31.10.2009

L’heure de la citrouille

Il y a peu je critiquais le changement d'heure, me plaignant du fait qu'il faille allumer les lumières plus tôt le soir. Bien que ce soit vrai cela a aussi ses avantages. Aujourd'hui c'est Halloween et bien que je me contrefiche de cette fête en tant que telle, je vais néanmoins profiter de l'occasion pour ressortir ma citrouille de son placard où elle dort toute l'année afin de m'en servir comme lumignon. Car je dois dire que j'apprécie énormément les éclairages aux chandelles, les bougeoirs avec leurs bougies dont la lueur vacillante créé une ambiance à peu de frais.

Dès que la luminosité tombera, vers dix-sept heures à peu près, je vais allumer la petite bougie plantée au centre de ma citrouille qui d'un coup d'un seul va devenir magique. Lumières douces, musique classique, un bon bouquin et une tasse de thé, la fin d'après-midi s'annonce on ne peut mieux. Et comme il serait bête de se  priver d'aussi bons moments, je vais certainement laisser le légume orange orner ma cheminée pendant plusieurs jours encore. Bientôt arrivera décembre, prétexte encore aux décorations et éclairages tamisés. L'hiver est la saison préférée des esprits casaniers et des hobbits. « Dans un trou vivait un hobbit. Ce n'était pas un trou déplaisant, sale et humide, rempli de bouts de vers et d'une atmosphère suintante, non plus qu'un trou sec, sablonneux, sans rien pour s'asseoir ni sur quoi manger : c'était un trou de hobbit, ce qui implique le confort ».     

 Citrouille 0354.jpg

 

29.10.2009

Elles, toujours elles

« On court après les femmes par peur de la solitude, et l'on reste avec elles en raison d'une soif égale à cette peur. »

                            Cioran  Le crépuscule des pensées

 

28.10.2009

La carte au mur

Dans mon bureau, sur le mur face à moi, j'ai punaisé une carte du monde. Un cadeau de Médecins sans frontières que vous aussi avez peut-être reçu  lors d'une de leurs opérations de levées de fonds. Les Amériques et l'Europe sont en dégradés de verts, l'Afrique en oranges, l'Asie en roses, l'Australie en jaunes et les mers en bleus.

Cette carte n'a rien d'extraordinaire mais pourtant comme toutes les cartes elle me fascine. Voir le monde réduit à cette feuille de papier d'une centaine de centimètres de large seulement, c'est pour moi ce que l'esprit humain a le mieux réussi. Tout mettre en si peu de place. Et en même temps c'est la porte ouverte à toutes les interrogations, à tous les délires et les prises de tête. Car si le monde entier est entièrement contenu sur cette carte affichée face à moi, l'une des premières questions qu'on se pose c'est qu'y-a-t-il au-delà de cette carte ? Déjà l'Alaska qui fuit par le bord gauche de la carte, par un tour de passe-passe apparaît sur le bord droit, la masse verte semblant tendre ses lèvres en un baiser gourmand à la masse rose de l'Asie sur une zone érogène nommée détroit de Béring.

Et si moi de ma position je domine d'un coup d'œil le monde entier c'est que j'en suis exclus et bien loin. Mais alors où suis-je donc ? Je m'imagine installé dans mon confortable fauteuil de bureau mais en vérité je suis bien loin de tout ça. Si j'avais le courage de me lever de mon siège et de m'approcher de cette carte, peut-être qu'en scrutant de très près et éventuellement avec l'aide d'une loupe, la large tache jaune de l'Australie, j'apercevrais des kangourous bondissants dans le bush. Plus fort encore, cette surface nommée France avec un gros point appelé Paris, si je colle mon nez sur ce mot en clignant des yeux pour forcer ma vision, peut-être qu'entre les jambes du A je verrais - en tout petit petit - mon bureau de la rue du Temple et si je fais un très gros effort il se peut que je me voie en train de ne rien foutre à somnoler vautré dans mon fauteuil en regardant une carte merdique punaisée sur un mur.

Mais si je me vois peut-être que vous aussi vous me voyez si vous avez la même carte. Parfois je me fais peur et ça m'inquiète.   

