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30.04.2008

La cantine

Il y avait longtemps que je n’avais pas évoqué le cas de la cantine ou plus précisément du restaurant d’entreprise. Et si j’en parle c’est que ça ne va pas et que je me plains. Voilà mon problème, à chaque fois que nous sommes en période de congés scolaires, les menus de la cantine deviennent quelconques – euphémisme pour ne pas dire dégueulasses – Je ne sais pas si c’est dans ma boite exclusivement ou si c’est partout pareil, mais en tout cas c’est systématique, pendant cette période ils nous servent des plats peu appétissants, des viandes qui baignent dans des sauces suspectes qui cachent le produit, des légumes tristounets, des pates molles etc. A croire qu’en cuisine il n’y a qu’un seul cuistot qui connaisse son métier et qu’il est toujours barré en vacances avec ses mômes ? Je me réjouissais des congés scolaires car il y a moins de monde au restaurant, mais maintenant je les maudis car durant ce temps on y mange mal, cruel dilemme. Vivement la fin des vacances !   

 

29.04.2008

Jiang Rong : Le Totem du Loup

948219637.jpgLe Totem du loup nous narre l’histoire d’un étudiant chinois envoyé en rééducation chez les peuples nomades de Mongolie en 1967 alors que nous sommes sous l’ère Mao et la Révolution Culturelle.

Le jeune lettré va vite tomber sous le charme de la vie mongole, faite de sagesse et de prévoyance où la Nature est déifiée et où le loup est un symbole tout puissant dont le peuple nomade descendant de Gengis Khan a fait son totem. Formé par le vieux Bilig, un chasseur émérite, Chen Zen va apprendre les règles de vie que nous enseigne la  Nature , le respect des animaux tués pour manger, la sélection naturelle et le grand cycle de la vie dans la steppe où chacun est la proie et le chasseur ce qui participe à l’équilibre général. La vie est rude en Mongolie mais tous en connaissent la loi et l’acceptent. Fasciné par les loups Chen Zen va tout faire pour en élever un afin de mieux comprendre le caractère de cet animal qui place la liberté au-dessus de tout.

Le bouquin fait un carton en Chine où on en a déjà vendu plus de 20 millions d’exemplaires car ses métaphores évoquent la vie politique et le joug qui empêche toute rébellion, alors que le loup devient un modèle à suivre pour le peuple Chinois s’il veut faire son trou dans un monde moderne où domine la logique de la compétition économique. Son auteur Jiang Rong (pseudonyme) est professeur d’histoire et d’économie né dans une famille de militaires et a passé une dizaine années en Mongolie comme volontaire. Sa connaissance de la nature et des mœurs des loups, marmottes et autres habitants de la steppe, font de son roman un magnifique livre d’éducation qui se lit à différents niveaux. Les droits cinématographiques ont déjà été achetés par Peter Jackson le réalisateur. Après le Seigneur des Anneaux, le Saigneur des Animaux ? Un bouquin vivement conseillé pour la bouffée d’espace et de liberté qui s’en dégage.

« Le louveteau mangeait ce qu’on lui donnait et dormait comme une souche. Mais il guettait la moindre occasion de s’enfuir. Pour lui, la vie était aussi précieuse que la liberté : il voulait l’une et l’autre ! On retrouve parfois cette force d’âme chez les humains, comme les révolutionnaires tombés dans les mains du Guomindang ou des Américains, mais ces militants ne formaient qu’une petite élite de la nation chinoise. Chez les loups c’était une qualité permanente, générale et transmise de génération en génération. Elle s’était également transmise au peuple mongol qui avait fait du loup son totem, respectant cet animal en tant que dieu de la Guerre et maître ancestral." 

