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21/10/2016

Tête de poisson

Que vous soyez pêcheur ou comme moi, simple téléspectateur regardant les documentaires à la télé, vous avez certainement déjà vu des pêcheurs relâcher des poissons tout justes capturés, soit parce qu’ils étaient trop petits, soit qu’ils pratiquent la pêche pour la simple beauté du geste. Geste admirable s’il en est mais qui toujours me laisse interrogatif.

A quoi pense le poisson quand il est libéré ?

Imaginons déjà sa surprise quand s’étant rué sur une mouche bien dodue, il réalise en une fraction de seconde que la bête n’est qu’un leurre et qu’il est accroché à l’hameçon, chaque effort pour s’en débarrasser le faisant souffrir le martyre. Son instinct le pousse à résister à la force le ramenant vers la rive mais la douleur endurée l’incite à suivre le mouvement, cruel dilemme pour ce petit cerveau. La truite – partons du principe que c’est une truite mais ça ne change rien à mon histoire si c’est un autre poiscaille – se débat tant et plus, combat jusqu’à la limite de ses forces, puis finalement renonce. Elle pense certainement que sa dernière heure est arrivée, la ligne lui sort déjà la tête de l’eau, l’oxygène lui manque, nouvelle souffrance s’ajoutant à la souffrance. Et puis…

Et puis arrive ce court laps de temps où le poisson est tiré de son élément, pris par une main – mais le poisson sait-il ce qu’est une main puisque lui-même n’en a pas ? – qui le maintient fermement pendant qu’il devine qu’on s’escrime à lui retirer de la bouche cette saloperie d’hameçon. Là encore ça doit sacrément s’agiter dans le bocal du poiscaille, d’un côté il manque de s’asphyxier mais de l’autre il a moins mal, la ferraille paraît s’éloigner. A quoi songe notre truite alors ?

Pas le temps de s’arrêter sur ses réflexions, déjà elle est replongée dans le fleuve, la poigne se desserre, elle est libre ; un court instant elle hésite, le cerveau certainement moins irrigué répond moins vite, puis elle s’élance et s’enfonce dans les eaux, pressée de retrouver une zone plus calme et à l’abri des dangers.

Maintenant planquée sous une pierre ou dans des herbes, elle reprend ses esprit et peut-être – mais c’est une supposition – essaie-t-elle de comprendre ce qui lui est arrivé. Tentons de nous s’immiscer dans son cerveau : quelque chose m’a choppée par la gueule et m’a tirée contre ma volonté vers la rive, quelque chose d’autre m’a hissée hors de l’eau et j’ai failli mourir mais cette même autre chose m’a libérée immédiatement et sauvée… Vraiment étrange ! Hypothèse de conclusion presque logique : un ennemi non identifié a voulu me tuer mais il a été anéanti par un ami, non identifié lui aussi, qui m’a libérée et rendue à la vie.

Ami et ennemi étant des puissances hors de portée intellectuelle pour notre truite, on ne peut raisonnablement pas penser qu’elle ait vu dans ce geste sauveur, l’intervention d’un Dieu quelconque ce qui aurait pu constituer une explication facile à sa mésaventure.

Alors j’en suis là comme au début de ce billet, je me demande toujours à quoi pense le poisson quand il est libéré ?

05:00 Publié dans Echos de ma vie | Tags : poissons, pêcheurs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

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