31.07.2009
John Connolly : L’ange noir
Un polar pour l'été. Quoi de mieux que quelques frissons quand la chaleur fait transpirer. Ici le cocktail mêle polar et un (gros) doigt de fantastique. Bien sûr il ne faut pas être trop à cheval sur la crédibilité de l'histoire ou trop pointilleux sur le « comment est-ce possible ? » de certaines scènes, mais est-ce bien raisonnable de toujours vouloir tout comprendre, tout contrôler ; lâchons la bride à l'imagination, laissons la folâtrer et divaguer.
Charlie Parker est détective privé. Un de ses amis lui demande de retrouver sa jeune cousine disparue. Des quartiers mal famés, terre de prédilection des macs, des putes et des dealers l'enquête va dériver vers les crimes en série. De là Parker va s'enfoncer un peu plus dans la dépravation et l'horreur quand il sera question de sculpture faite avec des os humains et plus particulièrement d'une statue recherchée par beaucoup de monde, des moines et des gros vilains qui se prennent pour des anges du Diable. Il y aura beaucoup de macchabées, le plus souvent tués atrocement, des faits mystérieux remontant à la nuit des temps relatés dans le Livre d'Enoch, des nazis et un final dans un ossuaire au cœur de l'Europe.
Mais est-ce réellement terminé ? Charlie Parker n'est-il pas marqué à tout jamais pour accomplir son destin et réussira-t-il à trouver la paix sur cette terre ? A naviguer à la lisière du Bien et du Mal il flirte avec des puissances qui dépassent l'humain et qui toutes l'appellent, saura-t-il résister à ce chant des sirènes ?
Un roman copieux, basé sur certains faits avérés mais largement enjolivés pour notre plus grand plaisir. Un bouquin qu'on dévore les yeux grands ouverts, avide d'arriver à l'épilogue.
« Sedlec. Enoch. Des Anges Noirs sous forme humaine. Un appartement où des ossements jaunissent dans un bain de pisse. Une cave décorée d'os humains attendant l'arrivée dune statue d'argent dans laquelle un démon est emprisonné. Un homme qui reste placidement dans une voiture en feu jusqu'à ce que son corps se transforme en cendres. Le crâne d'une jeune femme orné d'or placé dans une niche après qu'elle a été assassinée dans une pièce carrelée à cette fin. C'est plus clair, maintenant mon père, ou mon frère ? »
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29.07.2009
Toujours de mauvais poil
Il fait beau, nous sommes en juillet période de vacances, tout devrait aller pour le mieux, je devrais être calme et de bonne humeur. Et franchement je vous jure que c'est vers ce quoi je tends chaque jour à parvenir mais dès que j'ouvre le journal, branche la radio ou la télé, tout s'écroule, comme je me connecte aussi très souvent sur les sites d'informations du Web, je suis de plus en plus catastrophé par l'état de notre pauvre monde.
Hier le site du Figaro a mis en ligne une information de l'agence AP nous informant qu'un site de vente sur Internet (dont je ne citerai pas le nom pour ne pas le faire connaître) va proposer deux cassettes audio du répondeur téléphonique de Jim Albright, ex petit ami de Madonna au début des années 90, sur lequel la « madone » a laissé des messages érotiques salaces. Ces trophées sont estimés à 40.000 dollars.
Savoir que de telles conneries sont mises en vente par des crétins et qu'elles seront achetées par des abrutis pour une somme astronomique, a le don de me mettre en rogne pour la journée. N'importe qui, n'importe quoi pour des fortunes, c'est plus que je ne peux en supporter. Souvent je m'interroge, n'étions nous pas plus heureux quand nous en savions moins ? Là aussi ça m'énerve car je reste intiment persuadé que seule la connaissance peut nous sortir du chaos vers lequel le monde s'achemine à grands pas. Alors que faire ? Car le plus pernicieux c'est que je retiens plus facilement les conneries que les faits sérieux.
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28.07.2009
Ode à pétrolette
Nous n'entendrons plus son ramdam quand elle se lançait dans ses phases de grand nettoyage, placards vidés de leurs vieux listings, encombrants descendus aux poubelles, remue-ménage dans tout le service. « Pétrolette » a mis les gaz.
Nous ne subirons plus ses éclats de voix et nous ne verrons plus nos conversations interrompues pour répondre à ses questions péremptoires. « Pétrolette » a mis les gaz.
Nous n'aurons plus à essuyer ses coups de gueule, son ton d'adjudant et ses sourcils froncés quand une procédure n'était pas respectée. « Pétrolette » a mis les gaz.
D'un autre côté elle ne fera plus la vaisselle après les pots organisés dans le service et ne sortira pas sa boîte de petits gâteaux pour nous sucrer le bec de temps en temps. « Pétrolette » a mis les gaz.
« Pétrolette » est partie en retraite, plus tard qu'espéré mais plus tôt que prévu, après maints contretemps chaotiques. Bonne route et vroum ! vroum !