Jiang Rong  Le Totem du Loup  chez Bourin Editeur 

Animations - wolf-01

27.04.2008

Flash-back

Je suis très Stones en ce moment conséquence de la sortie récente du CD et du film dont j’ai déjà parlé ici et ça me rappelle un excellent souvenir. Nous sommes en 1971 ou 1972, c’est le mois de juin, il fait très beau et chaud, le lycée Victor Puiseux d’Argenteuil va fermer ses portes dans quelques jours à peine, les cours ne sont plus suivis, ne traînent dans l’établissement que ceux qui y passent des examens, ou ceux qui y viennent pour le seul plaisir de retrouver leurs potes qui ne sont pas encore partis en vacances. Nous avons déconné toute la journée, joué au football dans la cour sous le regard envieux de ceux qui planchent leur examen derrière les vitres de leurs classes, bronzé allongés sur les pelouses quand par je ne sais plus quel concours de circonstances certains d’entre nous décidèrent d’organiser un concert dans une salle de classe inoccupée. Vous vous dites, mais comment ont-ils pût investir l’établissement avec guitares et amplis sans déclencher les foudres des autorités ? C’est là que l’événement prend toute sa saveur. Car il ne s’agissait pas de jouer sur scène, instruments branchés, mais de mimer un concert ! Nous venions d’inventer le karaoké sans le savoir. Mon pote, que dis-je, mon ami Jean-Michel déjà fan furieux des Rolling Stones et connu de tout le lycée pour ce vice, se proposait de rejouer devant tous ceux qui voudraient y assister, l’album live des Stones Get Yer Ya-Ya’s Out !

En peu de temps le bruit se répandit dans le bahut qu’un concert mémorable se préparait dans une salle du premier étage. Les tables et les chaises furent empilées dans le fond de la classe, un coin de la pièce étant réservé aux artistes et à la table sur laquelle un électrophone était installé. Cinq types s’agitèrent bien vite devant leur public alors que le disque à donf ! hurlait les classiques Stoniens. Jean-Mi déjà cité était un Mick Jagger convainquant, possédant tous les plans de son idole, il le mimait à la perfection, tortillements du bas ventre, mimiques de bouche, et comme il connaissait les paroles des chansons par cœur, nous avions l’illusion de voir le chanteur des Stones ! A la batterie l’ami Gilles, tout en muscles à l’époque, s’escrimait comme un beau diable sur une batterie imaginaire mais que nous voyions tous, alors qu’aux guitares des compères dont les noms m’échappent aujourd’hui prenaient des solos mémorables sur des Fender invisibles et qu’à la basse (Etait-ce bien toi Alain ?) un autre ami faisait courir les doigts de ses mains sur un manche virtuel. La musique hurlait, le public gueulait, les mimes s’agitaient comme des possédés, Jumpin’Jack Flash et Love In Vain se succédaient, pour Midnight Rambler Jean-Mi torse nu et à plat ventre restituait à merveille un concert des Stones pour ceux qui ne les avaient jamais vus, sur Sympathie For The Devil toute la classe fit les chœurs « Hou hou ! Hou hou ! ». Quelques professeurs attirés par le chahut passèrent la tête par la porte, la sur-gé (surveillante générale) intervint mais après une courte négociation elle toléra que le groupe termine son « concert » sous les vivas du public enchanté. A la réflexion je me demande si ce n’est pas le plus beau concert des Rolling Stones que j’aie jamais vu.

