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23/10/2009

Le figaro des Blancs-Manteaux

Avec ce titre on se croirait dans une enquête de Nicolas Le Floch, en fait il s'agit d'un fait beaucoup plus prosaïque. Je devais aller chez le coiffeur, ici j'ouvre une parenthèse, figure de style puisque vous ne voyez pas de parenthèse mais une virgule, bref j'ouvre, quand on a plus beaucoup de cheveux comme moi, paradoxalement il faut aller chez le coiffeur plus régulièrement que les autres sinon on a le crâne qui ressemble à un buisson maigrichon mal taillé, trop de cheveux ici mais pas assez là. Une répartition inégale est toujours source de troubles. Je referme ici la parenthèse dont vous chercherez longtemps encore la trace. En supposant que vous ayez le temps et plus encore, que cela vous importât.

D'habitude je favorise l'artisan qui tient pignon sur rue près de chez moi mais cela m'oblige à y aller soit le soir, soit le week-end. Afin de gagner du temps, une fois n'est pas coutume je suis allé chez un coiffeur du quartier où je travaille pendant mon temps de déjeuner. J'ai déjà écrit ici que je fuyais ces commerces dans l' « hair » du temps, tout en clinquant, musique branchée et frime, assez nombreux autour de mon bureau proche du Marais.

J'avais le souvenir d'un coiffeur installé non loin de là, que j'ai retrouvé au flair, en sillonnant les rues du quartier. Rue des Blancs-Manteaux, entre la rue du Temple et celle des Archives, la boutique est plantée là depuis une éternité au moins, l'actuel coiffeur y officiant depuis une trentaine d'années et je crois qu'il a repris l'activité de son patron qui lui-même etc. Le salon n'a rien de remarquable, d'ailleurs j'écris salon mais je pense plutôt à cuisine, car il n'y a aucun confort, la décoration est inexistante. Deux fauteuils mais un seul coiffeur, le second (fauteuil) ne servant qu'à y déposer divers accessoires comme la blouse que le client hirsute doit enfiler avant de se faire tondre - et non l'inverse comme certains l'imaginent. Cinq sièges (de camping ?) autour d'une table basse jonchée de magazines pour les patients dans la zone d'embarquement, un minuscule perroquet pour y suspendre votre pardessus et le comptoir riquiqui qui sert de caisse.

L'artiste opère dans votre dos avec ciseaux, rasoir, tondeuse antique ; autour du lavabo la bouteille de Pétrole Hahn et celle d'Eau de Cologne pour les clients précieux. Si vous êtes pressé il est préférable d'annoncer la couleur tout de suite car le patron d'origine pied-noir ne laisse jamais sa langue prendre quelques instants de repos. S'il a compris que vous ne serez pas un partenaire de bavardage à la hauteur de sa réputation, il saute sur toutes les occasions annexes, saluant les passants qui le connaissent et depuis trente ans, il en connaît du monde le bougre. « Bonjour facteur ! » « Salut Robert ! » « Ca va ? », de mon fauteuil j'observe le manège sans trop savoir si le spectacle est à l'extérieur ou si nous sommes le spectacle. Les passants passent et nous regardent en agitant souvent la main, je les regarde comme un bœuf un train, tout en écoutant les commentaires du coiffeur. Parfois je jette un œil vers le portemanteau en songeant que le perroquet n'est pas toujours celui qu'on croît.

Enfin, car il y a quand même une fin, la coupe est pleine. Pardon, la coupe est terminée et je règle une somme modique avant de retourner au turbin.