27.10.2009

Remise à l'heure

Dans la nuit de samedi à dimanche nous avons changé d'heure. Deux fois l'an nous devons remettre à l'heure tous les appareils domestiques qui ne savent pas le faire eux-mêmes. Cette remise à niveau porte ses fruits ; la semaine dernière - avant le changement d'heure donc - quand je me levais le matin à l'aube pour aller bosser, j'allumais la lumière, ce lundi - après le changement d'heure donc - j'allume toujours la lumière. La semaine dernière - avant le changement d'heure donc - quand je rentrais du travail je n'avais pas besoin d'allumer la lumière durant une petite heure, hier quand je suis rentré du travail à la même heure, j'ai allumé la lumière immédiatement !

Je n'ai certainement pas bien compris le but de la manœuvre, car tout ce que je constate c'est que je vais dépenser plus d'électricité !   

26.10.2009

Ma semaine télé du 19 au 25 octobre

Soupçons.jpgLundi ARTE rediffusait un Hitchcock et il est très difficile d'y résister, alors je n'ai même pas tenté d'échapper à Soupçons. La pauvre mais fortunée Joan Fontaine épouse un drôle de coco, Cary Grant, impeccable dans un rôle particulièrement agaçant de gigolo gaspillant l'argent de sa femme, la logique voudrait qu'il se débarrasse de l'épouse pour en hériter et le scénario nous entraîne dans cette voie mais Cary Grant - allons, allons ! - n'est pas si mauvais. 

Mercredi, un peu de sport pour ne pas rouiller, j'enfile mon short, un tee-shirt et je m'assois sur le banc des remplaçants pour suivre le match de football Bordeaux/Bayern Munich. Un match haletant où l'ascendant passait d'une équipe à l'autre sans que les Français fassent le break, poussant le vice jusqu'à rater deux penalty ! Le pinard l'emporte sur la bière mais j'avais la gorge sèche quand l'arbitre a sifflé la fin du match.

Jeudi sur France5 l'émission littéraire de François Busnel La Grande Librairie. Invité, Michel Déon l'académicien arrivé à un âge respectable comme on dit, dont on édite un extrait de son Journal. J'ai surtout noté qu'il faudra que je lise le Eastwood.jpgJournal de Paul Morand évoqué au cours de cet entretien ! L'émission à peine terminée je zappe sur France3 pour revoir la fin de Créance de sang le film de et avec Clint Eastwood. Un polar adapté du bouquin de Michael Connelly. Le casting n'est pas terrible ce qui donne comme l'écrit mon magazine de télé « un film mineur mais empreint de mélancolie et d'une élégante sobriété ».

Le lendemain sur France2 Nicolas Le Floch est de retour pour un nouvel épisode. Adaptation des polars de Jean-François Parot, Nicolas Le Floch est commissaire au Châtelet sous le règne de Louis XV et ses enquêtes le mènent Nicolas Le Floch.jpgdes salons huppés de la bourgeoisie à la cour du Roi en passant par les bas-fonds de la capitale. Décors et costumes chiadés, dialogues ampoulés, sympathique sans être inoubliable. Néanmoins un bel effort du service public pour nous donner un programme de qualité.

Dimanche soir, j'ignore superbement Johnny Depp et les Pirates des Caraïbes - contrairement à vous si j'en juge aux chiffres de l'Audimat - car l'Inspecteur Barnaby m'attend sur France3 pour une enquête plutôt réussie.

Une semaine de télé comme je les aime, avec du foot, de la littérature et un Hitchcock, personnellement je n'en demande pas plus.

25.10.2009

Joe Louis Walker : Between a Rock and the Blues

Joe Louis Walker.jpgEncore un disque de blues direz-vous et j'avoue que c'est dans cette musique que je tire le plus de satisfactions. Superbe ou quelconque le blues restera toujours ma musique préférée. Ce mois-ci j'ai craqué pour Joe Louis Walker - dont je n'avais aucun disque - pourtant le bougre n'est pas un jeunot à peine éclos de son œuf puisqu'il est né en 1949 et fréquenté Mike Bloomfield. Son album Between a Rock and the Blues est produit par Duke Robillard, une référence, venu avec quelques pointures de son entourage habituel soutenir les efforts de Walker. Nous retrouvons donc entre autres, Mark Teixeira à la batterie, « Sugar » Ray Norcia à l'hamonica et le Duke himself à la guitare sur l'un de ses titres Tell Me Why repris sur ce CD.