26.04.2008

Liberté conditionnelle

Ma femme est partie. Disons qu’elle est partie en vacances. Comme tous les ans à la même époque, vacances scolaires obligent, elle loue un cottage à Center Park Normandie ou Sologne selon les disponibilités et elle y passe une semaine avec l’une de ses filles et ses cinq petits-enfants. Dès la première année j’ai fourni un mot d’excuse pour expliquer mon absence, les gosses moi ça me gave, alors cinq réunis sous le même toit, cousins et cousines qui ne se sont pas vus depuis plusieurs mois, ça rit, ça crie, ça pleure, ça veut ci, ça veut ça, ça veut pas faire ceci, ça veut pas faire cela. Stop ! Je suis déjà épuisé rien que d’y penser. En plus Center Park c’est bien quand on a des gosses, ils peuvent jouer partout en toute sécurité ou bien se baigner à la piscine avec toboggan, mais quand on est adulte, un jour ou deux ça va, on se balade deux ou trois fois dans les sous-bois et puis après on s’emmerde (moi en tout cas, car j’ai horreur de me baigner) et Center Park ressemble alors au village du Prisonnier, la fameuse série télévisée (« Je ne suis pas un numéro ! »). Ayant mis les choses au clair dès le début, je me retrouve donc célibataire une semaine par an. Au début je m’en faisais une joie, une semaine complète à ne faire que ce que je veux, quand je le veux, whaou ! Mais la réalité a rattrapé le fantasme, d’abord c’est une semaine qui va de vendredi à vendredi, donc je n’ai qu’un week-end à être seul, le reste du temps je bosse et je ne vois pas trop le temps passer et quand c’est mon week-end de célibataire après que j’aie fait la grasse mâtinée sans être réveillé par le chat, fait le grand ménage car avec ce temps printanier j’ai une envie de propreté aussi j’ai récuré à fond la loggia, nettoyé les fauteuils pour y lire plus tard au soleil, fait les courses pour la semaine au supermarché, préparé mes repas et quelques autres babioles du même tonneau, la première journée de liberté était salement entamée. Par contre ce qui est chiant, c’est que je n’arrête pas de penser à elle et je suis tout étonné de ne pas la trouver dans une pièce ou une autre. J’ai quand même profité de ma liberté, j’ai mangé ce que je voulais, la salade verte, les carottes et les fruits si bons pour la santé, ras-le-bol. Je me suis fait livré une pizza Hut avec la pâte bien épaisse comme je l’aime et comme j’avais acheté des bières, je m’en suis mis plein la panse. Hélas ! Je me suis tellement gavé que je ne peux quasiment plus bouger, tant la peau de mon ventre est tendue. Pfff ! Célibataire occasionnel ça demande de l’entraînement.    

 

25.04.2008

Enfin libre !

Il est 13h30 le chef vient de partir, en réunion pour tout l’après-midi et ensuite en vacances pour la semaine. Sachant qu’ils sont nombreux à partir en congé la semaine prochaine, aussitôt mon avenir s’illumine et je me sens submergé par une vague de tranquillité béate. Comme en plus cette semaine prochaine s’annonce bien courte vu que je ferai le pont du 1er mai, tout d’un coup j’ai le moral qui se met au beau fixe. Il en faut peu pour être heureux.   

Animations - faces 021

23.04.2008

Embrouillamini en Roumanie

Enfin les vacances, Laurence les attendait avec impatience après une longue année de travail. Rivée sur son siège toute la sainte journée dans un bureau étroit, à voir les mêmes têtes toute la semaine, elle rêvait de voyage et de dépaysement.

            Cette année elle prenait ses congés assez tard dans la saison, nécessité de service avait dit le chef, un petit brun à lunettes nerveux comme une fouine. Tant pis, du moment qu’elle partait. Un mois complet, quatre longues semaines de repos. Elle avait prévu de s’offrir un vrai voyage, un séjour en Roumanie, sur les bords de la Mer Noire. Elle qui ne faisait jamais rien, ça devait la changer cette destination creuset de différentes cultures avec l’Asie si proche et l’ex-URSS encore plus près. L’Europe Centrale semblait pleine de charmes et de mystères aussi.

            Elle en profiterait pour étrenner sa première voiture, une Twingo vert grenouille, qu’elle s’était offerte récemment. La route serait longue mais elle n’était pas pressée. Le jour J arrive, l’heure H suit de près, Laurence est partie. Nous passerons sur les détails du trajet mais disons qu’au bout de deux jours de conduite elle commence à se sentir seule. En Slovénie, heureusement elle prend un auto-stoppeur très sympathique, José, un espagnol de l’armée en déroute. Nous passerons là aussi sur les détails (encore que, pour ceux qui seraient réellement intéressés, j’ai quelques photos hallucinantes) et nous retrouvons nos héros en Roumanie, donc, peu après la frontière.