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27.07.2009
Avis de recherche
Je me souviens d'une époque où lorsque l'on circulait en voitures sur les routes, il n'était pas rare de voir des auto-stoppeurs seuls, ou par couples, stratégiquement placés aux sorties des villes à l'amorce d'un grand axe routier, ou bien au pied d'un feu rouge, implorant votre sympathie pour les conduire vers des ailleurs qu'ils espéraient meilleurs et ensoleillés. Le pouce agité quand le voyageur débutait sa journée, le pouce mou en fin de journée, voire pas de pouce mais un vague mouvement de bras quand la lassitude le gagnait. D'autres plus malins, laissaient leur amie vous aguicher ou vous attendrir par des mouvements de hanches subtiles ; toutes les techniques étaient bonnes pour arrêter un véhicule quel qu'il soit mais susceptible de vous emmener.
Le co-voiturage pouvait être intéressant, favorisant des rencontres et des conversations inédites entre conducteur et véhiculé. Je me souviens encore d'avoir été pris en stop par un chevrier dans sa bétaillère sur une petite route Corse alors que j'en effectuais la traversée à pied au début des années 90. Il m'avait expliqué son boulot alors que de l'arrière nous parvenait des odeurs fortes de suint et des bêlements pathétiques. D'un autre côté, le conducteur bien intentionné pouvait se trouver encombré d'un malotru comme celui du fameux sketch de Coluche « c'est comme une poubelle mais sans les poignées ! ». Tous les cas de figure étaient possibles, même les plus dramatiques si l'un des deux protagonistes s'avérait être un serial killer par exemple.
Toujours est-il qu'aujourd'hui j'ai l'impression qu'on ne voit plus beaucoup de ces voyageurs partant le sac au dos, pour des voyages à sauts de puce rythmés par la complaisance des automobilistes. Est-ce que les automobilistes devenus craintifs ou prudents c'est selon, ne prennent plus ces voyageurs ou que les auto-stoppeurs se sont tous payé des voitures ? Pour ma part je ne vois quasiment plus de ces étranges escargots géants. Paradoxalement le réchauffement climatique devrait les voir en masse sur les routes poussés par le besoin d'aller voir ailleurs, mais pourtant c'est le contraire. Une nouvelle espèce en voie de disparition très certainement.
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26.07.2009
Le stoïcisme
Je reviens rapidement sur le stoïcisme évoqué hier dans ma note concernant le bouquin de Tom Wolfe « Un homme, un vrai ».
Le stoïcisme est une école philosophique fondée par Zénon de Kition en 301 avant JC dans la Grèce antique. L'origine du mot vient du nom grec du lieu à Athènes où les Stoïciens se réunissaient et enseignaient. Aujourd'hui dans le langage courant, le stoïcisme fait référence à une attitude indifférente à la douleur et courageuse face à la difficulté de la vie mais à l'origine la doctrine prônait l'idée qu'il faut vivre en accord avec la nature et la raison pour parvenir à la sagesse et au bonheur. On notera au passage que de tous temps les hommes ont essayé d'atteindre sagesse et bonheur, utilisant religions et philosophies de toutes sortes mais que leurs tentatives semblent bien vaines.
Le sage stoïcien recherchera ce qui est bon pour lui mais surtout ce qui est bon selon un aspect moral ; pour cela il distingue les actions qui dépendent de lui et celles qui ne dépendent pas de lui mais de l'ordre du monde. Bien entendu il privilégiera les premières, car « le malheur est de désirer ce qui ne dépend pas de moi. » Mais conscient que la sagesse n'existe peut-être pas, la vertu consistera à vivre selon le préférable, Montaigne, Descartes et Pascal ont été influencés par cette philosophie.
C'est Epictète qui nous a laissé des traces de l'enseignement de cette philosophie, pas personnellement puisqu'il ne laissa pas d'écrits, mais par un de ses élèves qui compila ses déclarations dans ce qui est appelé le Manuel principalement et quelques livres complémentaires.
Si vous voulez en savoir plus sur cette philosophie, je vous conseille Le Stoïcisme de Jean Brun édité dans la fameuse collection Que Sais-je ? Mais vous pouvez surtout aller directement au cœur du sujet avec le Manuel d'Epictète édité chez Rivages poche, un mince livre de quelques dizaines de pages mais d'une richesse incalculable pour affronter la vie.
« Si tu assumes un rôle au-dessus de tes forces, non seulement tu y fais pauvre figure, mais tu négliges celui que tu pouvais remplir. » Epictète
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25.07.2009
Tom Wolfe : Un homme, un vrai
L'écrivain Tom Wolfe nous a habitué à ses énormes bouquins et ce Un homme, un vrai est du même gabarit avec ses 1000 pages ! Parfois pour ne pas dire souvent, le plus est l'ennemi du bien, pourtant ici encore Tom Wolfe réussit l'exploit de nous tenir en haleine tout du long. Il ne s'agit pas du tout d'un polar dont on voudrait absolument connaître le dénouement, non, mais d'un livre d'une incroyable richesse de documentation qui a certainement demandé un énorme travail de recherches et de compilation d'informations. Ce roman peut se comparer à un volume de La Comédie Humaine, nous ne sommes pas loin de Balzac pour sa peinture d'une certaine société et de ses mœurs. Lucide, cruel, critique, très vrai et plus proche de nous puisque le roman date de 1998, ce magnifique ouvrage nous met le nez dans notre époque, où du moins dans certains mondes de notre époque.
