction, de désespérance quand je regarde les informations ou les magazines d'actualités, d'abattement quand les hasards du zapping me font tomber sur ces émissions consacrées aux people ou soit disant stars, bref d'écoeurement devant l'image du monde restituée par la petite lucarne. C'est donc ça le monde dans lequel nous vivons, au-delà de la petite vie personnelle que je me suis construite il n'y a que ce vide existentiel, cette uniformité mondiale et morne en construction, cette impression de « creux » et d'inconsistant comme si nous étions aspirés vers le bas par une bêtise de plus en plus pesante. On nous vante et vend des bouquets de chaînes de télé, on nous propose des logiciels pour capter des centaines de chaînes sur nos ordinateurs, mais toutes proposent les mêmes programmes, les mêmes âneries. Lobotomisation pour tous, « soyez unique » crient les pubs, c'est-à-dire soyez uniquement comme tout le monde. Il y a des périodes où la télé ce n'est plus vraiment mon truc.
Lundi pour être dans le mouvement Festival de Cannes, je me
suis calé devant ARTE pour revoir Violette Nozière un Chabrol datant de 1978. Mon problème c'est Isabelle Huppert dont je ne conteste pas le talent de comédienne mais que personnellement j'ai du mal à supporter. Je trouve qu'elle a tendance à « surjouer » ses rôles, pour certaines scènes c'est effectivement parfait mais pas tout un film. Un bon film néanmoins. En seconde partie de soirée sur M6 une rediffusion du Silence des agneaux (1990) que je n'avais pas revu depuis bien longtemps. Réalisé par Jonathan Demme avec Anthony Hopkins et Jodie Foster, Hannibal Lecter le cannibale a encore réussi à me foutre la trouille avec classe et élégance. Magistral et absolument parfait.
Mardi vu ce que j'ai écrit précédemment, je ne me sentais pas la force dans la même semaine de voir Merci pour le chocolat sur France3 avec Isabelle Huppert, encore ! Tant pis, car il y avait aussi Jacques Dutronc.
Jeudi sur ARTE La mauvaise éducation (2004) de Pedro Almodovar. J'ai prévenu qu'il y a des semaines où la télé ce n'est pas mon truc, ceci explique peut-être cela, toujours est-il que j'ai trouvé le film d'une lourdeur insupportable et bourrés de clichés, faussement provocateur sous prétexte qu'on y voit que des « pédés » et des travelos, un internat avec des prêtres pédophiles voire meurtriers, tout cela ne choque plus que les petits bourgeois. Si on remplace les acteurs par de vrais hommes et femmes, le film s'écroule de lui-même.
L'émission Thalassa dure depuis près de trente ans sur France3 et j'avoue ne plus être le fan de la première heure que je fus, même quand une émission est très bien après plusieurs décennies on peut se lasser. Je crois. Ce vendredi je me suis replongé dans ses eaux, car la balade sur le littoral abordait la baie de Somme et le Boulonnais région que j'ai redécouverte il y a peu et que je me propose de connaître mieux encore. Les images m'ont conforté dans mon projet, même si les reportages m'ont semblé un peu faiblards et certains journalistes que je ne connaissais pas, un peu légers professionnellement parlant. Enfin il reste toujours ce bon gros Georges Pernoud toujours prêt à marmonner une plaisanterie
qui n'amuse que lui. J'ai l'air de critiquer ou moquer, mais en fait j'ai beaucoup de tendresse pour cette émission.
Dimanche soir j'ai longtemps hésité, car plusieurs chaînes offraient de bons films, ARTE donnait Boulevard du Crépuscule (1950) une merveille de Billy Wilder tandis que France2 proposait Tout peut arriver (2003) une comédie sentimentale pleine d'humour absolument parfaite avec Jack Nicholson et Diane Keaton, deux acteurs que j'adore. J'avais déjà vu l'un et l'autre plusieurs fois bien entendu, aussi j'avais préféré choisir le programme objectivement le moins bon, mais que rien n'égale le dimanche soir, l'Inspecteur Lewis sur France3. Hélas ! La chaîne ayant décidé de programmer le match de tennis d'Amélie Mauresmo à Roland Garros et de différer l'heure de la série britannique c'est sur France2 finalement que j'ai passé avec bonheur ma soirée. Au passage félicitations au service des sports des chaînes publiques car si vous vouliez voir la Française à Garros cette année c'était le match à ne pas louper, puisque dès ce premier tour elle a été éliminée. Je ne pense pas qu'on puisse lui souhaiter de faire mieux l'année prochaine car j'ai le sentiment que ses raquettes vont bientôt terminer leur vie à la cave.
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24.05.2009
La nuit au bureau
Le jeune avocat débutait dans la profession, rassemblant ses maigres économies il avait trouvé un petit bureau à louer dans le centre de Chicago. La pièce n'était pas bien grande et il la partageait avec sa secrétaire dont le bureau lui faisait face. A vrai dire il n'avait pas réellement besoin d'une secrétaire, mais quand un rare client se présentait cela faisait plus sérieux, plus professionnel. Le salaire qu'il lui versait entamait sérieusement le sien, mais il considérait ce manque à gagner comme un investissement.