            Le tandem décide de visiter le pays au lieu de se diriger directement vers la côte. Laurence qui parle le roumain assez couramment (pourquoi pas ?) bien que teinté d’un fort accent (quand même !) n’a aucun mal à communiquer avec les autochtones pour demander son chemin. Nous voilà sur une charmante petite route de Transylvanie (quand je dis « nous » c’est une clause de style, car il faudrait me payer cher pour une expédition en Twingo au milieu de la Transylvanie , ha ! ha ! ha !).

            Le jour décline, nos amis sont fatigués et Laurence n’a pas l’intention de coucher sous la tente cette nuit. La région est humide, le brouillard flotte à la surface de la lande endormie. Dans le faisceau des phares, une silhouette apparaît. La conductrice s’arrête et hèle le pauvre hère. Il est à noter que l’hère est souvent pauvre, ce qui d’un point de vue euphonique est plus agréable à l’oreille, car sinon j’aurais écrit « … elle hèle l’hère… » ce qui avouons le aurait été désagréable, donc dans ce cas de figure la pauvreté de ce pauvre type nous arrange bien. Par ailleurs, par convention, nous transcrirons le dialogue en français, le lecteur étant peu familier avec le roumain, langue si poétique au demeurant

-          Holà ! Mon brave, nous cherchons une auberge dans le coin, qu’en est-il ?

-          Grrr…

-          Pardon, je n’ai pas bien saisi. Pourrez-vous m’indiquer sur la carte, quand vous aurez terminé d’uriner sur l’aile de ma voiture ?

-          Gnarf ! Slurp !

-          Ah ! Vous voulez monter avec nous pour mieux nous guider. Bonne idée mon brave mais pouvez-vous abandonner ici votre énorme sac, plein de … cette chose nauséabonde. Ca nous arrangerait. Par contre, si vous insistez vraiment pour embarquer le loup qui vous accompagne, là ma foi, je ne peux que m’incliner. Allons, en route !

Après une heure de route, la voiture arrive en vue d’un château sinistre. Le Gnafron sort de la Twingo et frappe à l’huis. La nuit est bien entamée, le pays semble désert. Au bout de longues minutes d’attente, un bruit de ferraille trouble le silence pesant qui s’était installé, peinard, dans la voiture. La herse se lève en grinçant, un valet équipé d’une lampe tempête vient chercher les visiteurs. D’une voix caverneuse, le larbin les prévient que Monsieur le comte les attend dans le grand salon.  

-          Si vous voulez bien me suivre… Quant à toi crapaud (c’est l’hère et non l’Espagnol sinon j’aurais parlé de flamenco), disparaît en cuisines, on te donnera quelques rogatons à bâfrer.

Après un long dédale de couloirs sombres et froids, la petite troupe débouche dans une pièce immense. Des chandeliers sont allumés un  peu partout, un feu gigantesque embrase la cheminée où brûle un pin entier. Les armoiries aux murs rappellent la noblesse du propriétaire des lieux.

            Celui-ci les attend, debout devant une vaste bibliothèque où s’étalent sur les rayonnages, des éditions plein cuir des albums originaux de Mickey, une édition de 1947. La valetaille s’esbigne discrètement, le comte s’avance, très grand dans son costume en alpaga noir, ses cheveux blancs cendrés sont très longs dans son dos et accentuent sa maigreur. Son discours débute dans un borborygme grasseyant dont le comte s’excuse.

-          Excusez-moi, je vois si peu de monde ici que je ne trouve plus mes mots qu’avec difficultés. Asseyez-vous. Un verre de Tokay ?

-          Nous cherchions une chambre pour la nuit…

-          Je vois, je vois. Je vais vous faire servir une petite collation pendant qu’on prépare vos appartements.

-          Une chambre suffira !

-          Très bien, je reviens dans un instant le temps de donner des instructions à mes gens.