Charlie Croker est un ancien athlète de haut niveau du football américain à la carrure imposante, parti de rien du fin fond de sa Géorgie (un « péquenaud » de Sudiste) il est devenu le principal entrepreneur immobilier d'Atlanta. Le fric tombe de ses poches par liasses, propriétés, avions privés, voitures de luxe, il est une figure marquante de la haute société locale, plus pour son argent que pour ses manières ou sa distinction. Au crépuscule de sa carrière il s'est engagé dans un projet de construction pharaonique qui doit couronner son ego mais qui va l'acculer à la ruine. Ca c'est la trame du roman, mais en parallèle nous suivons aussi les aventures d'un brave gars, manutentionnaire mis au chômage, qui par une succession de coups du sort va se retrouver en tôle, au milieu de fous furieux. Il y a aussi un jeune black vedette du football accusé du viol d'une fille blanche de la société huppée de la ville ; le maire noir de la ville qui manœuvre en vue des prochaines élections municipales en jouant sur d'éventuelles émeutes raciales, d'un jeune avocat noir aussi, ami du maire et aux dents longues, des membres d'une banque qui veulent récupérer les prêts accordés à Charlie Croker et bientôt tous ces personnages sont mis en rapport, plus ou moins directement.
Quand je parlais de Balzac en version moderne, je n'en étais pas loin car Tom Wolfe nous immerge dans le monde de la finance et des affaires, de la politique et des élections, d'un pénitencier avec ses rites et ses codes, du travail dans les entrepôts frigorifiques. Tout est magnifiquement documenté et décrit dans ses moindres détails ; nous passons d'une réception dans une plantation du Sud avec banquiers et politiques, à une cellule dans un pénitencier.
Contre toute attente, un dernier personnage fera son apparition par le biais d'un livre, Epictète le philosophe latin. Stoïcien il avait une vision de la vie fondée sur la différence entre ce qui dépend de l'individu et ce qui n'en dépend pas. C'est ce principe appliqué in fine par Charlie Croker qui, d'une certaine manière, le sauvera. Mais je vous laisse deviner comment.
Non pas un livre mais une somme, un chef-d'œuvre à lire absolument. La construction habile, le ton enlevé, certaines scènes inoubliables, font que j'ai littéralement dévoré le bouquin.
« - Incidemment, dit Wes Jordan, juste pour bien mettre les choses en perspective, deux tiers d'Atlanta intra-muros sont maintenant dans notre dos. (Il désigna l'arrière avec son pouce.) Ainsi que soixante-dix pour cent de la population. Mais, pour le reste du monde, c'est invisible. Est-ce que tu es tombé par hasard sur un de ces guides d'Atlanta qu'ils ont publié au moment des Jeux Olympiques ? De gros machins épais, certains en tout cas, de vrais bouquins, et au début, je n'en croyais pas mes yeux. C'était comme si rien n'existait au-delà de Ponce de Leon, rien à part l'hôtel de ville, CNN, et le mémorial Martin Luther King. Les cartes - les cartes, tu m'entends ! - étaient toutes tronquées... coupées en bas... pour qu'aucun touriste blanc ne pense même à s'aventurer dans l'Atlanta Sud. Elles ne mentionnaient même pas Niskey Lake ou Cascade Heights. - Ca ne me désole pas vraiment. - Moi non plus dit Wes, mais tu vois le tableau, non ? »
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23.07.2009
Méfiez-vous de l’eau qui dort
« Méfiez-vous de l'eau qui dort » dit le proverbe, ici au bureau l'eau commence à croupir après deux semaines d'absence du patron. Quand il est en vacances on dirait que la vie s'arrête, à croire qu'il appuie sur la touche « pause » quand il quitte le bureau. Presque personne ne nous appelle au téléphone, la messagerie électronique semble en panne, bref on se la coule douce. Cette absence de vagues ne rassure pas pour autant, au contraire, car le dernier trimestre va certainement être turbulent. Nous pressentons un départ définitif de notre directeur ce qui active l'imagination et les fantasmes de certains tentés de construire des scénarios d'avenir aussi crédibles qu'improbables ce qui n'arrange pas notre moral. J'essaie de ne penser à rien, surtout pas à l'avenir, attendant que des faits avérés guident mes actions.
D'ici quelques jours « pétrolette » va partir à la retraite mais ce sont le frigo et le micro-onde qui la regretteront le plus. S'ils souffrent trop je les débrancherai. Quand on peut être sympa sans gros efforts, il ne faut pas hésiter.
En attendant nous barbotons dans notre mare à l'abri des regards et du vent mauvais, profitant de sa fraicheur et du calme temporaire.
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21.07.2009
Nous rirons moins fort la prochaine fois
Paris ! Elle y arrivait enfin. Le voyage lui avait semblé interminable. Elle avait quitté la petite maison familiale le matin de bonne heure et elle se retrouvait maintenant sur le parvis de la gare Montparnasse, seule et perdue dans la grande ville.