Chaque morceau ou presque offre un aspect intéressant du blues. Sur Way Too Expensive, ce sont les vocaux rageurs, sur I'm Tide qui ouvre le CD c'est le rythme enlevé et ses solos de guitare simples mais bien balancés, avec Eyes Like A Cat le piano et le saxophone se distinguent, Hallways est un blues pleureur comme il se doit, Blackjack avec ses trilles de piano vaut le détour, et nous avons un blues rock avec I've Been Down. La fin du CD propose Big Fine Woman où Joe Louis Walker actionne la wah-wha avant de terminer en beauté sur Send You Back un blues acoustique avec harmonica.

Au final douze titres pour les douze mesures du blues, le compte est bon et l'affaire entendue, un bon disque pour les amateurs du genre.     

24.10.2009

Le repas

Des amis sont attendus pour dîner ce soir. Amis de toujours, nous ne nous voyons que rarement en fait, mais toujours avec plaisir et pour que ce bonheur soit complet nous ne pouvons le concevoir qu'autour d'une table bien garnie en plats et bouteilles que nous ne buvons qu'avec modération comme le veulent les consignes, non pas des bouteilles mais des médecins.

Après l'élaboration du menu qui nous a occupé toute la semaine, les courses et les préparatifs nous ont mobilisés la journée entière, ou presque. L'époque se prête volontiers aux repas rustiques qui enflamment mon imagination avant que d'affoler mon estomac. Aux étals des bouchers volaillers, pendent ou s'étalent les corps des gibiers et volatiles promesses d'agapes réussies et me remettent en mémoire ces textes de Rabelais, Balzac, Dumas et tant d'autres qui me faisaient saliver à mesure que j'en tournais les pages. Je citerai pour l'exemple cet extrait du Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand - comme vous n'êtes pas sans le savoir - tiré du second acte « Les fours, dans l'ombre, sous l'escalier, rougeoient. Des cuivres étincellent. Des broches tournent. Des pièces montées pyramident, des jambons pendent. C'est le coup de feu matinal. Bousculade de marmitons effarés, d'énormes cuisiniers et de minuscules gâte-sauces foisonnent de bonnets à plume de poulet ou à aile de pintade. On apporte, sur des plaques de tôle et des clayons d'osier, des quinconces de brioches, des villages de petits fours. Des tables sont couvertes de gâteaux et de plats. » Toutes proportions gardées, dès le matin nous en étions là ma femme et moi.

Les pintades étaient farcies et attendraient sagement d'aller au four. Les légumes de saison rangés sur le plan de travail étaient lavés et débarrassés de leurs habits sales ou non consommables. Le chou débité en morceaux cuisait dans une première eau, pendant ce temps les carottes finissaient en rondelles dans une passoire bien vite rejointes par deux beaux oignons qui m'arrachèrent des larmes de bonheur quand débarrassés de leurs pelures ils m'apparurent luisants et odorants. Une grosse barre de lard dont je découpe la couenne en une longue lanière dodue avant de tailler en lardons le reste de la chair. Dans le grand faitout, graissé de haut en bas avec la couenne, je verse les légumes et le lard pour de longues heures de cuisson. Ce soir nous réchaufferons les légumes, mijoté ce n'en sera que meilleur et nous y rajouterons quelques pommes de terre pour ceux qui ont grand faim.

Nous ne savons pas si les invités arriveront les mains dans les poches et la serviette autour du cou, ou bien s'ils apporteront un dessert. Dans l'expectative, nous optons pour un dessert simple qui pourrait être remisé au frigo s'il venait à faire double emploi. Nous préparons une belle compote de pommes, complétées de poires bien juteuses en fin de cuisson. Une fois cuite, je la mets à refroidir sur le balcon. Au réfrigérateur, le froid casserait sa saveur et son onctuosité. Elle sera servie dans des verrines, accompagnée d'une belle tranche de brioche à l'ancienne.

Je vérifie que nous n'avons pas oublié les fromages ni le délicieux pain frais multi céréales dont nous régale notre boulanger. Les vins sont remontés de la cave, le blanc pour l'apéritif séjournera quelques temps au frais, quant au Bourgogne rouge bien avant l'heure du repas il sera débouché pour laisser les arômes prendre de l'ampleur. Les amuse-gueule pour l'apéro seront préparés à la dernière minute.

En fin d'après-midi, je dresserais le couvert pendant que ma femme se passera un coup de peigne et nous serons prêts. J'ai déjà une petite faim.     