Le comte s’éloigne, Laurence et José s’installent dans de vastes fauteuils face au feu. La mignonne sirote son porto en rêvassant. Des bruits de pas la sortent de sa douce torpeur, un couple de domestiques dresse la table. Pichets de vin, assiettes de jambon de pays, omelette aux pommes de terre, salade et fruits. Le comte qui est revenu entre temps, s’assoit près d’eux et se sert un verre de vin de Bohême. Ses incisives brillent à la lueur des flammes. Laurence se sent toute chose. Le repas terminé il est déjà fort tard et le comte propose de les faire conduire à leur chambre. Le valet du début (vous vous en rappelez, non ?) les guide jusqu’à leur carrée où après quelques péripéties rapides dont je ne divulguerai pas les détails (une fois encore ! Désolé pour les esprits salaces) le couple s’endort.

            Dans la nuit, ou ce qu’il en reste, Laurence se réveille, une envie de pipi d’oiseau la tenaille. Une bougie à la main (ne cherchez pas d’astuce graveleuse là où il n’y en a pas !) la belle erre dans les couloirs à la recherche, non pas du temps perdu, mais des tinettes. Telle une fée blonde (oui, oui, elle est blonde) la môme se glisse de pièce en pièce où les rats fuient à son approche, les chauve-souris aussi !

            Un bruit d’eau qui clapote arrête l’héroïne, derrière cette tenture il y a de l’eau se dit-elle (on voit que c’est une vraie blonde !) Laurence pousse le drap et s’avance dans la pénombre, écartant les toiles d’araignées de sa main libre. Mal lui en prend, car si la pièce se prolonge, le sol lui, se dérobe. La malheureuse tombe dans la crevasse qui s’ouvre sous ses pas. Son cri d’effroi fait fuir les chouettes ou hiboux (il fait trop sombre pour être précis) qui dormaient dans cet antre. Sa chandelle s’éteint, Laurence gît sur la pierraille, évanouie.

A SUIVRE…

Mon dieu ! S’écrit la foule.

            Nous retrouvons la gosse dans sa position inconfortable. Une nuisette Baby Doll découvre ses cuisses laiteuses, sa poitrine (fort généreuse) halète doucement. La pauvrette ne semble pas blessée, sonnée seulement. Un hululement profond la tire de son coma temporaire, péniblement elle se relève à tâtons, un vent frais lui fouette le minois (et certainement le minou, mais cela ne nous regarde pas !)  elle n’est donc pas dans un cul-de-sac ! Ce courant d’air indique qu’il y a un passage, une sortie certainement. Prudemment elle s’avance dans l’étroit souterrain.

            Au loin, le noir est gris, bientôt le gris devient plus clair, l’issue est proche. Arrivée à l’extrémité du boyau, elle débouche dans une sorte de catacombe. Le sol est jonché de squelettes blanchis par les ans, les têtes seules, sont élégamment posées dans de petites niches tout autour de la salle basse. Au milieu de la cave, un cercueil neuf, entouré de cierges noirs.

            Laurence hurle, le coffre d’ébène s’ouvre, le comte (oui c’est bien lui, l’immonde !) se redresse et regarde la blonde en souriant d’un air maléfique qui dévoile ses incisives colgatées. La minette part en courrant à travers les galeries poursuivie par le vampire (ce qu’on craignait depuis le début) assoiffé de sang. La cavalcade se répand dans tout le château. La bête immonde légèrement anémiée a du mal à courser la jeunette. Celle-ci cherche désespérément à rejoindre sa chambre où seul José peut encore la sauver.

            Bientôt elle se retrouve dans la grande salle où ils avaient dîné quelques heures plus tôt, maintenant elle va retrouver son chemin, déjà elle atteint le couloir de sa chambre, les yeux fous, les pieds mous, le sein doux. Elle entre en trombe et se rue sur le lit où repose José, le monstre tout en crocs à la porte hésite.