Annette avait toujours vécu à Plorec-sur-Arguenon, un modeste village des Côtes du Nord, non loin de Dinan. La gare la plus proche se trouvait à cinq kilomètres à Landébia. C'est le pharmacien qui l'avait conduite à la station ; il devait y passer lui-même, pour y retirer un colis de produits pharmaceutiques en provenance de Rennes. Annette avait donc profité de la voiture. A vingt ans, elle n'avait jamais été plus loin que Landébia, et encore ! deux ou trois fois l'an pour y accompagner ses parents à la foire aux bestiaux.
Annette aimait son village et s'il n'avait tenu qu'à elle, elle y serait restée jusqu'à sa mort, mais le destin, en l'occurrence le chômage la forçait à partir, à s'exiler. La petite ferme de ses parents ne pouvait les nourrir tous, elle et ses quatre frères. Ceux-ci trouvaient encore à s'embaucher comme journaliers dans les exploitations de la région mais la petite était trop maigrichonne pour les travaux de la ferme et les éventuels patrons n'en voulaient pas.
Finalement, par relations elle avait déniché une place de domestique à Paris. Une amie d'enfance de sa mère avait une fille qui vivait dans la capitale, assez bien d'ailleurs selon la rumeur, et elle cherchait une bonne. L'affaire s'était conclue par courrier entre ses parents et ses futurs employeurs. Et aujourd'hui elle était là, dans la ville bruyante et animée, sa méchante valise à la main, un peu perdue.
Fouillant la poche de son imperméable fripé elle en ressortit une lettre toute froissée d'avoir été lue et relue sans cesse depuis une semaine. L'adresse de ses patrons s'y trouvait inscrite, en haut à gauche, ainsi que leur numéro de téléphone ce qui était un luxe rare à cette époque. Annette se fraya un chemin à travers la foule qui allait et venait devant la gare. Elle demanda à un agent de police le moyen de se rendre rue des Petits-Champs et celui-ci lui indiqua l'autobus. Après s'être fait expliquer où descendre par le receveur, elle alla s'asseoir près d'une vitre. Il pleuvait légèrement, les gouttes d'eau et la buée gênaient la visibilité. Annette trouva la grande ville triste et agitée. A la station suivante des gens montèrent et vinrent s'installer en face d'elle. Sa valise l'encombrait et ne sachant qu'en faire, elle se leva et continua le voyage sur la plate-forme à l'arrière, en plein vent.
Rue des Petits-Champs la ville sembla plus calme, les passants étaient rares et la rue avait quelque chose de provincial qui rassura la jeune femme. Arrivée devant le numéro seize, elle s'arrêta devant l'immeuble, relut l'adresse encore une fois et entra sous le porche. Elle frappa chez la concierge et la porte s'ouvrit presque aussitôt.
- - Qu'est-ce que c'est? Aboya la bignole.
- - Heu...! Madame Clément s'il vous plaît.
- - Troisième gauche et n'oubliez pas de vous essuyer les pieds. Je viens juste de cirer les escaliers. L'ascenseur est en panne jusqu'à demain.
- - Merci madame.
La pipelette claqua la porte de sa loge. Annette se dirigea vers l'escalier, sa valise lui pesant de plus en plus. Arrivée à l'étage elle souffla un instant avant de sonner. Au bout d'un moment la lourde porte en chêne s'ouvrit et une femme l'accueillit.
- - Mademoiselle ...?
- - C'est pour la place de bonne. Je m'appelle Karadec, Annette Karadec.
- - Ah! Oui! Entrez.
Annette pénétra dans l'appartement, timidement. L'intérieur était cossu et reflétait un confort bourgeois qui l'impressionna. La maîtresse de maison l'entraîna vers le salon où un homme d'une cinquantaine d'années assis dans un fauteuil profond, lisait Le Monde en fumant une cigarette blonde.
- - Georges...
- - Oui...
- - Georges! Voici notre nouvelle domestique, vous savez, la petite Karadec, je vous en ai parlé.
- - Très bien, occupez-vous en mon amie.
Après quelques questions d'ordre général, sa famille, la vie qu'elle menait en Bretagne, on en vint au principal.
- - Ma petite Annette vous connaissez le montant de vos gages, il n'y aura pas de problème de ce côté là?
- - Non madame.
- - Bon! Alors voici en quoi consistera votre service. Nous sommes quatre. Mon mari et moi que vous connaissez et nos deux enfants. Pierre notre fils et Sophie sa sœur. Ils sont étudiants tous les deux. Mon mari comme vous le savez est avocat. Vous devrez vous occuper du ménage et de la cuisine de tous les jours. Quand nous recevons, nous engageons des extras. Maintenant je vais vous montrer votre chambre.
La pièce se trouvait au fond de l'appartement, pas très grande mais propre et claire. Un lit à une place, une armoire à glace, un fauteuil usagé et une petite commode constituait le mobilier. Dans un coin de la chambre, dissimulé par un paravent, un lavabo avec une petite étagère et une glace fêlée.
- - Je vous laisse vous installer. Vous trouverez votre tablier dans l'armoire. Je vous attends au salon.
- - Merci madame.