 

 

23.10.2009

Le figaro des Blancs-Manteaux

Avec ce titre on se croirait dans une enquête de Nicolas Le Floch, en fait il s'agit d'un fait beaucoup plus prosaïque. Je devais aller chez le coiffeur, ici j'ouvre une parenthèse, figure de style puisque vous ne voyez pas de parenthèse mais une virgule, bref j'ouvre, quand on a plus beaucoup de cheveux comme moi, paradoxalement il faut aller chez le coiffeur plus régulièrement que les autres sinon on a le crâne qui ressemble à un buisson maigrichon mal taillé, trop de cheveux ici mais pas assez là. Une répartition inégale est toujours source de troubles. Je referme ici la parenthèse dont vous chercherez longtemps encore la trace. En supposant que vous ayez le temps et plus encore, que cela vous importât.

D'habitude je favorise l'artisan qui tient pignon sur rue près de chez moi mais cela m'oblige à y aller soit le soir, soit le week-end. Afin de gagner du temps, une fois n'est pas coutume je suis allé chez un coiffeur du quartier où je travaille pendant mon temps de déjeuner. J'ai déjà écrit ici que je fuyais ces commerces dans l' « hair » du temps, tout en clinquant, musique branchée et frime, assez nombreux autour de mon bureau proche du Marais.

J'avais le souvenir d'un coiffeur installé non loin de là, que j'ai retrouvé au flair, en sillonnant les rues du quartier. Rue des Blancs-Manteaux, entre la rue du Temple et celle des Archives, la boutique est plantée là depuis une éternité au moins, l'actuel coiffeur y officiant depuis une trentaine d'années et je crois qu'il a repris l'activité de son patron qui lui-même etc. Le salon n'a rien de remarquable, d'ailleurs j'écris salon mais je pense plutôt à cuisine, car il n'y a aucun confort, la décoration est inexistante. Deux fauteuils mais un seul coiffeur, le second (fauteuil) ne servant qu'à y déposer divers accessoires comme la blouse que le client hirsute doit enfiler avant de se faire tondre - et non l'inverse comme certains l'imaginent. Cinq sièges (de camping ?) autour d'une table basse jonchée de magazines pour les patients dans la zone d'embarquement, un minuscule perroquet pour y suspendre votre pardessus et le comptoir riquiqui qui sert de caisse.

L'artiste opère dans votre dos avec ciseaux, rasoir, tondeuse antique ; autour du lavabo la bouteille de Pétrole Hahn et celle d'Eau de Cologne pour les clients précieux. Si vous êtes pressé il est préférable d'annoncer la couleur tout de suite car le patron d'origine pied-noir ne laisse jamais sa langue prendre quelques instants de repos. S'il a compris que vous ne serez pas un partenaire de bavardage à la hauteur de sa réputation, il saute sur toutes les occasions annexes, saluant les passants qui le connaissent et depuis trente ans, il en connaît du monde le bougre. « Bonjour facteur ! » « Salut Robert ! » « Ca va ? », de mon fauteuil j'observe le manège sans trop savoir si le spectacle est à l'extérieur ou si nous sommes le spectacle. Les passants passent et nous regardent en agitant souvent la main, je les regarde comme un bœuf un train, tout en écoutant les commentaires du coiffeur. Parfois je jette un œil vers le portemanteau en songeant que le perroquet n'est pas toujours celui qu'on croît.

Enfin, car il y a quand même une fin, la coupe est pleine. Pardon, la coupe est terminée et je règle une somme modique avant de retourner au turbin.           

21.10.2009

La pendaison serait trop sordide

Encore une journée de finie. Une journée de boulot banale, comme d'habitude. Depuis plusieurs mois Roger se sentait déprimé, plus rien ne l'intéressait et lentement il glissait dans la déprime la plus complète. Au bureau il s'ennuyait à mourir et son travail il le faisait machinalement, par routine. Parfois il envisageait de changer de boîte, de faire un autre métier, mais avec le chômage qui régnait s'était risqué. Roger n'était plus très jeune et se reconvertir à son âge ce n'était pas une mince affaire. Et encore, s'il n'y avait que son travail ! Le soir quand il rentrait chez lui, la maison était vide. Roger était célibataire et vivait seul depuis bien trop longtemps, ce n'était pas un choix délibéré mais un concours de circonstances. Il n'avait jamais rencontré une femme qui l'intéresse assez pour pousser plus loin de brèves liaisons dont il sortait le plus souvent meurtri. Ayant du mal à donner, il recevait peu. Du coup les relations avec une éventuelle partenaire restaient superficielles. Alors il avait rayé les femmes de sa vie ; tout comme le cul-de-jatte ignore le football par impossibilité physique, Roger délaissait les femmes pour « incompatibilité intellectuelle ». Il le regrettait un peu, bien sûr, mais tant pis ! Et puis quand l'appel des sens était trop fort, il restait les professionnelles.