            José se réveille et réalise bien vite la situation. Ils sont perdus pense-t-il, toujours optimiste celui-là ! A moins que… Une idée jaillit de son cerveau encore neuf car peu utilisé. Il saute du lit alors que le bestiau denté s’approche en ricanant. Ca commence à me foutre les jetons cette histoire. Vite, il fonce vers son pantalon qui repose sur le dossier d’une chaise, dans la poche de son froc, leur espoir de s’en tirer. La main plonge et en ressort un chapelet d’ail qu’il brandit à la vue du lycanthrope. Laurence de son côté ouvre les rideaux et la fenêtre de la chambre non pas pour l’aérer des éventuelles flatulences nocturnes de son toréador mais pour permettre au soleil d’inonder la pièce.

            Ail, plus soleil, la bête n’en peut plus. Dans un cri d’horreur et d’agonie elle se liquéfie en une marmelade verdâtre et fumante franchement répugnante. Ils sont sauvés.

            Sauvés grâce à l’Espagnol qui comme souvent en Espagne, est très friand d’ail, au point d’en trimballer dans ses poches pour le déguster comme une friandise dans la journée.

            Maintenant me direz-vous, Laurence a-t-elle assouvi son envie de pisser ? Car toute cette hallucinante histoire a bien pour origine son problème de vessie. Ca, c’est un problème trop intime que nous n’aborderons pas dans ces pages et que nous considérerons comme résolu.

   

Animations - creatures 014

21.04.2008

La chouette

1368109965.jpg« Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » s’interrogeait Lamartine. Je repensais aux vers du poète alors que mes yeux se laissaient aller à contempler inconsciemment un bibelot bien particulier qui trônait au milieu d’autres vases ou cadres de photos sur la maie, dans la salle de séjour de l’appartement de ma femme. Une statuette d’une vingtaine de centimètres de haut, tout en métal, sans aucune valeur marchande particulière, représentant une chouette aux grands yeux de verre écarquillés. L’oiseau me regardait fixement tout comme je le faisais depuis un petit moment sans en avoir conscience quand mon esprit rétablit la connexion avec mon environnement. Ce bibelot avait appartenu à ma mère qui l’avait acheté sur un marché ou dans un magasin du genre farfouille, car elle trouvait cette chouette vraiment rigolote avec ses yeux comme deux soucoupes. A chaque fois que nous allions voir mes parents, ma femme ne manquait pas de me signaler qu’elle aussi trouvait cet oiseau amusant. Le temps passa et peu d’années avant son décès, ma mère offrit la chouette à ma femme qui n’arrêtait pas de loucher dessus. Depuis, l’animal en métal est passé du buffet de l’une sur le buffet de l’autre et ses deux yeux bien que vides d’expression veillent sur moi quand je suis chez ma femme. J’ai retrouvé la phrase exacte de Lamartine, « Objets inanimés avez-vous donc une âme / Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? »

 

 

20.04.2008

Où va le pet ?

Peut-être comme moi, vous êtes-vous demandé où allait le pet ? Le magazine Vivre Champion distribué gratuitement par l’hypermarché du même nom y répond en page 21 de son édition de ce mois. L’année dernière un article lu dans la presse avait déjà mis l’accent sur le danger méconnu des flatulences des bovins qui seraient en partie responsables de l’augmentation des émanations de CO2, aussi c’est avec intérêt que mon œil tiqua (je sais, seuls des yeux de verre pourraient éventuellement tiquer en se touchant, encore que je ne vois pas très bien dans quelles circonstances ils en arriveraient à de telles extrémités, car même en louchant fort il est difficile voir impossible de faire se heurter vos globes oculaires) donc vous aurez compris qu’il s’agit d’une figure de style et j’en reviens à mon propos. L’article s’intitule « Le PET recyclé: quel est son impact ? » En fait après avoir lu quelques lignes, il s’avère qu’il n’est pas question de pet mais de PET. Où je subodorais un vent, il ne s’agissait en fait que de l’acronyme du polyéthylène téréphtalate ce plastique souple et transparent dont sont constituées les bouteilles d’eau. Or comme vous le savez, ces bouteilles sont recyclables, bouchons inclus, grâce au tri sélectif qui permet de récupérer ces bouteilles pour les broyer en paillettes, les laver, les fondre et les purifier afin d’atteindre le même niveau d’exigence de qualité que pour du PET « vierge » et l’on obtient ainsi du PET recyclé aussi nommé RPET ! Un court article qui ne valait pas un pet de lapin finalement.  