Annette se retrouva seule dans la chambre, sa chambre. Voilà, ce serait là son chez-elle dorénavant. Ce n'était pas trop mal, une fois personnalisé par des photos et quelques fleurs ce serait même charmant. Elle se hâta de ranger ses affaires dans l'armoire, passa une jupe propre et un chemisier neutre et après avoir noué son tablier sortit de sa chambre pour prendre son premier service.
Madame Clément la conduisit vers la cuisine. La souillarde était spacieuse et aménagée de façon fonctionnelle.
- - Tous les lundis je vous donne la liste des menus pour la semaine et vous l'accrochez à ce mur. Une fois par mois je vous remets l'agent pour les dépenses courantes et vous le mettrez dans ce tiroir avec le livre de comptes que je consulte de temps à autre. Le petit-déjeuner doit être servi à 8h30, le déjeuner vers 12h30 et le dîner à 21h. Si vous avez le moindre problème, vous me consultez. Je crois qu'il va être temps de vous mettre à vos fourneaux. Bonne chance Annette.
- - Merci madame.
Le menu du soir était simple et ne demandait pas de qualités de cordon bleu. Elle fit le service un peu maladroitement mais madame Clément la conseilla. Les deux adolescents la regardaient à la dérobée et chuchotaient entre eux. Tout compte fait, la soirée se passa sans incidents. Quand Annette alla se coucher peu après 23h, elle était fourbue.
Un bon mois avait passé, la jeune bretonne s'était habituée à son nouveau métier, travailleuse les Clément ne se plaignaient pas d'elle. Dans le quartier, les commerçants la connaissaient et la trouvaient charmante avec ses manières de provinciale. Son sourire timide mettait les gens en confiance. Le boucher ou la boulangère lui demandaient des nouvelles de sa Bretagne et c'est avec plaisir qu'elle leur parlait de son pays. Ca lui faisait du bien de pouvoir parler de chez elle, ainsi elle gardait le contact avec sa terre natale. Tant qu'elle pourrait parler de Plorec-sur-Arguenon avec chaleur et foi comme elle le faisait, elle resterait une vraie bretonne. Annette aimait bien Paris, tout du moins son quartier puisqu'elle n'en sortait jamais, mais elle ne voulait pas devenir une parisienne.
C'est surtout l'épicière qui aimait discuter avec Annette, mais comme elle s'en était aperçue bien vite, la commerçante avait une idée en tête. Elle voulait surtout savoir comment vivaient les Clément, qui ils voyaient etc... Là-dessus Annette était très discrète car elle estimait que cela ne regardait personne aussi éludait-elle les questions trop indiscrètes. Secret professionnel en somme.
La petite bonne connaissait son service maintenant et elle s'était organisée au mieux afin de faciliter son travail. Le matin elle se levait à 7h, se préparait et se rendait immédiatement à la cuisine. Là, elle rangeait quelque plat ou casserole qu'elle avait laissé sécher de la vaisselle du soir. Ensuite elle consultait ses menus de la journée et dressait la liste des courses. Enfin elle servait le petit-déjeuner dans la salle à manger vers 8h30. Les Clément petit déjeunaient chacun leur tour, ou par deux, selon leurs emplois du temps. Georges avalait en vitesse un café brûlant et filait au Palais de Justice, Pierre et Sophie arrivaient en suite, prenaient un thé avec des toasts recouverts de confiture avant de se rendre à leur fac', comme ils disaient. Christiane était toujours la dernière levée. Elle buvait son thé, mangeait un fruit de saison et retournait se coucher une petite heure, pour faciliter la digestion disait-elle. Annette en profitait pour faire le ménage dans les pièces communes avant de s'attaquer aux chambres des étudiants. Madame ne sortant de la sienne que vers midi, elle occupait sa matinée en courses et préparatifs pour le repas. Dès que Christiane quittait sa chambre, Annette allait y faire du rangement et retaper le lit, enfin il était 12h30 et elle servait le repas.
L'après-midi tout le monde désertait l'appartement, les étudiants allaient étudier, l'avocat partait plaider et madame sortait papoter chez une amie ou assister à un vernissage quelconque. Une fois de plus la bonne débarrassait la table, faisait la vaisselle et dans le courant de la journée s'occupait de la lessive ou du repassage. Parfois elle grappillait une petite heure de repos qu'elle passait dans sa chambre, à faire un brin de couture ou bien à se délasser étendue sur son lit.
Les journées d'Annette s'écoulaient ainsi, pleines d'un travail qu'elle espérait bien fait. Peu à peu elle perdit sa timidité, quand on est domestique on finit par connaître tous les petits défauts de ses maîtres et ceux-ci l'intimidaient moins maintenant. La réciproque était valable elle aussi. Maître Clément, qui semblait si distant les premiers temps, se risquait à quelques plaisanteries avec elle maintenant. La jeune fille s'en sentait plus libre, l'esprit tranquille, elle allait et venait dans la maison, toujours gaie. La silhouette trahie l'humeur des gens. Sous son tablier elle n'hésitait plus à mettre des corsages fantaisie ou de petites robes imprimées pour aller faire les courses. Elle était bien dans sa peau ce qui la rendait bien mignonne. Christiane lui fit compliment de sa belle allure.
- - Ma parole c'est votre amoureux qui vous rend si jolie Annette?
- - Je n'ai pas d'amoureux madame.