            Ainsi petit à petit Roger songea au suicide. Après tout il ne lui restait aucune famille, donc il ne ferait de peine à personne. Evidemment il avait quelques amis, ou des relations pour être plus exact ; bof ! après deux ou trois jours de peine due à la surprise principalement, ils l'oublieraient. Il n'avait rien à offrir à son entourage, aucun message à délivrer à l'Humanité. Pourquoi s'emmerder à vivre plus longtemps dans ces conditions ? Et puis, il y avait peut-être un paradis après la mort ? En son for intérieur il était certain que non mais comme disait le philosophe Pascal, ça ne coûte rien d'y croire et ça peut rapporter gros.

            Maintenant, le plus difficile c'était de trouver le meilleur moyen de se suicider. Les manières étaient nombreuses, bien peu réellement satisfaisantes. Par exemple le gaz, on ferme les fenêtres, on branche la cuisinière et hop ! ... Et hop ! On fait sauter tout l'immeuble. Faut pas déconner. Ce n'est pas parce qu'on veut en finir qu'il faut emmener ses voisins avec soi pour l'ultime excursion, surtout quand on ne pouvait pas les blairer. Donc le gaz ça n'allait pas.

            La pendaison c'était trop sordide, franchement ça ne lui disait rien. Non, trois fois non ! La pendaison papa, ça ne se commande pas. Le poison c'était dégueulasse. Avaler tous ces trucs, les gargouillis dans l'estomac, beurk ! Pour peu qu'il se goure dans les doses, ça doit être horriblement douloureux. Les barbituriques, c'est le même problème. La noyade, avec un pavé autour du cou ça fait un peu charlot ! En plus il avait horreur de l'eau.

            Un truc pas mal, c'est d'aller se crasher contre un camion avec sa bagnole, pied au plancher, la nuit, on fonce sur la route avec le lecteur de CD qui hurle un rock bien speed. Ca c'est chouette ! Mais, si à la dernière minute, il donnait un coup de volant pour éviter l'obstacle, l'instinct de conservation ça existe. La voiture se retourne, il est blessé et finit ses jours paralysé dans une chaise roulante, comme un légume...

            Finalement le suicide est un moyen très aléatoire d'en finir avec la vie. On peut toujours dire qu'on va faire ci ou çà mais à la dernière seconde le réflexe de survie peut jouer et alors... ? Et alors, bon sang mais c'est bien sûr ! Il ne faut pas se suicider... mais se faire suicider ! Là c'est imparable.

            Roger était heureux il avait enfin trouvé le moyen d'en finir. Il allait engager un tueur à gages qui n'aurait aucuns scrupules à le descendre du moment qu'il aurait touché son fric avant. Le tout était de trouver le tueur. Quand on habite les Etats-Unis comme Roger ce n'est pas vraiment un problème, il suffit d'ouvrir le journal et de lire les annonces. Encore faut-il avoir le bon journal ou la bonne revue, bien entendu. Les revues spécialisées ce n'est pas ce qui manque, rien que pour vous donner une idée, il y en a une qui ne publie que des photos couleur de meurtres ou cadavres réels, WET plus sympa, mais spécialisé dans les articles ayant un rapport avec l'eau, photos de salles de bains ou mémoires de plombiers. Tout un tas de trucs vachement passionnants. Bien entendu il y a des revues pour les obsédés des abris atomiques où on trouve des adresses pour acheter des conserves qui résistent aux radiations atomiques et tout ce qu'il faut savoir si on veut survivre dans son blockhaus après une guerre nucléaire.

            Dans le cas de Roger, il lui fallait des magazines spécialisés dans les armes. On y trouvait des annonces pour engager des mercenaires qui iraient faire des guerres idéologiques en Afrique, ou bien des annonces plus vagues où des baroudeurs proposaient leurs services pour tout type d'intervention, rémunération en proportion du service rendu.