 

Shine A Light : film de Martin Scorsese

2085082797.jpgIl y a peu j’ai chroniqué le nouvel album des Stones, qui en fait est la bande son du concert filmé par Martin Scorsese. Le film vient de sortir sur les écrans et inutile de vous dire que je n’ai pas attendu pour courir le voir. Le disque est excellent mais le film est géant ! Je suis encore estomaqué par la prestation scénique de ces vieux grigous, tout est superbe dans ce film. L’image est soignée, les tons des couleurs sont chauds, le son et le mixage sont extraordinaires et les interprétations musicales quasi parfaites comme on l’avait entendu sur le disque. Voir les Stones pendant deux heures donner un tel spectacle rappelle qu’ils sont le « Greatest Group on Earth », car depuis 45 ans s’ils ont pu être égalés parfois, ils sont les seuls à ne s’être jamais séparés et perdurer, avec tout le talent qu’on les voit ici encore étaler. Qui fait mieux ? Personne. A plus de 60 ans, Mick Jagger se démène toujours comme un beau diable parfaitement conservé et Keith Richards malgré sa peau tannée de vieux caïman reste un modèle parfait de rock star au look de gipsy mille fois copié. Ces types ont la classe ce qui les distingue du reste de la meute. Scorsese en vieux renard fan des Stones les a filmés au Beacon Theatre de New York, un décor magnifique qui donne l’impression sur certains plans de caméras, d’être dans une église et d’assister à une messe noire. Les gros plans sont hallucinants, que ce soit l’œil ironique de Jagger ou la gueule fripée de Keith, c’est un vrai régal. Le blues avec Buddy Guy est fabuleux, la version de Connection chantée par Keith Richards dans son long manteau noir et sans sa guitare à la main est extraordinaire. Je pourrais continuer ainsi, égrenant les superlatifs et empilant les bravos, mais je vous jure que c’est du pur bonheur d’un bout à l’autre du film. En dehors du concert, quelques images d’archives, quelques scènes d’avant concert (la famille Clinton au grand complet venue assister au spectacle se fait prendre en photo avec les Stones) ou de préparation du show où l’on voit le réalisateur contenir sa rage quand il ne sait pas encore comment les musiciens vont organiser leur concert, quels morceaux ils vont jouer etc. et que lui doit prévoir ses mouvements de caméras. Le disque, le film, il ne manque que le DVD à venir … et un, et deux, et trois ! Musique et images évènementielles, référence ultime ( ?) d’un monument du rock, à ne rater sous aucun prétexte car les Rolling Stones sont à leur sommet. Epoustouflant.     

Shine A Light  Film de Martin Scorsese  durée : 2h  avec les Rolling Stones, Jack White, Buddy Guy, Christina Aguilera, la famille Clinton.