- - C'est le printemps alors? C'est bien mon enfant.
Cette réflexion de madame Clément la troubla. C'est vrai qu'elle se sentait coquette depuis quelque temps. Dans les rues elle flânait et regardait les boutiques avec envie. Elle avait réellement changé depuis son arrivée à Paris, il y a six mois. Annette devenait parisienne contre son grès, mais avec plaisir elle s'en rendait compte.
Un jour qu'elle revenait de chez l'épicier, son panier chargé à la main, Pierre le fils Clément, la rattrapa devant la porte de l'immeuble.
- - Laissez moi vous aider Annette.
- - Oh! Merci monsieur Pierre, mais je suis presque arrivée...
- - Non, non, donnez-moi ce panier, d'ailleurs l'ascenseur est encore en panne, alors...
C'était la première fois que le jeune homme lui adressait la parole aussi directement. D'habitude, en dehors des questions domestiques, il l'ignorait complètement.
- - Vous êtes bien chez nous Annette? Vous ne regrettez pas votre Bretagne et ses cornemuses?
- - Ses binious, vous voulez dire.
- - Oui, c'est cela, mais ça se ressemble un peu, non? Vous n'êtes pas vexée j'espère?
- - Oh! Non! Mais vous savez il n'y a pas que cela en Bretagne.
- - Ah! Nous voici arrivés, il faudra que vous me parliez de votre pays plus longuement, une autre fois, d'accord?
- - Avec plaisir monsieur Pierre.
Il déposa le panier sur la table de la cuisine et sortit de la pièce en lançant un clin d'œil à Annette.
A dater de ce jour, les rapports entre les deux jeunes gens devinrent plus amicaux. Pierre venait souvent à la cuisine chercher un verre de lait ou un sandwich, les prétextes ne lui manquaient pas. Ils en profitaient pour bavarder quelques minutes. Le garçon était agréable et intelligent mais d'une culture toute livresque. S'il était plus cultivé que la petite bonne par contre il connaissait moins bien la vie que la jeune fille et certaines de ces réflexions ou remarques ne manquaient pas de faire sourire Annette. Celui-ci s'étonnait alors de ses accès de gaîté et pensait qu'elle se moquait de lui. Annette l'en détrompait bien vite et ils se mettaient à rire comme deux gosses. Un jour qu'ils pouffaient de rire dans la cuisine, madame Clément fit irruption.
- - On ne s'embête pas ici! Vous n'avez rien à faire Annette? Et toi Pierre, tu oublies que tu passes ta licence à la fin de l'année, tu n'as pas de travail ou de révisions à faire?
- - Si, si maman, j'y retourne...
- - Alors Annette, c'est mon fils qui vous ennuie? Nous essayons d'être large avec vous mais n'en profitez pas pour exagérer. Vous n'êtes que la bonne ici, ne l'oubliez pas!
- - Oui madame, veuillez m'excuser.
Durant plusieurs jours les jeunes gens ne s'adressèrent pas la parole. Madame Clément venait plus souvent à la cuisine, soit pour donner un ordre, soit pour y chercher quelque chose. La jeune fille se sentit triste, elle avait pris goût à ces discussions avec Pierre, leurs rires lui manquaient. Un matin, comme elle sortait faire le marché, Pierre l'attendait au bout de la rue.
- - Annette ...
- - Bonjour monsieur Pierre!
- - Allons, ne soit pas si cérémonieuse, je peux te tutoyer?
- - Laissez-moi, si votre mère était là, vous seriez moins fier.
- - Essaie de la comprendre, elle s'est énervée, c'est tout. Et puis nous ne faisions rien de mal de toute façon. Pourquoi se bouder ? Nous rirons moins fort la prochaine fois, d'accord?
- - Je ne sais pas... Maintenant je dois faire mes courses.
- - Laisse moi t'accompagner, je porterai ton panier.
- - ... si vous voulez ...
- - De plus je voudrai te parler. Allez viens! Et souris ... comme avant.
- - ... vous pouvez me tutoyer si vous le voulez ...
Le couple s'engagea dans le marché, entre les voitures à bras des marchandes de quatre saisons, les étals des bouchers et des crémiers, au milieu de la foule grouillante des ménagères et des badauds. Le soleil dissipait les dernières brumes du matin, la journée promettait d'être belle, les gens étaient nombreux pour faire leurs courses ou profiter de cette première annonce du printemps. Pierre comme convenu portait le panier et s'amusait beaucoup à regarder Annette choisir les légumes, discuter le prix des fruits avec les commerçants.
- - Ca va? Ce n'est pas trop lourd?
- - Non, non, mais j'ai l'impression que tu viens d'acheter assez pour tenir un mois.
- - Vous croyez ça...
- - Tu crois ça!
- - Comment?
- - Tutoie moi voyons, tu ne vas pas me vouvoyer sans arrêt. Nous sommes du même âge, c'est plus pratique.
- - Si tu veux, toujours est-il que je n'ai pas terminé mes courses. Il me faut du fromage maintenant. Ton père aime bien le chèvre.
- - Oui mais tu vas prendre aussi un bon camembert.