Gwladys la secrétaire n'en revenait pas, sans qualification particulière elle avait décroché ce poste qui elle le reconnaissait elle-même, n'était pas trop fatigant et lui permettait ainsi de développer sa technique de frappe dactylographique et de s'initier à la sténographie, un minimum en somme quand on veut faire son chemin dans ce métier.
Le jeune avocat bossait dur et tard le soir, potassant son dossier quand il en avait un à traiter, ce qui n'était pas son lot quotidien, ou bien lisant et relisant ses bouquins de droit et de jurisprudences. Gwladys restait tard elle aussi, prétextant mille explications, ranger des paperasses, fignoler la mise en page d'un acte de cession ou je ne sais quoi.
En fait il est fort probable que la jeune secrétaire soit secrètement amoureuse de l'avocat, et ce soir-là alors qu'elle le regarde à la dérobée, elle le trouve réellement mignon avec sa raie bien au milieu de ses magnifiques cheveux blonds, et cette classe qu'elle lui trouve de conserver sa veste de costume toujours fermée alors qu'il n'a pas bougé de son fauteuil de toute la journée si ce n'est vers midi pour descendre manger un morceau dans le delicatessen au coin de la rue. Alors qu'elle range silencieusement un dossier dans l'armoire métallique, elle hésite, elle espère qu'un jour le jeune homme oubliera la secrétaire et qu'il verra la femme.
La nuit au bureau (Office at night) de Edward Hopper (1882-1967). Huile sur toile 56,2 x 63,5 cm peinte en 1940. Minneapolis, Collection Walker Art Center.
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23.05.2009
Les WC sont fermés de l’intérieur
Gamin dans les années cinquante j'habitais avec ma petite sœur et mes parents rue Richer à Paris, non loin alors des locaux de l'Equipe le quotidien où s'étalent les cuisses musclées des sportifs, des Folies Bergères où s'exposent les seins nus des danseuses et du marché de la rue Cadet où pendent aux vitrines des bouchers des lièvres à poil. Avec Google ces précisions géographiques n'ont plus d'intérêt pour personne, il suffit de taper le nom de la rue et le plan apparaît immédiatement, d'un autre côté si je donne le nom de la rue ce n'est pas non plus pour y organiser un pèlerinage ou vous y donner un lieu de rendez-vous, c'est juste pour apporter une touche personnelle aux souvenirs que je vais évoquer.
Nous habitions au dernier étage de l'immeuble, un tout petit appartement mansardé sous les toits, au palier final de l'escalier et à l'entrée d'un couloir qui conduisait aux chambres de bonnes au XIX siècle mais depuis occupées par des locataires aux moyens réduits. L'architecture de l'immeuble conservait les traces de l'attribution des places en fonction du statut social de ses occupants. Les appartements distribués au long de l'escalier étaient réservés aux bourgeois, le palier du dernier étage à des habitants d'un statut inférieur et le couloir à une engeance sans statut décemment nommable.
De ce fameux couloir émanait une aura de mystère qu'aujourd'hui encore je ne parviens pas à dissiper. Plusieurs chambres, sans que je me rappelle exactement combien et dont je n'ai jamais bien connus ou identifiés les occupants, si ce n'est le souvenir d'un couple de Russes Blancs ayant fui la Révolution dans leur pays et d'une certaine Jeannine je crois, amie de ma mère. Le couloir est sombre bien évidemment, éclairé par une minuterie certainement, ce qui lorsqu'elle s'éteint le plonge dans le noir et m'effraie. A l'entrée du couloir, une zone plus large où débouche un escalier, l'escalier dit « de service » et qu'empruntaient autrefois le personnel subalterne habitant les lieux et communiquant avec les appartements bourgeois. Il n'est jamais éclairé, gueule noire et béante descendant vers les Enfers puisqu'au rez-de-chaussée il se prolonge vers les caves aux murs de salpêtres, repaire des araignées noires et velues qui m'attendent et me guettent. J'aurais préféré mourir sur place que de m'aventurer dans cet escadrin maléfique. Dans cette zone aussi, un robinet et un large évier de pierre où ces locataires viennent puiser l'eau absente de leurs minuscules logements sans commodités, ou faire leur lessive.