19.04.2008

Cabourg

577352022.JPGMe revoici devant mon clavier, le teint rosi par le soleil et les quelques cheveux qui me restent encore en bataille du vent qui soufflait fort à Cabourg. Je vous avais abandonnés quelques jours pour une virée revigorante dans la célèbre station balnéaire du Calvados où j’aime assez prendre mes quartiers au printemps. Cette année tout m’a semblé plus beau, plus neuf. Villas et immeubles ont été ravalés ou retapés, Les jardins de la mairie sont plus aérés et un Office du Tourisme vient d’y pousser quant aux pelouses devant le casino elles servent d’écrin superbe aux tulipes mauves plantées en massifs, un décor royal pour le Grand Hôtel qui se dresse comme une meringue blanche et majestueuse face à la rue principale et dos à la mer. Cabourg est un grand « T » où la barre horizontale représente le bord de mer et la célèbre Promenade Marcel Proust, la barre verticale est l’avenue de la Mer , la rue commerçante où s’agglutinent les restaurants et autres boutiques, le Casino et le Grand Hôtel sont à l’intersection de ces deux barres. Toutes les rues et avenues convergent vers ces deux phares de la ville. Je viens toujours à cette époque, hors vacances scolaires, et ce qui est le plus frappant c’est que la moitié de la ville, si ce n’est plus, semble s’être absentée pour des activités plus intéressantes ailleurs ! Toutes les luxueuses villas à l’architecture légèrement tarabiscotée sont fermées, éventuellement une société de jardinage ou de travaux y effectue quelques aménagements en prévision d’une visite prochaine de leurs propriétaires, des immeubles entiers ont leurs volets baissés et dans les avenues tirées au cordeau, où les pelouses sont tondues ras, aucun piéton ni même voiture ne vient troubler la quiétude des lieux. Seule la plage et sa promenade ou encore la rue principale détonnent par une activité et une présence humaine. Pour le repos c’est l’endroit idéal, pour les promenades à pied au milieu de la chaussée, le nez en l’air à admirer les splendides demeures, c’est l’endroit parfait. Quand vous avez remonté l’avenue de la Mer , de la mairie jusqu’au Casino, vous avez tout vu du Cabourg actif. Reste le meilleur, la longue balade que vous ferez sur la Promenade Marcel Proust. Quand la marée est basse, la longue plage de sable prend ses aises et le vent permet aux chars à voile de filer au bord de la grève comme d’étranges insectes pressés ou aux cerfs-volants multicolores de se lancer dans des piqués ou des loopings risqués au grand plaisir du type au bout du fil qui s’escrime comme un malade pour maintenir en l’air son oiseau de papier. En fin de matinée ou de journée, le spectacle simple mais toujours magnifique des chevaux qui courent crinière au vent, les sabots au bord de l’écume qui tente de les lécher, vaut le voyage à Cabourg. Assis sur un banc de la Promenade , le soleil me chauffe le dos alors que le vent me fouette le visage, ma femme blottie à mes côtés, je regarde passer le futur vainqueur du Prix de Diane – qui sait ?- A cet instant tout est superbe, au loin à gauche Ouistreham, pas si loin à droite Houlgate, face à moi la mer immense où les bleus et les verts ne se mélangent pas et ces quadrupèdes élégants qui trottent indifférents aux mouettes ou à leurs admirateurs qui les lorgnent des salons aux grandes baies vitrées du Grand Hôtel. Il est certainement dix-sept heures, il est temps de regagner le centre ville pour une halte gourmande chez Dupont « avec un thé » maison fondée en 1912. Un chocolat chaud à l’ancienne avec une paire de madeleines font un goûter parfait, si vous voulez mon avis. Demain nous pousserons notre balade au-delà de la Promenade Proust , jusqu’à Port Guillaume dont la construction est désormais terminée, un ravissant petit village de maisonnettes aux teintes pastel et de jolis immeubles entourent le bassin du port de plaisance où s’entassent les bateaux dont les mats cliquètent sous le vent. Pour après-demain, inutile de se presser, nous nous réservons la visite de Dives s/mer avec le Village de Guillaume le Conquérant, où artisans et brocanteurs exposent leurs œuvres et puisque nous sommes ici, nous ne manquerons pas de déjeuner chez le Bougnat pour des agapes mémorables. Après avoir arpenté mille fois la Promenade , essayé le confort de chacun de ses bancs, bu quelques chocolats chauds, mangé quelques gaufres ou glaces, nous être gavé du vent et du paysage sans cesse renouvelé de la mer, nous constatons amers, que la semaine de vacances a filé bien vite et qu’il est temps de rentrer au bercail.             

 

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