La matinée se passa ainsi, à humer un fromage, renifler des poissons, goûter des fruits chapardés aux étals. Annette était bien. Bientôt le panier fût rempli et Pierre proposa de rentrer. En chemin ils discutèrent de choses et d'autres comme un jeune couple. Pierre acheta un journal à un gamin qui passait en hurlant les titres des manchettes. Nous étions en avril 1955 et l'actualité du jour c'était un des décrets qui instituaient l'état d'urgence en Algérie. Ils firent quelques commentaires sur cette guerre commencée depuis plusieurs mois. Pourtant ce n'était pas ce qui les préoccupait le plus en cette journée, leurs pensées étaient plus roses...
Arrivés devant leur immeuble, instinctivement leur attitude se raidit. Ils se sentaient un peu coupables et ne tenaient pas à se faire pincer par madame Clément. Discrètement ils passèrent devant la loge de la concierge et se dirigèrent vers l'ascenseur. La cabine en bois et vitrée ne laissait que peu de place quand Pierre referma la porte et la grille. Le panier débordant les repoussait l'un contre l'autre. Pierre leva le bras pour appuyer sur le bouton de leur étage mais serrés comme ils l'étaient, la tête d'Annette se retrouva au creux de son épaule. Pierre n'eut qu'à se pencher pour trouver les lèvres de la jeune fille. Leur baiser fût tendre mais court, le septième ciel s'arrêtait au troisième étage !
Pendant plusieurs semaines ce ne furent que baisers volés entre deux portes, mots doux chuchotés furtivement, regards affectueux, bref ! l'air benêt de tous les amoureux. Madame Clément qui partait en vacances tout l'été à Deauville était très occupée par ses préparatifs et semblait avoir oublié l'incident de la cuisine. Les amoureux s'enhardirent. Le dimanche après-midi Annette avait congé, ils en profitèrent pour se retrouver et déambuler dans Paris tout en s'échangeant promesses et serments d'amour. Parfois d'une fenêtre ouverte, un poste de TSF laissait échapper une voix bourrue qui chantait un air à la mode où des amoureux « se tiennent par la main, parlent du lendemain, en s'disant des je t' aime pathétiques ». Ils continuaient alors leur promenade sans parler, Pierre, son bras sur l'épaule d'Annette.
Ils firent des projets de mariage, mais elle était d'avis qu'il finisse d'abord ses études. Le garçon se rangea à son conseil. Ses parents n'allaient déjà pas accepter cette idée de mariage avec le sourire, alors...
Nous étions en été. Madame Clément était partie à Deauville avec Sophie jusqu'en septembre et Pierre avait prétexté ses études pour rester dans la capitale. D'ailleurs il ne serait pas seul puisque son père lui aussi devait rester en ville pour traiter plusieurs dossiers importants. Annette qui devait accompagner madame en Normandie fût invitée à demeurer rue des Petits-Champs elle aussi, pour s'occuper des deux hommes.
Monsieur Clément n'était pas très exigeant, le service de la bonne s'en trouva restreint. Pour les jeunes gens se furent des mois d'été inoubliables. Ils s'offrirent des souvenirs pour une vie entière.
A la rentrée de septembre, Pierre prit de bonnes résolutions, décidé à épouser Annette l'été prochain il devait absolument réussir son examen de juin. La jeune fille comprenait la situation, aussi se faisait elle discrète afin de ne pas le troubler dans son travail. Ils ne s'accordaient que le dimanche après-midi.
A la fac' il n'était question que de la guerre d'Algérie. Certains disaient que le gouvernement aller envoyer le contingent en Afrique du Nord, d'autres réfutaient cette hypothèse, assurant que l'armée suffirait à mater ces bougnoules. Parfois la discussion dégénérait et l'on en venait aux mains. Pierre ne participait pas à ces débats, trop préoccupé par ses études, néanmoins il en percevait les échos et toutes ces histoires n'étaient pas pour le rassurer sachant qu'il devrait faire son service militaire au début de l'été. Il préféra ne pas évoquer ses craintes devant Annette.
- - Pierre, qu'est-ce que tu as? Tu es sombre depuis quelque temps, tu sembles préoccupé.
- - Ce n'est rien ma chérie, c'est bientôt l'examen, c'est tout.
- - Tu es sûr que c'est tout.
- - Mais oui Nénette! Allez, embrasse-moi.
Leur étreinte fût ardente, ils voulaient s'entraver l'un à l'autre, comme pour mieux se garder.
En mai, Annette dut se rendre à l'évidence, elle était enceinte. Sa première idée fut d'aller en informer son amant, mais la proximité de l'examen tant attendu et redouté la retint. Elle pouvait attendre quelques semaines après tout. Elle lui en parlerait le jour des résultats. Elle était certaine de son succès, ce serait une journée exceptionnelle, elle avait hâte d'être au mois prochain. Le mois de juin arriva très vite, Pierre travaillait d'arrache-pied. Le jour de l'examen fût un soulagement. La tension des semaines précédentes était à son comble, chaque question qui lui fût posée, chaque problème soumis, lui permettait de déverser le trop plein de connaissances qui encombraient son esprit. C'était comme une envie de pisser qu'on a contenue trop longtemps. Il crachait tout, enfin soulagé.