Comme je l'ai dit, nous étions logés entre les étages bourgeois tout confort et ce couloir des laissés pour compte, donc nous pouvions nous vanter d'avoir l'eau courante dans notre petite cuisine, par contre nous étions à égalité avec les « maudits », nous n'avions pas de WC dans notre appartement, nous partagions tous celui qui se situait dans le fameux couloir, couloir que je n'aurais jamais fréquenté sans cette obligation naturelle qui m'y envoyait régulièrement. Petit enfant, ma mère m'y accompagnait et si la porte n'était pas close pour occupation temporaire, ce qui nous obligeait à rebrousser chemin et tenter notre chance plus tard, j'entrai dans les lieux. Murs gris et pisseux, une petite fenêtre. Bien entendu des WC à la Turc - unique ironie pour un fils d'Arménien - qui imposent une technique toute particulière surtout quand on vient pour la grosse commission, poser ses pieds aux endroits prévus pour, sous peine de déraper et alors toute horreur est possible, se déculotter sans que les vêtements n'entrent en contact avec la faïence douteuse, faire ce pourquoi on est venu jusqu'à là, tendre la main vers le clou auquel - je ne sais qui - accrochait des quarts de pages de journal découpées au même format et dont l'encre laissait aux doigts et certainement aux fesses une trace de l'actualité récente, enfin le plus difficile, tirer la châsse d'eau tout en se retirant assez vite pour éviter les débords de la marée montante sur mes chaussures, happant tout sur son passage et l'engloutissant dans le trou ignoble dont nul ne revenait. L'hiver, le froid ambiant n'incitait pas à la rêverie et les courants d'air mal placés refroidissaient une intimité exposée quant au reste de l'année une trouille perpétuelle m'étreignait et me faisait serrer les fesses ce qui contrariait le but de ma visite. Enfin, après avoir laissé les lieux dans un état à peu près présentable nous pouvions ma mère et moi rentrer à la maison pour laisser la place au suivant.
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22.05.2009
Clapton & Winwood live from Madison Square Garden
Il y a un an Eric Clapton et Steve Winwood unirent leurs talents pour donner trois concerts au Madison Square Garden de New York, épaulés par Chris Stainton aux claviers, Willie Weeks à la basse et Ian Thomas à la batterie. Le disque vient de sortir, un CD double pour immortaliser l'évènement. Pour le fan de ces deux artistes la prestation n'offre aucune surprise, aucun morceau rare ou reprise inédite, d'ailleurs durant les trois soirées ils jouèrent quasiment les mêmes morceaux. Le disque reste néanmoins particulièrement jouissif tant la symbiose entre les deux musiciens est parfaite, ils sont là pour le plaisir de jouer, deux amis qui se connaissent depuis la nuit des temps ayant participé à un groupe commun Blind Faith (1969) puis s'étant recroisés depuis. Inutile d'insister sur le talent et la qualité de leur virtuosité instrumentale, Eric Clapton reste un maître de la six cordes quant à Steve Winwood il nous régale de ses parties d'orgue et sa voix chaude et gorgée de soul reste exceptionnelle (Georgia On My Mind).
Le répertoire joué ces trois soirs est entièrement prévisible, reprenant les valeurs sûres de la carrière des deux cadors, donc on y trouve pour ClaptonTell the Truth (Derek & the Dominoes), After Midnight et Cocaine les reprises de JJ Cale, Little Wing et Woodoo Chile celles d'Hendrix alors que Winwood revisite pour nous ses standards Pearly Queen ou Dear Mr Fantasy et que tous deux se remémorent Presence of The Lord du temps de Blind Faith.
Au total 21 titres, autant de pierres précieuses toutes archiconnues c'est vrai mais interprétées avec maestria pour un disque parfaitement réussi mais je le répète et concède qui n'apporte rien de nouveau.
Une remarque sur la pochette, nulle part il n'est indiquée la date d'enregistrement de ces concerts ! Alors sachez qu'ils eurent lieu les 25, 26, 28 février 2008 et que le CD est un assemblage de plusieurs de ces concerts.
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21.05.2009
Hôtel près d’une voie ferrée
C'est la fin du printemps ou le début de l'été, en tout cas il fait chaud. Ils ont voyagé toute la journée, ils arrivent d'un Etat du Sud car il a lu dans le journal que General Motors engageait du personnel pour ses usines de Détroit. Ils ont tout abandonné, vendu la petite maison en bois, chargé leurs quelques meubles et biens sur le toit de la voiture et les voilà dans le Michigan, dans ce petit hôtel minable près de la gare où ils ont trouvé une chambre, pas trop chère et dans leurs moyens.
Le jour décline, la touffeur s'estompe mais bien que la fenêtre soit grande ouverte, nul brin d'air ne vient aérer la chambre. Elle, a fait une rapide toilette pour se rafraîchir et maintenant, assise dans le fauteuil en combinaison, les cheveux libres, elle se repose en lisant quelques versets de la Bible de Gédéon trouvée dans le tiroir de la table de chevet. Lui, a tombé la veste, il fume en regardant par la fenêtre et bien que le mur en vis-à-vis tout proche lui bouche l'horizon, il n'en a cure car en fait il pense. Il réfléchit à leur avenir, à l'entretien d'embauche prévu pour demain matin. Néanmoins il est confiant, en ce début des années cinquante l'Amérique est en train d'inventer la modernité, la campagne présidentielle bat son plein, d'ailleurs il entend au loin les échos d'un meeting de soutien à Eisenhower. Elle et lui ne sont pas inquiets, ils savent que l'avenir s'annonce superbe, ils ont laissé derrière eux la gangrène de la misère, ils ont foi dans leurs capacités, ils font confiance à leur pays et Dieu marche à leurs côtés.

Hôtel près d'une voie ferrée (Hotel by a railroad ) de Edward Hopper (1882-1967). Huile sur toile 79,4 x 101,9 cm peinte en 1952 et conservée au Smithsonian Institution.
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