            Roger repéra une annonce et écrivit une lettre courte et floue pour prendre contact. Finalement le correspondant se montra très compréhensif. Pour remplir son contrat l'homme exigeait une somme assez élevée mais pour Roger l'argent n'avait plus de valeur. Le tueur se proposait d'exécuter le contrat sous dix jours. Bien entendu le suspense serait intolérable, c'était l'inconvénient du procédé, aussi Roger décida-t-il de passer ses derniers jours ou ses dernières heures, il n'en savait rien, à boire et traîner dans les bars.

            Un soir qu'il errait de boîtes en boîtes il échoua dans un night-club. Il commanda son nième bourbon de la soirée. A côté de lui, une fille était affalée au bar, éméchée et parlant toute seule, racontant sa vie à qui voulait l'écouter. Roger qui en tenait une bonne lui aussi se mêla à la conversation de la fille. Ils se racontèrent leurs petites misères en noyant leurs chagrins respectifs dans des alcools secs. La nuit était bien entamée, Roger ramena la fille chez lui. Bourrés comme ils l'étaient, à peine couchés ils s'endormirent comme des masses. C'est l'odeur qui réveilla Roger. Etonné, il regarda autour de lui, ça ressemblait à son appartement mais il y avait quelqu'un dans la cuisine qui préparait du café et des œufs sur le plat. Il avait un mal au crâne pas possible et ne se souvenait pas de la nuit passée.

            Quand la fille entra dans la chambre avec le plateau du petit-déjeuner il n'en crût pas ses yeux. Elle était superbe, vêtue d'une de ses chemises, trop grande pour elle, comme seul vêtement. Elle semblait en pleine forme et lui versa une tasse de café comme si de rien n'était. Roger l'avala d'un trait avant de poser la première question. Avec l'aide de Jenny ils reconstituèrent leur soirée, leur dérive de bars en bars avant de finir par s'écrouler chez lui.

            Jenny tout comme lui voulait mourir, c'est pourquoi il l'avait trouvée dans ce club où elle s'enivrait pour se donner du courage avant d'aller se jeter à l'eau. Un chagrin d'amour lui confia-t-elle. Mais maintenant, avec le soleil qui brillait, l'envie de mort était moins forte et moins urgente. Ils discutèrent longtemps, assis sur le lit, le plateau entre eux deux. La fille qui reprenait goût à la vie était plutôt rigolote et Roger la trouvait sympathique. Ils passèrent la journée au lit et une nuit encore. Le lendemain Roger se senti amoureux, prêt à tenter sa chance avec Jenny. Pour une fois qu'une fille lui plaisait réellement.

            Roger se leva de bonne humeur pour sortir acheter du lait et des œufs pour le breakfast, Jenny dormait encore, le visage enfoui dans ses cheveux blonds.

            En revenant de chez l'épicier, Roger s'arrêta dans une cabine téléphonique décidé à appeler le tueur. Il fallait annuler leur marché. Il n'aurait qu'à garder l'argent. Roger composa le numéro sur le cadran et c'est à cet instant que la paroi en verre bleuté de la cabine explosa sous l'impact de la balle de fusil.

 

20.10.2009

Les Amazones

J'ai lu l'information récemment, Michel Ferrary un professeur du CERAM (Ecole Supérieure de Commerce de Nice-Sophia Antipolis) a étudié entre 2002 et 2006 pas loin de 42 grandes sociétés françaises et il a constaté que celles qui employaient plus de 35% de femmes, voyaient leur Chiffre d'Affaires progresser davantage que les autres.

Du coup je me suis plongé dans l'organigramme de ma boîte et j'ai pris conscience du fait que les principaux postes clé dans mon entreprise étaient occupés par des femmes. La directrice générale la reine Christine, la directrice du réseau de nos magasins avec un nom de ketchup, la directrice financière au nom à rallonge et la directrice de la communication qui fleure l'impressionnisme. J'aurais aussi pu citer la responsable de la centrale d'achats Valérie qui se dépêche toujours et tant d'autres tout aussi inoubliables.

Le problème c'est que ça ne colle pas avec les résultats de l'étude précitée. Le chiffre d'affaire n'est pas du tout mirobolant. Mais à la relecture de l'article je réalise que je l'ai mal interprété, il ne s'agit pas d'avoir plus de 35% de femmes aux postes de décisions, il faut avoir un gros tiers de femmes dans l'entreprise. Toutes comme celles que j'ai citées ? Soudain je me suis réveillé couvert de sueurs.

   

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