Pierre eut son diplôme haut la main. Avec Annette Ils s'étaient donné rendez-vous dans un petit café, non loin du centre d'examens. Elle était arrivée la première et l'attendait à une petite table, au fond de la salle, devant un diabolo citron. Quand Pierre arriva, elle lui fit un petit signe de la main. Celui-ci commanda un café au garçon et vint s'asseoir à ses côtés.
- - Reçu!
- - Oh! Chéri! Je suis si contente, c'est le plus beau jour de notre vie et tu sais pourquoi?
- - Attends mon amour, je dois t'annoncer autre chose...
- - Moi d'abord. Tu m'as déjà annoncé une bonne nouvelle...
- - Justement, il y en a aussi une mauvaise.
- - Ah?
- - Je pars à l'armée, j'ai reçu ma feuille de route il y a quinze jours. Je ne voulais pas t'inquiéter. De toute façon, je devais partir dans l'année on le savait, hein?
- - Oui, bien sûr, mais enfin...
- - Ca repousse notre mariage d'un an évidemment.
- - Evidemment. Et tu pars quand?
- - La semaine prochaine. Même mes parents ne sont pas au courant. Si je leur avais dit, tu nous aurais entendus en parler. Je suis désolé ma chérie. Et toi, que voulais-tu me dire?
- - Oh! Rien! Je ne sais plus, rien d'important sans doute.
Comment lui annoncer maintenant qu'il partait à la guerre, qu'il allait être père ? Elle lui écrirait, ce serait plus facile peut-être.
Le jour de son départ, la maison fût en ébullition toute la matinée. Pierre et Annette ne purent trouver cinq minutes pour se parler, se dire au revoir. Après déjeuner, Pierre prit sa valise et embrassa sa sœur. Ses parents l'accompagnaient jusqu'au fort de Vincennes où étaient rassemblées les recrues. En sortant dans la rue, Pierre se retourna furtivement vers la fenêtre de la cuisine. Un petit visage en larmes le guettait à travers les rideaux à carreaux.
Un mois plus tard, Annette rédigeait une longue lettre à Pierre où elle lui avouait son état, quand un télégraphiste apporta le message « Soldat Pierre Clément décédé. Embuscade dans le djebel. Sincères condoléances. Ministère des Armées »
Aujourd'hui, Annette vit à Plorec-sur-Arguenon son village natal. Elle habite la petite maison de ses parents qui sont morts eux aussi. Son fils qui s'appelle Pierre a vingt-six ans et est avocat au Tribunal de Commerce de Rennes. Annette ne s'est jamais mariée.
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| Tags : nouvelle, bretagne |
20.07.2009
Va vider la poubelle
Nous connaissons tous les blagues Belges, d'ailleurs elles deviennent lassantes. Soyez rassurés il semble que les Américains se soient dévoués pour les relayer. Un article paru sur le site de Micro Hebdo cite une enquête faite auprès d'internautes des Etats-Unis et du Canada qui montre qu'un internaute sur six répond à des courriels en sachant très bien que ce sont des Spams !
Vous devez vous demander pourquoi ils répondent ? Certains sont intéressés par le contenu du message, d'autres par erreur et il y en a qui ne savent pas pourquoi !
On imagine que les spammeurs ont du être ravis en lisant les résultats de ce sondage et qu'ils vont mettre les bouchées doubles pour nous pourrir nos messageries.
13:30 Publié dans Echos du Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : spams, courriels, pourriels |
Le tadorne de Belon
Dans ma note sur le Marquenterre j'ai évoqué le tadorne de Belon mais peut-être que certains ne connaissent pas cet oiseau et par paresse ou manque d'intérêt n'ont pas cherché à savoir de quoi il s'agissait, aussi vais-je mettre les points sur les « i » !
Pour ceux qui sont pressés je dirai que c'est un gros canard. Pour les autres je continue. Ce canard est le plus gros qu'on puisse trouver en France (entre 58 et 67cm) et certaines caractéristiques le rapprochent de l'oie, quant à ses couleurs elles le rendent facile à identifier si vous en croiser un. Mâle et femelle sont quasi identiques, tête verte ou noire et bec rouge, cou blanc, large bande orangée au milieu de la poitrine,
ailes blanc, noir, vert.
Le tadorne de Belon vit au bord du littoral dans les zones de sable et de vase principalement. On peut néanmoins en trouver aussi près des estuaires et embouchures de fleuves dans les dunes herbeuses. Dans ce milieu il trouve son alimentation, mollusques, gastéropodes marins en tamisant la vase avec son bec. Quelques insectes aquatiques viennent compléter le menu.
L'oiseau fait son nid dans des cavités de talus (terrier de lapin par exemple) le plus souvent, mais il peut aussi le faire à même le sol dans les hautes herbes. La femelle pond une dizaines d'œufs et les petits restent au nid un mois et demi à peu près. Tous les canetons sont regroupés sous la protection d'adultes, comme une sorte de garderie ou de crèche ! Les tadornes sont fidèles et les couples durent toute la vie.
Enfin, le tadorne de Belon doit son nom à particule, à Pierre Belon un zoologiste français (1517-1564)
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